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Commission européenne - Discours - [Seul le texte prononcé fait foi]

L'Europe aujourd'hui et demain. Discours du Président Juncker à l'Institut d'études européennes de l'Université catholique de Louvain-la-Neuve

Bruxelles, le 23 février 2017

Monsieur le Recteur, Monsieur le Doyen,

Monsieur le Président de l'Institut,

Madame l'Ambassadeur,

Mesdames, Messieurs,

Lorsque je rends visite à une université, lorsque je pénètre l'auditoire et lorsque l'Université de Strasbourg est étroitement associée à l'événement dont vous avez parlé, une forme de nostalgie me rattrape. Puisque, étudiant en droit à Strasbourg, je n'ai que très rarement suivi les cours de droit. Ce qui fut assez difficile au moment des travaux dirigés parce que là, on faisait toujours un appel nominal, alors j'organisais toujours la colonie luxembourgeoise, qui est nombreuse à Strasbourg comme ici, pour montrer le doigt lorsque le maître de conférences vérifiait si j'étais physiquement présent. En fait, j'ai suivi les cours de littérature allemande de l'autre côté de la rue, ça m'a apporté beaucoup de choses, parce que juriste, je le suis devenu après l'avoir été.  J'ai été diplômé, je n'ai pas fait de doctorat, je n'avais pas l'enthousiasme qu'il aurait fallu pour que je le fasse et je me disais déjà à l'époque: ''un jour, j'aurai un doctorat honoris causa de cette université'' – et donc j'ai organisé ma carrière en fonction de cette attente que j'avais nourrie lorsque j'étais jeune.

Et d'ailleurs l'éloge fût fait par une prof, Mme Alexandre, qui était ma prof en droit civil; et lorsque je me suis rendu compte de ce fait, je m'avançais encore plus sur la pointe des pieds, parce que ma meilleure note en droit civil fut 3/20 et j'ai compensé par le droit public, le droit international et le droit européen. Et je me rappelle toujours du premier examen oral que j'ai dû subir chez Mme Alexandre. J'ai tiré une question et puis j'ai débité pendant une demi-heure; elle écoutait attentivement et puis elle me sort cette phrase énorme que j'utilise souvent en parlant à mes collaborateurs: "Monsieur, c'est juste, mais c'est le contraire". Ce fut une femme intelligente puisqu'elle m'a tout de même donné 10/20, parce qu'elle a dit: "Vous serez un bon juriste parce que, parti sur des bases totalement erronées, vous avez fait un raisonnement juridique des plus remarquables". Et heureusement il y avait le droit constitutionnel pour qu'en matière de compensation, je me suis sorti avec succès de cette première confrontation avec le monde académique et qui ne fut pas ma dernière confrontation parce qu'aujourd'hui, j'évolue sous vos regards critiques.

J'ai lu, en lisant l'invitation, que j'ai droit à 20 minutes. C'est exactement le temps qu'il me faut pour introduire la première partie de mon introduction. Et donc je ne pourrai pas discourir sur l'Europe comme j'aurais voulu le faire mais je vous offrirai une causerie sur l'Europe pour vous dire que l'Europe n'est pas une évidence. L'Europe fut et l'Europe restera un choix. Pour ceux qui habitent le continent et pour ceux qui, par la volonté de leurs concitoyens, sont appelés à la diriger ou au moins à donner l'impression de la diriger.

L'Europe ne va pas de soi. Ce qui fut normal, évident, pendant plusieurs décennies, aujourd'hui relève du combat de chaque jour. Il faut parfois presque s'excuser de vouloir intégrer davantage l'Union européenne et le continent européen. Et donc il faut rappeler un certain nombre de principes, qui sont d'histoire d'abord.

L'Europe est née des cendres de la Deuxième Guerre Mondiale. Je sais bien que décrire devant un auditoire qui me semble être plus jeune que la moyenne d'âge qui caractérise la première rangée dans cet hémicycle – pour ceux qui sont jeunes, tout discours sur ce dilemme éternel qui est européen entre la guerre et la paix ne parle guère, parce que nous pensons que c'est normal et on ne réfléchit pas aux nombreux efforts qu'on a dû déployer avant nous pour que nous arrivions au stade pacifique qui caractérise jusqu'à ce jour l'Europe. Il y a aujourd'hui à travers le globe 60 conflits miliaires, en fait 60 guerres. Aucune d'entre elles n'a lieu sur le territoire de l'Union européenne, alors que nous étions les spécialistes en la chose. Mais tout près de nos frontières, on peut observer le vacarme des armes, et on sait très bien que ce qui aujourd'hui se passe à notre périphérie immédiate pourrait se répéter, si nous ne prenons garde, sur le territoire-même de l'Union européenne. Je le dis parce qu'en Europe, on ne parle plus guère de cette lourde interrogation entre la guerre et la paix; mais partout ailleurs, on admire l'Europe pour avoir réussi à faire d'un continent fait de guerres et d'hostilités un continent de paix. Raison pour laquelle – mais je n'ai pas le temps pour le faire – j'aime voyager en dehors de l'Europe, parce que lorsque je descends de l'avion en Afrique, en Asie, on dit du bien de l'Europe, et lorsque je descends de l'avion à Bruxelles, retrouvant cette vallée de larmes qui est européenne, on ne dit que du mal de l'Europe. Moi, je crois que si on veut rendre justice à l'Europe, il faut célébrer d'une certaine façon – puisque c'est le 60ème anniversaire du Traité de Rome – les succès et les performances de l'Europe qui sont nombreux, mais il faut jeter sur l'Europe telle qu'elle est un regard critique. Il faut épouser les doutes et les interrogations qui gravitent autour du projet européen, non pas pour les épouser définitivement – les mariages éternels, de toute façon, ne sont plus européens – mais pour apporter une réponse à ces interrogations très souvent justifiées.

Je crois qu'il faut rappeler les succès de l'Europe. J'ai parlé de la paix; il y a d'autres succès. Prenez l'exemple de l'élargissement de l'Union européenne vers les pays l'Europe centrale et de l'Europe orientale. Avoir réussi, sur un continent si martyrisé que celui qui est européen, avec les moyens pacifiques, de réconcilier la partie Ouest et la partie Est de l'Europe est une vraie performance. Avoir su mettre un terme à ce funeste décret d'après-guerre qui voulait que l'Europe, à tout jamais, soit scindée en deux parties, voilà une performance européenne qui nous vaut les applaudissements du reste de la planète.

Avoir réussi à mettre en place le plus grand marché intérieur, plus grand que celui qui est américain et plus grand que tous les autres – il n'y en a pas, d'ailleurs, hors Europe et hors Etats-Unis, est remarquable. Le "grand marché", comme disait Delors, a apporté à l'Europe – non pas pour tous les Européens – richesse et bien-être, a mis un terme à cette fragmentation artificielle entre économies qui se ressemblaient mais qui n'étaient les mêmes mais qui aujourd'hui, de plus en plus, se ressemblent comme une goutte à l'autre. Nous avons réussi à nous doter d'une monnaie unique, vieux rêve européen, déjà très esquissé sans dire son nom dans le Traité de Rome, mais propulsé par la volonté d'hommes et de femmes qui avaient l'avenir sur le radar, et non pas le passé – un des plus illustres ayant été d'ailleurs mon prédécesseur Pierre Werner qui a lancé en 1970 le premier grand plan sur la monnaie unique; qui d'ailleurs, Premier ministre luxembourgeois, plaidait virulemment pour l'harmonisation fiscale. Cela a pris un certain temps pour être compris par tous les Luxembourgeois. Nombreux sont d'ailleurs les Belges qui se posent toujours la question, parce que le Grand-Duché et le Petit Royaume se ressemblent à bien des égards.

Les Européens n'ont jamais cru qu'ils seraient capables de se doter d'une monnaie unique. Les Américains non plus. Je ne veux pas verser dans l'anecdote: j'étais en 1995 chez le Président Clinton et puis chez le ministre des Finances américain qui s'appelait Rubin je crois, et qui venait – parce qu'il était ministre des Finances américain – de Goldman Sachs. Il a dit: "Voilà," – Clinton et lui – "parlez-moi un peu de l'Europe". Puis j'ai chanté immédiatement mon opéra sur la monnaie unique. Il m'a dit "Non, non, non, non, parlez-moi de la Turquie. Quand est-ce que la Turquie va devenir membre?". Donc pas d'espace pour parler de la monnaie unique, qui s'appelait ECU, d'ailleurs, à l'époque. Et puis une année plus tard je suis de retour à Washington et je reçois dans mon hôtel un coup de téléphone du ministre des Finances américain qui me disait "Voilà, il y a une année nous avons commencé à discuter de la monnaie unique, est-ce que vous pourriez venir ce soir ? Je vais vous offrir un dîner dans un des meilleurs restaurants de Washington". Et, prenant subitement conscience de l'importance historique momentanée qui me tombait dessus, je disais "Je n'ai pas le temps, Monsieur le Ministre, pour dîner ce soir", ce qui relève de l'extraordinaire pour un ministre des Finances luxembourgeois de dire à l'Américain "Je n'ai pas le temps". Puis nous avons pris le petit déjeuner le dimanche matin et je me suis dit "si les Américains prennent cette ambition européenne au sérieux, il faudrait aussi que les professeurs allemands fassent de même", ce qu'ils n'ont pas fait – les banquiers centraux, d'ailleurs, non plus. Donc il y a des grands succès européens dont on parle très peu. De Bruxelles, on dit tout le mal du monde. De l'Union Européenne aussi. On a d'ailleurs établi une équation malheureuse entre Bruxelles, l'Union européenne et l'échec, alors que Bruxelles pourrait être synonyme pour tant de succès et pour tant de performances menées à bon port.

Nous vivons à une époque qui se prête mal au discours enthousiaste de l'Europe. Je crois d'ailleurs qu'il y a beaucoup de discours enthousiastes sur l'Europe qui desservent en fait l'Europe parce qu'imprégnés d'une compréhension naïve non pas de l'histoire qui fut mais de l'histoire qui est et d'un grand encouragement lancé aux autres pour poursuivre une aventure que la plupart de nos concitoyens ont cessé de comprendre.

Il faudrait, en parlant de l'Europe, revisiter l'histoire. On ne comprend pas ce qui est quand on ne sait pas ce qui fut. Nous ne le faisons que très rarement et nous parlons de l'Europe telle qu'elle est, sans avoir à l'œil les perspectives et les chances qui se dégagent de ces perspectives que l'Europe a devant elle.

Nous sommes aux prises avec le Brexit. Je voulais vous dire un mot là-dessus. J'ai fait la même chose il y a quelques jours devant le Parlement belge: ça n'a pas intéressé les Belges mais la presse britannique, et donc je serai d'une grande retenue lorsque je m'avance vers ce sujet qui paraît difficile et qui l'est. Je considère que le fait que le peuple britannique ait tourné le dos – à une courte majorité mais tout de même – à la construction européenne est une tragédie. Dans beaucoup de nos pays, on considère déjà comme normal, comme évident, que les Britanniques dorénavant ne feront plus partie du grand ensemble européen. C'est une tragédie. C'est notamment une tragédie pour les jeunes qui évolueront dans un contexte européen dont ils ne maîtriseront pas – parce que nous ne le faisons pas – les contours et les périmètres, parce que nous observons mal le monde qui nous entoure. Le monde – dans lequel vous allez vivre, d'ailleurs – se caractérise par des phénomènes dont on parle très peu. Parce que l'Europe, à vrai dire, et surtout en perdant le Royaume-Uni – qui est un des grands pays de l'Union Européenne et qui restera un grand pays européen; parce que nous devons beaucoup aux Britanniques, sans Churchill nous serions bien moins à l'aise que nous le sommes aujourd'hui. – Le monde qui nous entoure se caractérise par une faiblesse grandissante de l'Europe. Nous sommes, nous les Européens, habitants du plus petit continent du monde, alors que nous pensons toujours que nous sommes les plus grands des très grands. Ce n'est pas vrai. Nous sommes minuscules. Le territoire de l'Union Européenne fait 5,5 millions de kilomètres carrés. La seule Russie – qui est voisine, non ? – 17,5, mais nous pensons toujours que nous sommes les maîtres du monde, ce que nous n'étions jamais, et ce que nous n'allons jamais devenir – le monde, d'ailleurs, n'a pas besoin de maître. Je suis, contrairement à quelqu'un qui a récemment connu un succès électoral, très en faveur du multilatéralisme et non pas du repli sur soi et du provincialisme qui ne siéent pas à la complexité du monde d'aujourd'hui.

Nous sommes économiquement forts. Oui, nous sommes un grand marché intérieur. Nous avons une économie puissante, mais elle perd en vigueur. Elle était de 30 % il y a quelques années, elle est de 23 à 25 % aujourd'hui, et elle tombera sous le niveau des 20 % d'ici quelques années. Dans 15 années, aucun pays membre de l'Union européenne ne sera plus membre du G7, et quelques-uns peut-être seront membres du G20. Il n'y a qu'à regarder la démographie: elle est terrible, sauf pour ceux qui avec succès ont accompli le parcours du programme Erasmus. Il y a eu à peu près 5 millions d'étudiants jusqu'à ce jour, mais ce fut un grand programme conjoncturel pour la libido européenne, parce que sont nés de ces rencontres fortuites 1 million de nouveaux Européens, donc l'apport érasmien à la démographie européenne fut important.

A part ça, nous sommes plutôt faibles. Nous étions, nous les Européens, 20 % sur toute la population mondiale en 1900, nous sommes arrivés à 5/6 % et nous serons 4 % à la fin de ce siècle – 4 % sur 10 milliards d'hommes et de femmes. Donc nous sommes démographiquement très peu impressionnants. La population mondiale a augmenté de 83 millions en 2016, rien que le 31 décembre 2016 sont nés 257 000 enfants. Si la population mondiale augmente de 83 millions, c'est-à-dire que s'ajoute chaque année une Allemagne à la population globale. Je n'ai pas fait le calcul combien de Grands-Duchés cela ferait, mais ça devrait être assez impressionnant.

Donc, ayant tout ça à l'œil, il faut savoir que le moment en fait n'est pas venu de nous rediviser en de stupides ligues nationales et de nous doter de réflexes provinciaux; l'heure est venue de rassembler nos forces pour les conjuguer et pour marcher la main dans la main vers un avenir incertain, puisqu'on parle aujourd'hui plus de la défense que de la lutte contre la faim: il y a 1,5 millions d'hommes et de femmes, 25 000 enfants par jour qui meurent de faim. Et nous avons organisé en Europe, suite à une élection récente, un grand débat sur la défense. Et je suis assez enclin à participer à ce débat. Les Américains dépensent 600 milliards de dollars en termes de dépenses militaires; l'Europe 250. Mais l'Europe n'a que 12 % de l'efficacité de frappe, si j'ose dire, des armées américaines. Pourquoi ? Mais parce que nous sommes divisés.  Il y a en Europe 154 types d'armements; aux Etats-Unis 27. En Europe, 80% des investissements militaires sont faits dans un strict cadre national au lieu d'organiser nos marchés publics de façon à ce que nous puissions mieux nous armer pour être plus efficaces. Nous pourrions assez facilement faire une économie annuelle entre 25 et 100 milliards d'euros en réorganisant nos marchés militaires et nous disposerions d'une somme que nous pourrions mettre au profit d'autres politiques ou d'une meilleure politique de défense, c'est-à-dire plus efficace. Et pour le reste, je considère que la stabilité dans le monde n'est pas seulement conséquence de l'effort militaire. La stabilité aujourd'hui et demain sera autant assurée par les politiques de développement et de partenariat avec d'autres parties du monde que les seules dépenses militaires. Raison pour laquelle il faudra que nous fassions de la défense européenne l'enjeu des dix années à venir. Nous avons raté dans les années '50 cette chance que nous avions, puisque l'Assemblée nationale française n'a pas opiné dans ce cens, la chance que nous avions de doter l'Europe d'une communauté européenne de défense. Nous devons le faire maintenant sans tomber dans un militarisme malséant, ce n'est pas là mon propos,  mais une politique de défense responsable faisant de l'Europe un soft power plus crédible qu'il ne l'est à l'heure où nous sommes.

Et nous devons essayer de rapprocher davantage les citoyens de l'Europe ou l'Europe des citoyens. Moi, je ne suis pas très surpris de voir que beaucoup de nos concitoyens n'ont pas confiance dans la construction européenne et dans ceux qui la font, puisque rares sont les citoyens nationaux qui ont confiance en leurs gouvernants. Je pourrais vous citer des exemples à l'appui, et vous connaissez trop pour ne pas être injuriés si je le faisais. Donc le fossé grandissant entre l'Europe et les citoyens est aussi conséquence et résultat de la méfiance grandissante que nous constatons en la voyant s'accroître dans nos différents pays membres.

Pourquoi est-ce que les Européens, très souvent, se sentent mal à l'aise en Europe ? Parce ce que l'Europe, à part ses performances dont elle ne parle pas, s'est habituée à s'insérer dans tous les quartiers de la vie privée de nos citoyens. Lorsque j'ai fait campagne pour devenir Président de la Commission dans 23 pays très différents – je suis tombé amoureux de la richesse de l'Europe, parce que c'est beau de voyager pendant 6 semaines dans 23 pays, découvrir les divergences, mais une grande communauté, une grande intersection d'espoir, et d'espérance et d'ambition – je me suis dit: il faudra que nous changions cela. Raison pour laquelle ma Commission – si vous me permettez cet usage excessif du prénom possessif – a réduit le nombre des initiatives. Les Commissions précédentes lançaient 130 initiatives par année; 23 maintenant. Nous avons retiré entre 80 et 100 directives de la table des colégislateurs parce que nous ne voulons plus nous insérer dans tous les aspects de la vie quotidienne des Européens. C'est un débat difficile. J'ai dû lutter comme un lion contre la volonté d'un certain nombre de Commissaires mal inspirés pour régler au plan européen les chasses d'eau. Si vous expliquez aux Européens que les chasses d'eau dorénavant seront réglementées par la Commission, vous ne contribuez pas à augmenter le niveau de la confiance dans la Commission, parce que nombreux sont les gens qui se disent que pour faire cette affaire  leur savoir est aussi grand que celui des Commissaires à Bruxelles. Et je pourrais continuer le cortège des exemples.

Certains au Parlement européen s'en plaignent, d'ailleurs, parce qu'ils disent: nous avons moins de travail maintenant. Non, c'est un autre travail. Si nous voulons réussir l'Europe de demain, nous devons, dans une certaine mesure, continuer comme nous le faisons maintenant, en parachevant le marché unique, l'Europe numérique, l'Europe des marchés des capitaux, l'Europe de l'énergie, l'Europe de la défense. Et nous devons aussi avoir à l'esprit qu'une Union européenne réduite au stade de zone de libre-échange, et donc rien que le marché intérieur, ne correspond pas aux ambitions européennes qui viennent de loin et qui peuvent nous porter loin.

Donc il faut faire autrement les choses. Nous pouvons faire beaucoup plus de choses ensembles, mais l'heure n'est plus à s'imaginer que nous pourrions tous faire la même chose ensemble. Je crois que le moment est venu où il faudra que nous apportions une réponse à cette interrogation historique qui est celle qui consiste à nous demander: est-ce que nous voulons avancer à 28 – déjà nous avons perdu le 28ème – ou est-ce qu'il ne faudrait pas que ceux qui veulent avancer plus rapidement puissent le faire sans gêner les autres, en mettant en place une construction plus structurée, ouverte à tout le monde ? Je plaiderai dans ce sens au cours des journées à venir. Et nous pouvons moins faire en faisant mieux. Puisque 20 minutes ne me permettent pas de vous expliciter cela en détail, je vous laisse deviner de quoi il pourrait s'agir, mais nous avons des exemples à l'appui pour le démontrer.

Donc, ce que je vous voulais vous dire, Mesdames et Messieurs, dans cette causerie, qui n'est pas un discours – vous l'aurez remarqué, est que nous ne devons pas, au vu de l'histoire et devant les défis qui nous guettent, baisser les bras. Je crois qu'il nous faut de la détermination et de la patience. Nous avons besoin de la détermination et de la patience pour l'Europe elle-même. Mais nous avons aussi besoin de patience et de détermination pour faire de l'Europe, je n'ose presque pas le dire, un modèle pour le monde, pour pouvoir donner raison à ceux qui espèrent que l'Europe fera mieux que les autres. Il n'y a pas de longs trajets et de grandes ambitions sans patience et sans détermination.

Je vous remercie.

SPEECH/17/341


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