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Quand la solidarité est criminalisée

La conférence « La société civile soutient les réfugiés et les migrants : décriminaliser la solidarité et apporter une entrée humanitaire » organisée par le CESE a réunit des activistes, avocats, ONG et des représentants de la Commission européenne.

40 jours de prison ou une amende de 3 300 € pour avoir offert du café, une viennoiserie et pour avoir déposé une famille de réfugiés à la gare. C'est ce que l'activiste Mikael Lindhom et sa femme ont connu après avoir aidé l'une des nombreuses familles de réfugiés à être arrivées au Danemark en 2015. « Ma femme m'a appelé en me disant qu'elle voyait tous ces migrants sur la route et que sa voiture était vide, j'ai demandé à un policier si cela poserait un problème si je les déposais à la gare et il m'a dit qu'il ne savait pas ». Donc, ma femme les a conduit à leur maison où ils ont mangé des roulés à la cannelle. Cette famille syrienne avait pris l'avion à Damas avec leurs 2 enfants dans l'espoir d'arriver en Suède où ils ont de la famille. So, Mikael Lindhom les a déposé à la gare où il leur a acheté des billets de train. Un mois plus tard, ils étaient attaqués et condamnés pour « passage de clandestins ».  « Nous sommes restés sous le choc, comment le fait d'aider quelqu'un peut-il est illégal ? ». « Les autorités n'étaient absolument pas préparées ; on ne peut tout simplement pas les laisser dans les rues », a dénoncé Mikael. Maintenant, après avoir épuisé les options légales au Danemark, le couple danois pense à faire appel à la Cours européenne des Droits de l'Homme. Lindholm est heureux car la famille syrienne a désormais intégré la Suède, « ils nous ont même rendu visite il y a un mois ».

 

Le cas de cet activiste danois illustre la criminalisation des individus et des organisations qui viennent en aide aux migrants. Mais ce n'est pas une exception. Paula Schmid Porras est l'avocate de 3 pompiers espanols qui sont condamnés à 10 ans d'emprisonnement pour avoir secouru des personnes dans la mer Méditerranée. « A la fin de l'année 2015, mes clients ont décidé d'aller à Lesbos après avoir vu à la télé que plus de 400 personnes débarquaient chaque jour sur la côte grecque ». Ils ont secouru des embarcations qui coulaient avec l'ONG POEM-Aid, en coopération avec les gardes-côtes grecs. Une nuit, après avoir cherché en vain un bateau de 50 personnes, ils se sont fait arrêter pour « transport illégal de clandestins pour entrer en Grèce et possession d'armes ». L'arme, a clarifié l'avocate « était un petit couteau qu'un sauveteur professionnel doit avoir avec son gilet de sauvetage ». Elle a décrit ce cas d'« absurde » car le droit international de la mer stipule que lorsqu'on a sait qu'un bateau est en train de couler, « tu as le devoir de lui porter secours ».

 

Pour éviter la criminalisation des personnes qui aident les migrants, l'avocate Schimd a souligné l'importance d'inclure dans la directive européenne de la lutte contre la traite des êtes humains (disponible en anglais) une exception obligatoire lorsqu'il s'agit de la cause humanitaire. De nos jours, la « cause humanitaire »  existe mais son application est volontaire par chaque Etat membre. 

 

En réponse à cette demande, Agnieszka Sternik, conseillère politique de la Direction générale de l'immigration et des affaires intérieures a déclaré que plutôt que d'« essayer de rendre la cause humanitaire obligatoire, la Commission européenne préfère travailler main dans la main avec tous les acteurs, y compris les autorités nationales, les autorités policières, des associations de défense des droits de l'homme et la société civile pour une meilleure compréhension et application de la loi ». Elle a rappelé que les 7 Etats membres qui sont en première ligne en termes d'accueil de migrants (dont l'Espagne, l'Italie, Malte et la Grèce) ont choisi d'inclure  « quelques formes de cette dérogation ». Sternik a souligné que les nombreux documents adoptés par les institutions européennes ont déclaré qu'« aucune personne qui apporte une aide humanitaire doit être punie ».

 

Cependant, selon les trouvailles de Jennifer Allsopp, candidate au doctorat du départmement des politiques sociales, d'intervention, et d'études des réfugiés de l'Université d'Oxford, « au cours des 2 dernières années, nous avons remarqué une augmentation de la criminalisation des ONG ». A Calais en France, ou dans les villes italiennes, les autorités ont utilisé les lois de santé et de sécurité « pour empêcher aux personnes donnent de la nourriture aux migrants en situation irrégulière ». En Grèce, apporter un simple abri ou assistance médicale aux réfugiés est considéré comme une violation de l'espace public.

 

Jennifer Allshopp a souligné le fait que « le climat général de détresse et d'hostilité envers les organisations stigmatise leur travail et dissuade les financeurs et volontaires ». Un exemple flagrant est ce politicien britannique qui a déclaré à la télévision que « les personnes qui aident les réfugiés ont du sang sur les mains car chaque enfant migrant que l'on aide encourage un autre à venir ». Comme l'a déclaré la chercheuse, « aucune aide à la diginité humaine n'est perçue comme un facteur d'attraction pour les migrants ». Dire que nous sauvons l'avenir des enfants qui pourraient venir en aidant les réfugiés est une « logique perverse ».

 

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Qu'est-il fait pour sécuriser les routes légales pour rejoindre l'Europe ? 

 

En 2016, 40 000 personnes ont été relogées, une augmentation en comparaison avec les 8 000 personnes en 2015 et 6 500 en 2014. Aleksander Romanovic, le conseiller politique de la Direction générale de l'immigration et des affaires intérieures, a expliqué que cette augmentation coincide avec la mise en oeuvre des programmes de relocalisation au niveau européen (2015), agréés par les 27 pays. Cependant, M. Romanovic a souligné que la responsabilité parmi les Etats membres est toujours « inégalement partagée, car 10 pays n'ont relogé personne au cours des 2 dernières années, principalement pour des raisons politiques ».

 

Selon Sabrina Le Noach, en charge de projet migration à la Croix Rouge, il y a environ 65 millions de personnes déplacées, donc les chiffres européens doivent diminuer pour répondre aux besoins humanitaires. C'est pourquoi elle a insisté sur l'importance de renforcer les outils tels que le regroupement familial et les visa humanitaires. « Le regroupement familial est un droit mais il y a des obstacles tels que les frais de procédure, la difficulté à obtenir un test ADN ou un visa, et la lenteur des procédures qui peuvent prendre jusqu'à 3 ans ».

 

 

Un « outil permettant de sauver des vies rapidement » pour les personnes qui ont un besoin immédiat de soins est levisa humanitaire. Le principal obstacle auquel Mme Le Noah fait référence est le « manque de clarté des procédures et des délivrances des visas et un manque de volonté politique ». Elle a qualifié de « décevante » la décision de la Cour de justice européenne qui déclare que la responsabilité de la délivrance des visas humanitaires revient aux Etats membres, mais elle espère que « la Commission européenne trouvera des moyens de soutenir les visas humanitaires ». 

 

En plus de cela, Petra Hueck de l'ICMC Europe a dit que même si le contexte politique n'a pas été très favorable pour les migrants, nous avons remarqué que la société civile souhaite accueillir les réfugiés. Ils encouragent le mécénat privé, inspiré par le modèle canadien. Ce sont des groupes d'individus ou organisations qui prennent en charge les frais annuels d'hébergement et le soutien financier des réfugiés, et ensuite l'Etat prend la relève.

 

Un autre exemple sont les couloirs humains que la Fédération européenne de la communauté de Sant'Egidio a établi en Libye, en Liban et en Ethiopie. Son agent de liaison, Céline Francis, a expliqué qu'il s'agit d'une initiative auto-financée, négociée en plus du quotas de réinstallation prévu par chaque gouvernement. « En tant qu'organisation, nous identifions les potentiels bénéficiaires et ensuite les autorités consulaires accordent le visa si les conditions sont respectées ». Puis, ils prennent en charge le coût de la vie de cette personne pour 1 an. En 2013, le premier couloir humain a été créé entre le Liban et l'Italie pour 1 000 personnes. Saint-Marin a accueilli 8 personnes, l'Italie recevra 500 personnes d'Ethiopie et bientôt 500 personnes en provenance du Liban voyageront jusqu'en France. Aujourd'hui, il y a des discussions avec l'Espagne, la Pologne et la Belgique pour établir des couloirs humains de façon à prévenir les potentiels décès lors de la traversée de la mer Méditerrannée. 

 

Pour mettre un visage sur ces chiffres, Céline a raconté l'histoire de deux femmes. « La première avait 27 ans lorsqu'elle s'est retrouvée emprisonnée dans un pays en guerre, puis relachée par un soldat et sauvée par une famille. La seconde avait 40 ans, elle a quitté un pays en guerre pour arriver en Europe où elle a été aidée par un groupe confessionnel. La première était ma grand-mère, emprisonnée dans un camp de concentration Nazi, puis libérée par un soldat allemand et sauvée par une famille allemande. La seconde est Riyab, une syrienne qui a traversé de nombreux pays et qui vit désormais dans ma ville, avec le soutien de volontaires ». 

Publié: Mar., 18/07/2017 - 11:57


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