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Commission européenne - Discours - [Seul le texte prononcé fait foi]

Déclaration de Jean-Claude Juncker, Président de la Commission européenne, à la conférence de presse conjointe avec Edouard Philippe, Premier ministre de la République française

Bruxelles, le 20 juin 2018

 

Monsieur le Premier ministre, cher Edouard,

Mesdames et Messieurs,

 

C'est avec plaisir que j'ai accueilli au siège de la Commission européenne le Premier ministre français qui a effectué sa deuxième visite à la Commission européenne. J'ai exprimé le souhait, en fin de réunion, de le voir ici à Bruxelles au moins deux fois par année parce que les échanges réguliers, organisés, structurés avec la République française sont d'une importance capitale pour la Commission européenne.

J'étais d'autant plus heureux de le voir aujourd'hui parce que la France a pu sortir de la procédure de déficit excessif, moment attendu mais rencontré par la volonté des autorités françaises de faire ce que nous pensions qu'elle devrait faire et ce qu'elle a fait puisque cela correspondait aux souhaits de la République.

J'étais hier à Berlin avec le Président de la République et avec la Chancelière allemande et j'ai applaudi aux efforts franco-allemands de se mettre d'accord sur un certain nombre de sujets qui ont leur importance pour le devenir de l'Union européenne.

J'étais enchanté de voir, dans les propositions franco-allemandes, comme un reflet des idées que la Commission avait mises sur la table. Et voir la France et l'Allemagne nous rejoindre dans un même effort et dans un même élan, ce que j'ai appelé lorsque le Président Macron fut au Parlement « le retour de la vraie France », m'a réjoui.

Et donc nous avons maintenant une base de travail qui a son importance par ceux qui ont signé la déclaration franco-allemande. Nous aurons dimanche prochain à Bruxelles non pas un mini-sommet, mais une réunion informelle de travail à laquelle sont invités tous les Etats membres qui s'intéressent de plus près aux questions de la migration et de la nouvelle règlementation des procédures d'asile. C'est une initiative que j'aime et que je n'aime pas trop, parce que je n'aime pas présider des réunions entre quelques Etats membres, mais comme d'autres se refusent à le faire, il doit y avoir quelqu'un qui préside sans jouer, à part le rôle d'injonction qui est le nôtre, un rôle primordial.

Je laisserai aux soins d'Edouard de vous expliquer en détail les positions françaises sur l'essentiel et sur le détail, et comme vous avez moins souvent l'occasion de l'entendre que vous avez le devoir de m'écouter: tu feras ce que tu voudras.

 

[Ajout après la déclaration du Premier ministre Philippe]

Vous avez entendu comme moi que le Premier ministre vient de dire qu'il aimerait venir trois fois par année visiter la Commission européenne. Je me rappellerai à ces souvenirs.

 

Questions-réponses

Q1 Deux petites questions au Premier ministre. La première sur la pêche électrique, une technique, vous le savez, extrêmement critiquée en Europe. Quelle sera l'attitude de la France? Et puis une deuxième question sur la sécurité routière: je voudrais savoir si vous avez eu l'occasion d'évoquer ce qu'on appelle ici les bonnes pratiques et je pense notamment à l'exemple du Danemark qui à fait repasser la vitesse sur les routes de 80 à 90 km/h sans beaucoup plus d'accidents. Est-ce que c'est un exemple, Monsieur le Premier ministre?

Président Juncker: Je suis habitué à la dimension hexagonale de vos questions.

Q2 Au sujet de la réunion de travail de ce dimanche: qu'attendez-vous spécifiquement des pays les plus directement concernés du Sud, l'Italie, Malte et la Grèce ? Vous dites que c'est une réunion avec les pays les plus concernés, mais si d'autres pays souhaitent se joindre – parce qu'en fait tous les États membres de l'Union européenne considèrent cette question comme très importante – est-ce que d'autres pays sont bienvenus également ? Et une question plus générale: le sentiment d'urgence que donne cette annonce d'une réunion de travail très importante à quelques jours du sommet, est-ce que ça veut dire, Monsieur Juncker, qu'il est minuit moins une pour l'Union européenne ?

Président Juncker: Enfin, il est plus tard que ça. Je n'aime pas convoquer cette réunion. Mais je me tiens prêt à répondre au souhait de certains d'inviter dimanche prochain à la Commission les États membres – non pas concernés, si je me suis exprimé de cette façon c'était une façon inappropriée, mais les États membres intéressés. Je viens d'avoir au téléphone ensemble avec Édouard le Premier ministre belge qui voudrait s'associer à cette réunion. Évidemment, il est le bienvenu, tout comme nous avons ajouté à la liste provisoire qui fut annoncée hier soir Malte, qui est un pays à la fois concerné et intéressé. Je me disais, en écoutant ce que j'ai vu hier soir et après leur avoir parlé au téléphone pendant le week-end à plusieurs reprises, que vu que le Conseil européen de la semaine prochaine sera décomposé en fait en quatre ou cinq réunions du Conseil européen – euro et le reste – qu'il serait utile que nous puissions échanger nos idées avant la grande réunion du Conseil européen. J'ai dit à mes interlocuteurs d'hier soir qu'il n'est pas question que nous dicterions à partir de dimanche aux autres États membres la ligne de conduite à avoir. C'est un processus inclusif mais qui mérite préparation. Pour ce qui est du contenu: j'ai certaines idées et des idées certaines que je ne vous exposerai pas parce que lorsque vous avez une stratégie, surtout ne l'expliquez pas parce que sinon vous allez la perdre avant qu'elle ne puisse déployer tous ses effets.

Q3 Pour approfondir la demande de mon confrère, est-ce que vous pensez que si jamais l'Union européenne ne parvient pas dimanche à trouver une solution consensuelle sur le problème des migrants, c'en est fini de l'Union européenne parce que ce sera la fermeture de Schengen et la fermeture de Schengen c'est la fin de l'UE ?

Président Juncker: La vraie réunion aura lieu en fin de semaine prochaine au Conseil européen, ce n'est pas dimanche, dimanche c'est une réunion informelle, préparatoire. Je persiste à croire que si tous les États membres avaient suivi dans leur sagesse nos propositions en matière de révision du système de Dublin, nous ne serions pas confrontés aux problèmes auxquels nous sommes confrontés à l'heure actuelle.

[Ajout après le Premier ministre]

Président Juncker: J'ajouterai pour qu'il n'y ait pas d'interprétation erronée, que dimanche soir il n'y aura pas de conférence de presse. Donc ne dites pas après la réunion qu'il n'y a pas eu de conférence de presse parce que nous ne serions pas d'accord. Je vous le dis aujourd'hui. Ce qui vous met en situation de pouvoir, contrairement à moi, bénéficier d'un dimanche libre. 

Q4 Demain les ministres des Affaires sociales doivent se pencher sur l'égalité homme-femme à Luxembourg. Dans ce cadre-là, la Commission avait proposé un congé parental rémunéré à 80% du salaire, avec 4 mois pour les hommes, 4 mois pour les femmes. Puisque vous dites que vous travaillez très bien avec la France, que pensez-vous de l'opposition de la France à ce congé parental et du fait que votre proposition n'est pas suivie par les Etats membres ?

Président Juncker: J'ai l'habitude de voir trop souvent les Etats membres ne pas suivre la Commission. C'est tout, on verra à l'autopsie.

[Ajout après le Premier ministre]

Président Juncker: J'ajouterai que nous vivons – on peut le regretter, moi je ne le regrette pas – dans un régime d'échanges démocratiques, ce qui a pour conséquence que, bien qu'il y ait complicité affirmée et aujourd'hui réaffirmée entre le gouvernement de la République et la Commission, il puisse y avoir des désaccords. Il m'arrive d'être en désaccord avec moi-même.

Q5 Est-ce que vous n'avez pas le sentiment que ce qui est en train de se débattre, c'est l'alternative déjà à la proposition que vous avez prônée sur le partage solidaire ?

Président Juncker: Oui.

[Ajout après le Premier ministre]

Président Juncker: L'affaire est simple, le Premier ministre a un autre rendez-vous avec une autre Commissaire. Et moi, je dois me rendre à la cérémonie d'adieu du chef de notre service des gardes. Je discute avec les Premiers ministres, avec les Présidents, avec les grands de ce monde, tout petit saint que je suis dans une grande cathédrale, mais sans ceux qui font un travail souvent invisible, je ne pourrais pas exister et donc je ne voudrais pas manquer ce rendez-vous. Merci.

SPEECH/18/4237


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