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Commission européenne

[Seul le texte prononcé fait foi]

Antonio TAJANI

Membre de la Commission européenne chargé de l’industrie et de l’entreprenariat

Un nouveau rêve européen pour nos jeunes

Séance inaugurale / Collège européen de Parme

20 janvier 2014

Les leçons de la crise

Au tout début de son mandat, dans les premiers mois de 2010, la Commission Barroso II s’est trouvée à l’épicentre de la crise mondiale.

Née de la finance toxique américaine en 2008, la crise s’était en effet déplacée en Europe, sapant la confiance des investisseurs dans le système bancaire et les budgets publics.

Les mots-clés en Europe sont vite devenus «défaut, austérité, contagion, assainissement budgétaire, rupture de l’euro, chômage, désindustrialisation, etc.». Ce n’est bien sûr pas un langage propre à faire rêver les citoyens européens à un projet commun.

Les dynamiques qui mettaient à nu la fragilité des États étaient variées, certaines en lien avec le système bancaire, d’autres avec le surendettement privé et/ou public. Mais leur racine était la même: les failles dans l’architecture de l’euro, qui ont transformé une crise économique en une crise systémique. C’est ainsi que nous avons connu la plus grave et la plus longue dépression de l’après-guerre.

Les 9 et 10 mai 2010, 60 ans après le discours historique de Schuman, le Collège des commissaires, les ministres de l’Économie et les chefs de gouvernement se sont réunis l’espace d’un week-end pour éviter le désastre de la défaillance grecque.

Il est probable que la réponse européenne a été tardive et incomplète, mais elle est venue. La spéculation a causé un préjudice considérable, mais l’euro et l’Union sont toujours là.

Le Fonds européen de stabilité financière a permis d’éviter la faillite de la Grèce, de l’Irlande et du Portugal, et de donner un soutien décisif au système bancaire espagnol.

Plus personne ne parie que la Grèce va sortir de l’euro, l’Irlande a recommencé à se financer sur les marchés et bientôt le Portugal pourrait suivre le même chemin. Le coût de la dette en Espagne et en Italie continue de se contracter.

Il nous faut donc reconnaître que les dirigeants européens ont, tout au moins en partie, réussi à apporter des réponses et à transformer la crise en une occasion de changement.

Ne nous berçons toutefois pas d’illusions: les citoyens européens continuent de souffrir et les millions de chômeurs, les jeunes sans perspective et les centaines de milliers d’entreprises en faillite sont là pour nous le rappeler.

Au contraire, la crise nous a appris beaucoup de leçons qu’il serait impardonnable de ne pas mettre à profit. Et il me faut bien reconnaître qu’elles n’ont pas toutes porté leurs fruits.

La première leçon est que, dans une économie saine et moderne, la croissance et l’emploi ne doivent pas reposer sur des dévaluations continues, une finance spéculative et des montagnes de dettes; mais davantage sur une réelle compétitivité industrielle et un fort ancrage dans l’économie réelle.

La deuxième leçon, c’est que partager une même monnaie signifie bien plus que simplement partager un marché intérieur. Et la troisième, c’est que le marché est un espace de liberté et de règles, et non une jungle dans laquelle domine la loi du plus fort, ou du plus avide. C’est pourquoi une finance sans limites, qui brasse des valeurs plusieurs fois supérieures au PIB mondial, ne peut pas ressembler à une Las Vegas mondiale. Ni mettre à l’arrière-plan sa raison sociale: conduire l’épargne vers des investissements productifs et la consommation.

À partir de ces leçons, beaucoup de choses ont été faites, y compris quelques erreurs. Mais il reste beaucoup de chemin à parcourir.

Encourager les réformes? Cherchez la carotte!

Nous avons renforcé la gouvernance macro-économique avec de nouveaux instruments, tels que le semestre européen, le Fonds européen de stabilité financière et un paquet législatif – le «six pack» – qui renforce le contrôle sur les budgets publics.

Ce paquet procure certes les instruments européens indispensables à la coordination des politiques budgétaires, mais il ne repose que sur le seul pilier des sanctions et de la rigueur. Beaucoup de bâton et aucune carotte.

Il faut donc assouplir le pacte budgétaire et le compléter par une plus grande solidarité. Il faut soutenir un État qui se voit contraint de mettre en œuvre des réformes difficiles et des coupes budgétaires. Notamment grâce à un allégement des contraintes budgétaires susceptibles de lui permettre de rediriger ses dépenses vers des investissements favorables à la compétitivité.

En 2003, lorsque l’Allemagne a dû se remettre sur les rails en passant par des réformes impopulaires, le Conseil européen, alors sous présidence italienne, a autorisé un dépassement temporaire des contraintes du pacte de stabilité afin de permettre au pays de rebondir.

Il faudrait faire de même aujourd’hui avec tous ceux qui se sont engagés sur un véritable chemin de réforme et de coupes dans les dépenses improductives, dont les effets ne sont pourtant pas immédiats.

Une Union plus solidaire

La première conséquence de la rigidité du pacte budgétaire a été de créer un surcroît d’austérité.

La crise nous a appris que, dans le cadre d’une union monétaire, il n’est pas possible de demander simultanément de réduire l’endettement et de financer des réformes structurelles sans une certaine forme de solidarité européenne.

De cette myopie est née la spirale de récession et de destruction d’une partie de notre base industrielle qui porte également préjudice à l’avenir des jeunes générations dans beaucoup d’États membres. Et fait naître un profond rejet de l’idée de l’Europe et de l’euro, considérés davantage comme des problèmes que comme des solutions.

Comme l’austérité n’a pas été contrebalancée par des investissements destinés à financer des réformes pour favoriser la compétitivité, elle a eu pour effet de diminuer la demande interne, repoussant les perspectives de sortie de la récession.

Les timides signaux de reprise qui commencent à se manifester ne suffiront de fait pas à absorber les 26 millions de chômeurs dans l’UE. Et je ne parle pas de la croissance italienne en berne, qui ne permettra certainement pas d’amortir le seuil record de près de 13 % de chômeurs et de 41 % des jeunes sans emploi.

Cela ne fait aucun doute: il faut des changements. Et il faut introduire des instruments de solidarité européenne qui vont au-delà du Fonds de stabilité financière et de l’action de la BCE, qui tout opportune et généreuse qu’elle soit, reste dans les limites de son mandat actuel.

Je pense, par exemple, que le recours aux euro-obligations permettrait de réduire le coût du financement des États et de libérer des moyens financiers pour la croissance. Je pense encore aux emprunts obligataires destinés au financement de projets, permettant de financer des plans d’investissement pour des infrastructures de réseaux et d’efficacité énergétique et de créer de la sorte des millions d’emplois, en modernisant notre économie et en la rendant plus durable.

Il faudrait également renforcer le budget de l’Union européenne, qui ne représente que 1 % du PIB. Mettre les dépenses en commun, cela permet de dépenser moins et d’accroître les résultats.

Je pense ici à un espace de recherche européen permettant d’éviter les doublons et d’augmenter les synergies. Ou encore à des réseaux énergétiques, numériques, de transport, à dimension européenne.

Les infrastructures spatiales Galileo, Egnos et Copernicus pour la navigation satellitaire et l’observation de la Terre, pour lesquels l’Union européenne investit plus de 20 milliards, avec des retombées supérieures à 120 milliards, sont un exemple clair de la valeur ajoutée d’une action commune. Des économies d’échelle similaires et d’autres de plusieurs milliards seraient possibles dans de nombreux autres secteurs, à commencer par celui de la sécurité et de la défense.

La banque centrale, comme la réserve fédérale américaine, ne devrait pas tenir compte uniquement de l’inflation, mais aussi du chômage. Sans quoi, nous risquons de devenir le pot de terre au milieu de puissances mondiales qui recourent sans scrupule à la dévaluation des devises; et nous retrouver, comme c’est le cas à présent, avec une monnaie trop forte qui tue les exportations et le travail.

Ou affronter, avec des instruments limités, ce que Madame Lagarde, directrice générale du FMI, a qualifié il y a quelques jours d'«ogre qu’il faut combattre fermement»: la déflation.

Une finance au service de l’économie réelle

Au cours des quatre dernières années, nous avons défendu avec fermeté – et non sans rencontrer de fortes résistances – un nouveau cadre de dispositions visant à une meilleure transparence et à une solidité accrue des services financiers, doté de trois autorités européennes pour les assurances, les banques et les bourses.

Nous avons renforcé la solidité du système bancaire, aussi d’un point de vue patrimonial, en cherchant à ne pas pénaliser les PME.

La réglementation «Bâle III», qui vient d’entrer en vigueur, ne s’appliquera pas aux prêts à concurrence de 1,5 million destinés aux PME.

Nous analysons actuellement l’opportunité de scinder les activités de spéculation des banques de leurs activités traditionnelles.

En décembre, le Conseil a finalement donné le feu vert à l’Union bancaire, ce qui permettra d’ici 2015 à la BCE de contrôler les banques dites «systémiques», contrôle qui sera ensuite élargi aux autres banques d’ici 2017.

La Commission aurait espéré une assise plus fédérale et plus solidaire du mécanisme de résolution des crises bancaires afin de consolider la confiance dans le système et de créer un véritable marché intégré du crédit. Mais ici aussi, quelques égoïsmes ont empêché d’aller jusqu’au bout.

Une Europe pas assez proche de l’industrie

Il reste que le résultat le plus important de la crise a sans doute été de nous ramener à la réalité.

Une vérité en est ressortie, d’autant plus évidente qu’elle a été longuement occultée: sans industrie et sans entrepreneurs, aucune croissance ni aucune création d’emplois.

Si ces moteurs de l’économie s’encrassent, c’est tout l’emploi qui en pâtit.

Nous nous sommes rendu compte que l’Europe n’était en fait pas tellement proche de l’industrie ni du travail. C’est ce qui a conduit, dès la fin des années 90, à un fort déclin industriel.

Au cours des 10 dernières années, l’Union européenne a perdu 350 milliards d’investissements, réduisant sa part globale de 40 % à 20 %.

La crise a accéléré ce processus, accompagné de la perte d’environ 4 millions d’emplois dans l’industrie et la part du PIB liée au secteur manufacturier a chuté à 15,1 %.

Le centre de gravité de la production manufacturière a continué de se déplacer vers les pays émergents et la Chine est désormais en voie de dépasser l’Union européenne.

La perte constante de notre base industrielle n’est pas une fatalité. Elle résulte d’erreurs qui sont à l’origine de la crise actuelle. Rappelons-nous qu’il y a peu, c’était à la mode de parler du futur postindustriel de l’Europe. Le strabisme européen est manifeste si l’on observe les aides d’État autorisées avec la crise: 81 milliards pour l’industrie, 4 200 pour les banques.

L’on s’est aperçu avec retard que 80 % des innovations et des exportations sont le fait de l’industrie et, que pour chaque emploi dans le secteur manufacturier, il s’en crée jusqu’à deux dans le service. C’est pourquoi, comme l’a démontré clairement la crise, les pays qui ont mieux tenu le coup sont ceux dont la base industrielle est solide.

Malgré ces évidences, l’Europe a souvent donné l’impression de travailler contre l’industrie, par ses politiques, ses règles, sa bureaucratie et d’autres coûts qui font fuir les entreprises et découragent les nouveaux investisseurs.

Nous avons nous-mêmes créé une série de handicaps. Le prix de l’énergie le plus élevé au monde, les normes et les obligations qui s’ajoutent les unes aux autres rendent le coût de la production insoutenable. Sans parler d’une politique de la concurrence qui ne tient pas toujours compte de la dimension globale du marché.

Il est évident que des valeurs comme la protection des travailleurs, de la santé ou du climat sont des piliers de l’économie sociale de marché européenne. Mais souvent, les coûts cumulés que nous imposons vont bien au-delà de ce qui est nécessaire pour une protection effective de ces valeurs.

Par exemple, en matière de lutte contre les émissions, adopter une approche coercitive vis-à-vis de l’industrie peut avoir des effets contre-productifs. La base industrielle et la capacité d’innovation nous échappent et la production est repoussée là où il n’existe pas de règles en matière de protection de l’environnement.

Nous devons arrêter de pontifier. Le moment est arrivé de renverser la perception d’une Europe hostile aux affaires et de donner des signaux univoques de notre volonté de réindustrialiser l’Union européenne.

Réindustrialiser l’Europe

L’année dernière, nous avons décidé d’inverser la tendance. En octobre 2012, la Commission a approuvé une stratégie de réindustrialisation de l’Europe, dont l’objectif est de passer du taux actuel de 15,1 % du PIB lié au secteur manufacturier à 20 % d’ici 2020. Pour cela, nous travaillons sur quatre grandes lignes: 1) le crédit, 2) l’accès au marché, 3) la formation et 4) le renforcement des investissements pour des innovations proches du marché.

En ces temps de moyens limités, nous avons identifié quelques domaines technologiques prioritaires à haut potentiel et avec des retombées possibles dans tous les secteurs, y compris ceux plus traditionnels: la bio-économie, les technologies génériques essentielles, les véhicules propres, les réseaux intelligents, les matières premières, la construction durable, les technologies avancées pour le secteur manufacturier et l’espace.

D’ici à 2015, 90 % de la croissance sera enregistrée dans les pays tiers. C’est pourquoi un accès élargi aux marchés internationaux est essentiel pour la relance de l’industrie.

Sur ce point également, il nous faut évoluer. Oui, nous pouvons mettre l’accent, avec conviction, sur les accords de libre-échange avec les États-Unis, l’Amérique latine, l’Asie ou l’Afrique, qui représentent une augmentation de 2 % du PIB de l’UE. Mais évitons d’être aussi naïfs que dans le passé. Assurons-nous qu’aucun secteur de l’industrie n’est pénalisé, garantissons que l’accès aux marchés est réellement réciproque. À commencer par les marchés publics. Et n’hésitons pas, quand il le faut, à activer les mécanismes de défense commerciale légitimes.

Nous sommes la première puissance économique, industrielle et commerciale au monde. Notre savoir-faire et la qualité de nos produits sont demandés partout. Nous devons faire valoir cette grande force, grâce à une véritable diplomatie économique, qui va inévitablement de pair avec la diplomatie politique.

Il ne faut pas nous limiter aux débouchés commerciaux, il nous faut garantir l’accès aux matières premières et à l’énergie à des prix compétitifs et défendre notre propriété intellectuelle. En utilisant nos ambassades pour assister les entreprises européennes.

C’est dans cette perspective que j’ai mené, depuis 2011, au Brésil, en Argentine, en Uruguay, en Colombie, au Mexique, aux États-Unis, au Maroc, en Tunisie, en Égypte, en Russie, en Chine, en Israël, au Vietnam, en Birmanie et en Thaïlande, des missions pour la croissance avec des entreprises pour faciliter les occasions de faire des affaires et conclure des accords de coopération.

La communication en faveur d’une renaissance industrielle en Europe

D’ici quelques jours, par une communication destinée au Conseil européen de mars consacré à l’énergie, au climat et à l’industrie, nous ferons le point sur le chantier en cours, et répéterons notre engagement à aller plus loin.

Mais nous demanderons également avec fermeté aux États membres et aux régions d’adopter une nouvelle approche et de jouer rapidement et jusqu’au bout leur rôle dans la relance de l’industrie.

La communication le dit clairement: pour réindustrialiser l’Europe, nous devons mettre l’industrie en tête de l’ordre du jour. Tous les moyens mis en œuvre par l’Union, comme les politiques pour le marché intérieur, l’énergie, les infrastructures, le développement durable, la concurrence, le commerce, la recherche, l’innovation et la formation, seront considérés comme des facteurs clés pour la croissance et l’emploi dans la compétitivité industrielle.

La révolution industrielle qui est en cours, et dont l’Europe veut être le chef de file, implique un processus de modernisation vers plus de compétitivité, d’efficacité des ressources et de développement durable, ainsi que de lourds investissements.

C’est pourquoi il est essentiel de faire appel à plusieurs Fonds européens, aux Fonds régionaux, à Horizon 2020, à Cosme, dans une synergie avec des prêts de la banque européenne d’investissement, pour susciter de nouveaux investissements privés et faciliter l’accès au crédit. La communication prévoit l’injection de plus de 100 milliards des Fonds régionaux d’ici à 2020 dans six domaines stratégiques identifiés par la Commission.

Pour la première fois, il sera également possible de financer des projets industriels proches du marché et de la commercialisation à partir d’Horizon 2020.

Un État aux côtés du monde des affaires

Le domaine dans lequel l’Europe doit évoluer le plus fortement est l’environnement des entreprises et les rapports avec les administrations publiques.

Parmi les principaux handicaps et divergences qui nuisent à la compétitivité de la zone euro, nous retrouvons en effet une fiscalité élevée et l’efficacité des administrations et de la justice.

Les États qui, par exemple comme l’Italie, payent les entreprises avec, en moyenne, six mois de retard, découragent non seulement les investissements, mais pénalisent l’industrie. Au bénéfice des entreprises qui travaillent dans des pays comme la Finlande, où les administrations payent dans les 15 jours.

Il n’en va pas autrement pour les frais bureaucratiques, les délais et les incertitudes pour l’octroi de licences, la résolution des litiges civils ou des procédures de faillite.

De même, la pression fiscale sur les entreprises et le travail est un facteur déterminant de compétitivité industrielle. Ici encore, l’Italie est bonne dernière au classement, avec un taux supérieur à 68 % de taxes sur les industries, à 24 points de la moyenne de l’Union européenne (44 %), à 20 points des Allemands et à 31,3 points des Anglais. Pour l’imposition sur le travail, nous sommes à 42 %, soit le double de l’Angleterre.

Dans les pays souffrant de problèmes de compétitivité, le redressement budgétaire doit aller de pair avec une réorganisation de l’administration publique, en vue d’un regain d’efficacité, d’une diminution des gaspillages et d’un allégement de la pression fiscale.

En ces temps de crise, alors que les chefs d’entreprise au bord de la faillite se serrent la ceinture, les États membres eux aussi doivent jouer leur rôle. Sans chercher à résoudre les problèmes de la dette en taxant davantage ou en ne payant pas les entreprises.

Suivre cette logique perverse revient à chasser l’esprit d’entreprise pour se diriger vers un désert de la production et des pertes de recettes pour les États.

Des pays comme l’Espagne, le Portugal et l’Irlande ont déjà commencé à réduire leur périmètre d’intervention, en diminuant de 9 %, de 5 % et de 11 % leurs dépenses publiques. La Grèce les a déjà réduites d’un tiers. Même la France a annoncé des simplifications administratives et une baisse de la fiscalité sur les entreprises et le travail. Seule, l’Italie semble encore hésiter à suivre leur exemple.

Il faut un changement de culture, il faut que les administrations publiques considèrent le chef d’entreprise comme un acteur positif. Les résultats obtenus grâce à la directive sur les retards de paiement, qui a induit dans certains États membres une véritable révolution, en libérant de nombreuses entreprises d’un rapport de sujétion avec l’administration publique, nous montrent que l’Union européenne peut jouer un rôle encore plus incisif.

C’est pourquoi dans les prochains jours, nous annoncerons un nouveau Small business act qui prévoira des délais légaux impératifs pour la création d’une entreprise, l’obtention d’une licence ou la récupération d’un crédit.

Un pacte pour l’industrie, pour changer l’Europe

La nouvelle communication jette les bases d’une gouvernance micro-économique, soutenant la gouvernance macro-économique et mettant à l’avant-plan, dans toutes les politiques, la compétitivité industrielle.

Le pacte budgétaire doit donc être accompagné d’un pacte pour l’industrie visant à rééquilibrer et à compléter l’action pour la croissance par des mesures micro-économiques rendant l’Europe plus attractive pour les investissements et le secteur manufacturier.

Je suis favorable à l’application plus souple du pacte de stabilité aux pays qui s’engagent à améliorer la compétitivité industrielle en passant par des réformes de la justice, du travail, des administrations publiques et en réduisant la charge fiscale sur les entreprises et le travail.

Il appartiendra au prochain sommet de mars de confirmer ce changement de cap et de définir le pacte.

Conclusions

La promotion 2014 du collège de Parme est dédiée à Érasme de Rotterdam.

Son nom ne peut manquer d’évoquer, outre les programmes européens dont on connaît le succès, «l’éloge de la folie». La folie entendue comme force initiatrice de changement.

Une Europe qui veut de nouveau faire rêver et donner des perspectives d’avenir doit partir de là. Partir de la folie qui brise les tabous et les schémas convenus, devient innovation, liberté, ouverture à de nouveaux horizons.

Si l’innovation est bel et bien le nouvel élan dont ont besoin tant l’économie que la politique, je suis convaincu qu’elle sera avant tout le fruit des esprits et des engagements de jeunes qui ont la vingtaine ou la trentaine, comme vous.

Il faut donner aux nouvelles générations l’envie de s’intéresser à la culture du risque et du changement. Si, dans les conditions actuelles, nous passions à côté de leur potentiel et de leur talent, cela voudrait dire que nous n’avons pas compris l’essence de la crise.

Bien sûr, aucune start-up ni aucun projet de vie ne peuvent prendre corps dans un désert industriel, dont les centres de recherche et les universités sont en difficulté et souffrent de bureaucratisation aiguë, où l’administration est hostile et où les capitaux font défaut.

C’est à la politique qu’il incombe de créer le contexte différent, celui où l’idée, le rêve et l’énergie créative de ceux qui veulent entreprendre pourront aller de l’avant.

Le plan pour les entreprises européennes renforce les instruments d’accès au crédit et au capital-risque même pour les start-up et les programmes d’échange d’expérience comme Erasmus pour les jeunes chefs d’entreprise. Il insiste également sur le rôle essentiel de l’éducation et de la formation, qui sont le vrai moteur de toute politique industrielle.

Les systèmes d’éducation à l’excellence, comme le collège européen, qui entrent en parfaite symbiose avec le marché et les entreprises, sont la clé qui ouvrira aux jeunes de réelles opportunités.

S’il est facile d’accuser de populisme ceux qui attaquent l’euro et considèrent que l’Europe est une sorte de Léviathan, il l’est tout autant de donner au problème des réponses équivalant à détruire les acquis européens.

Il est en revanche plus difficile de trouver de réelles solutions à ces problèmes et de vous donner, à vous les jeunes, de vraies perspectives. Et c’est justement le rôle d’une bonne politique.

À l’aube des prochaines élections européennes, il est à souhaiter que la politique joue un rôle sérieux, qu’elle explique les enjeux et qu’elle parvienne à convaincre les citoyens d’adhérer à un nouveau projet européen. En canalisant les protestations et en les transformant en une volonté de changement. Il faut construire une nouvelle maison plus solide, plus adaptée pour défendre les intérêts des citoyens européens et aider ceux-ci à traverser la tourmente de la mondialisation.

Cette Europe dont rêvait Alcide De Gasperi, affligé qu’il était par l’échec du projet de Communauté européenne de défense dans lequel il voyait, à juste titre, l’ébauche d’une Europe qui ne serait pas fondée uniquement sur le marché.

N’oublions pas De Gasperi, ni les autres Pères fondateurs et soyons conscients du patrimoine qu’ils nous ont légué. Ce n’est pas un hasard si nous avons obtenu le prix Nobel; si nous sommes la seule région du monde qui soit parvenue à se doter d’un mécanisme permettant de prendre des décisions communes dans le respect de la diversité; si nous ne connaissons pas la peine de mort; si nous accordons la primauté à nos valeurs, la démocratie et les droits fondamentaux.

C’est ce projet de paix, de liberté et de solidarité qu’il faut relancer, qui doit recommencer à nous faire rêver.

Il nous faut du courage et de la détermination pour achever la traversée de ce gué qui menace à présent de tout emporter. Il nous faut parvenir à une Europe vraiment politique, proche de ses citoyens, disposant d’un gouvernement économique, d’un budget, d’une banque centrale et parlant d’une voix unique et forte au reste du monde, et en finir avec l’image d’institutions inaccessibles, isolées dans une sorte de tour d’ivoire et cachées derrière une bureaucratie autocentrée.

À côté de la grande industrie, il existe 23 millions d’entrepreneurs représentant des petites et moyennes entreprises. Ce sont, avant tout, des hommes et des femmes qui ont envie de réaliser un rêve. Et qui ont l’énergie de se concentrer sur des idées et sur des projets, qui travaillent beaucoup et qui prennent des risques pour créer de la valeur ajoutée, de la richesse et de l’emploi. Ce sont eux l’élément vital de l’économie de la société.

Je veux envisager l’avenir avec optimisme. Si nous parvenons, tous ensemble, à trouver les moyens de libérer l’énergie de millions de femmes et d’hommes chefs d’entreprise en dissipant les obstacles auxquels se heurte leur volonté, nous pourrons sortir de la crise et revenir à la croissance et la création d’emplois.


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