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European Commission - Speech - [Check Against Delivery]

Discours de la Commissaire Gabriel en charge de l'économie et société numériques à l'occasion de la conférence "Digital4Her"

Brussels, 19 June 2018

 

Bonjour et bienvenue à toutes et à tous!

C'est pour moi un immense plaisir d'inaugurer cet évènement qui me tient à cœur, à plusieurs égards:

  • en tant que femme,
  • en tant que passionnée du numérique,
  • mais avant tout, en tant que citoyenne de l'Europe.

D'une Europe qui veut grandir économiquement d'une manière durable grâce aux opportunités du numérique;

D'une Europe qui défend ses valeurs fondamentales, comme l'égalité entre les hommes et les femmes, y compris face aux défis associés au numérique.

Notre Europe numérique, doit être donc l'ambition de parvenir à la croissance durable, dans le respect des droits et libertés fondamentales qui font partie de l'essence même de l'Union Européenne.

Afin de permettre la réalisation de ce double objectif, il est avant tout nécessaire de s'assurer que nous avons toutes les cartes en mains.

Or, la situation d`aujourd`hui est différente: le secteur du numérique en Europe se développe sans une carte essentielle : les femmes. C'est à la fois une injustice sociale et une source de ralentissement économique préjudiciable pour la compétitivité de l'Europe.

Alors que le discours politique sur l'avènement des nouvelles technologies en Europe date de plus de trente ans, combien y-a-t-il de références à l'inclusion des femmes?

Invraisemblablement, la réponse est: aucune.

L'évènement que j'organise aujourd'hui a vocation à faire émerger des solutions concrètes pour assurer un avenir numérique accessible à tous.

Notre objectif est de briser la tendance aux inégalités dans le secteur du numérique.

En premier lieu, parce qu'il s'agit d'une situation sociale anachronique.

Alors que le principe d'égalité est un pilier fondamental de toute évolution juridique, politique, économique et sociétale, il n`est pas très positif pour l'Europe de fermer les yeux sur la sous-représentation des femmes dans le monde du numérique.

Le numérique est le secteur d'avenir et d'innovation par nature. Il est paradoxal que son développement s'inscrive dans un cadre social et culturel désormais obsolète.

Il est essentiel que la diversité prévale dans les organisations à l'ère numérique. L'enjeu est fondamental. Nous ne pouvons prendre le risque que les algorithmes, les robots et l'intelligence artificielle soient le reflet d'un cadre social qui n`est pas en phase avec la réalité actuelle.

Ne rien faire, c'est adhérer à cette vision dépassée, de sorte que nous avons le devoir moral d'agir pour que digital rime avec égal, libre de barrières et de notions sexistes.

Il n'y a qu'en changeant les mentalités bien ancrées qu'une inclusion effective sera envisageable. Il y a donc un travail d'éducation autant que d'inclusion à fournir.

En second lieu, venons-en à l'argument économique. L'absence des femmes dans le numérique se traduit par un ralentissement économique potentiel patent.

Alors que la demande sur le marché numérique du travail augmente drastiquement, l'implication des femmes – qui représentent plus de la moitié de la population en Europe - est plus que jamais requise.

L'Europe enregistre déjà un retard numérique vis-à-vis de ses concurrents internationaux dans certains secteurs tels que l'intelligence artificielle, le High Performance Computing ou encore la cybersécurité.

Pour que l'Europe puisse se maintenir en tant que puissance économique mondiale, nous devons utiliser l'ensemble de nos ressources humaines disponibles.

A cet égard, l'apport des femmes est capital afin que nos entreprises européennes s'inscrivent dans la diversité, la créativité et donc l'innovation. Car, plus la composition des entreprises est monolithique, plus il leur devient difficile de s'ouvrir et d'innover.

Nous devons donc permettre à tous d'acquérir les compétences nécessaires pour s'insérer dans le secteur du numérique mais aussi pour y demeurer, se développer et réussir.

Il est grand temps d'adapter le numérique à nos valeurs sociales et à notre ambition économique.

Pour ce faire, nous avons décrypté les origines de la sous-représentation des femmes dans le numérique afin d'agir directement sur ces facteurs.

Ainsi, notre stratégie pour l'égalité entre les femmes et les hommes dans le numérique se base sur trois piliers comme vecteur des solutions:

  1. Combattre les stéréotypes et donner de la visibilité des personnalités pionnières et contemporaines;
  2. Stimuler l'éducation numérique et inciter plus de jeunes femmes à choisir l'orientation STEM;
  3. Faciliter l'entrepreneuriat et l'innovation digitale par les femmes.

Le premier pilier réside dans la transformation numérique des stéréotypes féminins, tels que relayés par les médias et le secteur audiovisuel.

La filière numérique est systématiquement perçue comme réservée aux hommes dans nos sociétés. Si les origines de cette représentation trompeuse sont issues de l'environnement culturel, l'éducation au sein de la famille ou de l'école, les médias ont un rôle fondamental à cet égard.

Seulement 24% des personnes apparaissant dans les médias traditionnels sont des femmes; 26% dans les tweets et les médias sur internet.

Ceci n'est pas surprenant quand on sait que seulement 22% des positions stratégiques au sein des médias publics sont occupés par des femmes et qu'un film sur cinq est dirigé par une femme (21%).

C'est pourquoi la visibilité des modèles de femmes qualifiées en technologies de l'information et de la communication et passionnées de numérique doit entrer en jeu.

La lutte contre les stéréotypes ne saurait être achevée qu'en promouvant un portrait diversifié et équilibré des rôles des genres dans les médias.

Et pour y parvenir, nous avons besoin du soutien de ceux qui façonnent nos cadres légaux et réglementaires dans le domaine des médias.

J'ai donc invité aujourd'hui les régulateurs audiovisuels nationaux à présenter et discuter d'un rapport que je leur ai demandé de réaliser sur les bonnes pratiques au niveau national permettant d'améliorer la représentativité des femmes dans les médias - à l'écran et derrière l'écran.

Pour cette même raison, et pour plus de transparence concernant nos propres actions, nous allons désormais mesurer la participation des femmes au sein du programme MEDIA. Ces statistiques apparaîtront dans le rapport annuel de 2019 de l'Agence exécutive Education Audiovisuel et Culture.

Enfin, il est indispensable de s'appuyer sur les initiatives émanant de l'industrie filmographique, de la télévision et de tous les secteurs créatifs qui gravitent autour, afin de créer des synergies puissantes au profit de notre cause.

Le second pilier de la stratégie repose sur l'éducation numérique des jeunes femmes, en particulier les filières d'études en sciences, technologie, ingénierie et mathématiques.

Les jeunes femmes s'autolimitent à entamer de telles études par manque d'inspiration et de modèles à cet égard.

Des études récentes conduites par Microsoft ont prouvé que le manque de modèles de femmes dans les filières STEM avait un impact déterminant sur la réticence des jeunes femmes, bien qu'elles soient conscientes du potentiel d'employabilité de ce marché.

Encourager les femmes à acquérir des compétences numériques le plus tôt possible et d'intégrer les filières numériques leur confèrerait un rôle effectif dans le secteur avec des retombées économiques plus que positives pour l'Europe.

Pour ce faire, je vais encourager les Etats membres à adopter et maintenir des plans d'action et des bonnes pratiques, ainsi qu'à définir leurs propres objectifs nationaux, notamment en termes de participation des femmes dans les filières numériques, ou encore à s'aligner sur des standards européens.

En effet, cela permettrait une évaluation et un suivi de la situation basés sur les faits, permettant à toutes les parties de comprendre les moteurs du problème.

Pour cela, un tableau de bord annuel sera publié dans le cadre de l'indice de l'économie numérique et de la société (DESI). Les évolutions des États membres seront répertoriées dans les rapports nationaux à compter de 2019.

Car, mesurer l'évolution de la participation des femmes dans les filières numériques est aussi important que mesurer le taux de pénétration du haut débit.

A terme, cela devrait aboutir à des objectifs d'amélioration plus pertinents et à une analyse de rentabilisation plus forte pour le changement à venir.

A cet égard, nous discuterons d'indicateurs communs lors de l'Assemblée numérique le 26 juin à Sofia, puis officieusement avec les ministres de la compétitivité en septembre, en coopération avec la présidence autrichienne.

Nous disposons donc d'une base solide pour entamer le changement.

Toutefois, il ne s'agit pas seulement que d'une question de chiffres, mais aussi d'agir en amont sur les aspects fondamentaux de la vie des femmes.

Afin de parvenir à une réelle inclusion des femmes, toute politique numérique devrait intégrer le principe d'égalité des genres en termes d'opportunités d'éducation, d'accès à la connaissance et à l'information et de participation politique.

Car la disparité hommes femmes dans le numérique est le reflet des inégalités persistantes de nos sociétés.

Le troisième pilier a trait à l'innovation technologique menée par les femmes, au sein des grandes entreprises et start-ups.

Eriger les femmes en acteurs du numérique est fondamental pour l'ensemble des entreprises européennes, au nom de la diversité mais également de la viabilité d'une industrie numérique en plein mouvement.

Le but est donc de faciliter l'accès des femmes entrepreneurs aux compétences, aux capitaux, aux investisseurs et au mentorat en stimulant les liens avec les plateformes d'affaires, par exemple pour les investisseurs en capital-risque, le financement participatif.

Les femmes sont sous-représentées au niveau de la création des produits numérique et dans le développement de logiciels. Seulement 17% des 8 millions de personnes qui travaillent dans les technologies de la communication et de l'information sont des femmes.

En même temps, l'Europe est confrontée à un manque de spécialistes en la matière : 40% des entreprises font face à des difficultés pour recruter des personnes qualifiées.

Le domaine de la cybersécurité est une illustration majeure de ce phénomène, avec un besoin de 1,8 millions de personnes dès 2022 et de 350 000 rien qu'en Europe. Je vous l'assure, ce déficit ne saurait être uniquement comblé par des hommes.

Ainsi, je m'engage à introduire des activités de soutien aux femmes entrepreneuses (telles que la séance de pitching organisée aujourd'hui) dans les évènements majeurs organisés par la Commission européenne.

Certes, l'absence des femmes dans les filières STEM affecte leur accès aux carrières numériques. Mais au-delà même de l'insertion, demeurer et évoluer dans ces carrières est plus difficile pour les femmes que pour les hommes.

Des politiques volontaristes sont nécessaires dans les entreprises pour accompagner les femmes sur le long terme, une fois l'insertion professionnelle effectuée. C'est cela qui va faire la différence et engendrer une nouvelle culture dans nos sociétés.

En outre, il convient de travailler sur la visibilité des rôles modèles et contemporains. Le fonctionnement de l'Internet est ainsi : si une chose n'existe pas en ligne, elle n'existe pas du tout. On peut appliquer le même raisonnement concernant les rôles modèles de l'IT et leur héritage : si nous n'en parlons pas suffisamment, leur destin sera oublié.

A cet égard, j'ai lancé la campagne européenne No Women No Panel et me suis personnellement engagée à ne pas participer aux conférences et tout évènement public où je serais la seule femme à prendre la parole ou dans lesquels les femmes ne seraient pas représentées de manière égalitaire.

Dans ce contexte, j'ai également demandé à mes services d'identifier, via l'Innovation Radar, l'excellence des femmes chercheuses et innovatrices dans le cadre des programmes financés par nos programmes de recherche.

Enfin, j'en profite pour annoncer dès à présent le lancement du Réseau Européen des Femmes dans le Numérique, destiné à créer un écosystème collaboratif à l'échelle européenne.

En effet, bien que beaucoup d'efforts soient entrepris au niveau des Etats membres pour répondre à l'absence de femmes dans le numérique, il est nécessaire de consolider ces actions à l'échelle européenne.

Aussi, je vous invite à le rejoindre dès aujourd'hui, dès lors que votre organisation adhère à cette vision :

  • Fournir davantage d'efforts pour améliorer la situation des femmes dans le numérique;
  • Devenir les champions de la diversité dans les projets numériques, les évènements, les réseaux et les médias;
  • Promouvoir les femmes dans le numérique comme un principe plutôt qu'une exception;
  • Et s'appuyer sur le poids des partenariats pour atteindre cet objectif.

J'attends de votre part que vous soyez prêts à animer ce réseau et à diffuser le message autour de vous, afin que le plus grand nombre nous rejoigne dans cette démarche.

Vous l'aurez bien compris : de par ses origines pluridimensionnelles, relever le défi de plus de femmes dans le numérique passe par le concours de l'ensemble des acteurs, à tous les niveaux : les décideurs publics, les entreprises, les éducateurs et les médias.

Construisons ensemble un avenir numérique à notre image: des hommes, des femmes, des citoyens de l'Europe.

Je vous remercie d`être venus et suis impatiente d'assister au dynamisme et à la créativité de tant de participants qu'ils soient issus du public ou du privé, des universités et des ONG.

Je vous souhaite de fructueux échanges et une journée riche en émotions dont le résultat final sera un grand pas, concret, en avant pour plus de femmes dans le présent et le future numériques de l`Europe.

Merci beaucoup!

SPEECH/18/4219

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General public inquiries: Europe Direct by phone 00 800 67 89 10 11 or by email


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