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Leila Ben Gacem: "Il existe une économie du partage, dont tout le monde peut tirer profit"

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Changer la manière de faire des affaires. L’ambition de Leila Ben Gacem est à la hauteur de son engagement. Cette tunisienne de 48 ans, ancienne ingénieure biomédicale diplômée de l’université de Boston, a travaillé pendant plus de dix ans pour de grandes multinationales, hors de son pays d’origine. « J’ai toujours eu dans l’idée de changer de vie, avoue-t-elle, mais je pensais que j’attendrais la retraite pour sauter le pas.

» Son « obsession » pour l’entreprenariat social l’a poussée à quitter ses fonctions bien plus tôt. En 2006, elle fonde son propre cabinet de consulting, Blue-Fish. « Je ne me sentais pas à l’aise dans ce que je faisais, raconte-t-elle. Je voulais que mon action ait un impact social, je voulais créer des solutions innovantes et durables pour améliorer le quotidien des gens autour de moi. »

Leila revient s’installer en Tunisie et entame la rénovation d’une maison dans la médina de Tunis, afin d’ouvrir des chambres d’hôtes. A travers ce projet, axé sur la mise en valeur du patrimoine local, elle a trouvé le moyen de mettre en œuvre sa vision de l’entreprenariat. « On a tendance à sous-estimer le potentiel de la culture et du patrimoine à soutenir le développement économique et à créer des opportunités d’emploi, estime-t-elle. En tant qu’entrepreneure social, je n’investis que si je pense obtenir un retour sur investissement social. Cela transforme la conception de ce que l’on appelle communément le business. » Le chantier de Dar Ben Gacem a été en partie géré par l’Association de sauvegarde de la Médina et a permis de mettre en avant le savoir-faire de nombreux maître artisans locaux. Il a fallu plusieurs années de travail pour achever la réhabilitation des lieux, Leila ayant en grande partie financé les travaux grâce à ses économies et aux profits de son cabinet. Les fonds ont manqué par moment, les démarches administratives ont souvent été difficiles, mais rien n’a pu entamer l’engagement de Leila. « L’esprit de communauté a mis du temps à se développer, avoue-t-elle. Il y a toujours une méfiance vis-à-vis de l’entrepreneur, dont l’unique but serait de faire du profit. Avec le chantier de Dar Ben Gacem, nous avons réussi à surpasser cela, en faisant la démonstration qu’il existe une économie du partage, dont tout le monde peut tirer profit et devenir un partenaire, sur un pied d’égalité. »

Au-delà de sa propre entreprise, Leila entend se servir de ce premier succès afin de créer une nouvelle dynamique économique dans la médina de Tunis, basée sur le patrimoine et la culture. Outre un journal participatif en ligne centré sur la vie du quartier et un espace de coworking, elle fait également partie de l'équipe d'organisation du Festival Interférence, dont la première édition a eu lieu en septembre 2016. Une trentaine d’artistes tunisiens et internationaux, spécialistes du « light art » ont travaillé dans plusieurs bâtiments abandonnés du cœur historique. « Nous voulions redonner vie à la médina le soir, explique Leila. Durant trois jours, plus de 10 000 personnes ont sillonné des ruelles qui sont habituellement sans vie, entre 20h et minuit. » Le recours massif au volontariat a permis de limiter drastiquement les coûts d’organisation de la manifestation. Les artistes eux-mêmes, nourris et logés chez l’habitant, n’ont pas été payés pour participer. « Le Festival Interférence est le symbole de ce que peut faire la société civile par elle-même, lorsqu’elle se prend en main, souligne Leila. C’est un symbole d’espoir. »

En pleine préparation de la 2e édition d’Interférence, oscillant entre la gestion de sa maison d’hôtes et de son cabinet de consulting, Leila trouve tout de même le temps de réfléchir à d’autres projets en faveur de la médina. Parmi ceux-là, l’ouverture d’une école nationale des métiers de construction lui tient particulièrement à cœur. « J’espère trouver rapidement assez de financements pour ouvrir des chantiers-écoles, précise-t-elle. Ils permettront à la fois de rénover plusieurs bâtiments historiques laissés à l’abandon dans la médina et de transmettre le savoir-faire des maîtres artisans à des jeunes motivés pour reprendre le flambeau de la mise en valeur du patrimoine national. »

Auteur: Bastien Koch, Association Internationale des Maires Francophones, membre du Forum Politique pour le Développement

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