SPEECH/09/27
Jacques
Barrot
Vice-président de la Commission
Européenne
Troisième journée de la
protection des
données
Intervention de M. Jacques Barrot Mercredi 28 janvier 2009 –
Parlement Européen, Bruxelles
Plan du discours:
- Introduction
- 1. Le contexte informatique du 21ème siècle
- 2. Le cadre juridique existant au regard des nouvelles technologies
- 3. Complémentarité des responsabilités pour protéger la
vie privée de l'enfant
- 4. Le rôle de la Commission Européenne
- Conclusions
Introduction
- Heureux de participer à cette journée européenne pour la
protection des données, en tant que Commissaire responsable pour la pour la
protection des données ET pour la coordination de l’ensemble
de notre politique en matière des droits de l’enfant
- Saluer tout particulièrement les jeunes participants, Mme In’t
Veld, membre du Parlement européen, M. Vassallo, vice-président pour
les affaires européennes de Microsoft, et M Hustinx, Contrôleur
européen de la protection des données.
- La journée européenne pour la protection des données,
initiative de sensibilisation, est une réussite: année après
année, sa visibilité et sa popularité n’ont cessé de
croître, puisqu’un nombre toujours croissant de personnes et
d’organisations s’y associent.
- Pourtant, la question de la protection des données reste en
général mal connue des citoyens européens, qui, bien souvent,
ignorent leurs droits en la matière. La question de la sensibilisation est
cruciale: une personne qui ne connaît pas ses droits ne peut pas les
exercer, et c’est tout particulièrement vrai pour les jeunes.
- La thématique qui vous occupe aujourd’hui et qui revêt une
importance tout aussi grande pour l’Union européenne est donc
d’amener les jeunes à mieux protéger leur vie privée et
leurs données à caractère personnel lorsqu’ils surfent sur
Internet, en s’efforçant de les sensibiliser aux risques qu’ils
courent.
- Grand plaisir de voir le nombre de groupes et d’organisations
représentés ici et constater leur désir de célébrer
ensemble cette manifestation.
- Féliciter tous les jeunes qui ont participé à ce concours,
ainsi que toutes celles et tous ceux qui, par leur travail et leurs
contributions diverses, en ont permis l’organisation. Par avance,
félicitations aux vainqueurs, qui peuvent être fiers de leur
succès, ainsi qu’à tous les participants qui n’ont pas
gagné cette fois, pour tous les efforts qu’ils ont investis dans leur
projet.
1. Le contexte informatique du 21ème
siècle
- Les technologies continuent de progresser, offrant aux personnes un choix
toujours plus large de moyens de communiquer entre elles. Leur nouveauté et
les services qu'elles offrent ne manqueront pas d’attirer les jeunes
utilisateurs, qui en sont la cible de prédilection. Les adolescents ont en
effet une facilité remarquable à s'approprier tout nouveau produit
leur permettant de communiquer entre eux.
- La capacité de communiquer en temps réel s’est
considérablement accrue, grâce aux technologies permettant
l’échange d’informations par le biais de "blogs", de "forums",
de "chats" tels que "Messenger" ou "Skype", de "réseaux sociaux", tels que
"Facebook" ou "MySpace", ou encore de sites de partage de vidéos comme
"Youtube" ou "Dailymotion".
- Ces nouvelles possibilités sont passionnantes et offrent aux jeunes un
monde virtuel sans frontières.
- Or, ces nouvelles possibilités créent également de nouveaux
risques. Il convient donc d’être vigilant. L’échange de
messages entre amis et camarades de classe doit donc être entouré de
précautions – il faut avant tout être conscient que
l’espace par lequel transitent les informations, le transporteur du
message et les moyens par lesquels le message est transporté sont tous
inconnus. Ce qui est affiché sur l’internet peut être accessible
au monde entier, en permanence. Il ne peut plus en être retiré. Une
étude danoise rapporte par exemple que 31.5% des 12-18 ans, disent avoir eu
une mauvaise expérience sur Internet, principalement dues à des
messages reçus de la part d'inconnus.
- Les prestataires de réseaux sociaux collectent et utilisent les
données à caractère personnel, qui peuvent être des
informations sur les profils des utilisateurs, des données de trafic sur
l’usage de certains sites internet, etc. Plus la technologie est
avancée, plus il est important de faire respecter rigoureusement les
principes de la protection des données, tels que celui d'une finalité
spécifique, explicite et légitime ou l’obligation
d’informer les personnes concernées.
- Une enquête Eurobaromètre publiée en 2008 souligne l'ampleur
de la tâche: 80% des personnes interrogées pensent que le niveau de
sensibilisation des gens à la protection des données personnelles est
faible dans leur pays. Le même sondage Eurobaromètre a permis de
dégager certaines tendances en ce qui concerne les personnes
âgées de 15 à 24 ans: 33 % seulement ont conscience de leurs
droits sur leurs propres données à caractère personnel, et
18 % à peine connaissent l'existence des autorités nationales de
contrôle de la protection des données. 20 % seulement jugent
sûre la transmission des données à caractère personnel par
Internet.
- Pour sa contribution à la présente journée, la Commission a
fait procéder à une étude portant sur les outils employés
par les autorités des États membres chargées de la protection des
données pour promouvoir celle-ci. Selon les premiers résultats de
cette étude, 26 % de ces autorités organisent des actions de
sensibilisation dans les écoles, 44 % utilisent la technologie Web
pour leurs messages de sensibilisation et 33 % s’associent à des
actions civiques. Les autorités de protection des données conviennent
qu'elles doivent devenir plus proactives pour informer le public de ses droits,
et reconnaissent qu'il faudra concentrer leurs activités futures dans
certains secteurs, tel celui de l'éducation. Elles pourraient aussi
explorer les possibilités de mieux utiliser les mass media dans une
stratégie globale et crédible de sensibilisation.
- Dans ce contexte, votre initiative de sensibilisation - qui est un très
bon exemple d'un partenariat public-privé – montre tout son
intérêt et sa pertinence!
2. Le cadre juridique
existant au regard des nouvelles technologies
- La directive sur la protection des données de 1995 définit les
normes européennes de protection des données de toutes les personnes,
quelles que soient leur nationalité, leur lieu de résidence, mais
aussi – plus important pour ce panel - quelles que soit leur âge,
même si bien entendu l'application des règles doit tenir compte de la
capacité réelle de l'enfant.
- La Commission estime que ses principes généraux restent valables
et que le niveau de protection qu’elle a institué ne saurait
être réduit sans porter atteinte à ce droit fondamental
qu’est le respect de la vie privée dans l’Union
européenne.
- La situation actuelle néanmoins doit être améliorée et
je peux vous dire que j’ai l’intention de lancer une large
consultation afin de renforcer la protection des données. Nous devrons
réfléchir sur l'éventuelle nécessité de moderniser le
cadre juridique existant au regard des nouvelles technologies et répondre
aux nouveaux défis dont on parle aujourd'hui, que nous ne pouvons plus
ignorer et que nous devons absolument relever.
3.
Complémentarité des responsabilités pour protéger la vie
privée de l'enfant
3.1 Les jeunes
- Les jeunes gens doivent être encouragés, particulièrement
à un certain âge, à se sentir responsables de leur propre
sécurité dans le cyberespace, et assumer eux-mêmes la
responsabilité finale de leurs actes. Les excellents films
présentés par les différentes équipes aujourd'hui nous
montrent à quel point les jeunes sont capables de se saisir de cette
responsabilité, et de l'intégrer dans leur comportement, pour peu que
l'information et la sensibilisation à ces problèmes leur soient
proposées.
3.2 Les parents
- L’un des problèmes mis en lumière est que les parents ne
savent pas toujours ce que leurs enfants font sur Internet. En plus, les
destinataires des informations qui y sont publiées, ou les exploitants des
sites web ou d’autres plateformes, ne se rendent pas toujours compte que
les informations ont été envoyées par des enfants. Mais la
sensibilisation commence à la maison: même si, en matière
d’internet, il arrive que les enfants fassent preuve d’une
maîtrise technique supérieure à celle de leurs parents, ces
derniers peuvent néanmoins leur apprendre la prudence, quelle que soit
l’activité.
3.3 Les écoles
- La sensibilisation doit se poursuivre à l’école. Les
exploitants des outils technologiques modernes organisent parfois des
séances d’information sur le fonctionnement de ces instruments. Une
présentation faite ponctuellement par ces opérateurs, expliquant en
termes simples ce qu’il advient des informations une fois qu’elles
entrent dans le cyberespace, peut permettre aux enfants de mieux
appréhender ce que cela implique réellement. Les personnes qui
développent les technologies sont les mieux placées pour savoir
comment créer des protections appropriées et efficaces.
3.4 Les opérateurs
- Il faut suggérer aux opérateurs d'introduire des codes de
conduite, notamment lorsqu'ils exploitent des sites destinés à
certains groupes d’âge, ou lorsqu'ils savent ou devraient savoir, que
les enfants représentent un pourcentage important des utilisateurs de leurs
produits.
4. Le rôle de la Commission
Européenne
- La Commission européenne s'est mobilisée dans le domaine de
l'Internet pour tenter d'apporter des solutions et des garanties, sur 3 axes
différents :
4.1 Sensibilisation
- La Commission a pris des initiatives tendant à promouvoir un Internet
plus sûr. Elle a ainsi lancé, pour un coût total avoisinant les
150 millions d’euros, des programmes couvrant la période
1999-2013 et visant à combattre les contenus illégaux, à
promouvoir un environnement plus sûr et à sensibiliser le public.
- Dans la cadre de ce programme, récemment le Conseil et le Parlement ont
adopté le 16 décembre dernier une décision établissant un
programme communautaire pluriannuel visant à protéger
spécifiquement les enfants lors de l’utilisation de l’Internet
et d’autres technologies de communication.
- Le nouveau programme facilitera, à tous les échelons, la
coopération et l’échange d’expériences, ainsi que les
bonnes pratiques, sur les questions liées à la sécurité des
enfants en ligne. L’objectif du programme sera de promouvoir une
utilisation plus sûre d'Internet et d’autres technologies de
communication, notamment au profit des enfants, et de lutter contre les contenus
illicites et les comportements préjudiciables en ligne: la séduction
d'enfant (ou 'grooming') et l'intimidation d'enfants.
- Dans cette perspective, le programme sera axé sur une aide pratique aux
utilisateurs finaux, en particulier les enfants, leurs parents et leurs
éducateurs. Le programme visera à rassembler les différentes
parties concernées dont la coopération est essentielle, mais qui, en
l’absence de structures appropriées, ne se rencontrent pas
forcément. Sont notamment concernés: les organismes privés
liés aux technologies de l'information, les organismes réglementaires
à tous les échelons ainsi que les ONG compétentes.
4.2 Alerte, prévention et filtrage
- Dans le domaine technologique, le premier volet de notre programme "Internet
plus sure" a financé des projets de 1999 à 2004, à hauteur de 50
millions d'euros.
- Entre 2005 et 2008, un second volet «Safer Internet plus» a
financé des programmes pour rendre l’usage de l’Internet plus
sûr à hauteur de 45 millions d’euros
- A partir de 2009 un troisième volet sera doté de 55 millions
d’euros, dont le but principal est préventif (50% du budget). Par
ailleurs, près de 30% de cette somme a été utilisé à la
mise en place d'un réseau de "lignes directes": le public peut appeler ces
lignes pour signaler les contenus illicites. Devant le succès de ce
programme (plus de 9600 appels de pornographie enfantine avérée par
mois), d'autres pays non européens comme l'Australie, le Canada ou encore
les Etats-Unis ont rejoint ce réseau de lignes directes. Le programme a
favorisé aussi -à hauteur de 15% du budget- le développement de
systèmes de filtrage contre les contenus illicites sur Internet
empêchant ainsi les enfants de les voir sur l'écran.
4.3 Pénalisation
- La Commission mène à l'heure actuelle une réflexion sur le
cadre législatif européen en matière de lutte contre
l'exploitation sexuelle des enfants et la pédopornographie. Nous voulons
faire le point sur le niveau de protection que la législation actuelle
offre à nos enfants, et renforcer ses dispositions, notamment face aux
développements des nouvelles technologies. Nos instruments de droit
pénal doivent être à la hauteur pour faire face à la
sollicitation sexuelle des enfants ou aux nouvelles formes de diffusion de la
pédopornographie. C'est dans cet esprit qu'une proposition législative
sera présentée en mars 2009 (= révision de la décision cadre
sur la pédopornographie et l'exploitation sexuelle des
enfants).
En conclusion
Tout ensemble, acteurs responsables, nous devons nous assurer que les jeunes
puissent continuer à profiter des possibilités offertes par la
technologie moderne, sans courir de risque. Les jeunes participants à cette
initiative ont fait preuve de créativité et de talents remarquables,
pour nous montrer combien il est important pour eux de pouvoir continuer à
utiliser tous les nouveaux outils à leur disposition dans un contexte sur
et serein. Ils ont montré qu'ils comprennent les enjeux de la protection de
leur vie privée sur internet, et qu'ils sont capables d'intégrer des
comportements responsables face à ces dangers si nous leur en donnons les
moyens. Le potentiel technologique énorme d'Internet est une chance pour
les jeunes. Sans une plus grande sensibilisation de cette population
vulnérable, sans garanties fermes et sans stricte supervision, nous
risquons de voir tous ces talents gâchés, et cette
créativité mise à mal dans une société que nous ne
désirons pas. La sécurité et le respect de la vie privée des
jeunes doivent guider nos réflexions et nos actions pour les années
à venir.
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