Navigation path

Left navigation

Additional tools

Other available languages: none

Commission européenne - Discours - [Seul le texte prononcé fait foi]

Discours du Président Jean-Claude Juncker au Musée du Bardo

Tunis, le 25 octobre 2018

 

Monsieur le ministre des Affaires culturelles,

Monsieur le ministre des Affaires étrangères,

Mesdames et messieurs les Représentants du peuple,

Mesdames et messieurs les Ambassadeurs,

Madame la Directrice générale,

Mesdames, messieurs,

Chers amis,

 

Nous sommes en Tunisie parce que nous voulions venir en Tunisie. La dernière fois que j'ai eu la chance de séjourner dans votre beau pays fut en décembre 2010. J'ai quitté la Tunisie en janvier 2011; je n'étais pas le seul à quitter la Tunisie en ce moment-là.

J'ai voulu revenir ensemble avec le Commissaire Hahn, qui est responsable de nos politiques de voisinage, pour voir sur place – alors que lui il a souvent l'occasion de pouvoir voir sur place ce qui se passe en Tunisie – les progrès qui ont été faits depuis l'année 2011.

Et j'ai voulu me rendre à cet endroit parce que je garde en mémoire les attentats de mars 2015, et nous avons voulu honorer les victimes de cette terrible tragédie. Nous avons voulu consacrer une pensée qui reste à ces hommes et ces femmes qui, visitant ce splendide endroit, ont perdu leurs vies. Parce que les ennemis de la vie ont interrompu leur biographies, détruit leurs rêves, empêché ces hommes et ces femmes qui venaient de tous les horizons de pouvoir dire vers l'extérieur les impressions qu'ils ont eues lorsqu'ils ont visité la Tunisie. Nous avons voulu honorer les victimes de cette journée terrible, noire de mars 2015, en y incluant l'honneur que nous devons à la mémoire de ceux qui une année après, en 2016, ont connu le même sort.

Ce fut pour moi un événement qui m'a marqué pour la vie. Pourquoi? Parce que nous étions tous surpris, étonnés, choqués par le fait que ce qui arriva soit arrivé ici, alors que nous nourrissions tant d'espoir pour la nouvelle démocratie tunisienne, alors que nous rêvions, ensemble avec les Tunisiens et avec d'autres, à des jours meilleurs pour la Tunisie.

Il y a entre l'Union européenne et la Tunisie une déjà longue histoire qui remonte à plusieurs siècles et qui fut faite de soleil, d'ombres, de luttes parfois fratricides et donc stupides, de remises en cause, mais aussi de beaux élans qui ont fait que la Tunisie et que l'Union européenne aient marché ensemble. J'aime, disait le philosophe Blaise Pascal, les choses qui vont ensemble. Et l'Europe et la Tunisie, ce sont des choses, non, des êtres vivants qui vont ensemble puisque la Tunisie est un pays, comme dirait l'autre, en marche. Et donc nous voulons être parmi ceux qui, la main dans la main, marchent vers les nouveaux horizons qui se dégagent pour les Tunisiens.

L'Union européenne, dès le début de la révolution qui a mis un terme à un régime qui n'avait pas lieu d'être et qui constitue le point de départ pour un nouveau monde pour les Tunisiens, l'Union européenne, dès le début, a été présente. Il est facile de réciter des poèmes et de dire que la Tunisie est belle, ce qu'elle est. Mais il faut aussi, pour le dire un peu vulgairement, mettre la main à la poche: parce que dire du bien d'un autre sans montrer dans la pratique quotidienne des choses qui vont ensemble... La solidarité, qui est plus que de la sympathie, est nécessaire.

Et donc depuis 2011, l'Union européenne, la Commission, les Etats membres, les institutions européennes, ont dédié 10 milliards d'euros à la Tunisie pour l'accompagner sur sa longue marche vers l'avenir. Chaque année, nous dédions un montant de 300 millions d'euros à la Tunisie. Et nous accorderons bientôt, si la loi organique sur le budget sera votée, une autre enveloppe, macro-financière cette fois-ci, de 300 millions d'euros à la Tunisie. Nous avons signé ce matin quatre accords qui portent sur un montant total de 270 millions d'euros, encore pour encourager, pour accompagner l'ambitieux programme de réformes qui est en train d'être appliqué dans ce pays.

Mais je voulais dire que d'autres réformes restent à faire. Je sais bien que les réformes sont difficiles, je n'ignore pas le désamour que portent les citoyens aux réformes profondes si elles vont loin, mais il y a des réformes qu'il reste à faire: en Europe évidemment, puisque l'Europe, contrairement à ce qu'elle pense, n'est pas parfaite, et en Tunisie. Je voulais vous encourager à continuer ce processus de réforme, qui est exigeant, qui demande beaucoup de sacrifices aux Tunisiens mais qui a le mérite de faire avancer le pays vers des cieux plus cléments.

Il y a entre l'Union européenne et la Tunisie une belle histoire. Mais il y a aussi une belle histoire entre l'Afrique, notamment l'Afrique du Nord, et l'Union européenne. Je crois que l'Afrique mérite mieux que la charité. Les Européens, avec une forme sculptée de condescendance, ont toujours donné aux Africains l'impression que nous agissions par charité et parce que nous devions le faire.

Mais non, le partenariat entre l'Afrique – l'Afrique du Nord – et l'Union européenne doit être un partenariat égal. Et donc, nous avons récemment lancé l'idée d'une nouvelle alliance entre l'Afrique et l'Union européenne pouvant aboutir le jour venu à une véritable zone de libre-échange entre l'Afrique et l'Union européenne. J'y attache beaucoup d'importance et je me répète en disant que la charité c'est fini, le partenariat égal doit être davantage creusé. C'est important pour les jeunes Africains, qui sont nombreux et qui deviennent de plus en plus nombreux: d'ici une cinquantaine d'années, les Africains seront 2,5 milliards d'hommes et de femmes. Un habitant de la planète sur quatre sera africain. Déjà maintenant, 10 millions de jeunes Africains arrivent sur le marché du travail en Afrique. Il faut organiser, fertiliser ce marché du travail en demandant aux entreprises privées européennes d'investir davantage en Tunisie.

Raison pour laquelle nous avons lancé, il y a deux années, une stratégie d'investissement extérieure qui porte sur un montant de 44 milliards d'euros demandant aux entreprises européennes d'investir en Afrique. Au lieu de se plaindre des flux migratoires, investir là où on peut trouver les causes profondes du phénomène de la migration. 44 milliards d'euros en investissements, 24 sont dans le « pipeline » comme on dit en français, et nous avons un Fonds fiduciaire de 4,1 milliards dédié à l'Afrique. Je voudrais que les entreprises européennes, au lieu de se plaindre de la lourdeur de leur tâche, facilitent la vie des Africains, notamment des jeunes Africains.

Je parle des jeunes Africains parce que j'accorde beaucoup d'importance à l'essor de la jeunesse tunisienne, qui est une jeunesse remarquable, merveilleusement bien instruite, talentueuse, énergique, déterminée, et nous n'avons pas le droit de ne pas nous occuper des jeunes en Tunisie. Si nous n'accordons pas l'attention requise aux jeunes et, par ailleurs, aux travailleurs, nous risquons de tout perdre. Nous risquons de perdre ce qui a été érigé ces dernières années en Tunisie, et nous risquons de perdre l'appui des générations montantes aux politiques que difficilement nous sommes en train de mettre en place.

Je voudrais donc que les jeunes Tunisiens ne désespèrent pas, croient en leur bonheur dont la majeure partie reste à venir, mais ne désespèrent pas, et qu'ensemble, Européens et Tunisiens, nous fassions en sorte que les grandes choses que nous devons faire pour les jeunes soient réalisées le plus rapidement possible. Au-delà des sommes forfaitaires que l'Union européenne peut dédier à la Tunisie, il y a cette forte volonté commune tuniso-européenne de marcher ensemble pour les jeunes de ce pays qui méritent voir se développer devant leurs yeux résolument dirigés vers l'avenir des chances de vie qu'ils doivent pouvoir saisir.

Sur ce chemin, qui sera long, il faudra que des deux côtés de la Méditerranée, qui est notre mer commune, nous fassions preuve – ce que les Européens ne savent pas très bien faire – de courage et de détermination, de ce courage et de cette détermination dont ont besoin les grandes ambitions et les longs trajets.

SPEECH/18/6211


Side Bar