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Commission européenne - Discours - [Seul le texte prononcé fait foi]

Quo vadis Europa à 27? Des voies pour un avenir uni à 27

Bruxelles, le 1er mars 2017

Discours prononcé par le président Juncker lors de la session plénière du Parlement européen à l'occasion de la présentation du livre blanc de la Commission européenne sur l'avenir de l'Europe

 

 

Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs les Députés,

Mesdames et Messieurs,

 

Dans quelques semaines, à Rome, vingt-sept de nos États membres profiteront des célébrations du 60e anniversaire des traités de Rome pour resserrer les rangs, dans la paix, la solidarité et l'amitié, et je voudrais que le président du Parlement soit associé à ces cérémonies.

Ce sera plus qu'une fête d'anniversaire. Ce devrait être aussi «le moment de la naissance» de l'Union européenne à 27.

Et alors que nous tournons la page pour ouvrir un nouveau chapitre de notre histoire, l'heure est venue de chercher de nouvelles réponses à une question aussi vieille que notre Union est jeune:
quo vadis Europa – à 27?

Les pères fondateurs de l'Europe étaient des visionnaires. Spinelli et Rossi, jetés en prison par un régime fasciste, ont osé rêver d'un lieu où alliés et adversaires s'uniraient. Privés du droit de parler librement, ils ont rédigé un Manifeste pour une Europe libre et unie, qui fut diffusé secrètement à Rome, en 1943, dans la Résistance italienne des Partigiani.

En écrivant ce manifeste, ce nouveau chapitre, Spinelli et Rossi ont décidé de s'arracher à l'obscurité qui les entourait dans leurs geôles de Ventotene. Ils ont préféré tendre les bras vers la lumière. Ils ont rêvé d'un avenir meilleur et préparé le chemin pour y parvenir.

Soixante ans plus tard, cela doit être pour nous une source d'inspiration. Alors que rien ne nous empêche de nous exprimer, nous pardonnerait-on de ne pas avoir pris la parole? Dans soixante ans, que diront nos petits-enfants de l'héritage que nous leur aurons laissé? Je veux qu'ils en soient fiers, comme Spinelli et Rossi l'auraient probablement été aujourd'hui.

À présent, c'est à notre tour de faire œuvre de pionniers et de construire une vision qui nous permette de marcher main dans la main, unis à 27, vers notre avenir.

 

                                                                                                                *

Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs les Députés,

Chers collègues,

Chaque jour, le monde qui nous entoure change un peu plus.

Le rythme des évolutions et des changements est vertigineux. La mondialisation, le terrorisme, la migration et l'impact des nouvelles technologies sur la société et sur l'emploi ont des répercussions profondes dans la vie quotidienne des Européens. Les circonstances, les situations, les relations ne changent pas tous les ans, tous les mois ni toutes les semaines, mais bien tous les jours ! À un point et à une vitesse tels qu'on en perd parfois le souffle.

Ce sont d'immenses défis qui nous attendent, et aussi des obstacles sérieux, mais leur ampleur ne les rend pas insurmontables.

Soit nous nous laissons balayer et écraser par ces tendances, soit nous nous en saisissons, nous les maîtrisons, et nous profitons des nouvelles chances dont elles sont porteuses. L'Europe ne peut se permettre de céder à la fatigue. L'Europe doit être en éveil et saisir activement les chances et les possibilités qui s'offrent à elle, et parfois même anticiper.

Pour reprendre les mots de mon ami Frank-Walter Steinmeier: «Si nous voulons donner du courage aux autres, nous-mêmes avons besoin de courage.»

L'avenir de l'Europe ne peut pas être l'otage des cycles électoraux, de la politique partisane ou de messages servant des objectifs de politique intérieure à court terme.

Le «Brexit», aussi regrettable et douloureux soit-il, ne pourra pas arrêter l'Union européenne dans sa marche vers l'avenir. Nous continuons. Nous devons continuer.

Europe, où vas-tu? Quo vadis, Europe à 27? En fait, il n'y a pas de meilleur moment que maintenant – il n'y en a d'ailleurs pas d'autre – pour mener ce débat, certes difficile.

Tous les débats et réflexions sur le choix de la voie à suivre ne doivent pas nous faire perdre de vue notre tâche essentielle, et l'accomplissement de cette tâche doit guider toute notre action.

Soyons honnêtes: il existe depuis trop longtemps un fossé entre ce que nos concitoyens attendent et ce que l'Europe peut offrir et réaliser. Il nous appartiendra d'expliquer clairement ce que l'Europe peut faire et ce qu'elle ne peut pas faire.

Prenons la lutte contre le chômage, et en particulier contre le chômage des jeunes. Nous en discutons sommet après sommet et promettons de réduire le chômage – et surtout le chômage des jeunes. Or, l'Europe est loin d'avoir tous les pouvoirs à cet égard. Les instruments qui existent au niveau de l'Union ne peuvent pas faire de miracles si l'action au niveau national reste insuffisante. Nous pouvons financer des stages, stimuler l'investissement – avec un certain succès, d'ailleurs – mais ces efforts n'entraînent pas automatiquement et à eux seuls une réduction systématique du chômage. Le budget de l'UE ne contribue qu'à hauteur de 0,3 % aux dépenses publiques de protection sociale en Europe. 0,3 pour cent! 99,7 % des moyens financiers dans ce domaine proviennent des États membres. Prétendre que l'Europe assume seule la responsabilité de la lutte contre le chômage est simplement faux.

Alors, nous devons éviter de faire comme si l'Europe pouvait à elle seule résoudre le problème. Il est temps que nous – et les États membres – le reconnaissions. Nous ne devons pas faire croire aux gens que nous pouvons leur décrocher la lune si tout ce que nous avons à leur offrir est un télescope. Nous devons arrêter de communiquer sur nos intentions et plutôt nous concentrer davantage sur les domaines où nous pouvons produire des résultats tangibles.

Voici, Monsieur le Président, le point de départ du livre blanc de la Commission que je vous présente aujourd'hui:

Il est temps — je me répète — que nous mettions les choses au clair sur ce que l'Europe peut effectivement réaliser, ou non. Trop souvent, le débat sur l'avenir de l'Europe se réduit à un choix binaire entre «plus» ou «moins» d'Europe. Cette approche est trompeuse, comme toutes les simplifications excessives. Dans le livre blanc, nous présentons différentes voies possibles – cinq scénarios pour l'avenir de l'UE à 27 – bien qu'en réalité les possibilités soient plus nombreuses. Tous ces scénarios ne bénéficient pas de l'approbation spontanée de la Commission, mais ils sont tous les cinq sur la table. Nous devons donc nous en occuper. J'aimerais vous exposer quelles pourraient être les conséquences de chacun de ces scénarios.

Prenons le premier scénario, qui prévoit la poursuite de la politique actuelle. Lorsque cette Commission est entrée en fonction, je me suis engagé, devant votre Assemblée, à faire les choses différemment afin de regagner la confiance des citoyens. Et c'est ce que nous faisons déjà dans une large mesure, je l'espère. La Commission a déjà beaucoup fait pour en finir avec le réflexe traditionnel qui consistait à vouloir réglementer et interférer dans chaque aspect de la vie des gens. Les gens n'attendent pas de nous que nous réglementions les chasses d'eau ou la hauteur des balançoires. Nous avons retiré des centaines de propositions et ne proposons que 23 initiatives par an contre 130 habituellement les années précédentes. Nous nous concentrons sur les enjeux majeurs qui comptent véritablement pour nos concitoyens. Et pourtant, dans toutes les capitales, dans presque tous les parlements nationaux, parfois même dans cette enceinte, et dans la quasi-totalité de la presse, la Commission se voit reprocher un excès de réglementation. Ce dénigrement permanent de «Bruxelles» n'a pas de sens car depuis l'entrée en fonction de cette Commission, il ne repose plus sur aucune base. Cela nous ferait du bien à tous si ce «Brussels bashing», cet acharnement contre l'Union européenne, pouvait prendre fin. Très souvent, ces attaques répondent en réalité à des manquements au niveau national.

Nous pouvons poursuivre sur la même voie, concentrer toute notre énergie sur les résultats à atteindre au regard des grands enjeux, et faire avancer notre programme d'actions positives – que cette Assemblée a approuvé: achever le marché intérieur, le marché unique numérique, l'union de l'énergie, l'union des marchés des capitaux et une union de la défense. C'est ce que nous sommes occupés à faire, et nous y parviendrons. Il est toutefois permis de se demander si cela sera suffisant. Nous pourrions aussi aller dans un sens tout à fait contraire, avec une Union européenne à 27 qui se préoccupe uniquement du marché unique.

 

Scénario 2.

Si les États membres se montraient incapables de trouver un terrain d'entente dans un nombre de domaines toujours plus important, si les gouvernements étaient toujours plus nombreux à vouloir rabaisser la Commission à un rôle de simple administrateur du marché intérieur, ce pourrait être alors la seule solution qui reste. Cette solution, en tout état de cause, n'est pas la nôtre, pas la mienne ! L'Union européenne n'est pas une simple zone de libre-échange plus ou moins sophistiquée. L'Europe ne se résume pas au marché, aux marchandises et à l'argent. Le marché intérieur et l'euro ne sont pas des buts en soi. Ils sont au service de la personne humaine et de la société. Malgré cela, il existe des gouvernements qui souhaitent réduire le rôle de l'Union européenne, et donc de la Commission, à la seule gestion du marché intérieur. Pour ma part, j'y suis fermement opposé.

Il existe ensuite une troisième option, un troisième scénario: Les États membres doivent-ils absolument avancer toujours au même rythme? Lorsque nous ne pouvons nous mettre d'accord à 27 - ni sur les fins, ni sur les moyens - ceux qui sont prêts à aller de l'avant dans divers domaines devraient être autorisés à progresser davantage, là où cela leur semble nécessaire. En même temps, nous devons donner la possibilité à ceux qui, au départ, ne peuvent ou ne veulent pas en être d'adhérer par la suite aux objectifs et aux réalisations du groupe qui a démarré le premier.

Mais quel serait l'impact d'un tel système? Dans un petit nombre de pays, cela pourrait être source de grands progrès. Pour ceux d'entre eux qui voudraient, dans un tel cadre, échanger toutes les informations disponibles dans la lutte contre le terrorisme, édifier un véritable système d'asile européen et mettre en commun les capacités de défense, il s'agirait à n'en pas douter d'une option envisageable. Il pourrait cependant en résulter un système compliqué de cercles concentriques, avec de nombreux pays en position de satellites gravitant à l'extérieur des politiques centrales. Cela pourrait rendre l'Europe encore plus difficile à comprendre qu'elle ne l'est déjà. Comment expliquer aux citoyens que l'Europe est chargée d'harmoniser les fréquences auxquelles les voitures automatisées doivent avoir accès pour appeler les services d'urgence en cas d'accident – mais seulement dans les pays X, Y et Z, et donc que vous ne pourrez pas être secouru si vous conduisez dans le pays A?

Nous sommes déjà confrontés aujourd'hui aux problèmes que soulève une telle approche quand nous essayons d'expliquer que l'Europe est partiellement responsable du contrôle des frontières extérieures de l'espace Schengen, mais pas entièrement. Pour autant, l'idée selon laquelle certains États membres progressent dans certains domaines et ouvrent ainsi la voie à ceux qui ne souhaitent les rejoindre que plus tard ne saurait être écartée sans plus de considération. Cette forme d'avant-garde ne vise pas l'exclusion mais au contraire une inclusion ultérieure. À vrai dire, je peux voir certains avantages à cette façon de procéder. Le but doit rester, bien sûr, d'avancer à 27. Mais lorsque cela s'avère impossible, il faut permettre au bloc de ceux qui souhaitent plus d'intégration d'aller de l'avant. Les succès européens ont presque toujours été l'œuvre de pionniers qui ont pris les devants, voyez Schengen ou l'euro par exemple.

Mais il y a encore une quatrième possibilité. Les 27 États membres de l'UE pourraient décider collectivement de déployer davantage d'efforts, tous ensemble, dans un nombre un peu plus réduit de domaines où nos actions européennes auraient une vraie valeur ajoutée et dans lesquels les citoyens attendent que nous agissions: Scénario 4. En fin de compte, cela signifierait que nous appliquons le principe «faire mieux avec moins»

De bons exemples de domaines dans lesquels les citoyens attendent davantage de notre part sont la politique de sécurité et le fameux «dieselgate». Une Agence européenne de lutte contre le terrorisme à part entière, capable d'échanger des informations au-delà des frontières et de surveiller systématiquement les suspects ferait beaucoup pour assurer la sécurité de tous, j‘en suis convaincu. De même, les consommateurs européens abusés par les constructeurs automobiles devraient pouvoir compter sur une agence européenne pour sanctionner les entreprises et imposer que réparation leur soit versée, quel que soit le lieu où ils se trouvent. Plutôt que de décevoir le public par les lettres, certes rédigées en termes fermes, que nous adressons aux États membres pour leur demander d'agir, nous devons impérativement faire en sorte que ces demandes puissent aussi être suivies d'effets.

Pour terminer, Monsieur le Président, les États membres pourraient aussi décider - c'est le scénario 5 - de partager davantage de compétences et de ressources et de prendre plus de décisions en commun. Ils pourraient ainsi avancer à vive allure et assurer le «leadership» de l'Union européenne. La protection du climat: dans ce domaine, l'Europe doit continuer de jouer un rôle précurseur, indépendamment de ce qui pourrait se passer de l'autre côté de l'Atlantique. Le développement durable: il s'agit là d'une mission à long terme de l'Union. La défense: en la matière, l'Europe devra contribuer davantage et de façon indépendante.

 

                                                                                                                *

Mesdames et Messieurs les Députés,

Toutes ces perspectives, toutes ces esquisses, tous ces projets théoriquement possibles sont des choix qui s'offrent à nous. Je ne vais pas vous dire aujourd'hui lequel d'entre eux a ma préférence absolue, tout en ayant récusé l'idée qu'il faudrait réduire l'Union européenne à l'état de zone de libre-échange, ce qui n'est pas mon concept, et ce qui ne correspond pas aux ambitions de l'Europe. Je ne vais pas vous dire ma préférence absolue aujourd'hui, parce qu'en fin de compte, ce n'est pas à moi seul – et je le regrette – ni à la Commission de faire ces choix, comment dire – "in splendid isolation".

Je n'ai pas voulu présenter les vues définitives de la Commission. Je ne procède pas, alors que c'est devenu la mode, par "executive orders". La parole sera à votre Parlement, aux parlements nationaux, aux gouvernements, à la société civile, bref aux citoyens. Contrairement à ce qui jadis fut la règle, la Commission ne prescrit pas, ne dicte pas, n'instruit pas. Elle veut être à l'écoute avant de se prononcer définitivement.

Pas de diktat, mais de l'écoute. Cela ne correspond pas à mon tempérament. Enfin, je ne suis pas un dictateur, mais j'aime dire les choses comme je les vois. J'aimerais annoncer la couleur, ma conception de l'Union européenne dès aujourd'hui. Et je mesure la déception de ceux qui auraient voulu que j'annonce la couleur dès aujourd'hui. Mais nous préférons écouter avant de dire. À ceux qui voudraient qu'avant le débat, la Commission dise ce qu'elle voudrait être, je dirai qu'il ne faut pas confondre leadership et diktat. Contrairement à ce qui fut fait jusqu'à présent, nous voulons d'abord écouter avant de nous prononcer. Cela peut conduire, d'après ce que j'ai pu lire, à des déceptions majeures, mais c'est une méthode qui fait honneur à la démocratie non seulement représentative mais à la démocratie entière.

Parler d'institutions, de révisions des Traités, de procédures institutionnelles – débat qui agite ceux qui sont installés dans le confort de la bulle bruxelloise, qu'il faudra qu'à tout prix nous quittions tous ensemble, ne m'intéresse pas pour l'instant. D'ailleurs un tel discours n'intéresserait pas les citoyens. Vous qui faites des réunions dans tous vos pays, est-ce que jamais on vous a posé une question sur l'équilibre des pouvoirs entre le Conseil, la Commission et le Parlement? Jamais, jamais, je n'ai eu une telle question, donc c'est un débat typiquement bruxellois, qui, à part ceux qui sont installés dans le confort de la bulle bruxelloise, n'intéresse personne. Alors il ne faudrait pas conduire ce débat.

Viendra – j'en suis certain – le jour où les traités devront être adaptés à une volonté collective, mais à une volonté collective à naître. Cette volonté collective n'existe pas aujourd'hui.

Pour pouvoir donner corps à cette volonté collective, il nous faut un véritable débat, un débat honnête sur l'Europe et sur ce que les citoyens attendent de l'Union européenne.

Cette conversation vertueuse ne doit pas avoir lieu seulement à Rome, ou seulement à l'occasion de nos nombreux sommets, et à l'occasion de nos nombreux débats ici même. Elle doit avoir lieu dans les villes et les régions partout en Europe. C'est avec vous, Mesdames et Messieurs les Députés, et avec les États membres, que nous tiendrons une série de «Débats sur l'avenir de l'Europe». Chaque voix, même minuscule, même à peine audible, doit être entendue.

Les citoyens nous diront ce qu'ils attendent de l'Union européenne. Ils exprimeront sans doute leurs doutes, leurs interrogations, mais aussi leurs espoirs. À nous d'y répondre. La lecture du Livre blanc – que je vous invite à lire, y compris son introduction et l'échange des arguments pour et contre – nous aidera à formuler les bonnes réponses.

Au cours des prochains mois, la Commission apportera de nouvelles contributions à ce large débat avec une série de documents de réflexion et de propositions plus précises portant sur les grands enjeux dont demain sera fait.

Nous présenterons nos idées sur le renforcement de la dimension sociale – débat à mes yeux essentiel et auquel j'apporte toute mon attention. Enfin, ceux qui applaudissent lorsqu'on parle de l'Europe sociale ne font pas la majorité dans cette salle. Honte sur vous ! Parce que l'Europe sociale est un enjeu principal pour les décennies à venir. Nous présenterons nos vues sur l'approfondissement de l'Union économique et monétaire et notamment sur les mécanismes qui amélioreront la très nécessaire coordination des politiques économiques. Nous présenterons nos vues sur la maîtrise de la mondialisation. Et nous présenterons nos réflexions sur l'avenir de la défense de l'Europe et l'avenir des finances de l'Union européenne.

En matière de défense, il est évident que les États européens devront augmenter leurs budgets militaires. Mais la stabilité planétaire n'est pas seulement fonction de l'ampleur des budgets militaires. La stabilité internationale, mondiale, planétaire est aussi fonction de la dimension des budgets d'aide au développement et du financement de la lutte contre le changement climatique. Réduire les budgets de l'aide au développement, remettre en cause les engagements qui furent les nôtres, et ceux des autres, en matière de changement climatique – je parle de la COP 21 – nuiront gravement à la stabilité intégrale. L'Union européenne doit porter et doit continuer à porter ces messages. La stabilité, ce n'est pas seulement l'affaire des armées, c'est aussi l'affaire de ceux qui veulent aider à permettre à ceux qui sont en retard de rejoindre ceux qui sont en avance. La stabilité, c'est les dépenses militaires, mais pas exclusivement les dépenses militaires, c'est aussi l'aide au développement et la lutte contre le changement climatique.

Vous vous êtes déjà penchés sur toutes ces questions et nous nous réjouissons à l'idée de continuer à travailler avec vous et notamment avec les rapporteurs qui ont vu leurs rapports être adoptés récemment.

Je prends rendez-vous avec vous en septembre. En septembre, lors du discours sur l'état de l'Union où je développerai davantage ces idées – pas avant, mais après avoir écouté les uns et les autres.

J'aimerais que le Conseil européen donne en décembre ses orientations pour un processus qui atteindra son apogée lors des élections européennes en 2019.

En 2019 nous avons rendez-vous avec le suffrage universel européen. Ce sera un rendez-vous d'abord d'explications. Explications entre les forces politiques, c'est-à-dire entre les familles politiques, qui devront dire comment elles voient l'Europe de l'an 2025, et au-delà. Et je voudrais que le processus démocratique engagé en 2014 connaisse son prolongement. Je veux dire par là qu'en 2019 les partis européens devraient présenter au choix de l'électeur des têtes de liste, exigence qu'il faudra que nous respections pour que la démocratie européenne fonctionne et reste crédible. Nous ne pouvons pas renoncer en 2019 à l'acquis qu'ensemble nous avons accompli en 2014.

Les citoyens européens doivent pouvoir décider qui sera le prochain Président de la Commission européenne. Les citoyens doivent pouvoir faire leur choix, pas les officines gouvernementales. Je ne serai pas candidat à un deuxième mandat, comme je l'ai dit dès le premier jour. Je ne serai pas candidat à un deuxième mandat, mais croyez-moi, je ne suis ni fatigué, ni à court d'idées. Au contraire. Et vous allez voir.

Monsieur le Président, l'Europe s'est relevé des cendres de la deuxième guerre mondiale pour réaliser en fait l'impossible: mettre fin à cette éternelle tragédie européenne qui nous obligeait en fait, les peuples, leurs dirigeants, à choisir entre la guerre et la paix. Dans le monde d'aujourd'hui plus de quarante guerres et conflits militaires font rage, mais pas un seul ne se déroule sur le sol européen proprement dit.

Vue de plus loin, vue à partir d'autres continents, l'Europe continue à rester une chose magnifique. Avoir réuni tout un continent, avoir mis un terme à ce funeste décret d'après-guerre qui voulait que l'Europe à tout jamais ne soit scindée en deux blocs, y avoir créé un espace de stabilité, de prospérité et d'égalité nous vaut l'admiration du monde entier. Très souvent j'ai l'impression que les autres nous admirent et que nous-mêmes, il nous arrive de nous détester.

Mais cette Europe, celle que je décris, n'est pas un acquis, ni une évidence. L'Europe a toujours été, et reste aujourd'hui et pour toujours un choix délibéré qu'il faut défendre contre vents et marées, contre l'assaut de ceux qui ne veulent pas comprendre le cours de l'histoire.

Et les choix que nous faisons maintenant, aujourd'hui, demain, d'ici deux années, d'ici 2025, doivent tenir compte de leurs implications non seulement pour nous, mais surtout pour les générations à venir. Parce que nous serons jugés non pas sur ce qui nous a été légué, mais sur ce que nous laisserons en héritage.

Nos citoyens nous disent souvent que nous devons faire les choses différemment. Oui, nous y sommes prêts; mais il ne faut pas vouloir tout changer.

Nous devrions essayer de mieux comprendre les contraintes et les chances d'une application correcte du principe de la subsidiarité qui ne doit pas devenir un ersatz pour la solidarité, qui doit rester, elle, le principe directeur de toutes nos actions européennes et nationales. Très souvent, en écoutant ceux qui se font l'avocat du principe de subsidiarité, j'ai l'impression que comme ils ne veulent pas parler de solidarité, ils préfèrent parler de subsidiarité. Il s'agit de bien comprendre la signification exacte du concept de subsidiarité.

Nous n'avons pas le droit d'être, comment dire, patriotes contre les autres. Le patriotisme du 21ème siècle se décline en deux dimensions: un patriotisme heureux, accepté et acceptable vers l'intérieur; la solidarité qui est le prolongement du patriotisme heureux vers l'extérieur. Il y a les valeurs qui doivent continuer de nous unir: la paix, la démocratie, la solidarité, l'État de droit qui doit être la règle qui sous-tend notre vivre-ensemble très souvent menacé, la dignité et l'égalité de tous les êtres humains, la liberté de la presse – regardez ce qui se passe en Turquie, où on emprisonne sans raison aucune des journalistes allemands parce qu'ils ont osé dire ce qu'il fallait dire. Les valeurs oui, ce qui inclut le refus du rejet de l'autre, de celui qui est différent de nous, mais qui n'est pas moins noble que nous-mêmes.

Nous ne pouvons pas accepter que les voix de ceux qui défendent ces valeurs – dont je voudrais qu'elles soient universelles – soient noyées par le vacarme des slogans nationalistes qui font du patriotisme une arme contre les autres. Le patriotisme n'est plus un patriotisme lorsqu'il se dirige contre les autres.

L'Europe, elle, doit rester une force mondiale positive. Notre société, nos sociétés européennes sont bâties sur l'ouverture. Nous devrions en être plus fiers.

D'autres préfèrent se renfermer sur eux-mêmes, et tourner le regard vers l'intérieur. Le nombrilisme fait des progrès angoissants à travers la planète. Mais une telle attitude, une telle attitude nombriliste, n'est ni dans notre nature, ni d'ailleurs dans notre intérêt.

La démocratie, la démocratie entière, est un produit européen et nous le défendrons partout et de toutes nos forces.

Alors, ayons le courage, la patience, la détermination qui sont nécessaires aux longs trajets et aux grandes ambitions.

L'Europe continue à être une grande ambition, une ambition qui a derrière elle et devant elle un long trajet.

Nous avons aujourd'hui le choix entre de nombreux chemins, certains plus pernicieux que d'autres, d'autres plus prometteurs d'avenir que d'autres.

Quel que soit le choix que nous ferons, la destinée de l'Europe à 27 est entre nos mains.

Entre nos mains, oui. Mais elle est d'abord et avant tout une affaire de cœur. Et une affaire de valeurs, de valeurs qui donnent sa véritable dimension à la raison d'États européens.

Je ne suis pas en train de citer un poème européen.

Je décris une nécessité continentale.

Merci de m'avoir écouté.

 

 

SPEECH/17/424


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