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Commission européenne - Discours - [Seul le texte prononcé fait foi]

Le commerce international: Une chance pour la France

15 décembre 2014

Cecilia Malmström - Commissaire européenne pour le Commerce

Paris, Université Paris Dauphine


Mesdames, Messieurs,

C’est toujours un grand plaisir pour moi de retourner à Paris. J’ai vécu ici pendant cinq années et j’ai eu la chance d'étudier la littérature française à la Sorbonne.

J’en ai gardé l’image d’une France forte, riche d’un patrimoine et d’une culture exceptionnels. Le couronnement de Patrick Modiano par l’Académie Nobel n’est que la dernière page d'une longue histoire.

Mais nous sommes ici pour parler d'un autre sujet : le commerce international, l’Europe et la mondialisation.

Et si la critique littéraire n’est pas exempte de débats, le commerce international est certainement un sujet encore plus controversé.

Une grande partie de cette controverse tient au fait que l’ouverture commerciale est souvent perçue comme un projet idéologique… un postulat libéral qui ferait du libre-échange une fin en soi.

Je suis une femme politique. Je suis libérale. Et je suis bien consciente du fait qu'ici en France c'est une étiquette lourde à porter.

Mais être libérale ne veut pas dire être une ultra-libérale. Je ne crois pas que le libéralisme doive être « le renard libre dans le poulailler libre », comme disait Jaurès.

Je crois à la liberté d’entreprendre, je crois à la liberté de penser, je crois à la responsabilité de chacun. Mon libéralisme, c’est celui de Simone Veil, dont on célèbre cette année les 40 ans d’un combat politique exceptionnel. Un libéralisme qui met l’homme et la justice sociale au cœur de ses priorités.

L’Europe à 28 membres ne peut pas être un lieu de confrontation idéologique.

Il doit être un moyen de résoudre ensemble nos problèmes communs. C’est ainsi que je conçois la politique commerciale.

Dans la situation actuelle, cela veut dire aborder deux questions: comment donner un nouvel élan à l’économie européenne… et comment renforcer la place de l’Europe dans le monde à travers notamment la politique commerciale.


D’abord, l’économie.

Nous traversons de sérieuses difficultés économiques.

Nous avons besoin de plus de pouvoir d'achat, plus de compétitivité et plus d’emplois.

Dans chacun de ces domaines, la solution tient à plus de commerce, pas moins.

C’est évident en matière de pouvoir d’achat, mais c’est aussi le cas, peut-être de manière moins évidente pour certains, pour la compétitivité.

Plus d'ouverture, en pratique, c'est plus de productivité et des coûts moins élevés. Développer une base industrielle durable, c’est être capable d’importer des matières dont on a besoin au moindre coût. Deux tiers de nos importations sont des matières primaires, des produits énergétiques, des pièces et des composants. Plus d'ouverture comprends aussi l'investissement: les investisseurs étrangers contribuent 150 milliards d'euros par an à l'économie française.

Surtout, plus d'ouverture, c’est plus de demande et plus d’emplois:

En France aujourd’hui, une personne sur dix doit son emploi aux exportations vers le reste du monde. Ce sont les consommateurs chinois, américains, brésiliens, canadiens qui paient leurs salaires. Des salaires, d’ailleurs, généralement plus élevés que la moyenne.

Nous avons besoin de plus d’emplois de ce type et ce sera encore plus vrai à l’avenir.

90% du surcroît de demande dans les 20 prochaines années est projeté de venir du reste du monde… et non pas du marché européen. Plus nous renforçons nos liens avec les pays en forte croissance, plus nous créerons des emplois.

Les emplois d’avenir, ce sont les emplois liés au commerce.

 

Comment la politique commerciale peut-elle y aider ? En créant des opportunités dans les domaines où la France est forte – et ils sont nombreux.

La France est particulièrement forte dans les activités liées à la commande publique: l'énergie, l'ingénierie, le transport ferroviaire et urbain.

Selon les pays, cela peut représenter jusqu'à 25% de l'économie. Pourtant c’est un domaine qui est souvent fermé à l’échange international.

Nos accords avec la Corée du sud et le Canada ouvrent pour la première fois des marchés publiques très profitables. Et c’est évidemment un des objectifs principaux des négociations avec les Etats-Unis.

La France est aussi forte dans les médicaments et les appareils médicaux. Les français profiteront des efforts que nous faisons avec nos partenaires commerciaux pour rendre leur réglementation plus compatible avec la nôtre. C’est notamment le cas avec les États-Unis. Et je précise: nous le faisons d'une manière qui protège nos niveaux de protection des consommateurs mais facilite le commerce. Il en va de même pour tous les autres aspects de cette négociation avec les Etats-Unis.

La France est forte dans la fabrication de pneus et de produits chimiques. Ces secteurs profiteront directement de la simplification des procédures douanières. C’est sur quoi viennent de se mettre d’accord les 160 pays de l'Organisation mondiale du commerce. Nous souhaitons aller encore plus loin dans nos accords bilatéraux.

La France dispose enfin d'atouts majeurs dans l’industrie agro-alimentaire, où les droits de douanes restent particulièrement élevés et les procédures particulièrement complexes.

Dans ce domaine une grande vigilance s’impose. Notre objectif reste avant tout la préservation du modèle européen, mais nous ne devons surtout pas négliger l’ampleur des opportunités pour nos agriculteurs. Pour vous donner juste un exemple, les droits de douanes aux Etats-Unis sur les fromages peuvent aller jusqu’à 140%!

Dans tous ces domaines, la France compte des champions européens et mondiaux. Mais le commerce international est également un facteur de développement des 82 000 petites et moyennes entreprises quegénèrent un tiers des exportations françaises.

Prenez Medithau - un producteur de crustacés qui emploie 40 personnes dans la région de l'étang de Thau. Venant de perdre le marché Russe, Medithau souhaiterait pouvoir répondre à la demande des grands chefs Américains. Mais c'est impossible dans l'état actuel de la législation.

C’est quelque chose dont nous parlons avec les Etats-Unis. Les Etats-Unis comme l’Europe pratiquent une batterie de tests sur les huitres avant de les autoriser à la consommation. C’est indispensable. Mais les Etats-Unis testent l’eau tandis que les Européens testent la chair. Si les expertises montrent que l’efficacité est la même, peut-on reconnaître les tests européens aux Etats-Unis et vice versa ?

Un deuxième exemple. Asselin est une entreprise basée à Thouars, dans les Deux-Sèvres, qui emploie 140 personnes et est spécialisée dans la restauration des bâtiments historiques – comme par exemple la caserne Vauban à Versailles. Asselin a entrepris des démarches pour accéder au marché américain en 1999. Cela a pris cinq années, à cause des délais d’obtention de visas ou de certificats de conformité. Aujourd’hui, Asselin se développe grâce au marché américain. Les négociations que nous menons avec les Etats-Unis ont pour vocation de rendre la vie plus facile à ceux qui voudraient suivre son exemple à l'avenir.

Une politique commerciale ambitieuse comme la nôtre peut donc créer de nouvelles opportunités pour les entreprises grandes ou petites. C’est une contribution pragmatique à la création d’emplois d'avenir en France.


Mais l'économie n’est qu'une partie de l'équation.

Le commerce est aussi un moyen de façonner le monde qui nous entoure.

L'Europe doit faire face à plusieurs défis internationaux:

  • Comment pouvons-nous défendre notre identité et nos valeurs dans un monde où le poids relatif de l’Europe diminue ?
  • Comment pouvons-nous garantir notre sécurité face aux désordres du monde, comme nous les avons vu cette année?
  • Comment pouvons-nous aider les plus démunis à profiter de la mondialisation ?

Une politique commerciale ambitieuse et tournée vers le monde peut nous aider à répondre à ces défis, de deux manières.

Tout d'abord, en nous rendant plus forts sur le plan économique.

Une économie plus forte nous permet de mettre en œuvre nos principes… en finançant des services publics et un niveau élevé de protection de l'environnement et de la santé.

Une économie plus forte nous permet également d'exercer un rôle plus affirmé dans le monde. Aujourd'hui, l'Union européenne est le plus grand importateur mondial. Cela nous met dans une position de force pour influer sur les règles mondiales, de la sécurité alimentaire aux émissions des voitures.

Une économie plus forte est aussi le meilleur outil dont nous disposons pour favoriser le développement. Nous sommes parmi les pays les plus ouverts aux exportations des pays les plus pauvres.

La deuxième manière de nous renforcer face aux défis internationaux est de forger des alliances plus solides.

Même dans le meilleur des cas, l'Europe pèsera relativement moins à l'avenir que dans le passé. C’est la conséquence mathématique des miracles économiques des pays émergents. Si nous voulons continuer à peser, nous devrons nous appuyer sur des alliances plus étroites avec nos partenaires qui partagent nos valeurs.

Prenez les États-Unis. Bien sûr, il y a beaucoup de choses sur lesquelles nous différons.

Mais sur les questions fondamentales – la démocratie, le droits de l'homme, l'état de droit, même sur l'environnement et le travail – nous sommes beaucoup plus proche des États-Unis que la plupart des autres pays du monde.

Un partenariat plus étroit avec les États-Unis et d'autres alliés comme la Corée, le Canada et le Japon nous aidera à façonner de solides règles mondiales pour continuer à promouvoir nos principes et nos valeurs pendant longtemps à l'avenir.


C'est le potentiel d'une politique commerciale ambitieuse - une économie plus forte, un rôle plus affirmé dans le monde.

Comment pouvons-nous réaliser ce potentiel?

Premièrement, nous devons travailler ensemble. Conduire la politique commerciale de l'UE, c’est travailler en permanence avec les gouvernements des 28 Etats membres, les membres du Parlement européen, les organisations professionnelles, les syndicats, les associations de consommateurs et les défenseurs de l'environnement.

L'ouverture à tous et l'implication de tous, c'est la condition nécessaire pour avoir une approche fondée sur des faits, pas sur des mythes ou des réalités fantasmées.

C’est la raison pour laquelle j’ai fait de la transparence une priorité absolue depuis que je suis devenue commissaire au commerce il y a six semaines.

Et c’est la raison pour laquelle je me félicite de la décision du Ministre du commerce Mathias Fekl de renforcer la consultation de la société civile ici en France.

Mathias Fekl et moi partageons la même vision de la transparence des négociations commerciales.

La deuxième condition pour tirer parti du commerce mondial est d'ancrer la politique commerciale dans une stratégie économique plus large.

Si ces dernières années la France n’a pas connu le succès de l'Allemagne en matière commerciale, ce n’est pas dû à des politiques commerciales différentes. C’est la même politique commerciale européenne qui bénéficie aux 28 Etats membres de l'UE.

Ce qui diffère, c’est le capacité de chacun à en tirer parti. Cela pose la question des réformes structurelles qui doivent renforcer la compétitivité au niveau national.

Mais la condition la plus déterminante pour tirer parti du commerce mondial, c'est la confiance.

Il y a une tendance dans certains milieux à penser que l'Europe est naïve dans son approche des relations commerciales.

Cette idée n'est pas seulement erronée : elle a un coût. Parce qu'elle incite à aborder nos partenaires de manière défensive. Et c'est ainsi qu'on rate une négociation.

Nous ne devons pas sous-estimer nos forces.

Nous sommes la première puissance commerciale mondiale. Tous nos partenaires sont demandeurs de négocier un accord commercial avec nous.

Et nous obtenons des résultats. Notre accord avec la Corée est si ambitieux que, suite à sa conclusion, les Etats-Unis ont dû renégocier leur accord avec la Corée. Et l'accord que nous venons de conclure avec le Canada va bien au-delà des ces deux accords.

Nous n'avons aucune raison de partir perdants. Ce serait une erreur funeste.

 

Mesdames, Messieurs,

Dans les moments difficiles la tentation est grande de se replier sur soi et de céder aux sirènes du populisme.

Par contre, si nous voulons que l'Europe sorte grandie de ses difficultés actuelles, nous devons épouser et façonner le changement.

La mondialisation ne va pas disparaître. La révolution numérique ne va pas rebrousser chemin. L'émergence de nouveaux acteurs dans le commerce mondial ne va pas s'arrêter net.

Si nous voulons une économie qui fournit des emplois d'avenir... et qui paie pour nos services publics et nos normes élevées...

Si nous voulons une Europe forte, avec des alliances solides… qui peut défendre nos valeurs dans un monde en changement... Nous devons poursuivre une politique commerciale ambitieuse et résolument tournée vers le monde.

J'ai déjà cité Jaurès pour illustrer ce que le libéralisme ne doit pas être.

Je voudrais le citer maintenant pour illustrer ce que la politique commerciale européenne devrait être:

«  C’est en allant vers la mer que le fleuve reste fidèle à sa source » dit Jaurès.

Une politique commerciale ambitieuse est une manière de suivre ce conseil – d’aller vers le futur tout en restant fidèle à notre caractère unique.

 Efforçons nous d'y travailler ensemble.

 

SPEECH/14/2663

Renseignements au public:

Europe Direct par téléphone au 00 800 67 89 10 11 ou par courriel

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