Navigation path

Left navigation

Additional tools

Other available languages: EN

      Je suis très honoré que vous ayez invité le Président de la Commission
   Européenne à prononcer votre conférence annuelle en hommage à la  mémoire
   d'Alastair Buchan.
      Premier  Directeur  de cet Institut, il eut la tâche et le  mérite  de
   jeter  les bases d'une réputation de sérieux, qui n'a fait  que  croître.
   Grâce  à  la  qualité de sa recherche et de ses  analyses,  l'Institut  a
   beaucoup  apporté  au débat public sur les questions stratégiques  et  de
   sécurité.  Dès  ses  débuts, il a pensé à l'Europe comme en  témoigne  le
   rôle éminent qu'y joua, à l'époque, Raymond Aron.
      Les événements des derniers mois nous obligent à prendre du recul et à
   nous interroger, plus encore qu'hier, sur les fondements de la sécurité.
      Comment  se présentent, de mon point de vue, les aspects  de  sécurité
   dans l' intégration politique et économique de l'Europe ?
      La  guerre  du  Golfe a démontré, si besoin en  était  ,  les  limites
   d'influence  et  d'action  de  la Communauté  Européenne,  même  si  elle
   progresse  à  pas de géant vers son intégration économique,  même  si  la
   coopération  en  matière de politique étrangère a marqué des  points  ces
   deux dernières années.
      Ce  constat  n'est qu'un stimulant de plus pour aller vers  une  forme
   d'Union  Politique,  comportant  une  politique  commune  en  matière  de
   relations  extérieures  et  de  sécurité. Tel est le  but  assigné  à  la
   Conférence  Intergouvernementale  qui s'est ouverte à Rome,  en  décembre
   dernier, sur la base des orientations adoptées par le Conseil Européen.
      L'idéal  des pères de l'Europe était bien d'associer nos pays  et  nos
   peuples  dans  une  Communauté  mieux à même que  chacun  des  pays  pris
   séparément de concrétiser les valeurs qui leur sont communes, et capables
   de  les  défendre, là où elles sont menacées, de les  promouvoir,  là  où
   elles n'existent pas.
      En  d'autres termes, cette Conférence sera le test de  l'ambition  que
   l'Europe des Douze s'assigne dans le monde d'aujourd'hui et de demain. Un
   monde  d'ailleurs  semblable  à celui d'hier, ponctué de  progrès  et  de
   reculs,  de nouvelles coopérations et de nouvelles tensions. Un monde  où
   les  risques changent de nature ou d'origine, mais n'en  sollicitent  pas
   moins  les Européens, comme d'ailleurs tous les habitants de la  planète.
   L'interdépendance  croissante entre toutes les parties du monde est  sans
   doute  le  phénomène central qui doit être pris en compte,  lorsque  l'on
   traite  de politique étrangère ou de sécurité, comme lorsque l'on  aborde
   les grandes questions économiques, monétaires et commerciales.
      Les  opinions publiques doivent en être convaincues, ce qui, dans  nos
   démocraties, telles qu'elles sont, implique un niveau élevé de conscience
   des  enjeux  collectifs,  des  débats de grande  portée.  Pour  ma  part,
   j'avais,  depuis deux ans, mis en garde contre un excès d'euphorie né  de
   deux  événements  majeurs  pour notre Europe. Le  thème  mobilisateur  de
   l'après 1945 "plus jamais de guerre entre nous" avait porté l'espoir  des
   constructeurs de l'Europe. L'objectif est atteint, sachons à quoi nous le
   devons.  Plus  récemment,  l'effondrement  du  communisme  a  ouvert   la
   perspective  d'une  ère  de  paix, de liberté  et  d'échange  dans  toute
   l'Europe. Il nous reste à y travailler, patiemment et avec vigilance.
                                     - 2 -
      Mais  notre horizon ne peut se limiter à la grande Europe.  Autour  de
   nous,  les ambitions démesurées, les appétits de puissance, les  révoltes
   nationales,  le  sous-développement se cumulent pour créer  des  facteurs
   potentiels d'explosion, de déstabilisation et de conflits, alimentés  par
   la dissémination croissante des armes de destruction massive.
      Le défi est là pour la Communauté. Si elle veut être digne de  l'idéal
   qui l'inspire, elle doit affronter les défis de l'histoire et prendre  sa
   part  des  responsabilités politiques et militaires qui incombent  à  nos
   vieilles  nations,  lesquelles  ont toujours marqué  l'Histoire  de  leur
   empreinte.
      Les  turbulences  sont  donc  là,  les  risques  aussi.  La  politique
   européenne  de la Sécurité n'existe pas encore. Mais il faut en  débattre
   dès  maintenant, avec la volonté d'accélérer le  processus  d'intégration
   politique de l'Europe, seule réponse à l'accélération de l'Histoire.
      Mais  avant d'entrer dans une réflexion sur ce que pourrait  être  une
   politique  commune  de  défense, il faut la  réintégrer  dans  la  notion
   beaucoup  plus  large  de  sécurité, qui fait  appel  aussi  bien  à  une
   conception de l'ordre mondial qu'à la solidarité de nos systèmes sociaux.
   C'est  dire que le problème de la défense se pose différemment  que  dans
   les années '50, où les architectes de la construction européenne  avaient
   imaginé de mettre l'Europe politique sur les rails grâce à la création de
   la Communauté Européenne de Défense.
   Aujourd'hui,  il existe une dynamique de la construction européenne,  qui
   fournit certaines conditions favorables à de nouveaux pas en avant.
   I. LA SECURITE, UN CONCEPT GLOBAL
      Nous  vivons une de ces phases intenses de mutation dont  les  données
   s'imposent  à nous : la perspective d'un désengagement des  deux  grandes
   puissance  en Europe; les conséquences mondiales du changement de  nature
   du  duopôle  Etats-Unis/Union  Soviétique; ce duopôle  se  faisant  moins
   pressant  sur  le reste du Monde, la recrudescence des  tensions  et  des
   conflits; enfin, et pour ne citer que quelques paramètres essentiels,  le
   fossé qui se creuse entre le Nord et le Sud.
      On  évoque, comme toujours en période d'incertitude et de  menace,  la
   nécessité  d'un nouvel ordre mondial qui renforcerait les chances  de  la
   sécurité et de la paix.
   La sécurité ou le problème de respect du droit
      Faire  respecter  le droit dans les affaires  internationales,  tel  a
   toujours été le but poursuivi par tous les architectes d'un nouvel  ordre
   mondial. La Société des Nations, avant la dernière guerre, l'organisation
   des Nations Unies, aujourd'hui.
                                     - 3 -
      Répétons-le  : l'interdépendance croissante du monde relance le  débat
   sur,  sinon  un gouvernement mondial - perspective hors d'atteinte  -  du
   moins  l'établissement de règles favorisant la sécurité et l'échange,  la
   mise  au point de procédures de solution pacifique des conflits. Et  avec
   la  crise du Golfe a surgi une question encore plus délicate : au nom  de
   quoi  et  comment  faire  respecter, au besoin par  la  force,  le  droit
   international?
      La dimension tragique de l'Histoire fait surgir des doutes quant à  la
   possibilité,   non  seulement  de  répondre  intellectuellement   à   ces
   questions,  mais surtout de mettre en place des dispositifs réalistes  et
   efficaces.
      Pourtant,  nous n'avons pas le choix. Renoncer à cette tâche,  combien
   difficile, constituerait une sorte de démission collective et un mensonge
   à  l'égard  de  nos peuples, trop longtemps bercés  par  leur  prospérité
   matérielle,  trop  souvent  myopes à l'égard des grands  défis  qui  nous
   assaillent.  Il  faut leur rappeler que la démocratie et  la  liberté  se
   méritent,  qu'elles  sont  exigeantes,  qu'elles  réclament  cohésion   à
   l'intérieur, générosité et fermeté à l'extérieur.
      Ces  propos  s'appliquent  pleinement  à la  guerre  du  Golfe.  Faire
   triompher  le droit, et notamment celui lié à l'intégrité de chaque  Etat
   souverain - en l'espèce le Koweit, c'était vital. Mais comment le réussir
   pleinement, sans intégrer dès maintenant une vision de l'après-crise?  Il
   s'agit  de  combiner des réponses à des problèmes variés  et  d'une  très
   grande  complexité  :  la  solution  des  tensions  nées  des   problèmes
   palestiniens  et libanais; une garantie crédible donnée à chaque Etat  en
   ce  qui  concerne  sa propre  sécurité;  l'indispensable  diminution  des
   armements qui font de cette région une gigantesque poudrière; le  respect
   des droits des minorités, comme les Kurdes; l'organisation d'un espace de
   développement économique dans la perspective d'un progrès et d'un  avenir
   ouverts à tous les habitants de la région.
      Aujourd'hui,  le Golfe. Demain, une autre région du globe. La  manière
   dont  nous  contribuerons  à la solution de cette crise  sera  lourde  de
   conséquences, positives ou négatives, pour le renforcement de la sécurité
   dans le monde entier.
      Nous y jouons, sinon le sort, tout au moins la capacité d'influence de
   l'Organisation des Nations Unies. Celle-ci doit gagner, une fois que  les
   armes se sont tues, la bataille de la paix et, partant, démontrer qu'elle
   est en mesure de prévenir de nouvelles crises.
   La sécurité, un problème de société
      Tocqueville  a  tout  dit sur les grandeurs et les  servitudes  de  la
   démocratie.  S'il  vivait encore aujourd'hui, il pourrait  illustrer  ses
   analyses  fondamentales,  en prenant en compte les  phénomènes  d'opinion
   publique liés à l'importance des médias, les tendances au repli sur  soi,
   la  difficulté  de  faire vivre un grand dessein  porté  par  un  civisme
   véritable.
                                     - 4 -
      Tel  est  notre  défi  interne, alors que  nous  devons  intégrer  des
   dimensions  nouvelles  dans  nos  politiques,  comme  la  protection   de
   l'environnement ou, plus fondamentalement, les relations entre l'homme et
   la  nature. Les opinions publiques ont l'intuition qu'il s'agit  là  d'un
   problème  majeur,  mais  elles  n'ont  pas  encore  intégré  toutes   les
   contraintes  d'une  politique  à  long terme  visant  à  transmettre  aux
   générations futures un capital nature préservé.
      Dans un autre ordre d'idées, il devient de plus en plus difficile dans
   nos  pays de maîtriser les flux migratoires et de les intégrer  dans  une
   vision   harmonieuse  des  relations  entre  les  hommes  et  entre   les
   communautés.
      Notre sécurité dépend pourtant de la capacité dont nous ferons  preuve
   pour accroître l'attrait et l'harmonie de nos sociétés. Si celles-ci sont
   minées  de  l'intérieur  par la baisse  du  civisme,  l'indifférence  aux
   autres,  les  tensions  sociales,  comment espérer que  les  citoyens  se
   mobilisent  pour défendre leur sécurité et, encore moins,  pour  accepter
   que  leur  pays  prenne  le  risque  de  partager,  avec  d'autres,   des
   responsabilités mondiales ?
      C'est la raison pour laquelle - et en revenant pour un instant sur  la
   construction  européenne  -  nous  nous  attachons  à  convaincre  de  la
   nécessité d'un projet européen global. Non pas seulement un grand  marché
   sans  frontières  internes, facteur de prospérité, mais aussi  un  espace
   organisé avec le souci de la dimension sociale et de la solidarité  entre
   toutes  les  régions  de la Communauté. Sinon, nous  n'arriverons  pas  à
   provoquer,  chez les Européens, ce sentiment nécessaire d'appartenance  à
   une  Communauté qui se veut exemplaire, par les valeurs qu'elle  affiche,
   mais aussi par la manière dont elle les traduit en actes.
      A  côté des thèmes de la liberté et de la responsabilité, celui de  la
   solidarité  est au coeur du projet communautaire : la solidarité  interne
   entre les nations, entre les régions, entre les individus; la  solidarité
   externe  vis-à-vis  de ceux qui ont besoin de la Communauté,  depuis  les
   pays  de l'Europe de l'Est et du Centre, sur notre flanc  est,  jusqu'aux
   pays  de la Méditerranée et du Moyen-Orient que l'on caractérisera,  pour
   simplifier, comme notre flanc sud. Mais au-delà de nos devoirs liés à  la
   proximité  de  ces  pays, la Communauté  est  sollicitée  plus  largement
   d'apporter  sa  contribution à la solution des problèmes  Nord-Sud.  Elle
   agit,  chacun le sait, dans toutes ces directions. Mais on lui  demandera
   de  faire  davantage.  Là, doit être notre grand dessein,  là  réside  la
   difficulté politique de le faire accepter, puis de le réaliser.
   La sécurité, un problème de défense
      En  dernier ressort, assurer sa sécurité, c'est pouvoir  se  défendre,
   les  armes à la main. Vouloir contribuer à l'émergence d'un nouvel  ordre
   mondial,  c'est  accepter  de participer, si  nécessaire,  à  des  forces
   chargées d'intervenir pour faire respecter le droit international,  après
   que  tout  ait  été  tenté pour créer les bases de  l'entente  et  de  la
   coopération entre les peuples.  Mais,  comme chacun sait, et en dépit  de
   nos efforts, la tragédie peut toujours surgir.
                                     - 5 -
      Revenons,  pour  illustrer notre propos, à la crise du Golfe.  Il  est
   vrai que, dès le premier jour, le 2 août 1990, la Communauté Européenne a
   pris  les  positions  fermes  que  l'on  attendait  d'elle,  a   confirmé
   l'engagement  de  ses Etats membres à faire respecter  l'embargo,  l'arme
   première  de la dissuasion de l'agresseur. Mais, dès qu'il fut clair  que
   les  armes  allaient  parler, la Communauté ne disposait  ni  des  outils
   institutionnels, ni de la force militaire d'intervention qui lui auraient
   permis d'agir en tant que Communauté.
      Nos   douze   Etats  membres  sont-ils  en  mesure  d'en   tirer   les
   enseignements? Le veulent-ils vraiment? Les événements tragiques que nous
   vivons  les  poussent à répondre sur le principe, même si,  pour  ce  qui
   concerne  les  modalités, chacun conviendra qu'il ne  pourra  s'agir  que
   d'une évolution progressive, tant les sensibilités sont encore  éloignées
   les unes des autres, tant de paramètres demeurant encore incertains.  Qui
   pourrait  assurer,  par exemple, que la menace nucléaire  va  disparaître
   rapidement ou que la tension Est-Ouest est définitivement derrière nous?
      C'est  donc  sur un terrain mouvant que nous engageons  la  réflexion,
   puis  la négociation entre les Etats membres, sur une  politique  commune
   des relations extérieures et de la défense. Mais, au moins, assurons-nous
   que  la prise de conscience est bien faite des liens qui  existent  entre
   notre  engagement  pour un nouvel ordre international, d'un côté  et,  de
   l'autre,  la  nécessité  de bâtir un modèle exemplaire  de  société,  qui
   renforcera   l'attachement  de  nos  peuples  à  nos  valeurs   et   leur
   disponibilité  à les promouvoir et à les défendre, y compris au  prix  de
   contraintes économiques et financières, voire de plus grands sacrifices.
   II.  LA DYNAMIQUE COMMUNAUTAIRE
      Avant de répondre à ces questions, il est indispensable de dresser  un
   rapide  "état de l'Union". Où en sommes-nous ? De  quoi  disposons-nous ?
   Quelles  sont les potentialités inscrites dans les décisions déjà  prises
   et progressivement mises en oeuvre ?
   La dynamique interne
      Partons  de  ce  qui est incontesté : le renouveau  économique  de  la
   Communauté,  même si beaucoup reste à faire pour la hisser au niveau  des
   deux plus grandes puissances économiques mondiales.
      Il  est de fait que le mouvement imprimé ces six dernières années  par
   l'objectif  1992  provoque des changements positifs dans  nos  structures
   économiques,   comme  le  montrent  l'accélération  de   la   croissance,
   l'augmentation   des   investissements  et  les   importantes   créations
   d'emplois.  Nos  peuples  le constatent et s'intéressent davantage  à  la
   construction  européenne,  nos  partenaires aussi,  qui  s'en  inquiètent
   parfois,  au  point  d'avoir mené un combat  douteux  contre  l'  "Europe
   forteresse".  Première puissance commerciale du monde, et  désirée  comme
   telle, la Communauté est considérée par beaucoup, à l'extérieur, comme un
   géant  économique. Or, on ne prête qu'aux riches et, partant,  on  attend
   énormément de nous.
                                     - 6 -
      Mais  nos  peuples  aussi deviennent plus exigeants à  l'égard  de  la
   Comunauté, au nom de la solidarité de destin ou d'une juste balance entre
   les  avantages et les coûts de la création d'un grand  espace  économique
   commun.  D'où cet objectif de la cohésion économique et sociale,  inscrit
   dans  l'Acte  Unique  et  poursuivi  dans  le  cadre  de  nos  politiques
   structurelles.  Des  efforts considérables lui sont consacrés,  et  aussi
   d'importantes ressources financières  : 60 milliards d'Ecus en cinq  ans,
   à   l'appui  de  plans  de  développement  régional,  de  programmes   de
   reconversion  de  régions industrielles en pleine crise de  mutation,  du
   développement rural, condition pour une société plus harmonieuse.
      C'est  pourquoi  l'expression  "marché commun",  encore  utilisée  par
   certains,  ne  correspond  plus  à  la  réalité.  Nous  construisons  une
   Communauté dont les Etats membres exercent, en commun, une partie de leur
   souveraineté,  grâce à des politiques communes de plein  exercice,  comme
   l'agriculture  ou la cohésion économique et sociale, ou bien  partielles,
   comme  les  actions communes en matière de recherche et  de  technologie,
   dans  le  domaine  de  l'environnement ou bien  encore  au  titre  de  la
   dimension sociale.  Tels sont les fondements d'une Communauté qui,  grâce
   à  cela,  engendre aujourd'hui une Union Politique;  l'Union  Européenne,
   comme l'Acte Unique en formule l'objectif.
      Par  un  effet  d'entraînement, qui est une  des  caractéristiques  de
   l'ingénierie  communautaire,  nous sommes conduits à ouvrir  de  nouveaux
   chantiers, dont un est très lié à une conception globale de la  sécurité.
   Il  s'agit  des conséquences de  la libre circulation des  personnes,  de
   l'exigence  d'une action commune ou, à tout le moins, d'une très  étroite
   coordination, pour lutter contre ce qui menace la sécurité individuelle :
   la grande criminalité internationale, les trafics de drogue, les  menaces
   terroristes...  La  solidarité,  une  des  pierres  angulaires  du  pacte
   européen, passe aussi par des initiatives politiques dans ce domaine, qui
   relève bien de la sécurité.
      Toujours  au  titre  de cet engrenage  vertueux,  se  profile  l'Union
   Economique  et  Monétaire.  Certes,  sa  réalisation  pleine  et  entière
   nécessitera  des transferts de souveraineté, notamment avec  la  création
   d'une  Banque  Centrale  Européenne.  Mais, il  s'agit  moins  d'un  saut
   qualitatif  que  d'un  mouvement  entraîné  par  le  succès  du   Système
   Monétaire  Européen.  On  imagine  aisément ce  que  représente  pour  la
   Communauté,  dotée d'une monnaie unique, la possibilité de jouer un  rôle
   majeur  dans  le  domaine international, pour remédier  aux  facteurs  de
   désordre  qui  peuvent perturber les marchés des changes et  les  marchés
   financiers.  En  pesant de tout son poids pour une plus grande  stabilité
   monétaire - ce qui implique des responsabilités mondiales pour la monnaie
   européenne  -, en plaidant pour une meilleure allocation  des  ressources
   financières  entre pays riches et pays pauvres, la  Communauté  apportera
   une  contribution  significative au renforcement de la sécurité  dans  le
   monde.  Mais, là aussi, répétons-le, non sans accepter les contraintes et
   les coûts d'une responsabilité mondiale lucidement assumée.
                                     - 7 -
   La dynamique externe
      La  représentation  de la Communauté qu'ont les autres pays  du  monde
   explique  les sollicitations multiples dont elle fait  l'objet.  Elle  ne
   peut ni se dérober, ni, bien entendu, tomber dans un activisme  angélique
   ou  désordonné.  C'est  pourtant la tentation  qui,  parfois,  menace  la
   coopération politique.
      Mais revenons à des perspectives plus positives. La Communauté joue un
   rôle  central  dans l'architecture de la grande Europe  de  demain.  Elle
   attire  les demandes d'adhésion des pays européens,  les demandes  d'aide
   des autres.  Elle y fait face, dans une stratégie diversifiée, prenant en
   compte  les  situations respectives de ces pays.  A  l'initiative  de  la
   Commission européenne, elle a entrepris des discussions avec l'AELE, afin
   de faire bénéficier les pays membres de cette organisation des  avantages
   d'un  grand  marché sans frontières.  Aux pays de l'Est et du  Centre  de
   l'Europe, elle a d'abord concédé des avantages commerciaux dans le  cadre
   d'accords  bilatéraux,  et  elle se charge,  au  surplus,  de  coordonner
   l'effort  d'aide  et  d'assistance  accompli  par  l'ensemble  des   pays
   industrialisés.  Mais il faut noter, à ce sujet, que la majeure partie du
   fardeau  repose sur les épaules de la Communauté.  Celle-ci  veut  encore
   aller plus loin, avec la perspective d'accords plus engageants , sur tous
   les  terrains possibles d'une coopération : politique étrangère,  culture
   et économie.
      Pour passer à ce que j'ai appelé le flanc sud de la Communauté et,  en
   plus  des  aides  liées  à  la crise du  Golfe  et  aux  conséquences  de
   l'embargo, elle renforce ses liens avec les pays du Maghreb,  du  Machrek
   et  du Moyen-Orient : accords commerciaux, protocoles d'aide  financière,
   assistance technique, actions destinées à améliorer l'environnement... Et
   il faudra certainement passer à un stade supérieur d'ambition et, donc, à
   un  effort  accru, pour établir et organiser les  conditions  économiques
   pouvant  contribuer  à  la stabilité de la région, dans  la  paix  et  le
   développement.
      Une  exigence  du  même  ordre s'impose pour  la  contribution  de  la
   Communauté à la solution des problèmes Nord-Sud.  Celle-ci est illustrée,
   notamment mais pas exclusivement, par la Convention de Lomé qui bénéficie
   aux  pays  d'Afrique,  des  Caraïbes  et  du  Pacifique.  L'Afrique,   en
   particulier, demandera davantage d'attention dans les années à venir, car
   les  graves difficultés économiques et sociales que ce continent  connaît
   ne seront pas sans conséquence pour la sécurité de cette partie du Monde.
   Une Europe européenne
      A ce stade, il faut parler clair, afin que les débats engendrés par la
   perspective  d'une  Union  Européenne se déroulent  dans  les  meilleures
   conditions  et provoquent l'intérêt de nos peuples.  L'Europe  a  besoin,
   pour  porter  ses  ambitions - si elle les a vraiment  -  d'une  identité
   politique. L'Europe doit se vouloir européenne.
                                     - 8 -
      Cette  formule a soulevé, en d'autres temps, bien des  polémiques.  Et
   pourtant, la question est à nouveau posée.  L'Europe peut-elle  consentir
   à  tant  d'efforts,  peut-elle  les  justifier  auprès  de  ses  opinions
   publiques,  si elle ne les inscrit pas dans un dessein d'ensemble ?  Elle
   ne peut donc le réaliser, sans les atouts d'une personnalité politique et
   les  capacités qu'offre la puissance économique.  Les deux éléments  sont
   intimement liés.
      Or,  un  tel  projet n'est pas réalisable avec une  conception  de  la
   Communauté  réduite  à  un grand marché flanqué  de  quelques  politiques
   communes.  Il  implique une volonté politique fondée sur  une  conscience
   claire  des intérêts essentiels que les Etats membres ont en commun,  sur
   la  conviction qu'ils assureront mieux la défense et la promotion de  ces
   intérêts   en   agissant  ensemble,  dans  l'exercice   partagé   de   la
   souveraineté.
      Voilà  pourquoi il est heureux que les pas en avant qui ont été  faits
   et  qui seront faits dans les domaines économiques et  monétaires  soient
   accompagnés,  mieux même, encadrés par un cadre politique  adéquat.  Vous
   comprendrez, dans  ces conditions, les liens qui unissent les travaux des
   deux  conférences intergouvernementales, l'une sur l'Union Economique  et
   Monétaire,  l'autre  sur  l'Union Politique,  permettant  de  nous  doter
   d'institutions   responsables,   efficaces  et   placées  sous   contrôle
   démocratique.
      Je  vois  bien les réticences ou les inquiétudes que  suscite  un  tel
   discours.  De  la part de certains Etats membres, qui récusent  l'analyse
   et s'en tiennent à la conception classique de la souveraineté  nationale.
   De  la part de puissances amies , qui semblent redouter  l'épanouissement
   de la personnalité européenne.  Puis-je dire à ces dernières qu'elles  se
   trompent, ou encore,  que leurs craintes ne sont pas justifiées.
      Les  Etats-Unis,  puisque  c'est d'eux dont il s'agit,  n'ont  rien  à
   espérer   d'une   Communauté  politiquement  muette   et   économiquement
   subordonnée.  Ils l'ont compris - je l'espère tout au moins -  puisqu'ils
   ont  signé la déclaration transatlantique du 20 novembre 1990, qui  jette
   les  fondements d'un partenariat renouvelé, au travers de  la  solidarité
   atlantique renforcée, qui constate l'existence d'une identité  européenne
   en matière de sécurité, ouvrant ainsi la voie d'un partage équitable  des
   responsabilités  et  des charges.  Si tel est bien le cas, la  balle  est
   donc  dans le camp des Européens. A eux de prendre leurs  responsabilités
   et d'en assumer le poids.
      C'est  alors  que  surgissent  les  questions  liées  à  la  politique
   étrangère  et à la sécurité.  Vingt années de coopération en  matière  de
   politique étrangère ont permis une meilleure connaissance réciproque,  un
   rapprochement des méthodes du travail diplomatique, et ont abouti parfois
   à  des  positions  unanimes.  Mais ce n'est  pas  suffisant.  Le  Conseil
   Européen  a donc fixé, comme l'un des objectifs essentiels de la  réforme
   des  traités, la mise en oeuvre progressive d'une politique  commune  des
   relations  extérieures  et  de la sécurité.  Si ces  deux  domaines  sont
   intimement  liés, cela n'implique d'ailleurs  pas que les Douze  puissent
   progresser  selon  des procédures identiques et au même rythme  dans  ces
   deux domaines.
                                     - 9 -
      Si  le  socle d'une politique étrangère commune est  adopté,  il  n'en
   demeurera  pas moins des options difficiles à traiter en ce qui  concerne
   spécifiquement la défense. C'est, sans doute, le coeur de la  difficulté.
   Aussi, convient-il de mettre toutes les cartes sur la table.
   III. LES OPTIONS D'UNE POLITIQUE DE DEFENSE
      Le seul choix compatible avec le dessein global de l'Union  Européenne
   est de situer la politique commune de sécurité en son sein. Tel ne serait
   pas  le  cas si, comme le préconisent certains, on envisageait,  pour  le
   stade  final  de  l'intégration  européenne,  la  création  de  plusieurs
   communautés, l'une axée sur l'intégration économique, une seconde sur  la
   coopération  politique et une troisième pour traîter de la sécurité.  Non
   pas  qu'il  faille exclure des transitions.  Elles  sont  indispensables,
   notamment  en matière de défense où l'Union de l'Europe Occidentale  peut
   jouer  un  rôle  très  utile. Mais il faut  parler  clair.  Ce  que  nous
   proposons,  c'est une Communauté unique, dans le droit fil des  ambitions
   d'union européenne affichées par l'Acte Unique. Et c'est donc,  répétons-
   nous  sans nous lasser, une Communauté fondée sur l'union des peuples  et
   l'associaton   d'Etats-nations,   poursuivant  des   objectifs   communs,
   approfondissant la personnalité européenne.
      D'autres  alternatives peuvent certes être défendues. Les manières  de
   procéder  peuvent être et doivent être étudiées avec soin. Mais  il  faut
   définir  l'horizon. Et je rappelle que si les auteurs du traité  de  Rome
   n'avaient  adopté qu'une démarche pragmatique sans indiquer jusqu'où  ils
   voulaient  aller, jamais la Communauté n'aurait accepté les pas en  avant
   qui font sa réalité d'aujourd'hui, sa potentialité pour demain. Il en  va
   de  même aujourd'hui pour l'Union économique et monétaire, tout  d'abord.
   La  conception  que nous avons de la Communauté de  demain  implique  une
   monnaie  unique, comme attribut de la capacité de faire, comme  objet  et
   instrument  de  notre  ambition. Il doit en aller de  même  pour  l'Union
   politique.
      A  ce stade de raisonnement, je vous épargnerai une longue  digression
   sur le devenir de la souveraineté nationale. A mes yeux, celle-ci ne peut
   garder  sa consistance que dans l'exercice en commun de la  souveraineté,
   compte tenu de ce que sont les rapports de forces dans le Monde et de  la
   nécessité quasi arithmétique de réunir les ambitions nationales face à la
   dimension  des  défis. Le patriotisme, valeur sûre de  nos  sociétés,  ne
   pourra que s'y épanouir dans un enrichissement naturel entre nos nations.
   A  celles-ci, il n'est demandé de renoncer à rien de ce qui constitue  le
   legs le plus précieux de leur histoire nationale, de leurs traditions. Il
   s'agit  essentiellement  de  mettre en commun  toutes  nos  synergies  au
   service  de finalités acceptées par tous: tel est le pacte politique  qui
   doit nous rassembler.
      Alors,  mais alors seulement, peut-on débattre utilement du  processus
   global qui nous mènera à une politique commune de défense.
                                    - 10 -
   La politique étrangère et la politique de défense
      Cette politique commune de défense n'a de sens que si elle exprime une
   double solidarité : l'unité dans l'analyse et dans l'action en matière de
   politique  étrangère, l'engagement réciproque de venir en aide à  un  des
   pays membres qui se trouverait menacé dans son intégrité.
      En  matière  de  politique  étrangère, la  situation  présente  de  la
   Communauté  ne peut durer. On l'a vu à propos de la crise du Golfe.  Nous
   le  vivons  tous les jours dans cette absence d'unité de  réflexion  pour
   tout  ce  qui concerne les relations extérieures de la  Communauté:  d'un
   côté, l'action communautaire dans le domaine économique qui réclame, plus
   que jamais, une analyse politique avant les grandes décisions. La  preuve
   en  est la nécessité ressentie par nos Ministres des Affaires  étrangères
   de  mêler,  dans  une même enceinte, les aspects  communautaires  et  les
   aspects  de coopération politique. Ils l'ont fait, à plusieurs  reprises,
   ces derniers temps, mais sans disposer du cadre institutionnel adéquat.
      La  dimension institutionnelle ne doit pas être négligée, même si,  en
   dernier  ressort, toute avancée ne peut se réaliser que par  une  volonté
   politique,   forte  et  consensuelle.  C'est  pourquoi,   la   Commission
   européenne,  propose,  dans  son projet de traité, de  faire  émerger  un
   centre  unique d'impulsion, d'une part,un centre unique de discussion  et
   d'action, d'autre part. C'est pourquoi, aussi, la Commission suggère  que
   soient  regroupées, dans un titre du traité, les dispositions  concernant
   tous  les  aspects extérieurs: la politique étrangère, la  sécurité,  les
   relations  économiques, la coopération au développement. Cette  cohérence
   est vitale, si l'on veut illustrer la prééminence du politique et  éviter
   une action dispersée, mal préparée, insuffisamment motivée et réfléchie.
      Bien  entendu,  des précautions doivent être prises  pour  éviter  une
   progression à marches forcées qui ne pourrait déboucher que sur une crise
   interne  ou sur l'impuissance. Il reviendrait donc au  Conseil  Européen,
   composé des Chefs d'Etat et de Gouvernement responsables démocratiquement
   devant  leurs peuples, de se mettre d'accord sur les intérêts  essentiels
   qu'ils  ont en commun et qu'ils conviennent de défendre et de  promouvoir
   ensemble.
      C'est dans le cadre ainsi défini que travailleraient les Ministres des
   Affaires Etrangères. Ils s'efforceraient d'aboutir à une analyse commune,
   puis   décideraient  de  l'action.  Un  vote  à  la  majorité   qualifiée
   constituerait, là comme pour les affaires relevant actuellement du schéma
   communautaire, le stimulant indispensable, le ferment d'une Communauté en
   devenir.  Tout  laisse  à  penser qu'ils en  useraient  avec  sagesse  et
   modération,  en  prenant  en compte les intérêts de chacun  et  le  temps
   nécessaire  au rapprochement des positions. Il en a  d'ailleurs  toujours
   été  ainsi depuis la mise en oeuvre de l'Acte Unique. On ne  peut  violer
   les  âmes,  ni faire l'économie des délais nécessaires  à  une  meilleure
   compréhension réciproque.
      Au  fur et à mesure que se développerait cette dynamique des  intérêts
   communs,  apparaitrait la nécessité de se doter de cet élément vital  qui
   est le moyen de se défendre, au nom de l'intégrité nationale, des valeurs
   qui   nous   font  vivre,  des  solidarités  qui   nous   unissent,   des
   responsabilités qui sont les nôtres à l'égard du Monde.
                                    - 11 -
      Cette solidarité doit être exprimée dans le traité. Comment  pourrait-
   elle  l'être  mieux qu'en reprenant les dispositions de  l'article  5  du
   traité de l'UEO, selon une formule adaptée comme suit :
      "Au cas où l'un des Etats Membres serait l'objet d'une agression armée
      en Europe, les autres lui porteront, conformément aux dispositions  de
      l'article  51 de la Charte des Nations Unies, aide et  assistance  par
      tous les moyens en leur pouvoir, militaires et autres".
   La transition vers une politique commune de défense
      Comme nous l'avons vu, une sage progressivité serait de règle pour  la
   mise en oeuvre d'une politique étrangère commune. Cette règle vaudrait  à
   fortiori pour la politique commune de défense qui doit prendre en  compte
   des paramètres spécifiques.
      La persistance de la menace nucléaire et les risques de  dissémination
   de ces armes constituent des faits incontournables. Dans ces  conditions,
   il  serait vain de débattre du rôle et du devenir des  forces  nucléaires
   françaises et britanniques pendant tout le temps nécessaire à l'émergence
   d'une situation mondiale nouvelle.
      De  même, il est impossible de traîter de la défense  européenne  sans
   conjuguer  cette  réflexion avec celle qui est menée sur  la  réforme  de
   l'Alliance Atlantique. Celle-ci y travaille. Dès le 1er décembre 1989, le
   Secrétaire  d'Etat James A. BAKER posait des questions essentielles  dans
   son  discours  fort  judicieusement  intitulé  "A  New  Europe  -  A  New
   Atlanticism - Architecture for a New Era."
      Il ouvrait de larges perspectives :
      "Working from shared ideals and common values, we form a set of mutual
      challenges,  in  economics,  in  foreign  policies,  the   environment
      science,  and  a  host of other fields. So it makes sense  for  us  to
      fashion our responses together as a matter of common course".
      J'ai    choisi   cette   citation   parmi   d'autres   pour    relever
   qu' indépendamment  des questions propres de défense  largement  évoquées
   dans  ce  discours,  le Secrétaire d'Etat  américain  évoquait  tous  les
   domaines possibles pour une coopération avec les alliés européens.
      On  attend  les  réponses  des Européens, tant  il  est  vrai  que  la
   déclaration  transatlantique,  adoptée en novembre  dernier,  ne  saurait
   fournir  une  réponse  complète et adéquate.  Elle  rappelle  les  idéaux
   communs,  détermine des procédures de consultation, mais n'épuise pas  la
   discussion  à mener en commun, pas plus qu'elle ne résoud  la  difficulté
   inhérente  aux  multiples  visages de  l'interlocuteur  européen  face  à
   l'unité  de  vue et d'action des Etats Unis. Pour  cette  simple  raison,
   aussi, l'unification de l'Europe est plus que jamais nécessaire.
                                    - 12 -
      Sous  ces réserves, il convient d'amorcer cette politique  commune  de
   défense,  en  utilisant  ce  qui existe, à  savoir  l'Union  de  l'Europe
   Occidentale.   Les   premiers  échanges,  au  sein   de   la   Conférence
   Intergouvernementale,  ont relevé un large consensus à cet égard.  Là  où
   les  Etats  membres divergent, c'est sur le rôle attribué à  l'UEO:  lieu
   d'une  coopération  accrue  entre  pays  européens  et  comme  pont  avec
   l'Alliance Atlantique ou bien  creuset d'une défense européenne  inscrite
   dans la Communauté et devenant le second pilier de l'Aliance  Atlantique,
   à côté du pilier américain ?
      On  comprendra que, selon les prémices de ma démonstration,  seule  la
   seconde option me paraîsse acceptable. En effet, c'est la finalité ultime
   qui sépare les deux approches. Il est inutile de vouloir en obscurcir  le
   débat  en prenant, par exemple, prétexte que l'UEO ne comprend  que  neuf
   des  douze pays membres de la Communauté, ou bien en s'attardant  sur  la
   situation,  au sein de l'Alliance Atlantique, des pays non membres de  la
   Communauté, comme la Turquie, la Norvège ou l'Islande.
      Allons  à  l'essentiel. Si l'on veut l'Union  Européenne,  alors  doit
   s'engager un processus, qui demandera du temps, permettant  l'intégration
   progressive  de  l'UEO et de son acquis dans la  Communauté,  son  acquis
   actuel, mais aussi les progrès qui pourront être réalisés, notamment pour
   créer  des  forces multinationales et  des  unités  d'intervention,  deux
   expressions de l'unité européenne.
      Il  est donc proposé que, tout en laissant aux trois  pays  européens,
   non membres de l'UEO, le temps de la réflexion, les questions de  défense
   commune  puissent être évoquées dans le nouveau traité , par  le  Conseil
   Européen  et  par  des  Conseils  communs  aux  Ministres  des   Affaires
   Etrangères  et  aux Ministres de la Défense. Peu à peu,  s'établirait  un
   cadre  de  décision et d'action entre les instances de la  Communauté  et
   l'Union de l'Europe Occidentale. Parallèlement, et j'aurai l'occasion d'y
   revenir,  se  mettrait en place la nouvelle  Alliance  Atlantique,  ayant
   redéfini ses buts et ses moyens.
      En proposant ce schéma, la Commission européenne est dans le droit fil
   du  Conseil  Européen qui,  à Rome, en décembre  dernier,  a  dressé  une
   première  liste  des questions d'intérêt essentiel commun en  matière  de
   sécurité et de défense :
   -  Contrôle des armements et désarmements
   -  Questions de sécurité relevant de la CSCE et de l'ONU
   -  Coopération  en  matière  de  production,  d'exportation  et  de   non
      prolifération des armements.
      Comment  agir dans ces domaines sans avoir défini ce que  sera  demain
   une  politique  de  défense  adaptée aux risques  de  destruction  et  de
   guerre ?  Et cette politique une fois définie, n'appelle-t-elle  pas  les
   moyens de la réaliser, autrement que par tiers interposé ?
      Il  reste  alors  s'engager  plus résolument  dans  une  politique  de
   recherche  et de production d'armements, afin de maximiser les  avantages
   cumulés d'un marché commun et d'une politique commune. Cette  coopération
   peut,  bien  entendu,  se  pratiquer de telle  sorte  que  soit  réalisés
   également,  au sein de l'Alliance Atlantique, les meilleures  allocations
   de ressources consacrées aux moyens de la Défense.
                                    - 13 -
      Pour  bien  confirmer le caractère progressif de l'ensemble  de  cette
   démarche,  peut-être est-il nécessaire de préciser qu'à la différence  du
   schéma  proposé pour la politique étrangère commune, le principe  et  les
   actions  de  la politique de défense seraient décidés à  l'unanimité.  Au
   surplus,  et  afin de ménager les évolutions souhaitées, un  Etat  membre
   serait  dispensé,  à  sa  demande,  des  obligations  résultant  de   ces
   décisions.
   L'Alliance Atlantique et la Défense européenne
      Pourquoi  le  cacher, de tels projets ont suscité, avant  même  d'être
   connus  dans le détail, des inquiétudes du côté américain. Il  me  semble
   que  les  Etats Unis ont mis l'accent sur trois exigences : pas  de  bloc
   interne,   maintien   de  la  globalité  de  la   réponse   alliée,   pas
   d'affaiblissement des structures de commandement.
      Reprenons ces trois points :
      Il  est dans l'intérêt de l'Alliance que les Européens  s'y  expriment
   d'une seule voix.L'existence d'un bloc interne ne doit donc pas  susciter
   de  crainte.  Ou  bien  alors  c'est  que  l'on  récuse  la  construction
   politique  de  l'Europe,  ce qui serait  inacceptable  et  contraire  aux
   déclarations du Président Bush, souhaitant que l'Europe réalise son unité
   politique. Ou bien encore que l'on a des doutes sur l'engagement européen
   à  l'égard de l'Alliance Atlantique. Je pense que les onze Etats  Membres
   de  l'Alliance  n'auront  aucun  mal à  apaiser  ces  craintes.  L'Europe
   européenne  entend  confirmer son attachement à l'Alliance, à  ses  buts,
   tout  en assumant, du fait même de sa politique commune de  défense,  une
   part accrue du fardeau. N'est-ce pas ce qui fut toujours souhaité du côté
   américain ?
      Précisément,  cette adaptation de l'Alliance à la  nouvelle  situation
   géopolitique permettra de définir et donc de maintenir la globalité de la
   réponse  alliée  pour  tout  ce qui concerne l'article  6  du  Traité  de
   Washington. Cette cohésion réaffirmée ne devrait pourtant pas interdire à
   la Communauté de mener une action propre en dehors du champ défini par le
   traité  de l'Atlantique Nord,  en procédant, bien sûr, aux  consultations
   appropriées.
      Quant  aux  structures  de commandement, elles  ne  peuvent  être  que
   confortées pour assurer la crédibilité de l'Alliance dans les tâches  qui
   lui  sont  confiées. Chacun sait combien toute action militaire  ne  peut
   réussir  sans une infrastructure cohérente et  efficace,  comportant  les
   communications, le renseignement, la planification et le contrôle.
      Ne nous cachons d'ailleurs pas que dans le rôle que nous lui assignons
   pour  demain,  l'Union de l'Europe Occidentale devra,  longtemps  encore,
   s'appuyer sur l'infrastructure déjà mentionnée, que cela plaise ou non.
      Ainsi,   alors  que  s'amorce  un  difficile  débat,  le   rappel   de
   l'engagement  des  Européens et une approche réaliste  des  problèmes  de
   défense sont de nature à lever bien des ambiguïtés.
                                      ***
                                    - 14 -
      En  conclusion,  je le répète, si, en partenaires de  bonne  foi,  les
   Européens  veulent se concentrer sur l'essentiel, la seule  question  qui
   vaille,  est  celle  de leur conception, de leur rôle dans  le  Monde  de
   demain.  De  leur  rôle, mais aussi des moyens de  le  remplir.  De  leur
   responsabilité vis-à-vis de la grande Europe, dont chacun souhaite  faire
   un vaste espace de paix, de liberté et d'échange.
      C'est  pourquoi, l'approfondissement de la Communauté  est  nécessaire
   tout  autant  à la grande Europe qu'à l'Alliance Atlantique. Je  me  suis
   efforcé  d'en  traîter les aspects les plus délicats  avec  la  politique
   étrangère,  les plus explosifs avec la politique commune de  la  défense.
   Inutile  de se réfugier dans le "Comment faire" pour ne pas  répondre  au
   "Que faire ensemble". L'Histoire frappe, une fois de plus à notre  porte.
   Nous  serons  jugés  à  la réponse concrète que  nous  apporterons  à  la
   question  la  plus simple : "Quel destin proposons-nous à nos  peuples  ?
Quel destin et quelle ambition ?".

Side Bar