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Commission européenne - Discours - [Seul le texte prononcé fait foi]

Discours par le Président Juncker en plénière du Parlement européen à l'occasion de la séance solennelle pour célébrer le 20e anniversaire de l'euro

Strasbourg, le 15 janvier 2019

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Monsieur le Président,

L'événement d'aujourd'hui est un événement surprise. Rappelez-vous que nombreux furent ceux qui, lorsque nous avons lancé le processus nous conduisant vers la monnaie unique, nous prenaient pour des fous, disant qu'en aucune façon, cette Union monétaire entre des pays si disparates ne pourrait fonctionner. On les entend moins aujourd'hui. Députés, ici et ailleurs; journalistes, partout; professeurs de droit, surtout en Allemagne; professeurs en sciences économiques, encore en Allemagne – tout le monde nous disait que nous nous lancions dans une aventure qui conduirait l'Union européenne au bord de l'abîme.

Nous sommes loin de l'abîme parce qu'aujourd'hui nous pouvons constater – oui, avec satisfaction, avec presque du bonheur – que l'œuvre que nous avons entreprise il y a 20 années fut couronnée de succès. Le mérite en revient à ceux qui étaient parmi ceux qui se projetaient vers l'avenir. Je vais mentionner deux de mes prédécesseurs dans mes différentes fonctions qui furent et qui sont les miennes : le Premier ministre luxembourgeois Pierre Werner, sans qui et sans l'imagination duquel rien n'aurait été possible; et Jacques Delors, qui fut un grand artisan de la construction monétaire européenne. Je pourrais y ajouter d'autres noms – nombreux, mais pas si nombreux qu'on croit furent ceux qui, sur base de leurs convictions profondes qui étaient continentales et européennes, pensèrent que l'entreprise méritait d'être entreprise.

Personnellement, je fus étroitement associé à l'aventure qui fut en fait couronnée de succès. J'ai ensemble avec d'autres – notamment Jean-Claude Trichet – conduit en tant que Président de la Conférence intergouvernementale en 1991 le processus qui nous a menés au Traité de Maastricht. La partie monétaire du Traité de Maastricht est une partie noble, réussie, alors que la partie politique fut plus faible, en fait médiocre. J'avais pensé à l'époque lorsque j'ai signé le Traité de Maastricht le 7 février 1992 – je suis d'ailleurs le seul signataire du Traité qui est toujours en vie politique – que la logique, que le dynamisme de la monnaie unique nous conduirait vers un approfondissement de l'union politique. Grande déception parce que cela ne fut pas le cas. Tout comme la convergence économico-sociale entre les différents pays membres de la zone de l'euro laisse à désirer.

J'ai toujours considéré que le principal mérite de la réussite de la monnaie unique revient à la Banque centrale puisque la Banque centrale européenne, dont le principe de l'indépendance fut lourdement contestée lorsque nous avons commencé nos travaux en janvier '91, a fait que oui, la crédibilité de la monnaie unique ne fut jamais contestée par les marchés. Sans la Banque centrale indépendante – et nous avons dû à plusieurs lutter pour le principe de l'indépendance de la Banque centrale – la monnaie unique n'aurait pas connu le succès qui aujourd'hui est le sien.

Il y a des faiblesses. J'étais parmi ceux avec Delors, avec Maystadt, avec Bérégovoy qui depuis le début avaient plaidé pour le gouvernement économique de la zone euro. C'est une grande faiblesse que la coordination des politiques économiques n'est pas parfaite – elle ne saura jamais être parfaite mais nous aurions dû faire plus en matière de coordination des politiques économiques, y compris budgétaires et y compris fiscales. C'est une faiblesse qui reste et donc nous ne pouvons pas baisser les bras, mais il faut relancer ce débat qui est essentiel pour la construction qui est devant nous.

On a beaucoup critiqué la politique de la zone euro. Je prends ça très personnellement parce que j'étais Président de l'Eurogroupe au moment de la plus grave crise économique et financière. Oui, il y a eu de l'austérité irréfléchie. Non pas parce que nous aurons voulu punir ceux qui sont au travail et ceux qui sont au chômage, mais parce que les réformes structurelles, indépendamment du régime monétaire dans lequel nous nous trouvons, restent essentielles. Je regrette que nous ayons donné trop d'importance à l'influence du Fonds monétaire international. Nous étions plusieurs au moment du déclenchement de la crise qui pensaient que l'Europe avait suffisamment de muscles pour pouvoir résister elle-même et sans l'influence du Fonds monétaire international à la crise qui se dessinait. Si la Californie entre en difficultés, elle ne s'adresse pas au Fonds monétaire international mais aux Etats-Unis d'Amérique. Et donc nous aurions dû faire de même.

De même, j'ai toujours regretté ce manque de solidarité qui est apparu au moment de ce qu'il est convenu d'appeler la "crise grecque". Nous étions insuffisamment solidaires avec la Grèce. Nous avons insulté et couvert d'invectives la Grèce. Et je me réjouis du fait de voir la Grèce, le Portugal, d'autres pays, avoir retrouvé je ne dirais pas une place au soleil mais une place parmi les vieilles démocraties européennes.

Also es gäbe vieles zu sagen. Ich sage nicht alles heute, weil ich möchte ja eine gewisse Spannung erhalten für meine Memoiren – an die ich ja denken muss – und da werde ich auch Ross und Reiter benennen. Ich bleibe der Auffassung, dass die Europäische Währungsunion Friedenspolitik mit anderen Mitteln ist.

Deshalb möchte ich mich hier auch, ja, im Namen meiner Generation bei denen bedanken, die all dies möglich gemacht haben. Der Euro, die Europäische Währungsunion ist ja der einzige Beitrag, den meine Generation zur Vervollständigung des europäischen Einigungswerkes beitragen konnte. Vieles war gemacht; so gemacht, wie wir es nie geschafft hätten – wir Nachkriegskinder, die nicht mehr wissen, worum es eigentlich geht.

Ich möchte mich hier bedanken bei Helmut Kohl, ohne den dies alles nicht möglich gewesen wäre. Weil Helmut Kohl – und auch Theo Waigel – haben die Währungsunion in Deutschland durchsetzen müssen. Viele Regierungen haben im Übrigen ihre Ämter verlassen müssen wegen der Vorbereitung des Euro-Prozesses. Ich möchte hier lobend erwähnen meinen Freund Wim Kok, der vor kurzem verstorben ist und der einen sehr erheblichen Beitrag zur Europäischen Wirtschafts- und Währungsunion geleistet hat. Bleiben wir bitte ihrem Erbe treu.

SPEECH/19/425


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