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Commission européenne - Discours - [Seul le texte prononcé fait foi]

Discours du Président Jean-Claude Juncker à la séance plénière du Parlement européen – Débat sur l'avenir de l'Europe avec António Costa, Premier ministre du Portugal

Strasbourg, le 14 mars 2018

 

Monsieur le Président, buongiorno,

Monsieur le Premier ministre,

Mesdames et Messieurs les députés,

Bom dia António, bem-vindo.

 

Monsieur le Président, je suis en effet très heureux de participer à ce troisième débat sur l'avenir de l'Europe en présence du Premier ministre portugais, mon ami António.

J'étais au Portugal à la fin du mois d'octobre de l'année dernière et j'avais alors eu le grand honneur d'être invité par le Président de la République portugaise à un échange de vues avec les membres du Conseil d'Etat sur le même thème de l'avenir de l'Europe. J'ai aussi eu le privilège de dialoguer avec le Premier ministre dans le cadre d'un dialogue citoyen avec les citoyens et étudiants de Coimbra, sur les grands enjeux européens et sur leurs espoirs pour l'avenir de l'Union.

C'est dire combien ce sujet occupe et à juste titre les esprits de nos amis portugais et non seulement de leurs dirigeants politiques, mais je crois pouvoir dire aussi d'une grande partie de la société portugaise.

 

Le Portugal est un pays que j'aime beaucoup. J'y ai passé un des moments les plus importants de ma vie. Les Portugais sont très présents dans mon pays d'origine, le Luxembourg: 20% de la population luxembourgeoise est d'origine portugaise. Tous mes voisins ou presque sont portugais; c'est une joie de chaque jour de les entendre parler portugais. Anecdote: très souvent lorsque j'étais Premier ministre dans mon pays, nos amis portugais m'arrêtaient dans les rues et sur les trottoirs pour me dire «Senhor Primeiro-Ministro, il y a trop d'étrangers au Luxembourg.» Ce qui prouve à l'évidence que l'intégration des citoyens portugais au Luxembourg est très, très réussie. [Rires]

En plus, je ne saurais oublier que c'est le peuple portugais qui, en avril 1974, a mis fin à quasiment un demi-siècle d'oppression et de dictature, ouvrant ainsi une voie pacifique vers la démocratie, événement ce qui a suscité soulagement et espoir sur tout notre continent. Deuxième anecdote: jeune homme, j'ai participé à des démonstrations, à des manifestations devant le Consulat portugais vers la fin de la dictature dans votre pays. Jusqu'à ce jour, la police grand-ducale enquête sur l'affaire suivante: quelqu'un a jeté une pierre dans une des fenêtres du Consulat général. La police n'a pas trouvé le responsable – il est devant vous. [Rires]

Le Portugal s'est, après la révolution des œillets, immédiatement et logiquement tourné vers l'Europe sous la conduite inspiré de Mário Soares, pour ancrer sa jeune démocratie dans un ensemble solidaire où nous partageons les mêmes ambitions, la paix, qu'on oublie trop souvent et sans laquelle rien d'autre ne serait possible, et le respect de l'Etat de droit et des droits fondamentaux.

Ce sont des valeurs à vocation universelle sur lesquelles notre Union a été bâtie. Et c'est sur la préservation de ces valeurs que nous devons bâtir l'avenir de notre Union. Car n'oublions jamais qu'aucune de ces valeurs – paix, démocratie, Etat de droit – n'est une évidence. Il faut constamment les défendre.

Et je sais que nous pouvons compter sur nos amis portugais qui ont toujours montré qu'ils savent donner vie et couleur à nos valeurs communes et notamment à la solidarité européenne. L'accueil que réservent les Portugais et le gouvernement portugais aux réfugiés le démontre très clairement. Le Portugal, faisant plus que sa partie, a relocalisé beaucoup de réfugiés venant de Grèce et d'Italie, ce qui pour le reste constitue un exemple dont certains devraient s'inspirer.

 

Ces dernières années, le Portugal a été particulièrement éprouvé par la crise économique et financière. Et je suis heureux de voir que le Portugal affiche aujourd'hui de bons résultats économiques. Le Portugal est sorti l'année dernière de la procédure de déficit excessif et, la semaine dernière, la Commission a conclu que les déséquilibres macroéconomiques ne sont plus excessifs. Qui l'aurait cru il y a quelques années, qui l'aurait cru ?

La vérité est que le pays est passé d'un niveau de déficit de 10-11% à un niveau de moins de 2%. Le chômage est en train de se corriger vers le bas et le taux d'emploi augmente, et chaque jour, considérablement.

La vérité est que ces progrès ont exigé des Portugais, tout au long de ces douloureuses années, des efforts considérables que les autres Européens ne mesurent pas toujours à leur juste valeur. C'est une belle performance collective qui fait honneur à chaque Portugais. Je voudrais donc rendre hommage ici aux Portugais, à ceux qui ont dirigé le pays au long des années de crise et qui l'ont mené vers la correction des déséquilibres, et surtout au peuple portugais, surtout aux plus modestes, surtout aux plus modestes des Portugais qui ont contribué avec un courage admirable et avec un succès certain à ce grand effort national.

Je voudrais aussi souligner que ces résultats remarquables donnent tort à ceux qui avaient reproché à la Commission européenne d'appliquer le Pacte de stabilité avec plus de sagesse, voire d'intelligence et de cœur, en lui octroyant une grille de lecture prenant en compte les défis sociaux nombreux au Portugal.

 

La situation s'est améliorée mais évidemment il reste des choses à faire. Il s'agit maintenant de consolider les résultats obtenus afin de fermer définitivement la page sur ces années sombres et se tourner résolument vers l'avenir. Oui, le Portugal connaît encore des déséquilibres, des déséquilibres à mes yeux maitrisables. Une plus grande croissance de la productivité reste essentielle à l'amélioration de la compétitivité et de la réduction de la dette.

Le Portugal sait pouvoir compter sur la Commission et sur notre programme d'appui à la réforme structurelle pour mener à bien ces réformes nécessaires. Je travaille notamment avec le Premier ministre à la définition d'un projet pilote visant à améliorer les qualifications et compétences des adultes ayant un faible niveau de formation. Et j'ai confiance dans la détermination des autorités portugaises – des forces politiques responsables – à corriger les faiblesses structurelles qui restent et qui peuvent encore freiner le plein développement économique du pays.

Ce sont là des questions dont j'ai toujours discuté franchement, ouvertement, amicalement avec le Premier ministre, et je compte continuer cet effort parfois difficile mais toujours franc, amical et ouvert.

Parce que j'ai toujours pensé qu'on ne construit pas l'avenir de l'Europe en humiliant les pays, en ne respectant pas dans leur dignité les peuples. J'ai voulu, dans le cas du Portugal comme dans d'autres cas, remplacer la sanction anticipative par le dialogue constant, qui d'ailleurs mène, comme le prouve le cas du Portugal, à de meilleurs résultats.

 

L'intervention du Premier ministre devant cette Assemblée a démontré que nous partageons pour ce qui est de l'Europe le même rêve, le même amour, et que nous pensons tous que l'Union européenne reste le meilleur avenir pour nous-mêmes et pour les générations à venir.

Il conviendra donc dans les mois qui viennent que nous complétions ensemble le travail commencé ces dernières années sur l'Union de l'énergie, l'Union numérique, le Premier ministre en a parlé, l'Union des marchés des capitaux et évidemment sur l'approfondissement de la zone économique et monétaire, sujet sur lequel nous avons, Commission, une large intersection de vues avec nos amis portugais.

Cela est vrai notamment pour ce qui est de la nécessité de mettre en place de nouveaux instruments pour assurer la stabilité et la résilience de la zone euro et pour renforcer sa convergence interne.

La Commission a fait à ce sujet des propositions très précises, y compris un nouvel instrument d'appui aux réformes nationales et un mécanisme de stabilisation qui nous permet de faire face à des chocs asymétriques majeurs.

Car il sera, Mesdames et Messieurs les députés, de notre devoir de donner aux prochaines perspectives financières des moyens qui soient à la hauteur de nos ambitions.

Comme l'a souligné António, nous avons beaucoup de responsabilités, anciennes et nouvelles, que ce soit en matière de migration, de politique de défense, de recherche, d'innovation ou d'éducation. Je crois savoir qu'au Portugal le budget national représente 43% du revenu national brut et la part de celui de l'Union européenne s'élève à de 1%. Ce qui veut dire que sur 100 euros, 43 euros vont au ministère des Finances à Lisbonne dont 1 euro seulement pour l'Europe. Je salue la volonté réaffirmée aujourd'hui du Premier ministre d'augmenter la contribution portugaise au budget européen pour que nous puissions être à la hauteur de nos responsabilités. Voilà encore un exemple portugais à suivre par, je l'espère, beaucoup d'autres.

Mais nous le savons: des choix, souvent difficiles, restent à être faits. L'Europe que nos léguerons à nos enfants dépendra de ces choix. A nous de décider maintenant de l'Europe que nous voulons pour demain.

Laissez-moi prendre un seul exemple, celui du programme recherche-innovation Horizon 2020, ce qui n'est pas tout à fait innocent puisque le Commissaire Carlos Moedas, qui a la chance -et le bonheur- d'avoir la nationalité portugaise et qui est fier d'être Commissaire, en a la charge et y fait un travail, je voulais le dire, absolument remarquable. Mais c'est aussi un programme clé pour la croissance et le développement des entreprises européennes.

Nous consacrons, Mesdames et Messieurs, actuellement 80 milliards* d'euros à ce programme, celui dont je viens de parler. Si nous décidions de faire passer ce montant à 120 milliards* dans le prochain cadre financier, cela permettrait, d'ici 2040, de créer 420 000 emplois supplémentaires et d'accroître le PIB de 0,3%. Si nous allions – je rêve – jusqu'à 160 milliards*, cela se traduirait par la création de 650 000 emplois d'ici 2040 et par un accroissement du PIB de 0,5%. Si nous le faisions – en fait, je crois que nous devrions le faire – l'Union européenne deviendra l'un des principaux acteurs mondiaux dans les domaines de la recherche et de l'innovation.

Enfin, nul besoin de dire que les mois qui viennent seront cruciaux pour l'avenir de l'Europe. C'est sur les faits et non sur les paroles que nous serons jugés. Et le Portugal qui, depuis son adhésion et même avant, a été de toutes les avancées européennes, le Portugal a largement démontré qu'il respecte ce qu'il dit quelles que soient les difficultés – et elles furent grandes.

L'avenir de l'Europe passe aussi par le Portugal.

Obrigado a todos.

 

*La version précédente indiquait erronément « millions » et a été corrigée.

 

SPEECH/18/1981


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