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Commission européenne - Discours - [Seul le texte prononcé fait foi]

Discours du Président Jean-Claude Juncker à la plénière du Parlement européen à l'occasion du débat sur l'avenir de l'Europe avec Peter Pellegrini, Premier ministre de Slovaquie

Strasbourg, le 12 mars 2019

Buongiorno Mr President,

Mr Prime Minister,

Dear Peter,

Je vais vous confier un secret: J'ai peu dormi cette nuit à cause de Madame May, mais suffisamment longtemps pour pouvoir rêver de la Slovaquie et de Bratislava. Parce qu'en négociant hier avec Madame May, j'ai pensé au sommet européen de Bratislava en septembre 2016.

Trois mois après la décision du peuple britannique de quitter l'Union européenne. Votre gouvernement, dont vous faisiez partie d'ailleurs, vous avez beaucoup de mérite pour ce qui est du bilan de la présidence slovaque. Le gouvernement slovaque avait accepté l'idée de réunir, pour la première fois dans l'histoire, un sommet européen des 27. Puisque le gouvernement slovaque – tout comme nous – considérait que le Brexit, c'est le passé et que nous devions préparer l'avenir de l'Union européenne. C'est ce que nous avons fait à Bratislava en adoptant ce qu'il est convenu d'appeler 'The roadmap of Bratislava'. J'ai bon souvenir de ce Conseil européen puisqu'il intervenait quelques jours après le discours sur l'état de l'Union que j'avais prononcé dans cet hémicycle. Pour la première fois, et probablement pour la dernière fois, les 27 Premier ministres ont salué le contenu du discours. Cela n'est jamais arrivé auparavant, cela n'arrivera plus jamais. Mais je tiens, comme un grand moment dans ma petite vie politique, le sommet de Bratislava puisqu'il a fait en sorte que nous avons pu avec courage, avec détermination, bien que parfois à des pas de sénateurs, nous avancer vers un avenir européen dont certains nous avaient prédit à l'époque qu'il ne verrait plus jamais le jour après la décision britannique.

Nous nous sommes mis d'accord cette nuit avec le gouvernement britannique sur les conditions du Brexit et j'ai dit hier soir – enfin pendant la nuit – que c'était la deuxième chance, mais qu'il n'y aura pas de troisième chance. Je voudrais donc que les membres du Parlement britannique aujourd'hui appuient la démarche qui est à la fois britannique et européenne et qui a trouvé sous forme de textes agréés, un accord au niveau de l'Union européenne.

Je voulais, Peter, vous remercier au nom de la Commission pour tout l'appui que le gouvernement slovaque ne cesse de nous apporter. Je pense notamment à l'effort slovaque lorsqu'il s'agissait d'innover la directive - et de l'amender - sur le détachement des travailleurs. C'est un pas important. Et d'ailleurs la même remarque s'applique à la création de l'Autorité européenne du travail. Je note par ailleurs – ce n'est pas une remarque que je t'adresse – que les gouvernements qui veulent abriter, accueillir sur leur territoire, l'Autorité européenne du travail est plus élevé que ne fut le nombre de ces gouvernements qui ab initio et spontanément auraient appuyé la Commission dans sa volonté de créer à l'instar de l'Autorité bancaire une Autorité européenne du travail.

Je suis heureux de vous entendre dire que vous aimez le pilier social de l'Union européenne. Le plus il y a de Premiers ministres qui le disent, non seulement ici, mais aussi au Conseil européen, non seulement ici, mais au niveau du Conseil des ministres, le moins isolé je me sens au niveau de l'Union européenne. Le gouvernement slovaque nous avait beaucoup aidés à mettre en place le socle social lors du Conseil européen social de Göteborg. D'ailleurs je le dis à ceux qui ne cessent de le revendiquer, il décrit la nécessité d'instaurer partout en Europe un salaire minimum. Ce n'est pas une idée des dernières semaines, c'est une idée que nous anime depuis l'entrée en fonction de cette Commission et je voudrais que nous le fassions le plus rapidement possible – la même remarque s'appliquant pour ce qui est de la création dans tous les pays européens d'un revenu minimum.

Vous avez parlé du cadre financier pour les sept années à venir, et à raison, vous avez dit d'abord il faut se mettre d'accord sur les politiques et puis sur les moyens de financement des politiques agréées. C'est exactement ce que la Commission a fait, exactement la démarche qui fut la nôtre, qui correspondait au souhait que vous avez exprimé.

Et vous dites, voilà, il ne faut pas négliger la nécessité qu'il y a de garder en place les politiques de cohésion. Je suis un fervent amateur de politique de cohésion. Mais si on se met d'abord d'accord sur les politiques, il a fallu que nous prenions en considération – et vous l'avez le réclamé il y a juste quelque moment – les politiques d'innovation et modernisation, les politiques digitales, l'Europe de la défense. Nous avons fait tout cela, et si nous n'avions pas revu les politiques de cohésion qui restent nécessaires, et la politique agricole commune, nous serions arrivés à un niveau budgétaire de 1,41%. Même votre gouvernement – enthousiaste comme tu l'es – n'aurait jamais accepté un budget de 1,41%. Donc nous devions faire des choix – et nous l'avons fait.

La Slovaquie exerce la présidence du Višegrad au moment où nous sommes. Je voudrais que vous profitiez de cette occasion pour contribuer à mettre un terme à ce débat inutile que nous avons entre les Européens de l'Est – plutôt du centre – et les Européens de l'Ouest. L'Europe doit respirer avec deux poumons et donc il faut tout faire pour que ces deux poumons ne s'entrechoquent pas dans le même corps. Nous avons tous des contributions à faire. Il ne faut pas croire que ce serait seulement la Commission, le Parlement européen et quelque gouvernement de l'Europe de l'Ouest qui seraient responsables de cet affrontement qui parfois est ridicule et qui de toute façon est nuisible. Et donc mettez à profit votre présidence du Višegrad pour remédier à cela.

La Slovaquie pour nous n'est pas un pays neutre. J'avais treize ans au moment de ce qu'il est convenu d'appeler le printemps de Prague qui est aussi le printemps de Bratislava. Je crois même que les premiers mouvements ont pu être observés en Slovaquie. Et donc, nous devons à ce pays une attention particulière, un amour fait d'expériences et d'espoir. Je voudrais que les Slovaques ne pensent pas que le reste de l'Europe n'aimerait pas la Slovaquie, le contraire est vrai. Et je voudrais que la Slovaquie aime davantage l'Union européenne.

Il y a des éléments de l'histoire de guerre qui sont peu connus. Le gouvernement en exil de la Tchécoslovaquie de l'époque, ensemble avec d'autres gouvernements de l'Europe centrale, avaient en fait esquissé un projet pour l'Europe, qu'ils appelèrent projet pour l'Union européenne. Et dans ce document, peu connu, en fin de texte il y a une phrase qui m'a toujours impressionné, ému même. Ces pays de l'Europe centrale avec leurs gouvernements en exil écrivaient en dernière phrase: nous voudrions qu'un jour les pays de l'Europe occidentale nous rejoignent pour construire l'Union Européenne. L'histoire vous a empêchés de sortir de son ombre. Mais comme les Européens du centre étaient les premiers à rêver d'une Europe pacifiée, il est de notre devoir et de notre obligation ardente de continuer avec le travail qui est la nôtre. Merci.

 

 

SPEECH/19/1652


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