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Speech: Discours du Président Barroso sur le lancement du livre "Histoire de la COM, Vol. II"

European Commission - SPEECH/14/375   14/05/2014

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European Commission

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José Manuel Barroso

Président de la Commission Européenne

Discours du Président Barroso sur le lancement du livre "Histoire de la COM, Vol. II"

Brussels, 14 May 2014

Messieurs les Vice-Présidents,

Mesdames et messieurs les Commissaires, actuels et dans le passé,

Excellences,

Mes chers collègues,

Monsieur le professeur Dujardin,

Mon cher Étienne Davignon,

Mesdames et messieurs,

C'est un véritable plaisir pour moi de participer à cet évènement de lancement de l'ouvrage consacré à l'histoire de la Commission pour la période 1973-1986.

C'est un travail que je suis avec grand intérêt depuis de nombreuses années, en fait dès la publication du premier volume, qui porte sur les années fondatrices de l'Institution, et qui fut dirigé par le professeur Dumoulin, ici présent, et qui je salue également.

Je me réjouis donc de voir ce 2ème volume arriver à bon port aujourd'hui en votre compagnie, vous qui avez fait et écrit cette histoire à plus d'un titre. Je pense aussi avec affection à tous ceux qui ne sont pas, ou ne sont plus, parmi nous.

Alors que nous sommes à un tournant de notre histoire européenne, ma conviction est que pour aller de l'avant, nous devons, plus que jamais, garder à l'esprit d'où nous venons. Il est très important, surtout pour ceux qui ont la responsabilité politique, de ne pas penser que le monde n'existait pas avant leur naissance. Nous avons une histoire et nous en sommes fiers. Passé et avenir sont intimement liés.

Et c'est bien là tout le message du Prix Nobel de la Paix décerné à l'Union européenne en 2012. C'est à la fois un formidable hommage rendu à tous les bâtisseurs de l'Europe, mais aussi un appel et un encouragement à poursuivre notre action et notre vision, forts – et fiers – de ce que nous avons accompli ensemble.

La Commission a été et reste un acteur central de ce projet unique. C'est pourquoi, à travers ces ouvrages, j'ai souhaité rendre l'histoire de l'Institution accessible à tous et faire vivre la mémoire de ses nombreux protagonistes.

La période étudiée dans ce livre (1973-1986) me tient tout particulièrement à cœur. Je n'étais pas encore à la Commission mais les réalités et les espoirs d'alors ont formé mon engagement politique et ma conscience européenne: de la révolution des Œillets à mes débuts d'élu politique, en passant par mes années universitaires à Genève auprès d'une très grande figure européenne, Denis de Rougemont.

Et curieusement, c'était de Genève et de Lisbonne que je regardais la Commission européenne. Puis qu'aujourd'hui nous sommes ici dans une ambiance de raconter des histoires, permettez-moi aussi de raconter quelques histoires par rapport à la construction européenne vue par quelqu'un qui, à l'époque, était un jeune d'un pays qui voulait adhérer à la Communauté européenne.

C'est à Genève que j'ai rencontré, pour la première, fois Jacques-René Rabier, qui est ici entre nous aujourd'hui. Nous sommes honorés d'avoir quelqu'un qui a travaillé de si près avec Jean Monnet dans ces moments. Quand, au département de sciences politiques de l'université de Genève, nous avions une coopération avec la Commission (aussi à cause des Euro-baromètres: on faisait des enquêtes), Jacques-René Rabier venait à Genève et les collaborateurs de l'université de Genève aussi visitait la Commission. J'ai avais déjà étais à la Commission, en 1978, pour rencontrer Madame Jacqueline Lastenouse, qui est ici. Parce que je venais de conclure ma licence en droit à Lisbonne et j'ai voulu, avec des autres assistants de l'université et des professeurs, créer la première association universitaire d'études européennes au Portugal en 1978. Alors, je suis venu frapper à la porte, littéralement, du Berlaymont – c'était un autre Berlaymont, mais c'était le Berlaymont – demander une subvention pour le lancement de cette association.

Ça, pour vous montrer, avec un témoignage personnel, comme cette institution est vraiment extrêmement importante. Parce que, pour un jeune Portugais, dans les années 70, la Commission représentait l'Europe. L'Europe, c'était notre espoir. Comme l'a dit tout à l'heure Étienne Davignon, c'était sans doute avec une grande émotion. C'est pourquoi je comprendre aussi l'émotion des nouveaux Etats membres, parce qu'il y a quelque chose parallèle. Pour nous, l'adhésion à l'Union européenne, la Communauté européenne, était la possibilité d'ancrer la nouvelle démocratie, la démocratie dans nos pays. À l'époque, il n'avait pas encore le fameux "paquet Delors". Ce n'était pas, comme certains disent, seulement pour avoir plus d'argent. Pas de tout. C'était l'idée qu'on pourrait se joindre à un club des pays plus avancés économiquement et politiquement. Faire partie du reste auquel la dictature n'avait pas permis que nous soyons liés auparavant. C'était ça. Et là, c'était la Commission.

Jacqueline Lastenouse du service d'information universitaire a fait un grand travail de créer les premiers réseaux d'études européennes dans mon pays. Je le sais, bien sûr dans d'autres pays aussi, mais je cite l'expérience directe, je crois que c'est plus important de donner ce témoignage personnel.

Et donc, l'importance que cette institution a va bien au-delà de ces remarquables compétences – et là je ne peux que souscrire à ce qui vient d'être dit sur ce que j'appelle très souvent le "charisme technique" de la Commission. C'est bien plus que le charisme technique de la Commission, c'est aussi le pouvoir émotionnel et symbolique de cette institution. Parce que, par exemple, pour tous les pays nouveaux membres, le premier interlocuteur c'est la Commission, c'est avec la Commission qu'ils ont négocié l'adhésion. Et ça explique le grand pouvoir symbolique et institutionnel de la Commission.

Comme le disait le professeur Dujardin dans son introduction – merci beaucoup pour les mots -, il s'agit d'une période souvent négligée dans l'histoire de l'intégration européenne, cette période ici. Mais c'est en réalité une période profondément fertile: du premier élargissement des Communautés européennes en 1973 jusqu'à l'adhésion de l'Espagne et du Portugal, suivie de la signature de l'Acte unique européen et de la première montée du drapeau européen en 1986, quel chemin parcouru par l'Europe !

J'ai eu très peu d'influence dans cet ouvrage parce que, bien sûr, vous le savez, nous avons respecté intégralement l'indépendance des chercheurs qu'ils l'ont fait, et je les remercie. Mais là où j'ai eu de l'influence, c'était pour choisir la couverture. Et précisément, entre différentes options, j'ai choisi le moment où, pour la première fois, le drapeau européen est mis devant le Berlaymont. On y rencognait Jacques Delors et d'autres anciens collègues dans ce moment.

Beaucoup de piliers de notre histoire commune trouvent leur fondement dans cette période. Je pense notamment :

• Aux premiers projets d'union économique et monétaire. Oui, c'était Ortoli! Il y a quelques jours, j'ai visité les archives historiques de l'Union européenne, des communautés européennes, à la Villa Salviati à Florence, et, précisément, j'ai vu quelques éléments particuliers privés de François-Xavier Ortoli, où, avant les propositions formelles, il en parlait, bien sûr, de cette idée d'une union économique et monétaire. Donc c'était la Commission à l'origine.

• Je pense aussi à la consolidation d'une dynamique du marché intérieur qui va bien au-delà des aspects purement économiques, y compris par à la mise en place d'une politique régionale venant incarner la solidarité européenne,

Je pense aussi :

• A la modernisation de la politique de coopération et de développement

• A la consolidation de la politique agricole commune,

• Aux débuts d'une politique européenne en matière d'environnement,

• Ou bien encore aux premiers pas d'une coopération en matière d'éducation,

Tout cela, dans un contexte institutionnel profondément renouvelé avec les premières élections directes du Parlement européen et un nouveau rôle pour le Conseil européen.

Et si nous devons nous méfier d'anachronismes qui n'ont pas lieu d'être, comment ne pas voir des parallèles avec certains enjeux de l'Europe actuelle : instabilité du système financier, crise économique et énergétique, tensions géostratégiques, évolution institutionnelle. Autant de défis et de questions qui se posent à chaque nouvelle génération tout en se renouvelant.

Car chaque génération est confrontée à des difficultés et, malgré elles, voire grâce à elles et à la dynamique qu'elles nous imposent pour les surmonter, la Communauté connaît à chaque fois des avancées très significatives, qui bien souvent ont débuté ici - autour de la table du Collège, que vous avez pu découvrir à l'entrée de cette salle.

Chers amis,

Permettez-moi de conclure en soulignant l'originalité de la démarche adoptée pour la rédaction de cet ouvrage, riche d'enseignements et d'éclairages nouveaux, de la grande à la petite histoire. Il ne s'agit pas ici de l'histoire officielle de la Commission européenne. Il s'agit d'un projet innovant, où s'entrecroisent étroitement la mémoire des témoins de l'époque, et l'histoire, celle écrite par des chercheurs, qui ont eu un accès sans précédent aux archives et aux acteurs de la période.

Je tiens donc à saluer très chaleureusement le travail du groupe de chercheurs ayant rédigé l'ouvrage, et je suis ravi de voir que la plupart d'entre eux ont pu se joindre à nous aujourd'hui. Ils ont su mener à bien ce projet non seulement avec une grande rigueur académique, mais aussi avec beaucoup d'empathie redonnant ainsi vie à la Commission de l'époque et nous permettant d'en partager le quotidien. Nous comptons d'ailleurs sur eux pour continuer d'animer la discussion académique sur le livre et ses nombreuses découvertes au cours des prochains mois.

Je voudrais aussi remercier vivement le comité des anciens fonctionnaires de la Commission qui ont apporté à l'élaboration de cet ouvrage, et du volume précédent, leur expérience directe des périodes couvertes, leur réseau de connaissances et surtout leur enthousiasme pour la cause. C'est grâce à la confrontation des points de vue et au dialogue créatif entre mémoires individuelles et histoire que l'ouvrage a pu acquérir toute sa valeur.

Je remercie également l'ensemble des collègues de la Commission qui ont contribué à ce travail collectif : secrétariat général, service des archives, service de la médiathèque, office des publications, service de traduction, services de communication, BEPA – voici l'exemple parfait de ce qu'un partenariat étroit entre services de l'institution peut accomplir de mieux.

Je souhaite enfin rendre hommage aux très nombreux témoins, près de 350 désormais (au fait, 244 pour cet ouvrage mais environs 350 si l'on compte les deux volumes), certains d'entre eux présents parmi nous, qui ont accepté de participer aux deux projets sous forme d'entretiens enregistrés. Leurs témoignages sont désormais accessibles aux Archives historiques de l'Union européenne, à Florence, et disponibles pour éclairer encore bien d'autres recherches à l'avenir.

Au-delà du lancement et de la promotion de ce livre, j'ai souhaité que les efforts de collecte de notre mémoire collective se poursuivent et j'ai donc demandé aux services de la Commission d'initier un projet similaire pour la période 1986-2000. Voilà la permanence, voilà la continuité, voilà le sentiment institutionnel que nous voulons respecter et c'est pourquoi nous sommes là. Donc le travail continuera, mais cela sera une autre histoire.

Pour terminer, permettez-moi seulement un témoignage personnel. Dans quelques mois je vais quitter la Commission européenne après dix ans. Et donc, maintenant, je pourrai parler en tout indépendance, parce que je ne suis pas un fonctionnaire de la Commission européenne. J'ai servis mon pays deux ans, au gouvernement et dans d'autres fonctions au parlement, et presque dix ans déjà à la Commission Européenne.

Et je tiens à vous dire, très sincèrement (en fait je viens de le dire dans un discours que j'ai prononcé le 8 mai à l'université Humboldt à Berlin), quelques considérations sur le présent et l'avenir de l'Union Européenne. Je suis absolument convaincu que cette institution, la Commission européenne, est irremplaçable, incontournable et plus essentielle que jamais. Je tiens à le dire aussi à mes collègues du Conseil européen, des Chef d'États et des gouvernements, on va en discuter à la fin du mois, parce qu'on va discuter la fameuse transition et, bien sûr, le Conseil européen d'octobre sera aussi dédié à l'avenir de l'Union Européenne.

Je crois que, contrairement à certains mythes, la Commission n'a pas perdu mais, au contraire, a gagné l'importance, surtout à cause d'élargissement. Parce que, comme nous sommes plus nombreux en tant que pays, c'est encore plus nécessaire d'un point de vue systémique, d'avoir un pôle qui soit le trait d'Union, le focal point pour l'Union européenne. Et ça, c'est le témoignage que je peux vous apporter, parce que je me rappelle aussi du temps où nous étions moins nombreux, car à l'époque les ministres des affaires étrangères faisaient partis du Conseil européen. À l'époque, je me le rappelle, avec Jacques Delors, avec François Mitterrand, avec Helmut Kohl (je commence à devenir vieux…) quand j'ai participé au Conseil européen début des années 1990 ou alors au Conseil des années 1980, quand j'étais ministre. La vérité, c'est que, à 12, ce n'était pas tellement nécessaire, d'un point de vue systémique, d'avoir un pôle que puisse générer le consensus. Aujourd'hui, il est indispensable, à tous les niveaux de décision, non seulement au Conseil européen et mais à tous les autres conseils.

Et la vérité, c'est que, malgré toutes les courbes et contrecourbes, tous les arrêts et tous les problèmes que nous avons connus pendant la crise, la vérité c'est que tous les pas décisives ont été pour plus d'intégration et pas moins d'intégration.

Qui pourrait penser, il y a quelques années, par exemple à l'époque que ce livre évoque, que la Commission aurait, comme aujourd'hui, le rôle central dans la gouvernance économique, même dans une monnaie unique; que la Commission aurait le pouvoir, la compétence de faire une analyse ex-ante des budgets nationaux; ou que la Banque centrale européenne pouvait avoir un pouvoir de supervision des banques de tous nos Etats-membres, notamment de la zone euro.

Donc la vérité c'est que le pouvoir et les compétences au niveau européen, notamment ceux de la Commission, ont connu des progrès ces dernières années. Et pourquoi? Pas parce qu'il n'avait pas de réticences contre le niveau européen, au contraire, nous savons à quel point, aujourd'hui, il est difficile d'accepter le niveau européen, comment le populisme et l'europessimisme sont en vogue. Mais la vérité c'est que les gouvernements lors qu'ils s'agissait de décider, par exemple, face à la cris que l'on dit la "crise de l'euro", la "crise financière", ils avaient besoin de la Commission comme organe indépendant. Et de la Cour de Justice. Et même quand ils ont trouvé (parce qu'ils n'étaient pas prêt pour la voie communautaire, parce qu'ils n'avaient pas d'unanimité) une façon intergouvernementale de progresser - c’est-à-dire, le traité budgétaire - c'était à la Commission (et c'était quand même original, encore une fois l'ingéniosité, l'ingéniosité communautaire), c'était à la Commission qu'ils ont confié le rôle principale dans le suivi et le monitoring de ces propres traités budgétaires, pour ne pas aussi citer l'important rôle qu'ils ont donné à la Cour de Justice.

Ou alors l'union bancaire. Maintenant certains que s'opposaint il y a quelques mois à l'Union bancaire sont très heureux de rappeler qu'ils ont été en faveur. Mais je me rappelle bien le débat lors que nous, Commission européenne - parce que c'était la Commission européenne qui a proposé l'union bancaire -, quand ils disaient qu'au maximum on pouvait avoir une sorte de framework for financial stability, mais qu'il était hors de question d'avoir une union bancaire. Maintenant, même si elle n'est parfaite, nous avons une union bancaire.

Je dis ça pour montrer, comme cela a déjà été souligné, qu'il y a quelques lignes de continuité qui sont assez frappantes, et des tendances lourdes. Il y a de la résistance, énorme résistance au processus d'intégration européenne. Mais attention: il y a des résistances parce qu'il y a du mouvement. S'il n'y avait pas de mouvement, il n'y aurait pas de résistance. Il y a des résistances, et la vérité c'est que nous avons maintenant une union bancaire qui n'existait pas avant, nous avons un système de gouvernance de la zone euro, nous avons la réglementation la plus avancée au monde en matière des systèmes financiers et de supervision. Et là, évidemment, cela a été fait avec l'initiative de la Commission et avec la compétence aussi de la Commission là-bas et là, j'inclus, bien sûr, aussi les services de la Commission.

Je tiens à le dire dans ce moment de l'europessimisme. Et là, c'est peut-être la seule remarque vraiment politique que j'aimerais faire maintenant. C'est que, dans la campagne électorale pour le Parlement européen, nous voyons nombre de politiques qui critiquent l'Europe à cause des problèmes qui sont de leur compétence mais qui n'ont pas le courage de résoudre. Je veux seulement dire ceci: si cela continue, les mêmes politiques ne pourront pas se plaindre si le lendemain des élections l'on devrait constater le renforcement des extrémismes et des populismes. L'art de la politique, c'est rendre possible ce qui est nécessaire. Ce n'est pas ne pas assumer ses responsabilités pour, ensuite, en blâmer les autres.

Nous, ici à la Commission, devons continuer à défendre l'Europe. L'Europe qui est un projet de longue haleine, un projet qui s'appuie sur des valeurs, des valeurs que, précisément, le comité Nobel a voulu honorer lorsqu'il a décidé d'attribuer à l'Union européenne le Prix Nobel de la Paix. C'est pourquoi, je crois, effectivement, que, dans la durée, cette institution, à part le charisme technique, à part la compétence et le dévouement de tous ses fonctionnaires, va comprendre qu'elle a un rôle, un rôle qui va au-delà de cette compétence, un rôle qui est essentiel pour garantir l'avenir de notre grand projet, le projet européen.

Je vous remercie beaucoup pour votre attention.


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