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doc/00/4

Bruxelles, le 9 février 2000

COMMISSION DES COMMUNAUTÉS EUROPÉENNES

COMMUNICATION DE LA COMMISSION AU PARLEMENT EUROPÉEN, AU CONSEIL, AU COMITÉ ÉCONOMIQUE ET SOCIAL ET AU COMITÉ DES RÉGIONS

OBJECTIFS STRATÉGIQUES 2000-2005

"Donner forme à la Nouvelle Europe"

TABLE DES MATIÈRES31.Promouvoir de nouvelles formes de gouvernance européenne PAGEREF _Toc474748179 \h 52.Stabiliser notre continent et renforcer la voix de l'Europe dans le monde PAGEREF _Toc474748180 \h 73.Vers un nouvel agenda économique et social PAGEREF _Toc474748181 \h 84.Une meilleure qualité de vie pour tous PAGEREF _Toc474748182 \h 105.Conclusion PAGEREF _Toc474748183 \h 11

Introduction

Le monde d'aujourd'hui, divisé et en rapide évolution, a besoin de l'Europe. L'Union européenne est la preuve vivante de ce que la paix, la stabilité, la liberté et la prospérité peuvent être apportées à un continent autrefois déchiré par les guerres. Notre modèle européen montre au monde qu'une union toujours plus étroite entre les peuples est possible lorsqu'elle repose sur des valeurs partagées et des objectifs communs.

Nous avons réalisé l'intégration en Europe en mettant en place, grâce aux Traités, des structures novatrices et uniques en leur genre qui transcendent la coopération internationale traditionnelle. Nous avons établi le Marché unique et lancé l'euro, et nos gouvernements se rencontrent autour de politiques économiques qui semblent désormais en mesure d'assurer une période de croissance soutenue. Nos voisins ont la possibilité de s'associer à cette prospérité et nous avons l'occasion rêvée de le leur permettre.

Au cours de la prochaine décennie, nous parachèverons notre intégration économique et, chose encore plus importante, nous donnerons forme à une Europe nouvelle, une Europe politique. Les cinq prochaines années seront décisives.

Nous faisons d'ores et déjà progresser l'intégration politique par l'établissement d'un espace de liberté, de sécurité et de justice et par le développement de politiques étrangère, de sécurité et de défense communes. Nos intérêts et objectifs communs sont mieux servis par une approche commune et des moyens communs.

L'intégration politique deviendra réalité à mesure que les dirigeants politiques et les citoyens prendront conscience du fait que la meilleure façon de promouvoir nos valeurs partagées de liberté, de paix et de stabilité, de démocratie, de respect des droits de l'homme, de tolérance, d'égalité entre les sexes, de solidarité et de non-discrimination réside dans des politiques et institutions communes. L'intégration politique doit être poursuivie en tenant pleinement compte de nos identités, de nos cultures et de nos traditions nationales et régionales. D'où l'importance des discussions en cours sur une Charte européenne des Droits Fondamentaux. Seule une Europe partageant des valeurs fondamentales et des objectifs politiques et capable de les concrétiser effectivement pourra relever les formidables défis du nouveau millénaire.

Les défis sont nombreux. Nous assistons à une transformation fondamentale de l'économie et de la société. La mondialisation estompe les frontières traditionnelles. La révolution numérique transforme notre mode de communication et d'interaction. Les problèmes mondiaux demandent de plus en plus des solutions globales.

Ces défis sont trop grands et trop complexes pour qu'un pays, quel qu'il soit, puisse s'y attaquer seul. La nécessité d'une réponse européenne collective n'a jamais été plus grande. Le monde attend de l'Europe un leadership défendant nos principes essentiels et nos citoyens se tournent vers l'Union pour une action européenne efficace ; une action guidée par nos valeurs communes ; une action qui renforce notre identité européenne.

Pour agir efficacement et assurer ce leadership, nous devons soutenir le rythme du changement jusque dans le tissu même de l'Union européenne. Il nous faut pour cela une intégration plus poussée, soutenue par une réforme systématique qui transforme nos systèmes tant économiques que sociaux. Seule une Europe résolument modernisée sera suffisamment solide et adaptable pour faire face aux défis auxquels elle est confrontée.

L'Europe aura également besoin d'institutions fortes qui répondent à de nouvelles formes de gouvernance démocratique. A l'heure actuelle, la confiance du public dans nos institutions, tant nationales qu'européennes, est faible. Les citoyens les sentent lointaines et veulent avoir davantage à dire sur la façon dont les choses se font au niveau européen.

Nous souhaitons répondre à leurs appels. La Commission a déjà commencé à mettre de l'ordre dans sa propre maison et ce processus sera implacablement poursuivi. Nous sommes déterminés à mener à bien la réforme de la Commission et d'autres institutions doivent faire preuve du même courage. La confiance dans toutes nos institutions pâtit des fautes de chacune car beaucoup de gens ne font pas de distinction entre elles.

Nous voulons aller plus loin et trouver une nouvelle synergie entre tous les organes démocratiques de l'Union européenne dans le cadre d'une amélioration plus vaste de la gouvernance européenne. Nous voulons trouver un nouvel équilibre entre l'action de la Commission, des autres institutions, des États membres et de la société civile. Notre but est de rapprocher fortement l'Europe des citoyens, que sa raison d'être est de servir.

L'Europe que nous voulons, celle qui peut faire montre d'un véritable leadership sur la scène mondiale, sera une Europe qui entend les avertissements de la mondialisation, et plus encore de ceux qui s'en sentent exclus. Ce que nous recherchons donc, c'est un nouveau type de gouvernance mondiale pour gérer l'économie et l'environnement mondiaux.

Le modèle d'intégration de l'Europe, qui fonctionne avec succès à l'échelle d'un continent, est un gisement d'idées à exploiter pour la gouvernance mondiale. Nous devons le promouvoir tout en élaborant des stratégies justes et durables au niveau mondial, en coopération avec nos partenaires, surtout les pays en développement.

La Commission a un rôle essentiel à jouer. Elle est l'exécutif de l'Europe, l'initiatrice d'idées et de propositions et la gardienne des traités. Elle a toujours été la force motrice de l'intégration européenne et elle assurera un leadership fort au cours des années à venir.

Pour réussir, la Commission travaillera en étroit partenariat avec les autres institutions européennes et selon un partage bien compris des tâches avec les États membres.

Sur le plan politique, une priorité majeure de cette Commission sera de faire avancer le processus d'élargissement pour stabiliser notre continent et pour garantir la paix, la démocratie et le respect des droits de l'homme dans l'ensemble de l'Europe. La Bosnie et le Kosovo, si proches de nos frontières, révèlent à quel point cette action est indispensable. Nous atteindrons cette stabilité non seulement en élargissant l'Union, mais aussi en élaborant une politique étrangère et de sécurité coordonnée et en développant une politique cohérente de coopération avec nos voisins. Mais il faut que chacun sache qui est responsable. La confusion des acteurs ne peut que conduire à l'échec. La stabilisation des Balkans nécessite une gamme complète de compétences politiques et administratives, assorties de l'obligation de rendre compte, et l'Union européenne est en mesure de l'offrir.

L'élargissement implique une réforme de nos institutions européennes et de nos Traités - tâche qui sera entreprise cette année par la conférence intergouvernementale. L'élargissement doit être conçu comme une exigence supplémentaire d'intégration plutôt qu'un processus parallèle et distinct.

Même au sein de l'Union, nous ne devons pas tenir pour nécessairement acquises par tous les valeurs de démocratie et de défense des droits de l'homme que nous préconisons au-delà de nos frontières. Elles sont fermement ancrées dans le Traité et des moyens sont là pour en garantir le respect. Nous avons foi en l'influence modératrice de l'Union sur tous, mais nous réaffirmons notre volonté de combattre l'intolérance, le racisme et la xénophobie, sans exclure un renforcement du Traité en cas de besoin.

Sur le plan économique et social, notre priorité est de lutter contre le chômage. Il nous faut profiter de la reprise économique pour mettre en œuvre des réformes structurelles, assimiler plus rapidement les nouvelles technologies, rendre la recherche européenne plus efficace, moderniser l'environnement de travail, promouvoir l'investissement et les infrastructures modernes et former la main-d'œuvre à la culture numérique, dont les idées se concrétisent rapidement sur le marché. Notre but doit être la croissance à long terme et la compétitivité.

Nous œuvrerons également à l'amélioration et à la modernisation de notre modèle social - afin précisément de le préserver dans un monde où le changement rapide et incontrôlé menace de creuser l'écart entre les nantis et les pauvres. Nous améliorerons le dialogue social et civil. Face au vieillissement de la population et à la réduction du nombre des actifs, nous encouragerons la réforme des régimes de protection sociale, de soins de santé et de retraite en Europe. Notre but est un État-providence solidaire qui puisse rester juste, soucieux du bien-être des citoyens et refusant l'exclusion, dans un contexte de modération des dépenses publiques.

En s'attaquant à tous ces défis, l'Union doit répondre aux préoccupations des citoyens. Au-delà de leurs inquiétudes au sujet de l'emploi et de l'économie, les gens se tournent de plus en plus vers l'Europe pour améliorer leur environnement, leur sécurité et leur qualité de vie. Ils veulent en outre des institutions efficaces, comptables de leurs actes, qui les associent à la façon dont l'Europe est gouvernée et qui tiennent compte de la richesse et de la diversité de leurs cultures et traditions.

La Commission poursuivra par conséquent, au cours des cinq prochaines années, quatre objectifs stratégiques:

  • Promouvoir de nouvelles formes de gouvernance européenne. Il s'agit de donner plus largement la parole aux citoyens sur la conduite des affaires européennes, de faire fonctionner les institutions de manière plus efficace et plus transparente, notamment en réformant la Commission et en créant ainsi un exemple pour d'autres instances; il s'agit d'adapter les institutions aux impératifs de l'élargissement, de mettre au point de nouvelles formes de partenariat entre les différents niveaux de pouvoir en Europe et, enfin, d'apporter une contribution européenne distincte et active à l'élaboration d'une gouvernance mondiale.

  • Une Europe stable s'exprimant d'une voix plus forte dans le monde. Nous œuvrerons, avant toute chose, au succès de l'élargissement et à la mise en place d'une réelle politique de coopération avec nos nouveaux voisins. Nous chercherons aussi à établir une coopération plus étroite entre les institutions européennes et entre les États membres ainsi qu'à placer l'Europe à la pointe de la construction d'une nouvelle économie mondiale.

  • Un nouvel agenda économique et social. Il faut moderniser notre économie pour la faire entrer dans l'ère numérique, tout en favorisant l'emploi ainsi que le développement durable et en remodelant nos systèmes de protection sociale pour construire une société équitable et soucieuse du bien-être de chacun.

  • Une meilleure qualité de vie. Il nous faut ici répondre concrètement aux questions qui affectent la vie quotidienne de nos citoyens, en particulier l'environnement, la sûreté alimentaire, les droits des consommateurs, la justice et l'insécurité par rapport à la criminalité.

Tels sont les défis qui nous attendent au cours de la prochaine décennie. Alors que nous y faisons face, le monde a les yeux rivés sur nous. Faisons de cette décennie une réussite, ce doit être la décennie de l'Europe.

1. Promouvoir de nouvelles formes de gouvernance européenne

Les défis complexes qui nous attendent nécessitent de nouvelles formes de gouvernance européenne. Celle-ci ne relève pas de la seule responsabilité des institutions de l'Union européenne. Les gouvernements et les parlements nationaux ainsi que les autorités régionales et locales sont parties prenantes dans la conduite des affaires européennes. Tous ces niveaux de pouvoir détiennent une part de responsabilité dans la conception, la mise en œuvre et la présentation des politiques.

Ainsi, la politique agricole commune est en grande partie mise en œuvre par des organismes nationaux; les politiques structurelles et de cohésion de l'Union sont conçues et mises en place en partenariat avec les régions; nombre de programmes sont exécutés au niveau national ou régional. En réalité, il n'existe guère de secteur de l'activité sociale et économique qui n'est pas touché par la politique et la législation de l'Union européenne et où les autorités des États membres ne participent pas à la gestion des affaires européennes.

Les citoyens ne le perçoivent cependant pas ainsi. L'appropriation par les citoyens européens des structures qui régissent leur vie reste faible. Rares sont ceux qui font la distinction entre les diverses institutions, la plupart pensent que les politiques nationales et européenne constituent des mondes séparés et tout est brouillé par le recours à cette notion abstraite qu'est «Bruxelles». Mais à la vérité, «Bruxelles», c'est nous tous.

L'interaction entre le pouvoir national et la prise de décision au niveau de l'Union s'est considérablement accrue ces dernières années. La coordination macroéconomique, les lignes directrices pour l'emploi et le processus de Cardiff sur les réformes structurelles attestent la réalité d'un processus de gouvernance européenne dans lequel la coordination des politiques nationales et communautaires permet de se complèter et de se renforcer mutuellement.

Les défis majeurs du siècle nouveau, tels que la mondialisation, le vieillissement de la population, la révolution de l'Internet, la création d'emplois et l'inclusion sociale, exigent un approfondissement de ce processus. Pour gérer la gouvernance européenne, nous devons disposer d'institutions fortes, d'une vision collective et d'une force d'impulsion. Mais cela nécessite également un contrôle démocratique et la participation pleine et entière de nos citoyens.

Dans son avis sur la conférence intergouvernementale, la Commission a indiqué clairement que l'Union a besoin d'institutions solides et efficaces, capables d'établir un lien avec nos citoyens, particulièrement dans la perspective de l'élargissement. L'Union élargie devrait être à la fois plus vaste et plus forte. Le niveau d'ambition de la CIG devra permettre de satisfaire les aspirations à la paix, à la stabilité et à la prospérité de plus de 500 millions d'Européens. Il lui faudra aussi empêcher la dilution des réalisations passées.

La Commission doit demeurer la force motrice de ce processus, tant par sa vision que par son action. La Commission entend se concentrer davantage sur ses fonctions fondamentales, que sont la conception et l'initiative politiques, l'application du droit communautaire, le suivi de l'évolution sociale et économique, l'incitation, la négociation et, le cas échéant, l'élaboration de la législation. Actuellement, près de la moitié des fonctionnaires de la Commission sont entièrement absorbés par des tâches d'exécution, par la mise en œuvre des politiques ainsi que par la gestion et le contrôle des programmes et des projets.

Il nous faut définir clairement nos priorités et les faire correspondre aux ressources humaines et financières rendues disponibles. Nous devons utiliser ces ressources de manière aussi efficiente que possible. Le Livre blanc sur la réforme donnera un nouvel élan au processus. Ce recentrage sur les activités fondamentales ne saurait toutefois être le fait de la seule Commission. Il nécessite un niveau d'engagement équivalent de la part du Conseil et du Parlement. Il en va de même de l'application du principe de subsidiarité.

Toute nouvelle forme de gouvernance européenne devra s'organiser autour de la délégation et de la décentralisation des activités courantes d'exécution. Dans une Europe élargie, il nous faudra en outre repenser à la fois le contenu de nos politiques et les modalités de leur mise en œuvre.

La gouvernance européenne doit donner à l'Union européenne les moyens de s'affirmer en s'exprimant d'une seule voix sur la scène mondiale, malgré notre système institutionnel et notre structure à trois piliers. Nous avons beaucoup à offrir, grâce à notre expérience en matière d'intégration et à notre modèle social unique.

Nous sommes un acteur mondial et un leader dans les domaines du commerce, de l'aide et des finances. L'Union n'est cependant pas pleinement représentée au sein des institutions financières internationales et des agences des Nations unies. Il convient de corriger cette anomalie. La politique naissante de l'Europe en matière de sécurité et de défense est un motif supplémentaire pour elle de chercher à s'exprimer d'une voix forte et cohérente, tant sur notre continent qu'au-delà.

Avant tout, nos citoyens doivent, à tout moment, être parties prenantes dans la conception et la mise en œuvre des politiques. La Commission actuelle respectera par conséquent son engagement de transparence et de responsabilité.

La société civile joue, dans ce cadre, un rôle crucial. La Commission présentera sous peu une initiative sur la manière de renforcer la voix de la société civile dans l'élaboration et la mise en œuvre des politiques, afin d'assurer une représentation appropriée de la diversité sociale et économique de l'Europe au niveau de l'Union.

Pour contribuer à promouvoir de nouvelles formes de gouvernance européenne, la Commission entend publier un Livre blanc.

1.Stabiliser notre continent et renforcer la voix de l'Europe dans le monde

L'Europe est confrontée au triple défi des bouleversements géopolitiques, de la maîtrise de la mondialisation et de la faiblesse du système international.

L'Europe est au centre d'importants changements géopolitiques. Cette évolution est porteuse d'espérance et de renouveau, mais également source d'incertitude et d'instabilité.

Nos objectifs sont de stabiliser le continent et de faire partager nos valeurs essentielles. Notre ambition doit être d'exporter notre stabilité et notre prospérité.

Pour ce faire, nous devons poursuive notre stratégie d'élargissement qui constitue une opportunité unique d'élargir notre espace de liberté, de stabilité, de prospérité et de paix. Nous n'élargissons pas seulement un espace marchand, mais un ensemble régional inédit, dont les peuples partagent les mêmes valeurs et les mêmes ambitions. La Commission s'attend à ce que les premières nouvelles adhésions aient lieu avant la fin de son mandat. Les candidats doivent cependant être jugés sur leurs mérites individuels et tous les instruments disponibles doivent être mobilisés pour appuyer leurs efforts. Une telle ambition ne va pas sans implications majeures pour nos institutions et nos politiques.

Il nous faut aussi mettre en place de véritables partenariats stratégiques avec les pays qui jouxteront les frontières de l'Europe élargie. Celles-ci ne doivent pas devenir une nouvelle ligne de fracture entre stabilité et prospérité, d'un côté, et instabilité, conflits et retard de développement, de l'autre. Le processus de stabilisation et d'association des Balkans doit être poursuivi, en vue du rapprochement de ces pays des structures de l'Union; la coopération avec la Russie et l'Ukraine doit être renforcée, dans la ligne de notre stratégie commune, et les relations développées avec les pays du Caucase; en Méditerranée, le processus de Barcelone est la colonne vertébrale d'une stratégie d'ensemble, englobant un soutien accru au processus de paix au Moyen-Orient et le renforcement de nos relations politiques avec les pays du Maghreb. À terme, il devrait permettre la création d'un partenariat fondé sur l'État de droit et le développement durable.

La mondialisation offre des possibilités nouvelles pour les échanges, l'investissement et le développement technologique. Elle génère cependant certains effets négatifs. Le processus s'est notamment montré plus exclusif qu'inclusif et a renforcé les inégalités entre pays et, au sein des pays, entre groupes sociaux et entre régions. En outre, l'apparition d'opérateurs mondiaux aux stratégies globales peut conduire à la marginalisation des mécanismes démocratiques et à la remise en cause des politiques de développement durable.

L'objectif de l'Europe doit être de rendre la mondialisation compatible avec l'intérêt commun de la société. Comme l'a clairement montré la crise de l'année 1997, ce processus ne peut être abandonné à lui-même. Il faut en maximiser le potentiel et en minimiser les effets non désirés. L'Union peut apporter une contribution essentielle à la réforme de l'architecture économique internationale et à la création d'un mécanisme de gouvernance collective.

L'Union doit œuvrer à une cohérence accrue dans la conduite de l'économie mondiale, à une intégration progressive des pays en voie de développement, à un développement durable et à la définition de nouvelles "règles du jeu", essentielles pour que les bénéfices de la mondialisation soient équitablement répartis et profitent au plus grand nombre. Il convient de mettre sur pied un socle minimum pour la concurrence, les normes sociales et environnementales et les investissements.

L'Europe confirme son intérêt stratégique pour la relance du Cycle du millénaire et, à la lumière de la réunion de Seattle, dans la réforme du fonctionnement de l'Organisation mondiale du commerce.

La faiblesse du système international, la multiplication des conflits, l'extension de la pauvreté, la prolifération du crime organisé, exigent une action décisive de l'Union.

Notre objectif doit être de faire de l'Europe un acteur global, dont le poids politique serait à la mesure de la puissance économique; un acteur capable de s'exprimer d'une voix forte et de faire la différence dans la conduite des affaires internationales.

Nous devons tirer parti des nouvelles dispositions du Traité et développer une véritable politique étrangère de l'Union , en étroite liaison avec le Haut Représentant. Nous devons aussi développer nos moyens civils et militaires dans le cadre d'une politique de défense et de sécurité. Dans ce processus, la Commission entend jouer pleinement son rôle de contributeur politique, et non pas seulement de simple soutien technique. Cela implique notamment la mise sur pied d'un système de prévention et de gestion des crises intégré aux instruments communautaires et la création d'un fonds de réaction rapide pour les crises non militaires.

L'Europe doit aussi renforcer son rôle de partenaire solidaire avec les pays en voie de développement et recentrer son action sur la lutte contre la pauvreté. La projection à l'échelle mondiale de nos valeurs essentielles et la poursuite de notre objectif de développement durable doit se traduire par une solidarité forte, soutenue par une politique commerciale soucieuse des intérêts partagés. Au-delà de la coopération au développement, notre objectif doit être d'intégrer ces pays dans l'économie mondiale et d'encourager les bonnes stratégies internes. Cet objectif doit s'exprimer par une cohérence accrue de l'ensemble de nos politiques ayant un impact sur les pays en voie de développement. Cette cohérence renforcée passe aussi par une coordination et une complémentarité accrues avec les actions des États membres.

Dans son action extérieure, la Communauté est souvent amenée à mettre en œuvre des programmes d'aide. La crédibilité de l'Union et la poursuite de ses objectifs stratégiques passent nécessairement par une nette amélioration de l'efficacité et de l'impact de ces actions. La Commission entend s'attaquer avec détermination à ce problème. Elle compte sur les autres institutions pour l'aider à instaurer un système plus simple et plus opérationnel.

1. Vers un nouvel agenda économique et social

L'Europe devient une entité économique unique. En tant que première puissance commerciale et principal créancier du monde, l'Union européenne est un acteur important de l'économie mondiale. Sa croissance soutient largement la comparaison avec celle des États-Unis sur le long terme. Néanmoins, ces dernières années, les taux de croissance et d'emploi aux États-Unis ont été supérieurs à ceux de l'Union.

L'Europe doit devenir une économie compétitive sur le plan mondial, fondée sur la connaissance et l'innovation et sur une stratégie de développement économique durable. Le Marché unique et la monnaie unique confèrent à l'Europe la masse critique nécessaire pour exploiter au mieux les marchés mondiaux et la révolution technologique. La base scientifique et technologique de l'Europe est solide, mais la sous-exploitation des ressources est sa plus grande faiblesse. Nous devons libérer notre potentiel.

C'est dans le domaine de l'emploi que cette nécessité se manifeste avec le plus d'acuité. Actuellement, plus de 15 millions de personnes sont à la recherche d'un travail. Le chômage est la principale source de pauvreté et d'exclusion sociale. Cela représente pour nos systèmes de sécurité sociale une pression inacceptable. À l'avenir, les personnes en âge de travailler, dont les contributions sont nécessaires pour subvenir aux besoins de la population non active, seront moins nombreuses.

L'Europe est devancée par ses principaux concurrents, notamment les États-Unis, pour ce qui concerne le passage au commerce électronique et l'adoption de nouvelles technologies créatrices de richesses, en particulier les technologies de l'information. Toutefois, dans d'autres secteurs comme les communications mobiles, l'Europe occupe une position de pointe.

L'énergie constituera un facteur essentiel de la compétitivité et du développement économique de l'Europe. La Commission lancera un débat sur l'énergie, et en particulier sur la question des sources d'approvisionnement qui conservent une importance stratégique.

L'Union doit se doter d'un nouvel agenda économique et social, afin de construire une économie fondée sur le savoir, à la fois concurrentielle et inclusive, qui soutienne une croissance forte et soutenue, le plein emploi et la cohésion sociale.

Le contexte macroéconomique y est favorable, puisque l'économie européenne devrait enregistrer une croissance rapide au cours des prochaines années. L'euro a favorisé l'acceptation universelle d'une "culture de stabilité économique" - consensus sur la stabilité des prix, la santé des finances publiques et la modération salariale. La pleine mise en œuvre de cette culture de stabilité nous amènera à y ajouter une culture du dynamisme, encourageant l'innovation et un développement durable au cours de la prochaine décennie.

Les priorités d'une action coordonnée au niveau de l'Union européenne et des États membres sont les suivantes.

  • Viser le plein emploi en tant qu'objectif de la politique économique et sociale et ramener le chômage aux niveaux déjà atteints par les pays les plus performants à cet égard.

  • Créer un nouveau dynamisme économique par une réforme économique des marchés du travail, des biens et des capitaux, visant à stimuler l'innovation et l'esprit d'entreprise. Cette réforme sera favorisée par une application rigoureuse des règles de concurrence et par la poursuite de la coordination des politiques fiscales. Le passage à la société de l'information devrait bénéficier sur le plan politique de la même énergie et de la même attention que celles qui ont été consacrées au lancement du Marché unique et de la monnaie unique. Il appartiendra au prochain Conseil européen spécial, qui se tiendra à Lisbonne, de donner de l'élan aux réformes nécessaires.

  • Assurer la sécurité et la viabilité des pensions en combinant des réformes créatrices d'emplois, l'augmentation de l'assiette des contributions et le réexamen des régimes de retraite, compte tenu de la nouvelle situation démographique et de santé en Europe. Les États membres doivent rester responsables de la modernisation des systèmes de protection sociale, mais l'aboutissement de la réforme est une question d'intérêt commun. Le rôle de l'Union européenne est de soutenir les efforts de modernisation des États membres.

  • Mettre en place une stratégie européenne visant à lutter contre l'exclusion sociale, à faire reculer la pauvreté et à réduire les disparités qui existent entre les régions et territoires de l'Europe. À cet effet, la Commission élargira son agenda social pour les années à venir. Elle s'efforcera d'intégrer les actions communautaires concernant l'emploi, l'environnement de travail, la protection sociale, le dialogue social, l'égalité des chances, la lutte contre la discrimination et la promotion de l'inclusion sociale. La Commission encouragera les États membres à viser des objectifs ambitieux mais réalistes.

  • Examiner la qualité des dépenses publiques et la viabilité à long terme des finances publiques. La qualité et la structure des finances publiques sont des éléments importants de la contribution que le secteur public peur apporter à la croissance et à l'emploi. Nous devons aussi faire en sorte que la tendance suivie par nos finances publiques soit viable. Dans le cadre du Pacte de stabilité et de croissance, la Commission est prête à présenter des propositions visant à approfondir et élargir le contrôle dans ce secteur.

  • Stimuler la recherche européenne, en améliorant la cohérence et l'efficacité de la recherche au niveau national. La Commission poursuivra le débat récemment lancé sur l'indispensable création d'un Espace de recherche européen.

  • Encourager l'investissement en capital humain, en préparant les jeunes à une société fondée sur le savoir et en développant les industries de l'audiovisuel et des médias.

  • Il est également nécessaire de développer et de renforcer le modèle agricole européen pour accroître la compétitivité de ce secteur, garantir sa durabilité et promouvoir les zones rurales.

1. Une meilleure qualité de vie pour tous

Au-delà des préoccupations concernant l'emploi, la situation économique et la nécessité d'une société juste, les citoyens attendent de plus en plus de l'Europe qu'elle contribue effectivement à l'amélioration de notre qualité de vie et à l'affirmation de la citoyenneté européenne par la reconnaissance de la richesse et de la diversité de notre héritage culturel.

Les problèmes de criminalité et de sécurité personnelle ne s'arrêtent plus aux frontières nationales. Les citoyens européens s'attendent à ce que leurs droits soient protégés et appliqués où qu'ils soient dans l'Union.

L'Union doit accélérer la création d'un espace de liberté, de sécurité et de justice, où le citoyen se sente protégé et où il puisse exercer effectivement ses droits. La Commission poursuivra les préparatifs d'une Charte européenne des droits fondamentaux et formulera des propositions pour mettre en œuvre l'ambitieux programme arrêté par les États membres à Tampere, destiné faire de l'Union un espace de liberté, de sécurité et de justice. La Commission entend notamment proposer le développement d'une véritable politique européenne d'asile et d'immigration. Elle souhaite renforcer l'assistance et la coopération judiciaires et développer une approche efficace de lutte contre toutes les formes de criminalité.

La dégradation de l'environnement atteint un niveau inquiétant, et le mode actuel de développement n'est pas soutenable. Elle provoque une inquiétude et une indignation réelles. Elle appelle une réaction collective et déterminée.

La réponse de l'Union à ces attentes est multiple. Elle doit d'abord être une stratégie de développement durable, qui concilie développement environnemental, progrès social et croissance économique durable. La réunion de suivi, dix ans après le Sommet de Rio, devrait marquer un nouveau départ vers une stratégie de développement durable au niveau mondial. Les objectifs majeurs sont de nouveaux progrès dans l'intégration des questions d'environnement dans les autres politiques et secteurs économiques, des résultats tangibles, en Europe et dans le monde, en ce qui concerne les engagements pris à Kyoto et de nouveaux efforts dans la lutte contre le changement climatique. En outre, notre législation environnementale doit être améliorée, complétée et pleinement mise en œuvre.

Les citoyens insistent à juste titre sur la nécessité de normes plus exigeantes en matière de sécurité alimentaire. Ils sont inquiets de l'impact des nouvelles technologies et des nouvelles façons de travailler dans une Europe dont les frontières internes s'estompent. Ils attendent que leurs droits soient renforcés dans un marché intégré.

La Commission entend mettre en œuvre les propositions de son Livre blanc sur sécurité alimentaire et sur la création d'une autorité européenne dans le domaine alimentaire. La Commission a l'intention de promouvoir une plus grande confiance des citoyens et consommateurs, notamment dans le domaine du commerce électronique.

Ils attendent aussi que l'Europe réponde aux problèmes de transport, de sécurité et de retard dans le trafic aérien ou de congestion urbaine, en apportant une solution qui concilie les besoins de transports sûrs et de mobilité renforcée et les défis environnementaux.

La Commission entend réaliser une véritable intégration de l'espace européen des transports, à travers notamment la création d'un espace aérien unique et le développement des réseaux transeuropéens. À cet effet, elle exploitera les nouvelles technologies permettant de poursuivre le développement d'un système intelligent et multimodal de transport. Elle proposera également la création d'une Autorité européenne pour la sécurité aérienne. Par ailleurs, elle a l'intention de renforcer les normes de sécurité et la formation dans le secteur maritime.

1. Conclusion

Les cinq années de la Commission Prodi seront une ère de grand changement. L'Europe sera plus étroitement intégrée, alors que l'Union s'engagera dans un processus d'élargissement qui aboutira en définitive à la [ré]unification de l'Europe.

Dans cette voie, plusieurs repères importants sont d'ores et déjà en place. La Conférence intergouvernementale doit s'achever à la fin de cette année. Les pièces et billets en euros seront émis en janvier 2002 et, en fin d'année, l'Union sera en mesure de s'ouvrir à de nouveaux membres. Les élections au Parlement européen auront lieu en juin 2004. La préparation à l'élargissement et à ses conséquences jettera également les bases de la révision des perspectives financières de l'Union au plus tard pour 2006.

La Commission est prête à agir. Nous voulons être jugés sur nos résultats pendant les cinq prochaines années, en particulier sur le succès avec lequel nous mettrons en œuvre les priorités indiquées dans le présent programme.

  • Nous mènerons à bien nos réformes internes, en nous recentrant sur nos tâches essentielles.

  • Nous conduirons avec vigueur les négociations d'élargissement et nous contribuerons au développement d'une coopération avec nos voisins immédiats.

  • Nous mobiliserons les forces de la mondialisation au profit des besoins du monde et du développement durable, par le lancement d'un cycle du Millénaire global.

  • Nous œuvrerons résolument à l'établissement d'un nouvel agenda économique et social visant à accroître la compétitivité et à créer des emplois.

  • Nous nous emploierons à faire de l'Europe un lieu de vie meilleur et plus sûr, en menant une action dans le domaine de l'environnement et en mettant en œuvre l'agenda de Tampere et les mesures contenues dans le Livre blanc sur la sécurité alimentaire.

  • Nous serons en première ligne dans le débat sur le fonctionnement d'une Europe élargie, afin de réconcilier la diversité et la décentralisation avec la nécessité d'institutions fortes et d'une action coordonnée.

La réussite ne sera véritablement au rendez-vous que si toutes les institutions travaillent de concert et si l'opinion publique croit en l'Europe. La faible participation aux dernières élections du Parlement européen montre à quel point il faut regagner la confiance des citoyens dans tout le processus d'intégration.

La tâche qui nous attend est considérable. Mais en agissant ensemble, nous Européens, avec les liens étroits qui nous unissent et la forte identité qui est la nôtre, nous sommes capables de faire face. Nous pouvons aborder le nouveau siècle avec optimisme et confiance.

Mettons-nous au travail pour donner forme et vie à la Nouvelle Europe.


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