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Commission européenne - Discours - [Seul le texte prononcé fait foi]

Discours du Président Juncker à la conférence des ambassadeurs de l'UE

Bruxelles, le 29 août 2017

Dear Helga,

Dear Commissioners,

Ambassadors,

And for many of you – dear friends,

Ladies and Gentlemen,

Je ne vais pas vous faire un long discours de politique étrangère, tellement vous êtes autrement plus compétents en la matière que moi. Et comme Federica vous accompagne dans votre travail et comme vous l'accompagnez dans son travail, je serais très gêné par vous donner des impressions qui porteraient loin ou des impressions à court terme qui sont plus difficiles que les impressions à long terme. Sur le long terme on n'est jamais jugé – si on explique le long terme – et donc je vais me consacrer, si vous voulez bien, au court terme de l'action de la Commission.

Je suis très heureux de vous voir. Je vous connais, pour vous suivre, depuis longtemps; certains mieux que d'autres mais je vous aime tous. Je crois vraiment, telle est ma conviction, que vous êtes les visages, les voix, la voix de l'Europe à travers la planète. Et vous avez comme mission difficile de défendre, d'expliquer l'action de l'Union européenne et l'action de la Commission. Vous avez pour mission, et vous le faites avec énergie, avec élégance, de défendre les valeurs communes qui constituent l'intersection des valeurs européennes. Et je crois qu'il faudrait que nous insistions plus sur la dimension valeurs de l'Union européenne. Encore faudrait-il qu'au sein même de l'Union européenne ces valeurs soient respectées au millimètre près, mais il y a dans certains cas plus de kilomètres que de millimètres – nous allons faire en sorte que cela change.

Je crois qu'il serait utile dans notre action extérieure que nous expliquions encore et encore les performances de l'Union européenne, sans ignorer ses nombreuses faiblesses. Ceux qui nous regardent loin, et vous nous représentez dans les pays de ceux qui nous regardent de plus loin, ont une meilleure compréhension de l'excellente performance historique de l'Union européenne que nous l'avons en Europe elle-même. A chaque fois que je suis en Asie ou que je suis en Afrique je me rends compte que tous les yeux sont tournés vers l'Union européenne, qu'on admire. Lorsque je descends de l'avion à Bruxelles, lorsque je retrouve la lacrimarum valle – je vois que vous n'avez pas fait des études de latin: la vallée des larmes, lacrimarum valle. Lorsque je descends de l'avion à Bruxelles, je retrouve, au milieu des clameurs qui montent vers l'escalier de l'avion, tout ce qui ne va pas en Europe, alors que dans d'autres pays de la planète on apprécie surtout et les valeurs et les performances de l'Europe. Nous trouvons normal que d'un continent martyrisé, ensanglanté, nous ayons fait un continent de paix. L'Europe pour les autres veut dire la paix, le bien-être, les valeurs, la règle de droit. Il ne faut pas se gêner de revenir à cet ensemble vertueux à chaque fois que nous nous exprimons devant des publics non-européens. La planète reste impressionnée par le fait que nous ayons été à même après multiples difficultés de faire de l'Espace économique européen le grand marché intérieur, comme disait Delors; et c'est une performance. Cela a eu pour implication de nombreuses réglementations que les Européens n'ont pas toujours appréciées. Mais lorsque vous êtes responsable d'un pays vous devez régler toute chose; lorsque vous êtes responsable de l'économie européenne et du marché intérieur vous devez faire de même, ce qui a fait qu'il y a eu une inflation de textes, de règlementations, de règles, de normes qui parfois ont agacé mais qui in fine nous ont permis de faire en sorte que le marché intérieur fonctionne, alors qu'il n'est pas, comme nous le savons, parachevé, complet; et nous y travaillons avec les Commissaires en charge.

Nous avons su fusionner 19 monnaies nationales en une monnaie unique. A l'époque j'étais ministre des Finances – jeune, mais j'ai gardé mes souvenirs, donc je me rappelle parfaitement des débats que nous avons eus en 1981. J'ai présidé la Conférence intergouvernementale sur l'Union économique et monétaire. Et à vrai dire, les ministres des Finances, très engagés à l'époque, n'y croyaient pas trop. Et ils n'étaient pas les seuls: les professeurs allemands n'y croyaient pas, la Bundesbank n'y croyait pas; elle n'était pas la seule banque centrale à avoir émis des doutes sérieux sur la faisabilité de la chose. Ils sont devenus plus modestes maintenant, mais ils résistent mal aux tentations de la revanche et donc ils critiquent ce que nous faisons pour l'instant, en oubliant ce qu'ils disaient que nous ne ferions pas et que nous ne saurions pas faire au début de l'aventure.

Donc les performances sont nombreuses, y conclus celle qui a trait à l'élargissement de l'Union européenne vers l'Europe centrale et vers l'Europe orientale. Nous avons su, dans un effort exigeant, faire en sorte que géographie et histoire européennes se réconcilient. Et ce ne fut pas chose facile, mais je ne regrette pas une seule seconde d'avoir été parmi ceux qui nous ont permis de réaliser le grand mariage, la grande intersection entre l'Est et l'Ouest. On critique souvent les détails et on oublie souvent les lignes directrices et les grands principes. Je persiste à croire que ce que nous avons fait fut un devoir qui nous a été imposé par l'histoire. Parfois l'histoire va rapidement, elle ne fait pas de pause – nous la regardons alors que nous devrions savoir qu'il ne faudrait pas que nous la subissions mais que nous l'accompagnions en lui imprégnant les signes et les marques de l'Europe. Donc tout cela a été bien fait. Restent les faiblesses de l'Europe. Il y a les faiblesses contre lesquelles lutter serait ridicule; l'Europe reste, alors que nous l'ignorons, le continent le plus exigu. L'Europe est très petite, c'est le plus petit des continents, alors que nous croyons toujours que nous sommes les maîtres du monde. Nous conduisons en proférant des leçons à gauche et à droite, et au centre et au-delà, parce que nous pensons que nous sommes la force motrice de la politique internationale – ce n'est pas vrai. Donc il nous faut plus de modestie lorsque nous – if we are lecturing all the others. Continent le plus petit, une économie non pas en perte de vitesse mais en perte d'importance. Nous représentons aujourd'hui 22% du PIB global. D'ici quelques années, nous descendrons en deçà de 20% et donc notre influence s'en ressentira. Nous sommes perdants sur le plan démographique. Au début du 20ème siècle, 25% des êtres humains étaient Européens, aujourd'hui ils sont moins nombreux, et à la fin du siècle nous représenterons 4 ou 5% de la population mondiale. Il n'y aura pas un seul Etat membre actuel de l'Union européenne qui représenterait plus que 1% de la population mondiale. Est-ce que les Européens le savent ? Non, ils l'ignorent. Ils pourraient le savoir. Ils ne veulent pas savoir parce que cela nous inviterait à une modestie de propos et d'action qui serait un peu différente de notre comportement général d'aujourd'hui. 4 ou 5% sur une population mondiale de 10 milliards. Donc l'Europe; continent le plus exigu, continent en voie d'affaiblissement et d'affaissement démographique, continent qui perdra en importance et donc en influence économique, voilà les faiblesses de l'Europe contre lesquelles nous ne saurons rien faire sauf de dire qu'à 27 nous sommes plus forts que pris isolément. L'heure n'est pas à la redivision en catégories nationales, l'heure est à l'unité européenne. Sans unité, nous ne compterons plus, et sans unité nous ne saurons influencer les grands axes des développements internationaux.

Raison pour laquelle la Commission a publié en mars un livre blanc sur le futur développement de l'Europe. Nous avons proposé, soumis à la méditation des Européens, 5 scenarii dont je ne voudrais exclure aucun, parce que je suis persuadé qu'il y aura un sixième scénario qui finalement sera celui que nous proposerons. Raison pour laquelle nous ne l'avons pas proposé parce que si nous l'avions proposé il aurait été tué dans l'œuf. J'exclue absolument le scénario 2 qui voudrait ramener l'Union européenne – la construction européenne – au stade d'une zone de libre-échange de niveau élevé. Ce n'est pas la vocation de l'Europe. L'Europe c'est plus que l'économie; c'est plus que la monnaie unique; c'est plus que le marché intérieur et donc il faudra que nous nous lancions vers d'autres horizons qui se distingueront qualitativement du scénario 2. Pour le reste, on verra à l'autopsie ce qu'il en adviendra. Je dirai quelques mots au sujet des scenarii lors du discours sur l'état de l'Union qui aura lieu le 13 septembre. Vous serez inspirés par ce discours évidemment que dans toutes les langues généralement accessibles vous traduirez pour le reste de la planète.

Je crois qu'il faudrait que nous voyions bien que l'Europe – au moment où nous sommes arrivés – se voit dégager devant elle de nouveaux océans; de nouvelles opportunités. L'élection de Donald Trump aux Etats-Unis a réveillé quelque peu les Européens et la décision souveraine – donc devant être acceptée – du peuple britannique sur le Brexit ajoutant de la verve à cette renaissance de l'espoir européen. Mais tout n'est pas là. Je me refuse à dire: voilà, comme Trump est celui que nous croyons qu'il serait et comme le Brexit pose plus de problèmes qu'il n'apporte de solutions, l'Europe a une nouvelle chance. Ça serait une explication incomplète pour être inexacte. Parce qu'il y a d'autres éléments, d'autres grilles de lecture qui nous permettent de dire enfin du bien de l'Europe. Depuis 21 mois, l'économie européenne progresse plus rapidement que l'économie américaine. C'est l'effort de David O'Sullivan qui explique tout cela. Nous avons su créer en Europe, depuis le début du mandat de la nouvelle Commission, 9 millions d'emplois. J'ai toujours du mal expliquer à mes collègues, collaborateurs, directeurs généraux, membres du Cabinet que ce n'était pas la Commission qui a créé ces 9 millions d'emplois. Mais on me dit: si on avait eu 9 millions de chômeurs en plus, c'eut été la faute de la Commission. Donc je ferai un mixte d'explications qui nous permettra d'apparaitre comme les athlètes du marché du travail en Europe. Toujours est-il que le taux d'emploi en Europe est plus élevé qu'il ne le fut jamais. Nous avons 232 millions d'Européens qui sont au travail. Le chômage baisse assez considérablement dans certains pays qui ont vu leur niveau de chômage se corriger vers le bas de 25 à 9-10%. Le problème étant un grand pays non loin de la Belgique qui n'arrive pas à baisser ses niveaux de chômage – raison pour laquelle je m'exprime en français ce matin.

Les déficits publics sont en baisse permanente: d'un niveau trop élevé de 6,2% il y a quelques années, nous sommes arrivés à un niveau de 1,3%, ce qui prouve pour le reste que le Pacte de croissance et de stabilité est respecté. Je ne dis pas qu'il est respecté avec une énergie néolibérale qui aurait plu à certains de ceux qui nous observent, mais il est appliqué parce qu'en 2005 et par après, nous lui avons donné une grille de lecture plus économique, qui respecte les cycles économiques, qui en tire tous les enseignements généralement quelconques. Le Portugal est sorti de la procédure de déficit excessif; la Grèce est sortie de la procédure de déficit excessif; reste la France qui sortira – je veux le croire – en 2018 au plus tard. Donc les choses se sont améliorées sur un plan macroéconomique et microéconomique si je considérais les problèmes de ceux qui n'ont pas de travail comme étant des problèmes micro.

La Commission que je préside a ceci de particulier que nous avons dû résoudre – essayer de résoudre – plusieurs crises en même temps. Lorsque je suis arrivé à Bruxelles, il y avait la crise grecque. J'ai dû ferrailler et batailler pour faire en sorte que tous comprennent in fine la nécessité qu'il y avait de garder la Grèce au sein de la zone euro.

Puis nous avons eu la crise des réfugiés, non encore terminée, mais où nous accusons des progrès tout de même réels. L'arrangement que nous avons conclu avec la Turquie – Günther vous dira un mot au sujet de la Turquie donc je vais passer rapidement sur la Turquie – depuis cet arrangement, le nombre de réfugiés qui de Turquie viennent en Grèce a diminué de 97%. Même le nombre de ceux qui traversent la Méditerranée en direction de l'Italie a dramatiquement baissé au cours des derniers mois et ce n'est pas le résultat du hasard. C'est le résultat d'une politique hautement contestée – parfois contestable – mais qui reste efficace.

Et puis il y a eu le Brexit dont je ne voudrais pas dire trop parce que tout s'ébruite. Et dans la mesure où le gouvernement britannique hésite à annoncer toutes ses couleurs, pourquoi est-ce que j'annoncerais les nôtres pour inspirer les leurs ? Le team de négociation britannique est à Bruxelles, ils sont en train de discuter avec mon ami Michel Barnier. Mais je voudrais être tout de même très clair. J'ai lu avec l'attention requise tous les papiers proférés, produits par le gouvernement de Sa Majesté; aucun ne me donne vraiment satisfaction, donc il y a énormément de questions qui restent à régler. Pas seulement les problèmes frontaliers entre la République d'Irlande et l'Irlande du Nord, ce qui est un très sérieux problème auquel nous n'avons pas de réponse définitive, mais aussi le statut des Européens qui vivent au Royaume-Uni et le statut des Britanniques qui vivent sur le continent. Il doit être ultra-clair que nous n'entamerons aucune négociation sur la poursuite des événements – je veux dire par là sur les nouvelles relations notamment économiques, commerciales, trade, entre le Royaume-Uni et l'Europe avant que ne soit résolues toutes les questions qui ont trait à l'article 50 et donc au divorce entre l'Union européenne et le Royaume-Uni. On ne peut pas mélanger les genres, je n'ignore pas qu'il y a des intersections partielles entre les deux dimensions, mais le Conseil européen, suite à la proposition de la Commission, a été ultra-clair: d'abord régler le passé avant d'envisager l'avenir.

Je constate avec un certain plaisir que nombreux sont ceux qui de l'extérieur viennent me voir pour nous expliquer qu'il faudrait que nous concluons avec eux des accords commerciaux. Des accords commerciaux qui sont toujours très contestés en Europe; rappelez-vous de la polémique gravitant autour de l'accord de libre-échange avec le Canada, rappelez-vous les lourds débats autour du TTIP. Mais les autres veulent avoir des accords commerciaux et nous en conclurons au cours des mois et des années à venir avec un certain nombre de partenaires: Australie, Nouvelle Zélande, Mercosur et d'autres. Pour l'Europe, disposer d'un trade network avec le reste du monde est très important. Pour chaque milliard d'euros que nous exportons en plus vers les autres parties de la planète, nous pouvons constater qu'il y a création spontanée, organisée de 14 000 emplois en Europe. C'est donc une affaire qui mérite toute notre attention, il ne faut pas se laisser pousser trop par les populismes qui nous entourent. D'ailleurs il faut dire non aux populismes de toute sorte, qu'ils soient de droite ou de gauche, il ne faut pas suivre les populistes; si on suit les populistes, on devient populiste, on peut le constater dans certains de nos partis politiques nationaux. Il faut dire non au fascisme, il faut dire non à l'antisémitisme, il ne saurait y avoir un dialogue entre l'Europe et les forces qui nous rappellent des événements européens qui ont causé tant de malheur aux Européens.

Il y a d'autres bonnes nouvelles: le Plan d'investissement a généré jusqu'à ce jour 225 milliards d'investissements. A l'époque on appelait l'EFSI le Plan Juncker – l'invention n'est pas de mon œuvre. Ceux qui pensaient que ça serait un échec intégral ont désigné ce plan comme étant le Plan Juncker, parce qu'ils voulaient pré-identifier celui qui serait responsable de l'échec. Comme ce n'est pas un échec, on ne parle plus du Plan Juncker mais de l'EFSI et, je voulais vous rassurer, c'est exactement la même chose. Nous allons pouvoir investir jusque 2020 un demi-trillion d'euros, 500 milliards d'euros, et cela a contribué à mettre non pas une fin mais un adoucissement à cette panne d'investissement que nous avons constaté en Europe, puisque même à ce jour nous n'avons pas encore réatteint le niveau d'investissement qui fut le nôtre en 2007, l'année d'avant-crise ou l'année de pré-crise.

Julian vous a tout dit au sujet du terrorisme, qui au sein de la Commission joue un rôle important. Il fait un travail excellent en matière de sécurité et je lui sais gré de le faire. Nous avons introduit au niveau des colégislateurs 80% des projets qui furent les nôtres au début du mandat. J'avais au nom de la Commission présenté dix priorités. Nous avons présenté 80% des textes que nous étions supposés devoir présenter aux colégislateurs, et donc le bilan en termes d'exécution législative de la Commission est assez satisfaisant. Même au Parlement européen certains se plaignent d'être insuffisamment servis par la Commission parce que la Commission produit moins de textes que tel ne fut le cas auparavant. Les Commissions précédentes prenaient 130 initiatives par année. La Commission maintenant prend 20 initiatives par année parce que nous avions ce slogan qui fut un élément de contenu, qui disait au début du mandat that '''we want to be big on big'' et d'une grande retenue sur les petites choses. Les petites choses existent toujours en fonction de la législation qui est en place, mais nous faisons tout pour ne pas emmerder les gens.

Cela nous a permis de présenter tous les textes qu'il faudrait que les colégislateurs adoptent en matière d'Europe numérique, en matière de l'Europe de l'énergie; la multitude de textes en termes de lutte contre le terrorisme dont Julian vous a sans doute parlé sont impressionnants. Nous avons su mettre en place le contrôle de nos frontières extérieures. Je lis chaque jour dans les journaux, surtout allemands, qu'il faudrait que l'Europe se dote d'un système de protection des frontières extérieures. Mais il est là ! Nous avons 1800 agents européens qui forment la brigade de protection de frontières extérieures, nous avons une réserve, un pool de 1500 personnes qui du jour au lendemain peuvent être déployées. Mais on continue à dire que: un, la Commission fait trop dans les petites choses, ignorant que tel n'est plus le cas; et on dit toujours qu'il faudrait que l'Europe se dote enfin d'une protection efficace des frontières extérieures. Tout cela a été fait. Il est vrai qu'en matière d'efficacité de la protection des frontières extérieures les choses peuvent s'améliorer, mais il ne faut pas oublier que la Commission avait déjà proposé un système de protection des frontières extérieures en 2001 – c'était Monsieur Frattini, si mes souvenirs sont exactes.

Et ceux qui aujourd'hui, sur tous les toits de l'Europe, crient en revendiquant la mise en place de la protection des frontières extérieures demain matin à 11 heures alors que cela fut fait hier soir étaient ceux qui s'y opposaient.

Je pourrais continuer la liste pour vous dire que tout va bien mais que rien ne va. Et donc nous devons ré-insister sur la volonté de l'Europe de jouer un rôle sur l'international qui produise des résultats. L'Europe n'est pas une invention pour elle-même. J'ai horreur de ce nombrilisme européen qui voudrait que nous puissions considérer que tout va bien si plusieurs choses vont bien en Europe. L'état du monde n'est pas satisfaisant et donc je reste un adepte du système multilatéral, même si d'autres le voient d'une façon différente; le multilatéralisme doit être de constante de l'action extérieure de l'Union européenne. Je voudrais que nous jouions notre rôle sur les grands théâtres conflictuels qui existent tout en sachant que sur certains d'entre eux notre influence est réduite, exiguë. Mais nous devons conjuguer nos forces avec celles des autres pour faire en sorte que la paix soit un évènement plus souvent visitable qu'il ne l'est à l'heure actuelle. Il y a pour l'heure 60 guerres à travers le monde, 60 – aucune en Europe, si je fais abstraction de l'Ukraine qui n'est pas "européen" au sens Union européenne du terme. J'ai vu que mon ami Poroshenko il y a quelques jours disait: voilà, l'Ukraine, c'est l'Union européenne et c'est l'OTAN. Ce n'est, pour l'instant, ni l'un ni l'autre. Il faudra que tout le monde le sache.

Je crois qu'il faudrait que nous réfléchissions à des meilleures relations avec la Russie – cela dépend de la Russie, cela dépend de nous, mais il n'y a pas de sécurité européenne pour les siècles à venir sans la Russie. L'Union européenne fait 5,5 millions de kilomètres carrés, la Russie seule 17,5. Encore des questions ? Et donc il faudra, sans renoncer à nos valeurs et à nos principes, annexion de la Crimée et le reste, que nous retrouvions avec la Russie un discours plus adapté à l'avenir qui est devant nous.

De la Turquie je ne dirai rien, parce que Günther va vous en parler. Je ne voudrais pas empiéter sur son domaine de prédilection. La Turquie s'éloigne à pas de géant de l'Europe. La question est de savoir si nous devrions mettre un terme aux négociations avec la Turquie – c'est une question de pure théorie, puisque de toute façon il n'y a pas de négociation pour l'instant. Je soupçonne Erdoğan, avec lequel j'ai toujours entretenu des relations amicales et avec lequel j'entretiens de bonnes relations maintenant, je crois qu'il voudrait que l'Europe dise qu'elle veut mettre un terme aux négociations pour pouvoir charger des responsabilités la seule Union européenne et non pas la Turquie. Je voudrais que nous conduisions de façon à ce que les Turcs remarquent que c'est eux, c'est-à-dire le système Erdoğan, qui rendent impossible l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne au lieu de tomber dans le panneau et de nous charger des responsabilités alors que la responsabilité entière est du côté turc.

Voilà quelques éléments en forme de causerie matinale sur l'Europe telle qu'elle est et telle qu'elle devrait être. Il faut dire qu'il ne faudra pas que nous perdions patience. Tout se construit très lentement. Nous vivons un bref moment de l'histoire en essayant de la faire et en essayant de préfigurer ce qui va advenir au cours des décennies suivantes. Il faut de la patience et de la détermination parce qu'il n'y a pas de grandes ambitions, ni de longs trajets, sans patience et sans détermination.

Merci à vous pour ce que vous faites.

SPEECH/17/3001


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