Navigation path

Left navigation

Additional tools

Other available languages: none

Commission européenne - Discours - [Seul le texte prononcé fait foi]

Construire l'Europe industrielle du numérique

Paris, le 27 octobre 2015

Discours du Président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, à la conférence franco-allemande sur le numérique à Paris

Monsieur le Président, Cher François, Sehr verehrte Frau Bundeskanzlerin, Liebe Angela, Messieurs les ministres, Mesdames et Messieurs, et beaucoup d'entre vous, à regarder la salle, chers amis,

J'ai relevé il y a quelques mois dans la presse – dont je suis un fervent lecteur dans sa version papier - les résultats d’une enquête qui m'a vraiment réconforté.

Cette enquête portait sur les étudiants américains et leur relation avec les technologies numériques.

Saviez-vous – moi je ne le savais pas – saviez-vous que ces jeunes gens, enfants de la Silicon Valley, vivant entourés d'écrans et d'appareils électroniques, ne sont pas pour autant prêts à abandonner leurs vieux stylos.

En effet si 61% d'entre eux préfèrent utiliser un ordinateur pour leurs travaux de recherche, ils sont tout de même 46% à préférer l’encre et le papier pour faire leurs exercices et presque autant pour prendre leurs notes en cours.

On peut donc être un adepte assumé du stylo plume et des versions papier plutôt que des versions électroniques, tout en étant ouvert à tout ce que les nouvelles technologies numériques nous apportent et qu'il serait déraisonnable d'ignorer.

Et cela, c'est tout moi, pas vraiment 'techie', ni vieux jeu, mais tout de même ouvert au monde de demain puisqu'engagé dans la construction d'une Europe du numérique.

Je suis convaincu qu'il nous faut faire l'Europe du numérique parce que l'éducation, la santé, l'environnement en dépendent et en profiteront.

Et nous construirons l'Europe du numérique parce que le chemin de l'Europe vers plus de bien-être et plus de croissance est pavé de tablettes et de téléphones mobiles.

Et pour exploiter pleinement ces nouvelles possibilités, il nous faut dépasser les 28 fragmentations nationales qui existent actuellement en Europe.

C'est pourquoi réaliser le marché unique du numérique est l'une des 10 priorités de la Commission que j'ai l'honneur de présider.

[Numérique et industrie]

L'Internet et les nouvelles technologies de l'information et de la communication ont le pouvoir de transformer nos économies aussi profondément que le firent, en leur temps, la machine à vapeur et l'électricité.

Le numérique c'est notre nouvelle révolution industrielle, celle dont doit profiter un secteur industriel qui en Europe aujourd'hui représente 2 millions d'entreprises et 33 millions d'emplois.

L’innovation et le progrès technologique, en particulier les technologies numériques, sont essentiels à la productivité et à la compétitivité de l’industrie européenne.

C'est la possibilité pour nos industries de moderniser leurs schémas de production et de commercialisation, de concevoir de nouveaux produits et, surtout, de nouveaux services.

D'ailleurs, plusieurs pays ont déjà bien compris l'importance du passage au numérique pour le secteur industriel.

C'est notamment le cas ici en France avec l'"Industrie du futur" et c'est le cas en Allemagne avec le projet ''Industrie 4.0''. Ceci dit - et d'autres pays faisant de même et essayant de faire de même, voulant partager au double élan qui est français et qui est allemand - ceci dit, le degré de maturité des initiatives varie d'un pays à l'autre. Il faut reconnaître que la seule échelle nationale ne permet pas d'exploiter toutes les possibilités liées à cette nouvelle révolution industrielle.

Ce qui veut dire que l'échelle pertinente pour bénéficier pleinement du numérique, notamment pour la définition de règles et de standards, c'est l'Europe, le ministre vient de le dire. Et je dirais, au-delà, ça ne peut pas être la seule Europe, c'est un processus en cours qui dépasse les seules frontières européennes.

L'Union européenne, puisque le processus dépasse nos frontières, a signé plusieurs accords avec nos grands partenaires internationaux, y compris cette année avec le Japon et la Chine sur le développement des réseaux télécoms de la 5ème génération.

[Investir dans la R&D]

Et parce que la compétitivité de nos industries dépend de l'innovation et des progrès technologiques, il nous faut intensifier nos efforts en matière d'investissement dans la recherche et le développement.

La baisse des niveaux d'investissement dans l'innovation depuis le début de la crise économique est tout aussi spectaculaire qu'inquiétante pour l'avenir industriel de l'Europe.

C'est la raison pour laquelle nous avons avec le programme Horizon 2020 - y compris sa partie "primauté industrielle" - décidé d'affecter près de 80 milliards d'euros à la recherche et à l'innovation dont 16 milliards d'euros sur les deux prochaines années, avec notamment 1 milliard pour accompagner la modernisation de l'industrie manufacturière.

Et comme vous le savez, l'une des particularités de ce programme c'est qu'il compte sur un effet démultiplicateur, avec des investissements privés supplémentaires, grâce à des partenariats public-privé dans les principaux domaines industriels. Il dépend donc de nous d'en faire un succès pour la compétitivité du tissu entrepreneurial et l'emploi; ceci à tous les niveaux, européen, national, régional et, à ne pas oublier, local.

[Informatique en nuage et mégadonnées]

Il s'agit aussi, Mesdames et Messieurs, de faire en sorte que la transition numérique intègre mieux les nouvelles possibilités technologiques telles que l’informatique en nuage et le traitement de gros volumes de données, les mégadonnées.

Le secteur des mégadonnées connaît une croissance de 40% par an, sept fois plus que celle du marché de l'informatique.

Selon des études, l'analyse des mégadonnées pourrait à elle seule faire gagner 1,9%, disons 2%, de croissance économique à l'Europe d'ici à 2020, soit une augmentation du PIB de quelque 200 milliards d'euros.

Les mégadonnées et le calcul à haute performance sont un catalyseur de croissance économique, d'innovation et de conversion au numérique dans tous les secteurs économiques, en particulier pour les Petites et moyennes entreprises (PME) et les start-ups, mais aussi pour la société dans son ensemble, pour la science, pour la recherche et le partage des connaissances.

Et puisque nous sommes à Paris, où va bientôt se tenir une conférence capitale – ne t'effraie pas, François, je voulais dire du bien de la France et de son Président - puisque nous sommes à Paris et heureux d'être à Paris, où va bientôt se tenir sous ton égide une conférence capitale pour l'avenir de notre planète, je prendrai un exemple lié au climat. Entre 1970 et 2012, l'Europe a subi plusieurs phénomènes climatiques sévères qui ont eu un coût élevé pour nos sociétés et nos économies: un coût en vies humaines, 150,000 vies humaines, et aussi en dommages matériels, 270 milliards d'euros.

Avec la forte puissance de calcul de superordinateurs les tempêtes, les ouragans peuvent être anticipés très tôt et avec beaucoup de précision et donc permettre ainsi de sauver des vies humaines et de limiter les dégâts matériels.

[European Open Science Cloud]

C'est pourquoi la Commission, sous la houlette du vice-président Ansip, que je salue chaleureusement entre nous, présentera d'ici peu une initiative pour créer un nuage européen pour la recherche consacrée à la science ouverte – a European Open Science Cloud.

Notre ambition est de doter l'Europe de capacités techniques puissantes en termes d'infrastructures, de procès, d'analyse et de stockage des données. Seules les données qui seront traitées de façon performante et sûre créeront de la richesse pour notre société.

Notre ambition c'est que d'ici 2020, l'Europe se classe dans le top 3 mondial du calcul à haute performance.

Nous ferons appel à des financements innovants et au concours de l'industrie et des Etats membres qui souhaiteront se joindre à cette initiative.

[Des défis communs – des règles communes]

Exploiter pleinement cet extraordinaire potentiel de l'informatique en nuage et des mégadonnées ne va pas sans poser un certain nombre de défis et de questions qui sont à la fois techniques, législatives voire philosophiques, par exemple des questions d'interopérabilité, de formation des travailleurs, dimension à ne pas négliger, mais aussi des questions liées à la propriété des données, à la protection des données en général et à leur libre circulation. La Commission se donne 8 mois pour présenter ses propositions en la matière.

Il nous faut en effet des règles européennes communes sur la protection des données, il nous faut aussi moderniser et simplifier certaines règles pour tenir compte de la révolution numérique, et aussi établir des règles qui inspirent confiance aux entreprises comme aux consommateurs.

C'est ce que nous avons commencé à faire en nous dotant de règles inédites et fortes sur la "neutralité du net" garantissant aux Européens un accès ouvert à Internet sans discrimination. Et, aujourd'hui même, le Parlement européen a adopté le paquet "marché unique des télécoms" qui fut présenté et proposé par la Commission. C'est une première étape vers l'accomplissement d'un véritable marché unique européen du numérique.

Nous allons continuer le travail notamment sur la question des métadonnées. Nous devons empêcher que de nouvelles barrières nationales ne viennent entraver le marché intérieur et nous atteler à créer un cadre européen fonctionnel. Et je compte sur les Etats membres et, ici aujourd'hui, sur la dynamique franco-allemande, dont il ne faut plus faire la réputation, pour soutenir la Commission dans cette démarche.

Je vous remercie de votre attention et vous aurez constaté que l'Europe n'est pas aussi bien organisée que le duo ministériel franco-allemand parce que nous n'avons pas réussi à nous mettre d'accord sur un orateur. Nous ne l'avons même pas essayé, comme toujours. Merci.

SPEECH/15/5938


Side Bar