Navigation path

Left navigation

Additional tools

Other available languages: none

Commission européenne - Discours - [Seul le texte prononcé fait foi]

Discours d'ouverture de la Commissaire Mariya Gabriel en charge de l'économie et société numériques

Bruxelles, le 13 novembre 2017

Conférence sur les fausses informations et la désinformation en ligne

"Un dialogue ouvert est la clé pour trouver une solution au problème des fake news"

 

Mesdames et Messieurs,

C'est un honneur de m'adresser à vous aujourd'hui sur la question des fausses informations et de la désinformation en ligne.

Le britannique Tim Berners-Lee décrit sa vision de l'internet moderne avec les mots suivants: "J'ai imaginé le Web comme une plate-forme ouverte qui permettrait à tous, partout, de partager des informations, d'accéder à des opportunités et de collaborer à travers les frontières géographiques et culturelles".

C'est cet Internet, ouvert, pluraliste et qui laisse la liberté de jugement à tout un chacun dont je m'inspire. Le phénomène de fausses informations est bien réel. Ce n'est certes pas un phénomène nouveau, mais son étendue et la vitesse de diffusion des nouvelles en ligne sont toutefois sans précédent. Ce n'est pas un phénomène voué à disparaitre dans un avenir proche. Les fausses informations posent une menace directe aux fondations et valeurs de notre société démocratique. Elles affectent directement le cœur de la relation de confiance qui existe entre les citoyens et leurs élus.

L'entièreté du processus politique se base sur la transparence, la confiance et la véracité de l'information. Les citoyens doivent pouvoir faire des choix informés lorsque ceux-ci impactent leurs vies quotidiennes, celles de leurs enfants, des générations futures. De même, la prolifération des fausses informations et le problème de la méfiance par rapport aux médias, ont un impact direct sur la qualité du discours politique, des politiques publiques, de la cohésion sociale et, in fine, mène à l'érosion de notre système politique démocratique.

A une époque de grands bouleversements, de divisions politiques marquées, de manque de confiance dans les institutions et d'un certain mal-être social, les fausses informations s'attaquent directement à nos valeurs européennes et permettent aux populismes de gangrener notre société.

A ce phénomène global, la réponse se doit d'être européenne

J'invite toutes les parties prenantes, les plateformes en ligne, le monde des médias, la société civile, les citoyens, les décideurs à un dialogue ouvert et franc afin d'identifier ensemble des solutions qui nous permettront de mieux analyser et combattre les fausses informations.

Notre mandat est clair : Nous devons élaborer et adopter les mesures nécessaires pour que nos citoyens se sentent protégés des menaces émanant des fausses informations.

Il est de notre devoir de garantir que les citoyens européens acquirent toutes les compétences et outils nécessaires pour pouvoir maîtriser les océans d'informations disponibles en ligne.

Voici le défi qui se dresse devant nous.

 

Mesdames et Messieurs,

Internet, comme vous le savez,a permis d'immenses progrès - près d'1,3 milliards de sites internet permettent quotidiennement à 3,7 milliards d'utilisateurs d'échanger des informations, de commercer et de dialoguer avec une intensité inégalée dans l'histoire de l'humanité. En 2016, plus d'un européen sur deux utilisait les médias sociaux, dont la plupart pendant plus d'une heure par jour.

Mais ce développement fulgurant est également confronté à une série de défis dont celui de la diffusion et promotion de fausses informations.

Un sondage récent de la BBC dans 18 pays a ainsi montré que 79% des personnes interrogées étaient préoccupées par la crainte de ne pouvoir différencier les fausses des bonnes informations.

Une étude de Buzzfeed a montré que durant la campagne présidentielle américaine, les 20 Fake news les plus vues ont généré 8,7 millions de click sur Facebook, soit plus d'un million de plus que les 19 articles de médias les plus lus.

Pour autant, l'apparente simplicité du concept de Fake News ne doit pas cacher l'extrême complexité du problème. Il ne s'agit pas de faire un simple tri entre « bonne et « fausse » information. Le phénomène doit être appréhendé tout au long de la chaine de l'information: l'émetteur du message, le message lui-même, le lecteur et sa psychologie, les outils de diffusion et d'amplification du message, les services annexes liés au message comme la publicité et les circuits financiers qui l'entourent.

Je voudrais m'attarder sur cette complexité :

  1. Comme je l'ai déjà souligné, le phénomène n'est pas nouveau – depuis la Grèce Antique, l'histoire est truffée d'exemples. En outre, malgré l'emphase légitime mise sur les nouveaux acteurs, il ne faut pas sous-estimer le rôle des médias traditionnels – notamment du type tabloïd- dans des campagnes de désinformation.
  1. Ce qui est nouveau en revanche c'est la formidable caisse de résonnance que constitue Internet. Aujourd'hui, pour 40.000 euros, vous pouvez vous offrir une campagne de discussion idéologique, 20.000 commentaires vous couteront 5.000 euros et 300.000 suiveurs ne vous couteront que 2600 euros. Ces manipulations sont rendues possibles par l'anonymat des comptes fabriqués, l'offre de services de fabrication délibérée de fausses informations.
  1. Autre nouveauté, l'étendue du phénomène offre la possibilité à des acteurs extérieurs d'influencer l'opinion dans nos démocraties dans des proportions inégalées depuis le début de l'histoire.
  1. Dernière nouveauté, le support de cette désinformation évolue avec les avancées technologiques : après des articles et des photos, nous voyons aujourd'hui l'émergence de matériel audiovisuel. Par conséquent, il convient d'appliquer une approche holistique englobant tous les secteurs et toute la chaine d'information.
  1. Autre élément de complexité: toutes les sociétés ne sont pas égales face aux fausses informations. Le niveau d'éducation, la culture démocratique, le système électoral et son caractère inclusif, le rôle de l'argent dans les campagnes électorales, les inégalités, jouent certainement un rôle décisif.
  1. Parmi les fragilités structurelles de nos sociétés, il en est une qui est particulièrement importante: la métamorphose inachevée du secteur des médias, de la culture et de l'information liée à leur digitalisation. Tant que les acteurs qui produisent de l'information de qualité n'auront pas trouvé des modèles économiques rentables, les fausses informations continueront à proliférer.

La diffusion des "fake news" à des fins de manipulation est le symptôme d'une maladie de l'information qui nous affecte en tirant partie de vulnérabilités de nos sociétés. Il est vital que nous soignions, voire même vaccinions nos sociétés contre cette maladie, afin de garder nos repères démocratiques et protéger nos valeurs.

 

Mesdames et Messieurs,

Face au problème des fausses informations, l'Union Européenne a déjà pris des mesures, telles que la East Stratcom Task Force ou l'intensification de la lutte contre le contenu illégal. Mais pour progresser, nous devons collectivement, avec tous les acteurs de la société, initier une réflexion profonde et compréhensive sur ce qui serait nécessaire, au niveau européen, pour protéger nos citoyens et sauvegarder nos valeurs et nos démocraties.

L'Union européenne peut apporter une pierre importante à cet édifice en développant sa propre approche. Trois éléments doivent guider notre action:

D'abord, la conscience. La diffusion de l'information grâce à internet est plus qu'une opportunité : elle représente le passage à une nouvelle ère pour l'histoire de nos démocraties. Une information libre, diversifiée, de qualité et accessible à tous renforce le potentiel et encourage la participation de chaque homme et chaque femme dans les processus démocratiques et le développement de nos sociétés.

Aujourd'hui, les médias en ligne représentent la principale source d'informations pour les jeunes générations. Ainsi, le choix qui se pose n'est certainement pas de revenir vers un système centralisé ou au recours à la censure. Toutefois, le rôle des médias publics et l'action publique en général est à reconsidérer. L'expérience et la qualité de médias publics comme la BBC sont là pour nous rappeler qu'elle peut avoir des effets très positifs sur la qualité de l'information. Aujourd'hui nous devons trouver des remèdes qui soient à la fois adaptés et compatibles avec les transformations numériques et nos valeurs fondamentales.

Enfin, nous devons être attentifs au rôle de l'éducation et formation continue dans nos sociétés. Celles-ci devraient jouer un rôle central car le citoyen doit pouvoir porter un jugement et faire des choix informés sur base d'informations de qualité. Ainsi, les enjeux d'éducation sont plus que jamais centraux, à la fois s'agissant en termes de culture générale, d'esprit critique et de compétences digitales.

 

Mesdames et Messieurs,

Ce processus débute aujourd'hui. Nous lançons tout d'abord une consultation publique jusqu'à la mi-février sur les fausses informations et la désinformation en ligne. Cette consultation offre la possibilité à tous, citoyens et parties prenantes, de s'exprimer, de contribuer activement et d'être entendus.

En parallèle, j'ai décidé de constituer un groupe d'experts de haut niveau pour rassembler équitablement des représentants issus du monde des médias, de la société civile et du monde académique. L'appel à candidature s'ouvre également aujourd'hui, et ce pour 4 semaines.

Plus généralement, je souhaite que tous les acteurs concernés s'engagent afin de trouver une solution commune face à ce phénomène.

Dans cette effort collectif qui sera poursuivi durant les mois à venir, il me semble nécessaire que nous gardions à l'esprit certains principes qui doivent selon moi être nos « quatre points cardinaux »:

  1. Premièrement, la transparence sans laquelle les citoyens ne peuvent faire des choix éclairés. Les acteurs qui veulent faire du mal n'aiment pas la lumière. Cette transparence devrait pouvoir concerner les flux financiers, les sources d'information, les mécanismes de fabrication et de diffusion de l'information
  2. Deuxièmement, la diversité de l'information : le temps d'une information monolithique est terminé et la diversité de l'information est le carburant de l'esprit critique et d'un jugement éclairé. Cette diversité ne doit pas être réduite par les hommes ou les machines.
  3. Troisièmement avoir la capacité de caractériser la crédibilité d'une information : pour les utilisateurs, l'accès non seulement à l'information mais aussi à une indication concernant la crédibilité de cette information, est essentielle.
  4. Enfin, toute analyse devrait valoriser les solutions inclusives. Comme nous le savons tous, aucune solution de long terme ne pourra intervenir sans une implication des parties prenantes durable et la plus large possible.

La conférence d'aujourd'hui constitue la première étape de notre dialogue sur les fausses informations et la désinformation en ligne. Je vous souhaite une discussion fructueuse au cours des deux prochains jours et je suis impatiente d'en voir les résultats.

En conclusion, je crois fermement que ce sont les efforts communs et le partage d'expériences des plateformes, des médias, de la société civile, du monde académique qui nous permettront d'identifier des actions efficaces et concrètes pour lutter contre l'épidémie de fausses informations et de la désinformation en ligne.

Partageons notre expertise pour arriver, ensemble, à des solutions pour nous tous, et, ainsi, garantir l'accès de tous les citoyens à une information fiable, plurielle et de qualité.

 

Merci pour votre engagement et votre participation aujourd'hui.

 

 

 

SPEECH/17/4609


Side Bar