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Commission européenne - Discours - [Seul le texte prononcé fait foi]

Passer à l'action - Déclaration devant le Parlement européen, réuni en plénière, avant le vote sur le Collège

22 octobre 2014

Jean-Claude Juncker - Président élu

Strasbourg, Session plénière du Parlement européen


Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les députés,

Dans un discours que j’ai eu l’honneur de vous présenter en date du 15 juillet, je vous ai présenté les orientations générales et droits dont dispose le Président désigné de la Commission sur la base du traité.

Ce ne fut pas un exercice de style: ce fut un exposé de programmes, un exposé de projets, un exposé de contenus, un exposé d’ambitions.

Les commissaires qui formeront, si vous l’investissez, mon Collège, sont tenus à ces orientations générales. Je ne demande pas aux commissaires une obéissance aveugle. Comme je l’ai dit à Bruxelles, lorsque j’ai présenté le Collège: à mon âge, on ne commence pas une carrière de dictateur. Je voudrais que les commissaires se sentent libres. On a demandé au Président désigné de la Commission de tout faire pour composer un Collège politique, alors respectez le fait que les commissaires aient des opinions politiques et alimentent, par leurs réflexions, les débats au sein de la Commission. J’ai été élu Président de la Commission sur la base d’un programme qui me lie au Parlement européen. J’ai un contrat avec vous, Monsieur le Président, et avec le Parlement européen, et je compte respecter les termes du contrat que j’ai exposés devant vous durant l’été de l’année en cours.

La Commission qui prendra ses fonctions, si vous en êtes d’accord, au 1er novembre, succédera à celle de José Manuel Barroso, qui fut Président de l’institution pendant dix années. Je voudrais rendre ici hommage à José Manuel Barroso qui fut Président pendant une époque, à vrai dire, difficile. La Commission Barroso a dû gérer la crise économique et financière et ses conséquences. La Commission Barroso a su intégrer dans les multiples dispositifs communautaires, treize nouveaux États membres. Je considère que José Manuel Barroso a fait un bon travail et que, très souvent, il fut critiqué d’une façon qui, parfois, m’apparaissait comme étant pénible. Monsieur Barroso a bien mérité de l’Europe et je voudrais le remercier pour l’extraordinaire travail qu’il a accompli.

En juillet, je vous avais promis de composer une Commission politique; je vous avais dit que la prochaine Commission serait politique, et qu’elle serait très politique; ce fut comme un souhait œcuménique que beaucoup d’entre vous ont exprimé. La Commission n’est pas un attroupement de hauts fonctionnaires anonymes. Les directeurs généraux, tous compétents, doivent obéir aux commissaires, et non l’inverse.

Donc, j’ai tout fait pour avoir des «poids lourds» désignés membres de la Commission par les gouvernements et par le Président désigné.

Les hommes et les femmes qui composeront mon Collège ont exercé des fonctions importantes dans leurs pays respectifs, des fonctions de haute responsabilité. La Commission se composera de quatre anciens Premiers ministres, de dix-neuf anciens ministres, de trois anciens ministres des Affaires étrangères, de plusieurs anciens ministres des Finances, de sept commissaires sortants et de huit commissaires ayant été membres du Parlement européen. Cela traduit le fait que la Commission se doit d’être très politique.

Je vous avais promis une Commission plus politique: sa composition dénote qu’elle sera plus politique que celles qui l’ont précédée. Je vous avais promis en juillet une Commission plus efficace, là encore, souhait partagé par la plupart de ceux qui forment cette assemblée. J’ai choisi de réorganiser l’architecture de la Commission. J’ai fait le choix de nommer, chose qui ne s’était pas faite auparavant, un premier vice-président en la personne de Frans Timmermans, que je voudrais saluer tout particulièrement ce matin.

J’ai fait ce choix parce que je le connais depuis des siècles; j’ai fait ce choix, aussi pour apporter à la Commission l’équilibre politique que la désignation des différents commissaires n’a qu’insuffisamment imposé; j’ai lu, dans la plupart des journaux européens, que Frans Timmermans sera ma main droite: j’espère que de temps à autre, il sera aussi ma main gauche, mais cela sera difficile.

J’ai nommé plusieurs vice-présidents. J’ai nommé vice-présidente, puisque le traité le prévoit, la haute représentante; j'ai aussi eu l’intention de nommer la commissaire aux affaires budgétaires vice-présidente, puisque l’élaboration et l’exécution du budget sont en fait horizontaux par nature; puis, j’avais l’idée de demander aux anciens Premiers ministres d’exercer les fonctions coordinatrices au sein du Collège. Les Premiers ministres sont habitués à ce difficile métier de coordonner les travaux des autres. Parfois, ils réussissent, parfois ils ne réussissent pas, mais ils savent de quoi il s’agit lorsqu’il s’agit de coordonner. Donc, j’ai demandé à ceux qui furent Premiers ministres d’être vice-présidents de la Commission. J’ai décidé de charger Frans Timmermans de l’application du principe de subsidiarité, la dérégulation, comme on dit en français; c’est une affaire importante. Nous avions dit, et nous avions promis aux électeurs et aux citoyens européens de faire de l’Europe une machine, une instance, une ambition, une fabrique, qui s’occuperait des grands problèmes et qui délaisserait les petits sujets qui trouvent mieux réponse dans les pays membres respectifs et au niveau des collectivités locales. Monsieur Timmermans veillera au principe du «mieux légiférer». Lourd travail, qui concernera tous les commissaires, puisque tous les commissaires doivent participer à cet effort de redressement de l’Union européenne, de ses réflexes et comportements politiques. J’ai décidé de charger Frans Timmermans, également, du développement durable: ambition importante, projet qui porte loin, souci qu’il faut avoir au quotidien. Je ne pouvais pas suivre en ses propositions, votre commission de l’environnement qui voulait que la compétence «développement durable» soit attribuée au vice-président en charge de la croissance et des investissements: j’ai choisi de demander à Frans Timmermans de prendre soin de cet aspect particulièrement important de notre action collective, parce que la charte des droits fondamentaux, observation de laquelle dépendra une bonne partie du travail de Monsieur Timmermans, prévoit déjà le respect du développement durable, tout comme l’article 3 du traité le prescrit.

Les vice-présidents que j’ai choisis seront en charge des priorités de la Commission que je vous avais exposées en juillet de cette année. Un vice-président sera en charge de l’Union de l’énergie, dans toutes ses dimensions, y compris les énergies renouvelables et alternatives. Un vice-président sera en charge de la croissance et de l’investissement; un vice-président sera en charge du marché numérique européen; et un vice-président sera en charge de l’euro et du dialogue social. Ce ne sont pas de petits chefs, qui instruiraient les autres commissaires. Les commissaires de la Commission sont égaux en droits: ce sont des vice-présidences de projets, des coordinateurs, des animateurs, des rassembleurs, des organisateurs d’idées et d’initiatives. J’ai noté, pendant les auditions parlementaires et dans la partie vertueuse de l’opinion publique publiée, beaucoup de doutes et beaucoup d’interrogations au sujet de ces animaux inconnus que sont des vice-présidents coordinateurs des travaux de la Commission. J’ai été surpris de devoir lire cela. Tout le monde m’avait dit que la Commission devait fonctionner de manière plus efficace. Tout le monde, ou presque s’était plaint du fait que le Collège était composé de 28 commissaires, soit un commissaire par pays: ils sont trop nombreux. J’avais le choix entre une organisation architecturale revue ou un morcellement des compétences, de façon à ce que je puisse les distribuer parmi 28 commissaires. Alors, la question est simple: soit vous voulez 28 commissaires, travaillant chacun dans leur coin, se vautrant dans l’esprit de clocher, s’occupant de petites compétences, qui verraient le jour après avoir morcelé et mis en pièces les compétences qui sont celles de la Commission, soit des commissaires évoluant sous l’égide amicale de vice-présidents qui coordonneront leurs travaux. Si vous vouliez une Commission comme elle fut, vous auriez dû me le dire. Mais si vous voulez une Commission plus efficace, une Commission qui prenne soin des grandes ambitions de l’Europe, qui les organise, qui les structure, alors, il n’y a pas d’autre choix que de charger un certain nombre de vice-présidents de la mise en application de grandes priorités politiques de la commission.

Je vais vous donner deux exemples: il y a un vice-président à l’euro et au dialogue social et il y a un commissaire aux affaires économiques, financières et fiscales, et un autre commissaire aux affaires sociales. Puis, il y a le semestre européen. Il est évident que le vice-président en charge, doit coordonner les initiatives de la commissaire aux affaires sociales et du commissaire aux affaires économiques et financières. Le semestre européen n’est pas un semestre économique et financier. Le semestre européen, les recommandations par pays qu’émettra la Commission doivent, nécessairement prendre en considération les aspects sociaux de la construction économique et monétaire de l’Europe.

Il y a tout un débat autour du «Triple A». Tout le monde aime le «Triple A». En fait, au sein de la zone euro, il reste deux pays auxquels le «Triple A» a été conféré; l’Allemagne et le Luxembourg. L’Allemagne a de bonnes chances de le garder et pour le Luxembourg, cela reste à voir. Mais je voudrais que l’Union européenne retrouve et se dote d’un autre «Triple A». Moi, je voudrais que l’Europe ait le «Triple A» social: le «Triple A» social est aussi important que le «Triple A» économique et financier.

Nous avons désigné un vice-président à la croissance et à l’investissement. Il coordonnera l’action de tous les commissaires qui contribueront à la politique de croissance et d’investissement; la commissaire aux transports, le commissaire à l’économie numérique, encore une fois le commissaire aux affaires économiques et financières et fiscales, la commissaire chargée des affaires sociales et de l’emploi, le commissaire chargé de l'union des marchés, la commissaire chargée du marché intérieur et ainsi de suite.

Si nous voulons présenter aux Européens, et donc d’abord au Parlement, un paquet d’investissement ambitieux, il faudra que quelqu’un l’organise. Et comme il y a plusieurs compétences qui doivent être fusionnées, comme il y a plusieurs commissaires qui doivent faire confluer vers le centre, leurs différentes politiques, il est évident qu’un Vice-président devra coordonner les travaux. Je veux mettre fin aux «silos», je veux mettre fin à ce mode de gouvernance qui veut que chaque commissaire travaille dans son coin; je veux mettre fin à la mentalité de clocher que l'on peut distinguer bien souvent en observant les travaux de la Commission.

J’attire votre attention sur un aspect que pratiquement aucun commentateur n’a relevé: le grand perdant de cette nouvelle architecture, c’est moi… Pour la simple raison que j’ai délégué une bonne partie de mes prérogatives présidentielles aux vice-présidents. On ne peut pas mettre en place des vice-présidences de projets si le Président continue à évoluer à la tête de la Commission comme tel fut le cas jusqu’à présent. Mais je voudrais dire ici que pour qu’un point soit mis à l’ordre du jour de la Commission, je veux d’abord avoir l’agrément et l’accord du vice-président en charge de la coordination. Mais celui, je voudrais le dire sans menace, qui délègue ses prérogatives, peut, s’il le faut, aussi les reprendre. Pour le reste, les vice-présidents sont en charge des travaux qui, jusqu’à présent, furent la prérogative du Président de la Commission.

Je vous avais promis, en juillet, de veiller à ce que la nouvelle Commission se compose d'un nombre suffisant de femmes: nous avons neuf commissaires féminines, soit le même nombre que celui qui caractérisa la commission Barroso. J’ai dû lutter pour voir les gouvernements nationaux me proposer neuf membres féminins. Fin juillet, deux semaines après vous avoir parlé, nous avions trois femmes désignées par les gouvernements: j’ai dû convaincre bon nombre de gouvernements d’envoyer une commissaire femme, et j’ai dû récuser beaucoup de candidats masculins: je ne vous dirai pas lesquels parce que je ne voudrais pas mettre dans l’embarras les Premiers ministres que j’ai réussi à convaincre de proposer une femme commissaire. Mais à vrai dire, neuf femmes sur 28 commissaires, cela reste ridicule.

Alors, comme nous faisons tous partie, en principe, de partis politiques nationaux, comme en principe, nous tous, nous connaissons nos Premiers ministres, commencez dès demain matin à sensibiliser les gouvernements nationaux à cette question. Et je suis un peu gêné de devoir vous dire cela, parce que le Luxembourg n’a pas désigné une femme. Il le fera sans doute la prochaine fois, puisque Mme Reding fut commissaire pendant quinze années.

Je vous avais dit, mes chers amis, lors du débat que nous avons eu en juillet, que j’allais écouter attentivement les auditions. Comment ne pas écouter des auditions? J’ai suivi avec un intérêt, je dois dire, variable, les auditions parlementaires, 29 au total. Je vous avais dit en juillet que la Commission n’est pas le secrétaire général du Conseil européen ni du Conseil des ministres et que je ne serais pas le valet du Parlement européen. J’ai aussi écouté ce que vous avez dit et j’ai cru bon de tirer un certain nombre de conséquences des auditions qui se sont déroulées sous nos yeux. La commissaire proposée par la Slovénie a dû être remplacée par une autre commissaire slovène et j’ai décidé de lui attribuer le portefeuille important des transports. Comme je ne voulais pas remettre en cause l’architecture de base de la Commission, j’ai choisi de nommer Monsieur Šefčovič en charge de l’Union de l’énergie puisqu’au cours des années écoulées, il fut déjà vice-président et a donc une idée de ce que peut représenter le travail de coordination que je lui demande d’effectuer. Je vous ai déjà dit que j’ai proposé à mon ami Frans Timmermans d’enrichir son portefeuille par toutes les politiques liées au développement durable. J’ai écouté avec beaucoup d’attention tous ceux qui se sont plaints du fait que j’avais désaffecté les compétences en matière de médicaments et des produits pharmaceutiques en les faisant passer du portefeuille du commissaire à la santé vers celui en charge du marché intérieur. Je n'avais pas l’idée – et ceux qui me connaissent le savent pertinemment – que les médicaments, les produits de santé et l’activité médicale elle-même, seraient une marchandise comme une autre: la santé n’est pas une marchandise. Et donc, sensible à l’appel qui me fut lancé de remettre de l’ordre dans cette distribution des compétences, - ce fut un souhait exprimé durant les auditions parlementaires, ce fut un souhait largement repris par une bonne partie des professions médicales – j’ai décidé de réaffecter ces compétences au commissaire à la santé.

La politique de l’espace, à mes yeux, est un domaine prometteur. Il m’a semblé plus adéquat de charger des politiques de l'espace la commissaire en charge du marché intérieur, comme tel fut le cas lors des compositions des Commissions précédentes. La citoyenneté, oui, j’ai suivi vos débats sur cette question et j’ai été sensible à un certain nombre de remarques qui traduisent un malaise et j’ai donc choisi d’attribuer le dossier de la citoyenneté au commissaire en charge de la migration et des affaires intérieures, compétence à partager évidemment avec la commissaire à la justice. J’ai ajouté au dossier de Monsieur Navracsics, les sports.

Enfin, Monsieur le Président, j'ai pris note des débats intenses autour de la question du règlement des différends entre investisseurs et États qui ont lieu dans le cadre des négociations du partenariat transatlantique de commerce et d’investissement. Permettez-moi de réaffirmer clairement ma position sur le sujet, telle que je l'avais déjà exposée dans cette même enceinte le 15 juillet dernier et que vous retrouverez dans mes orientations politiques: je n'accepterai pas que la compétence des tribunaux des États membres de l'UE soit limitée par des régimes spéciaux applicables aux litiges entre investisseurs et États. L'État de droit et le principe de l'égalité devant la loi doivent s'appliquer aussi dans ce contexte. Le mandat de négociation prévoit un certain nombre de conditions qui doivent être respectées par ce type de régimes, ainsi qu'une évaluation de la relation avec les tribunaux nationaux. Il n'y a donc aucune obligation à cet égard: le mandat laisse la question ouverte et nous sert de guide. Je pensais que mon engagement sur ce point était très clair, mais je me réjouis de pouvoir le clarifier et le réitérer ici, aujourd'hui, à la demande d'un certain nombre d'entre vous: l'accord que ma Commission soumettra en dernière instance à l'approbation de cette Chambre ne prévoira rien qui soit susceptible de limiter l'accès des parties aux juridictions nationales ou qui permettrait à des juridictions secrètes d'avoir le dernier mot dans des différends opposant investisseurs et États.

J'ai demandé une nouvelle fois à Frans Timmermans, en sa qualité de premier vice-président chargé de l'État de droit et de la Charte des droits fondamentaux, de me conseiller sur le sujet. Il n'y aura aucune clause sur les différends entre investisseurs et États dans le partenariat transatlantique de commerce et d’investissement si Frans y est également opposé. Je suis convaincu qu'avec votre appui nous pouvons négocier avec les États-Unis un accord commercial ambitieux dans ce sens, un accord qui respecte pleinement les intérêts européens et l'État de droit. Je suis un partisan convaincu de la conclusion d'un accord commercial avec les États-Unis, mais j'ai promis à ce Parlement durant ma campagne que je serai attentif au respect des règles européennes. Il nous faut négocier avec les Américains. Frans pilotera les négociations jusqu'à leur terme, mais je voulais être aussi clair que possible sur ce point particulier.

Monsieur le Président, je m'exprime maintenant dans la langue du champion du monde, chez qui une méforme est toutefois perceptible en ce moment.

Le Président estime que cette baisse de régime est temporaire. Même les Allemands doivent pouvoir s’habituer au fait que leur état de faiblesse pourrait avoir un caractère durable.

Je souhaiterais donner quelques explications supplémentaires au sujet de certaines questions qui ont particulièrement agité les esprits la semaine dernière.

J’avais promis, au mois de juillet, de présenter un train de mesures doté d'un budget de 300 milliards d'euros en faveur de certains investissements. Les investissements sont d'un intérêt vital pour l’économie européenne et pour les personnes qui vivent et travaillent en Europe. L’Europe connaît actuellement un très net recul des investissements, qui se chiffre en moyenne à plus de 20 %, en comparaison directe avec l'année 2007, antérieure à la crise. Au Portugal et en Grèce, le fléchissement des investissements s'élève respectivement à 36 % et 64 %. Des économies dans lesquelles on n'investit pas ne peuvent pas se développer. Et des économies qui ne se développent pas ne peuvent pas garantir l’emploi. Ce programme d’investissements me tient beaucoup à cœur. J'aimerais dire ici très clairement que toutes les tentatives visant à me détourner de ce projet, qui n'ont pas manqué de fleurir depuis, sont vouées à l'échec: je présenterai ce programme d'investissements.

Il n'est pas question de financer ce programme d’investissements par de nouvelles dettes. Nous devons veiller à stimuler les investissements privés par un apport intelligent de fonds publics. L'économie doit savoir qu’elle aussi a un rôle à remplir dans la société. La lutte contre le chômage n'incombe pas aux seuls États. L’économie a elle aussi sa part de responsabilité. J’invite donc l’économie européenne à contribuer aux efforts ayant pour but de parvenir à une amélioration de la situation sur les marchés européens du travail et à la réalisation du flux d’investissements dont nous avons besoin de toute urgence pour aller de l’avant.

Contrairement à ce qui avait été prévu initialement, je ne présenterai pas ce programme d’investissements au cours des trois premiers mois de mon mandat. Cependant, le vice-président compétent, M. Jyrki Katainen, et moi-même le soumettrons encore avant Noël. Le temps presse et il importe de faire le nécessaire dans les plus brefs délais.

Ce programme d’investissements ne sera pas un plan de relance économique du type de ceux que certains États membres ont tenté de mettre en place dans les années soixante-dix. Les plans de relance sont des feux de paille. Ce dont nous avons besoin, ce sont des investissements ciblés qui débouchent, à moyen terme, sur une croissance accrue: des investissements qui renforcent la vigueur de l’économie européenne. Il ne s’agit pas simplement de manipuler de l’argent pour donner l’impression de faire quelque chose. Il s’agit de mobiliser des capitaux pour pouvoir, conjointement avec le secteur privé, renforcer à moyen terme les facteurs de croissance et le potentiel de croissance de l’Union européenne. Si je dis ceci, c'est notamment car la tâche principale qui nous attend est la lutte contre le chômage. Et la lutte contre le chômage des jeunes qui atteint, dans de nombreux États membres, des taux scandaleusement élevés, nécessite, pas uniquement mais avant tout, le soutien de l'économie privée.

Dans le cadre de cet effort global, il nous faudra bien entendu également nous atteler à la stratégie numérique pour l'Europe et au marché unique numérique. C'est mon collègue Günther Oettinger qui s'occupera de cette matière importante. Les investissements qui doivent être effectués dans ce domaine se traduiront à eux seuls, dans les années à venir, par une progression de la croissance avoisinant 250 milliards d’euros. Nous mènerons ce projet à bien.

Au cours de ces derniers mois, le pacte de stabilité a été cité et critiqué à de multiples reprises. En revanche, rares sont ceux à s'être véritablement penchés sur la question. Sur ce point également, je voudrais être clair. Je m'en tiens – et la Commission européenne dans son ensemble s'en tient – à ce que le Conseil européen du 27 juin a déclaré à ce sujet: on ne change pas les règles. Au mois de juin, les 28 gouvernements étaient tous d’accord, sans exception, pour ne pas toucher au corpus de règles. Celui-ci sera toutefois bel et bien appliqué avec la souplesse certaine que les dispositions correspondantes des traités et d’autres textes juridiques prévoient. Nous allons faire ce que le Conseil européen nous a invités à faire; notre action sera conforme à ce que j'ai déjà déclaré devant cette assemblée le 15 juillet: les maîtres-mots seront discipline budgétaire, flexibilité et réformes structurelles. Sans des réformes structurelles propres à engendrer une relance durable de l’économie européenne et des marchés européens du travail, il ne peut y avoir de flexibilité.

D'un autre côté, je souhaiterais inviter certains collègues à se départir de l’idée que seules une austérité maximale et une modération extrême des dépenses entraînent automatiquement une relance des facteurs de croissance et une dynamisation des marchés du travail. A contrario, des déficits et des niveaux d’endettement élevés ne génèrent pas non plus automatiquement de la croissance. S'il était vrai que des déficits et des niveaux d’endettement élevés stimulent la croissance, l’Europe devrait croître comme jamais dans son histoire, car nous n’avions encore jamais eu à répondre d'autant de dettes qu'aujourd’hui. Cependant, il est tout aussi faux de croire que l’assainissement budgétaire peut à lui seul – sans la flexibilité et les réformes structurelles nécessaires – être un moteur de croissance. Nous avons donc besoin des deux éléments – de la discipline budgétaire et une politique axée sur la croissance, couplée à des investissements – pour pouvoir évoluer dans l'avenir au rythme requis.

Finalement, j’ai observé, Mesdames et Messieurs, que beaucoup d’interrogations sont nées autour de ce que j’ai dit en juillet en matière d’élargissement. J’ai nommé un commissaire à la politique de voisinage et aux négociations d’adhésion. Un certain nombre de vos commissions ont proposé de renommer ce portefeuille en le nommant «commissaire au voisinage et à l’élargissement». J’ai choisi, après un débat méticuleux, d’abord avec moi-même, puis avec un certain nombre de mes amis, de nommer ce portefeuille «commissaire aux négociations d’élargissement». Moi, je ne veux pas tromper les gens, ni les peuples: ne donnez pas l’impression à ceux qui sont pays candidats qu’ils pourraient devenir membres de l’Union européenne au cours des cinq années à venir. Il n’y aura pas de nouveaux membres durant le mandat de cette Commission: ce n’est strictement pas faisable.

Alors, ne racontons pas d’histoires. Ne faisons pas croire à ceux qui attendent l’adhésion que celle-ci pourrait intervenir au cours des cinq années à venir. Bien évidemment, les négociations d’élargissement continueront avec le même élan, avec la même verve, avec le même engagement que tel fut le cas jusqu’à présent. Et je voudrais saluer les pays candidats à l’adhésion à l’Union européenne en leur disant que, oui, les négociations seront accélérées s’il le faut, mais il n’est pas réaliste de considérer qu’elles pourraient être menées à bon port d’ici 2019.

Enfin, il y a un autre problème qui me tracasse et qui vous tracasse, et qui est scandaleux: ce sont les factures non payées de l’Union européenne.

C’est un vieux problème. Monsieur Verhofstadt, avec qui j’ai été ministre du budget, déjà, à l’époque, au Conseil du budget, nous avions découvert les factures non payées: l’Union européenne, pour être crédible, ne peut pas être un mauvais payeur. L’Union européenne doit honorer ses engagements.

Voilà, Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les députés, les quelques éclaircissements que je voulais apporter à nos débats et à vos interrogations qui furent multiples.

Nous évoluons dans un contexte international qui nous montre, jour après jour, que nous vivons dans un monde de plus en plus dangereux. Le mouvement que l’on appelle l’État islamique est l’ennemi des valeurs européennes: nous ne pouvons pas accepter de tels agissements.

La crise d’Ebola demande une réaction forte, rapide, organisée et concentrée de l’Union européenne: je n’ai pas l’impression que nous ayons été à la hauteur quand il s’est agi de lutter contre cette épidémie.

Je constate, avec une énorme tristesse, que tant que le phénomène frappait le seul continent africain, nous n’avons rien fait. Le jour où l’épidémie est arrivée en Europe, nous nous sommes mis en mouvement: il aurait fallu nous mettre en mouvement auparavant.

Les problèmes liés à la migration illégale restent entiers. J’ai demandé à l’ancien ministre des affaires étrangères de la Grèce et à l’ancien ministre grec de la défense de prendre en charge ce dossier, tout comme j’ai demandé au commissaire chypriote en charge de l’aide humanitaire de se rendre le plus rapidement possible en Afrique pour marquer la présence sur place de la Commission européenne. Les problèmes liés à la migration illégale et à la migration légale seront traités comme de véritables priorités par la Commission qui, j’espère, entrera en fonction au 1er novembre.

Je redis ce que j’ai déjà dit en juillet: je voudrais que nous redécouvrions les vertus de la méthode communautaire. Je voudrais que cette Commission et ce Parlement se fassent les chantres, les artisans et les architectes d’une redécouverte de la méthode communautaire.

La méthode intergouvernementale, dans l’urgence et sur le moment, a ses vertus, mais je crois au triangle vertueux entre le Parlement, le Conseil et la Commission et je voudrais que nous redécouvrions cette méthode.

Je vous ai dit que nous nous sentons liés par un contrat élaboré pour une durée de cinq années avec votre Parlement. La première instance de référence de la nouvelle Commission sera le Parlement. Le Parlement qui a fait en sorte que les conséquences normales, naturelles, du scrutin du 27 mai, de l’expression du suffrage universel, soient tirées.

Je concède que, parmi nous, il y a ceux qui n’étaient pas en faveur de voir les partis politiques présenter des têtes de liste. Cela fut fait et je vous le dis aujourd’hui, je le dis surtout à ceux qui n’ont pas aimé ce processus: vous ne reviendrez pas là-dessus.

En 2019, la campagne électorale européenne sera une véritable campagne paneuropéenne et tout le monde saura, avant de se rendre aux urnes… La démocratie est aussi européenne, elle est continentale et, en devenant plus démocratique, l’Europe n’enlève rien à l’importance des États et à l’importance des nations… Des nations qui, je le répète, ne sont pas des inventions provisoires de l’histoire: elles sont faites pour durer et l’Europe doit respecter les nations et les États membres. On ne construit pas l’Europe contre les nations, qui ont leurs traditions, leurs vertus, leurs richesses, leurs raisons d’être. On ne construit pas l’Europe contre les États membres, mais avec les bonnes volontés que nous rencontrons partout en Europe, au niveau de la société civile, au niveau de nos sociétés, au niveau de nos États membres, au niveau de nos parlements nationaux.

Je vais vous dire ma conviction: ma conviction est que cette Commission sera la Commission de la dernière chance: soit nous réussissons à rapprocher les citoyens européens de l’Europe, soit nous échouons. Soit nous réussissons à faire de l’Europe un ensemble politique qui s’occupe des grandes choses et qui délaisse les petites choses, soit nous échouons. Soit nous réussissons de concert avec les États membres, avec les gouvernements, avec les parlements, avec les partenaires sociaux, à réduire considérablement le niveau du chômage, soit nous échouons. Soit nous redonnons une perspective aux jeunes Européens, soit nous aurons échoué.

Je voudrais que nous saisissions cette chance pour faire bouger l’Europe: l’Europe le mérite et je compte sur vous, Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs, pour appuyer la Commission dans ses multiples tâches qui sont devant nous, qui sont devant vous et qui sont devant les Européens.

Je vous remercie de votre attention soutenue.

SPEECH/14/1525

Renseignements au public:

Europe Direct par téléphone au 00 800 67 89 10 11 ou par courriel

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