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  L'Europe est loin de glisser dans sa précédente léthargie ni même
  de s'apitoyer sur son propre sort. Nous devons néanmoins veiller
  à conserver la maîtrise des forces économiques libérées par le
  marché intérieur. Il ne faut pas perdre de vue, en effet,
  qu'aucune autre région du monde n'a jamais connu une expérience
  aussi radicale de libération des forces du marché. Aucun secteur
  d'activité, aucune profession ne restera entièrement à l'abri de
  ses effets.
  Il s'agit en premier lieu d'une mesure unilatérale destinée à
  renforcer le principe du libre-échange dans le monde. Les Etats-
  Unis et le Japon doivent toutefois suivre le mouvement en ouvrant
  leurs marchés et en respectant les règles commerciales
  multilatérales.
  Nous ne sommes pas disposés à porter seuls le fardeau de
  l'ajustement face à la libéralisation des échanges mondiaux que
  nous appuyons et souhaitons favoriser.
  L'établissement de listes noires de "pécheurs" supposés et réels
  en matière commerciale, comme vient de le proposer le
  gouvernement américain, a sans doute des chances d'être populaire
  au plan national, mais n'aidera en rien la cause du libre-échange
  mondial. Comment pourrions-nous expliquer à nos entreprises en
  Europe et à leurs travailleurs que nous ouvrons nos marchés alors
  que les autres les referment ?
  La démarche qui consiste à réfléchir en termes de blocs
  commerciaux n'est donc pas conciliable avec le principe de la
  liberté des échanges mondiaux.
  Bien entendu, l'achèvement du marché intérieur vise aussi à
  rendre nos entreprises plus compétitives. Cela ne signifie
  toutefois pas qu'il existe une stratégie de conquête ou de
  reconquête. A la faveur du démantèlement des défenses, y compris
  dans le domaine militaire, nous devrions éliminer une fois pour
  toutes de tels mots de notre vocabulaire économique. Quiconque
  parle, en effet, de "conquête" risque de provoquer des "mesures
  de représaille" et déclencher ainsi une spirale protectionniste.
  Nous ne craignons pas le libre-échange, mais nous nous défendrons
  vigoureusement contre les pratiques commerciales déloyales ou les
  actions concertées destinées à emporter nos marchés.
    Le marché unique : avantages pour le Japon et les Etats-Unis
  L'achèvement du marché intérieur en 1992 dynamisera l'économie
  européenne et entraînera un surcroît de croissance et d'emploi.
  Il n'y aura cependant pas que des gagnants dans les 12 Etats
  membres. Le vent rude de la concurrence soufflera sur tous les
  secteurs économiques de la Communauté. C'est une chose à laquelle
  certains participants, qui ont bénéficié jusqu'à présent d'une
  large protection contre la concurrence étrangère, devront
  s'habituer.
  En dépit de ses avantages considérables, le marché intérieur aura
  aussi ses perdants.
  Cette restructuration a lieu dans la seule Communauté. Les
  entreprises situées en dehors de celle-ci, américaines ou
  japonaises, par exemple, ont cependant la possibilité d'exploiter
  pleinement les avantages de ce marché intérieur sans avoir à
  s'ajuster à lui.
  En réalité, elles pourront choisir dès le départ le meilleur lieu
  d'implantation pour leurs activités, pour leurs points de vente
  et pour leurs usines. Il est bien plus difficile, pour des
  entreprises européennes, de procéder aux ajustements structurels
  les plus rationnels et les plus efficaces, parce que 1992 ne
  signifie pas pour elles partir de zéro. Nos entreprises ne
  pourront pas aussi aisément trouver dans la Communauté la
  meilleure localisation permettant une production dans les
  meilleures conditions de coût-efficacité. Ce processus
  d'ajustement leur demandera du temps et elles devront en outre
  tenir dûment compte des intérêts de leurs travailleurs, par
  exemple, dont elles ne doivent pas non plus trop exiger.
  C'est pourquoi le succès de 1992 dépend de son acceptabilité
  sociale.
        Les investissements japonais en Europe sont bienvenus
  Je suis conscient du fait que l'une des principales raisons des
  investissements directs des Japonais dans la Communauté est la
  crainte de la "Forteresse Europe". Au cours de la seule année
  1987, des entreprises japonaises ont investi plus de
  6,5 milliards d'USD dans les Etats membres de la Communauté, ce
  qui représente un tiers de plus que le montant investi par le
  Japon en Asie au cours de la même année.
  Une grande partie des investissements japonais dans la Communauté
  européenne s'expliquent par la simple anticipation d'un certain
  protectionnisme redouté. Cette crainte n'est pas fondée. Nous
  nous réjouissons néanmoins que les entreprises japonaises
  s'établissent dans une plus large mesure dans la Communauté
  européenne.
  Nous ne souhaitons pas créer une "Forteresse Europe", mais un
  espace commercial dynamique qui fera de l'Europe un partenaire
  mondial ouvert. Les exportations japonaises seront, par
  conséquent, tout aussi bienvenues dans la Communauté que les
  investissements directs, étant donné qu'elles constituent pour
  nos propres entreprises un stimulant qui les incitera à ne pas
  relâcher leurs efforts dans la course aux débouchés.
  L'internationalisation de la production renforce le système des
  échanges multilatéraux : le protectionnisme n'a, en effet, plus
  guère de sens si les concurrents étrangers se mettent aussi à
  produire dans le pays considéré et y créent de nouveaux emplois.
  Après 1992, la Communauté ne changera pas de cap et elle n'optera
  pas pour le protectionnisme, ne fût-ce que dans son propre
  intérêt. A l'échelle mondiale, 21 % des exportations proviennent
  de la Communauté européenne contre 13 % d'exportations en
  provenance des Etats-Unis et 12 % du Japon.
  Nous avons donc un intérêt vital à ce que les frontières restent
  ouvertes dans le monde entier et à ne pas provoquer une spirale
  protectionniste.
   Nous ne pouvons pas tout laisser aux seules forces du marché :
       la télévision à haute définition et le cas des voitures
  Les perspectives ouvertes par le marché unique alimentent déjà
  l'investissement; selon les experts, un tiers environ de la
  croissance dans la Communauté est imputable à cet effet
  d'anticipation.
  Seuls les plus rapides et les plus agiles seront capables de
  s'affirmer dans la compétition pour la meilleure position de
  départ dans la course du marché intérieur. Les Européens ont le
  sentiment d'être en mesure de faire face à cette concurrence
  intense. L'Europe sortira renforcée de ce processus.
  Nous ne pouvons cependant pas tout laisser aux seules forces du
  marché car, dans un petit nombre de cas, les conditions de départ
  sont trop difficiles : c'est le cas, par exemple, de la
  télévision à haute définition et des voitures automobiles.
  En ce qui concerne la télévision à haute définition, nous
  devrions tenter de nous entendre sur une norme mondiale unique en
  1990. Deux problèmes vitaux se posent pour les Européens dans ce
  domaine. Tout d'abord, le système adopté doit être pleinement
  compatible avec le réseau de télévision existant. Le remplacement
  de quelque 600 millions de récepteurs actuellement en service
  dans le monde prendra du temps. Ensuite, l'échange international
  de programmes doit rester possible, c'est-à-dire que les normes
  de production et d'émission doivent autant que possible être
  compatibles à l'échelle mondiale.
  La télévision à haute définition revêt une importance stratégique
  pour la compétitivité de l'industrie européenne du film et de la
  télévision. En décidant d'introduire, d'ici à 1992 au plus tard
  la norme européenne pour les applications commerciales et les
  services de radiodiffusion haute définition, la Communauté a
  prouvé sa volonté de maintenir sa compétitivité sur ce marché
  prometteur.
  Il est encore temps de chercher un compromis. Nous ne pouvons
  cependant pas permettre que cette question importante des normes
  soit arbitrée par le seul marché, car les enjeux industriels et
  culturels sont trop élevés.
  En ce qui concerne les voitures automobiles, il y aura un marché
  unique dans la Communauté après 1992. Les restrictions nationales
  aux importations seront alors supprimées. Il a déjà été décidé
  que les véhicules produits dans la Communauté pouvaient être
  importés dans tous les Etats membres. Il ne sera pas possible de
  s'appuyer sur des règles locales pour justifier des restrictions
  aux échanges dans la CE. En d'autres termes, le marché interne
  déréglementera complètement aussi le commerce des voitures
  automobiles.
  Dans l'ensemble, l'industrie automobile européenne est bien
  préparée à affronter une concurrence plus intense. Certains
  producteurs seront toutefois obligés de procéder à une
  réorganisation et à une rationalisation considérables. Nous
  devrions donc surveiller conjointement la tendance des
  exportations au cours d'une période transitoire afin d'éviter des
  perturbations sérieuses sur les marchés. Cela ne modifie en rien
  notre ferme volonté de libéraliser complètement le marché
  automobile européen dans les meilleurs délais après 1992.
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