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Commission européenne - Discours - [Seul le texte prononcé fait foi]

Discours du Président Juncker à la Conférence des Présidents des régions ultrapériphériques à Cayenne

Bruxelles, le 27 octobre 2017

 

Monsieur le Président de la République, mon cher Emmanuel,

Monsieur le Président Alexandre, cher Rodolphe,

Messieurs les Présidents et Vice-présidents des régions dites ultrapériphériques,

Mesdames et Messieurs les ministres,

Madame la Commissaire,

Mesdames,  Messieurs, Excellences puisque vous êtes tous des excellences,

Mes chers amis,

Je tiens tout d'abord à saluer chaleureusement et à remercier le Président Rodolphe Alexandre pour son accueil. Nous avons été reçus en Guyane comme des princes et je voudrais exprimer à tous les Guyanais ma sympathie et mon admiration profonde pour leur dignité et pour leur courage.

Et je pense en particulier aux plus jeunes d'entre eux qui trop souvent, ici plus qu'ailleurs, sont frappés de plein fouet par le chômage. Je voudrais leur dire qu'en décidant de donner une nouvelle dynamique au partenariat entre les régions ultrapériphériques et l'Union européenne, c'est leur avenir que nous préparons avec une détermination et une ambition qui devront être à la hauteur de leurs attentes légitimes.

Permettez-moi aussi d'avoir aujourd'hui une pensée particulière pour nos amis de Saint-Martin qui ont été récemment durement éprouvés et dont les vies et très souvent les rêves ont été dévastés par l'ouragan Irma. La Commission et l'Union européenne sont à leurs côtés pour les soutenir financièrement ensemble avec la République dans leurs efforts de reconstruction.

Enfin à tous, je voudrais vous dire que c'est une grande joie pour moi de pouvoir m'adresser à vous ici, et non pas, comme nous le faisons normalement, à Bruxelles ou à Strasbourg. Parce que ma visite ici ensemble avec le Président de la République m'a permis de découvrir sur le terrain les réalités de l'une de nos régions ultrapériphériques. Je suis en règle générale un homme qui tient ses promesses. Et plus d'une fois je vous ai dit que je viendrais chez vous avant la fin de mon mandat. Et donc, me voici pour remplir ce que je vous avais promis. Et je suis ici  à un moment tout à fait spécial, puisque la Commission que j'ai l'honneur de présider a présenté cette semaine une nouvelle stratégie pour vos régions.

C'est une stratégie qui a été pensée et conçue avec vous à qui nous avons demandé votre avis avant de  la lancer. Maintenant nous devons la mettre en œuvre ensemble, tous ensemble ; les régions, les Etats membres, la Commission. Et je me réjouis d'être ici avec le Président Emmanuel Macron, car sa présence traduit bien l'intérêt profond que porte la France à l'avenir de ses régions ultra-marines, et donc à la réussite de notre nouvelle stratégie. Et je sais à quel point le Président  Macron est attaché aux régions ultra-marines, non seulement françaises, à toutes les régions ultra-marines, et je sais l'engagement personnel qu'il voue à cette grande cause.

Mon engagement personnel à moi, celui de ma Commission, si vous me permettez l'usage de ce prénom possessif un peu excessif, dans le renouveau de la relation entre l'Union européenne et les régions ultrapériphériques vous sont bien connus.

La Commissaire Corina Creţu et ses équipes vous le prouvent au quotidien. Et je vous l'ai aussi démontré à maintes reprises au cours de nos différentes rencontres et notamment en mars dernier, à Bruxelles, lors du quatrième Forum des régions ultrapériphériques.

Je vous avais dit alors que l'arrêt de la Cour de Justice de décembre 2015, arrêt qui apportait sur l'interprétation de l'article 349 du traité en rappelant les spécificités de vos régions, nous donnait une base solide pour un nouvel essor à notre partenariat. Parce qu'il s'agit bien de mettre en place un partenariat. Ce n'est pas une relation hiérarchique avec le continent européen, c'est un partenariat entre partenaires égaux. Ce que l'Union européenne fait dans vos régions ne relève pas de la charité mais d'une saine interprétation d'un partenariat chaque jour renouvelé.

L'arrêt de la Cour, l'article 349 forme le cadre juridique qui dans l'Union nous permet de faire les progrès souhaités et souhaitables. L'Union européenne est d'abord un ensemble qui repose sur la règle de droit, sur le respect de celle-ci. C'est vrai en République française, c'est vrai en Guyane, qui fait partie de la République, ainsi que dans toutes vos régions. C'est vrai au Portugal, c'est vrai en Espagne. C'est aussi vrai en Espagne. L'ordre constitutionnel est ce qu'il est, il doit être respecté.

Mais plus important encore que le respect de la règle de droit est le respect devant les engagements que nous avons pris et dont je voudrais que nous l'appliquions avec enthousiasme de tout cœur et avec la détermination qu'il faudra. Je sais que nous partageons tous la même conviction, c'est-à-dire qu'être unis dans la diversité doit être plus qu'une belle devise et plus qu'une promesse parmi tant d'autres. Il faudra que ces mots deviennent et restent où ils sont déjà réalité concrète. Je voudrais que cette expression ait une véritable signification pour chacun d'entre nous dans la vie quotidienne qui est la nôtre et doit rester une obligation ardente qui s'impose à chacun d'entre nous. 

Je crois aussi qu'en dépit des milliers de kilomètres et les océans qui vous séparent du continent européen, vous êtes et vous appartenez à cent pour cent à l'Europe. Et je sais que nombreux sont ceux qui tout en faisant partie de l'ensemble européen ne se sentent pas très Européens. Preuve: la participation aux élections européennes est à peine de 10%. Il faudra changer cela. Si on veut être membre de l'Union européenne, il faut participer à sa vie démocratique et il ne faut pas refuser le suffrage universel lorsqu'il s'exprime. L'Union européenne est un des seuls ensembles où le suffrage universel peut s'exprimer librement et donc il faudra que ceux qui forment les régions participent à son expression. Vous êtes neuf régions ultrapériphériques – je n'aime d'ailleurs pas le terme ultrapériphérique, je vais lancer un concours pour trouver une autre désignation pour notre ensemble. Régions ultrapériphériques, ça résonne ultrapériphérique alors que vous êtes au cœur de l'Europe. Et donc il faudra que nous innovions en termes linguistiques pour décrire votre bel ensemble. Mais tant que vous êtes des régions ultrapériphériques je vous dis et je vous répète que vous êtes très différentes les unes des autres.

Mais nous sommes tous unis dans une même Union dont la politique de cohésion est et doit rester un ciment essentiel et dont l'ensemble des politiques doit bénéficier à tous et être garant de plus de prospérité pour tous. La cohésion et les politiques de cohésion restent importantes au-delà de l'année 2020. La cohésion économique, qui doit aussi être une cohésion sociale, doit nous aider les uns et les autres à réduire les disparités et les divergences qui existent entre régions et qui existent au sein de nos Etats et de nos régions, et donc il ne faut pas préparer un attentat contre les politiques de cohésion, je ne l'accepterai jamais. Sans vous, l'Europe, l'Union européenne, serait beaucoup moins riche, moins puissante, moins influente, moins innovante, moins tournée vers l'avenir et vers l'extérieur. En un mot, sans vous l'Union européenne ne serait pas complète parce que vous apportez à l'Europe, à l'Union européenne, une diversité culturelle foisonnante et qui d'ailleurs mériterait d'être mieux connue de tous les Européens et des autres Européens qui n'habitent pas vos régions.

Vous faites à l'Europe le cadeau de vos façades maritimes et vous nous donnez – à l'Europe, à l'Union européenne – une dimension mondiale, vue votre proximité, parfois votre intimité, avec l'Afrique, l'Asie et l'Amérique latine. Vos régions représentent 80% de la biodiversité européenne. Sans vous, nous serions moins riches. Sans vous, nous aurions moins de couleurs. Sans vous, moins de verdure et moins d'enthousiasme.

Et vous nous faites même toucher du doigt les étoiles. Nous étions ce matin avec le Président Macron à Kourou et je voudrais dire que tous les Européens peuvent être fiers de leur industrie spatiale, qui est d'abord et surtout la vôtre, qui crée des emplois et qui renforce notre indépendance stratégique.

Vous êtes aussi au cœur de tous les grands défis qui marqueront de leur empreinte notre avenir: changement climatique, énergies renouvelables,  biodiversité. Tout ce que vous pouvez faire, tout ce que vous faites dans chacun de ces domaines peut avoir valeur d'exemple et de modèle pour le reste de l'Europe.

Il est juste de dire, au propre comme au figuré, que grâce à vous le soleil ne se couche jamais sur l'Union européenne et je veux qu'ensemble nous parvenions à mieux valoriser vos atouts en levant les freins à leur développement et en faisant tomber les barrières qu'entraine la distance.

Nous le ferons ensemble, car c'est cela l'Europe. C'est le rassemblement de nos forces, de nos énergies, de nos talents. C'est mieux prendre en compte nos différences pour mieux construire ensemble le monde de demain.

Je crois que nous sommes sur la bonne voie pour y parvenir. Parce que nous avons réussi à nourrir entre nous une véritable communauté d'ambition.

Je voulais saluer ici la richesse des propositions très concrètes que vos régions ont présentées dans le Mémorandum que nous vous avions demandé de nous faire parvenir. Et vous aurez sans doute constaté que la plupart des mesures présentées, des dizaines et dizaines de mesures, dans votre papier, dans votre Mémorandum, ont alimenté la nouvelle stratégie que la Commission a présentée il y a quelques jours.

Il ne suffit pas de dire que toutes nos régions ultrapériphériques font partie intégrante de l'Union européenne. Il faut le démontrer concrètement. Et pour cela, comme vous le dites très justement, vos régions doivent faire partie intégrante de chaque étape de toutes les politiques et de toutes les priorités de l'Union européenne.

C'est la raison pour laquelle nous allons désormais prendre systématiquement en compte la dimension ultrapériphérique dans nos analyses d'impact et lors de nos travaux préparatoires qui précèderont les nouvelles initiatives législatives que la Commission peut prendre. Et tout au long du processus législatif, nous veillerons à développer un partenariat plus étroit à tous les niveaux en mettant en place une plateforme de dialogue qui associera les régions ultrapériphériques, leurs Etats membres, les institutions européennes et toute autre partie prenante privée ou publique, comme par exemple la Banque européenne d'investissement.

Cette approche en amont s'appliquera non seulement aux initiatives législatives mais également aux nouveaux accords avec nos partenaires commerciaux.

Je  connais bien – et le Président Alexandre vient de les répéter – les inquiétudes qui sont les vôtres lorsqu'il s'agit de conclure des accords de libre-échange, parce que vous craignez de subir avec plus de douleur, de plein fouet, les conséquences de ces arrangements. Je peux vous garantir que la Commission ne sacrifiera jamais ni les valeurs, ni les normes, ni les principes de l'Union européenne, ni les intérêts de nos pays, ni les intérêts de nos régions. Nous ne les sacrifierons pas sur l'autel du libre-échange. Vous n'êtes pas seuls face au Brésil. Et sans l'Union européenne, vous seriez plus seuls. Donc n'ayez pas crainte que l'Union européenne, que la Commission, que les Commissaires en charge n'auraient pas au cœur et à l'esprit les intérêts commerciaux, économiques et sociaux qui sont les vôtres. Nous resterons toujours attentifs à la défense de vos intérêts, notamment en ce qui concerne les productions de banane, de sucre ou de vin.

J'avais dit en septembre lors de mon discours sur l'état de l'Union que je ferai en sorte que ces accords commerciaux soient négociés dans une plus grande transparence. La Commission a décidé de publier ses propositions de mandat de négociation qu'elle fera parvenir au Conseil; je voudrais inviter les Etats membres de faire de même lorsqu'ils se seront mis d'accord sur les mandats de négociation respectifs.

Vos régions, je viens de le dire, sont en fait très différentes les unes des autres, et donc nous devons mettre en place un autre mécanisme de suivi lorsqu'il s'agit d'appliquer notre partenariat. Et donc à chaque fois que l'une de vos régions l'estimera nécessaire, nous mettrons en place une "task force" spécialisée, spécifique pour vous aider à répondre à des besoins ou à des difficultés particuliers.

Je ne suis pas le frère du Père Noël; je suis le frère d'Emmanuel mais pas du Père Noël parce qu'il a refusé cette identité à laquelle il ne voudrait pas, d'une façon compromettante, être soumis. Donc, n'étant pas le frère du Père Noël je ne vous promettrai pas tout parce que la Commission ne peut pas faire tout. Très souvent, la Commission aime donner l'impression qu'elle peut tout faire, mais je vous dis: ce n'est pas vrai, c'est une impression.

Tout comme la Commission européenne n'est jamais seule responsable de tous les échecs de l'Europe. Il est très difficile pour un Président de la Commission de revendiquer les succès. Nous avons créé depuis 2014 9 millions d'emplois. Je ne dis pas que c'est le mérite de la Commission, mais je sais pertinemment, monsieur le Président de la République: si l'Europe avait perdu 9 millions d'emplois, la Commission sans aucun doute serait rendue responsable de cet échec. La vérité est que la Commission peut prendre des initiatives mais elle ne peut pas dicter le cours des choses à elle seule.

Nous voulons stimuler l'investissement et l'innovation dans les régions qui sont les vôtres et donc nous allons allouer un montant de 4 millions d'euros dans le cadre du programme de recherche Horizon 2020, et nous allons également faciliter l'accès de vos régions au plan dit Juncker qui est un grand plan d'investissement européen que nous sommes en train d'appliquer en coopération et collaboration étroite avec la Banque européenne d'investissement. 250 millions de ce plan dit Juncker reviennent à vos régions, ce qui vous permettra, si vous usez sagement les moyens financiers qui sont alignés, de mobiliser des investissements de 2 milliards d'euros, faisant de 800 entreprises régionales les premières bénéficiaires. S'ajoute à cela une enveloppe au titre des Fonds structurels et d'investissement entre 2014 et 2020 de 13,3 milliards, somme allouée, prédéterminée, prédédiée, que je vous prierais d'absorber avec une vitesse renouvelé. Il y a des progrès à faire; je n'ignore rien des problèmes que vous pouvez rencontrer, notamment au niveau des microentreprises et des entreprises unipersonnelles qui ont du mal à répondre à toutes les exigences bureaucratiques de la Commission, mais je voudrais tout de même que les moyens soient plus amplement et plus rapidement absorbés.

Nous allons moderniser les secteurs traditionnels de la pêche et de l'agriculture, et nous allons faire en sorte que le soutien financier au renouvellement de la petite flotte de pêche soit repensé, y compris le régime des aides d'Etat appliqué aux secteurs de la pêche, parce que j'ai l'impression que les règles que nous appliquons sont des règles qui ne conviennent pas à vos régions. Nous allons poursuivre les programmes POSEI pour l'agriculture – je ne compte pas les réduire et les corriger vers le bas.

Les jeunes dans vos régions méritent un appui plus prononcé. Donc nous allons développer les programmes Erasmus plus et le programme gravitant autour du Corps européen de solidarité, en prenant  en charge une part plus importante des frais de transport. Parce que là encore nous sommes insuffisamment, je n'ose pas dire généreux, mais utiles. Nous allons augmenter vers le haut les montants y consacrés. Nous allons élargir les programmes Erasmus vers les pays voisins. Je voudrais que les jeunes de nos régions ultrapériphériques puissent participer à des programmes Erasmus au Suriname, au Brésil, ailleurs, et ne pas nous focaliser exclusivement sur le continent européen qui évidemment mérite d'être visité. Mais je voudrais que les jeunes dans nos régions ici puissent jeter des ponts plus construits, si j'ose dire, vers les pays de la région.

L'initiative "emploi des jeunes" réserve un montant de 260 millions à nos régions ultrapériphériques. Je voudrais que cet argent soit utilisé, tout comme les moyens mis à disposition du Fonds social européen – 1,8 milliards – méritent à être appelés et être absorbés avec une ferveur qui doit dépasser celle que nous observons pour le moment.

Le co-financement européen aux ports et aux aéroports de vos régions sera revu et re-modulé. J'ai d'autres annonces à faire, mais comme je ne suis pas le frère du Père Noël, je vous dirai: vous devez attentivement écouter toutes les promesses que le Père Noël vous fera dans quelques instants [rires] et que je partage quant à leur dimension et quant à leur niveau d'ambition.

Je voudrais que nous nous promettions les uns aux autres que nous fassions de ce nouveau partenariat, de cette nouvelle stratégie de la Commission un véritable partenariat. Et je voudrais que vous ayez de plus en plus l'impression, la conviction que vous faites partie et d'une façon entière et intégrale de l'Union européenne. Vous avez besoin de nous. Mais nous avons encore plus besoin de vous encore parce que vous nous apportez tant de richesse, tant d'impressions que nous n'aurions pas si vous n'étiez pas là. Et je voudrais que les Canaries, qui vont suivre à nos amis de Guyane, fassent aussi bien que Rodolphe l'a fait. Je te remercie pour une bonne coopération que nous avons eue. Et j'ai acquis la conviction en venant ici avec le Président de la République – que nous pouvons faire des grandes choses ensembles. Ceux qui habitent le continent européen et ceux qui font partie en habitant l'autre bout du monde de la même entité qui s'appelle l'Union européenne.

Je dis ici: Merci. Je dis: Vive la Guyane ! Vivent les autres régions ! Vive la France et son Président ! Et vive l'Europe !

Merci.

SPEECH/17/4247


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