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Commission européenne

Androulla VASSILIOU

Membre de la Commission européenne chargée de l'éducation, de la culture, du multilinguisme et de la jeunesse

Culture, développement économique et capitales européennes de la culture

Semaine économique de la Méditerranée - Marseille

6 novembre 2013

Mesdames et Messieurs,

C'est un grand plaisir pour moi d’intervenir dans le cadre de la Semaine économique de la Méditerranée.

Je tiens à remercier les organisateurs de cette session - Marseille-Provence 2013 et la Chambre de commerce Marseille-Provence, en particulier M. Pfister - de m'avoir invitée à vous faire part de mes réflexions sur l'importance de la culture pour stimuler le développement économique des villes et des régions.

Le fait que nos discussions d’aujourd'hui soient centrées sur les liens entre la culture et l'économie en dit beaucoup sur la nouvelle perception de la culture et de son rôle dans le développement socio-économique.

Mesdames, Messieurs,

Il n'y a pas si longtemps encore, il aurait été impensable de voir figurer les mots «culture» et «économie» dans une même phrase. Une telle association était jugée inconvenante; certains l'accueillaient avec scepticisme, d'autres s'élevaient avec force protestations contre une «commercialisation de la culture».

Disons-le d'emblée, la culture ne saurait jamais être uniquement un moyen au service d'une finalité économique. Ce n’est pas que j'y vois là un danger: la culture joue un rôle trop important dans nos vies et notre société pour pouvoir être réduite à sa simple fonction économique.

Mais cela ne signifie pas pour autant que nous devons ignorer sa contribution à la croissance et à l'emploi, ni le potentiel économique considérable qu'elle recèle pour l'Europe.

En effet, les performances économiques des secteurs de la culture et de la création sont aujourd'hui mieux reconnues. Dans l'Union européenne, ces secteurs représentent déjà jusqu'à 4,5 % du PIB et ils emploient des millions de personnes. Il est de plus en plus évident pour toutes les parties prenantes qu'investir dans ces secteurs peut accélérer le développement local et régional et permettre l'émergence de nouvelles activités économiques et la création de nouveaux emplois.

En septembre l'année dernière, j'ai présenté une stratégie visant à promouvoir les secteurs de la culture et de la création, dans laquelle j'invitais les États membres, mais aussi les régions de l'Union européenne, à élaborer, chacun à son niveau de compétence, des stratégies à long terme intégrées tenant compte des avantages à long terme qu'il y a à investir dans la culture. Les fonds structurels peuvent soutenir ce genre d'investissement intelligent et c'est une possibilité dont il ne faudrait pas se priver.

Les capitales européennes de la culture constituent aussi un excellent exemple de la contribution de la culture à l'économie et à la société. Bien évidemment, il s'agit d'abord et avant tout d'un projet culturel.

Grâce à ce label, une ville et sa région environnante voient leur activité culturelle augmenter, de nouveaux publics sont touchés et les opérateurs culturels acquièrent une dimension plus internationale, ce qui leur permet d'améliorer leurs compétences et leur professionnalisme.

Mais les capitales européennes de la culture ont aussi régulièrement montré ce à quoi une ville et sa périphérie pouvaient parvenir en termes de croissance et d'emploi lorsque la culture et les arts sont intégrés dans une stratégie de développement à long terme.

Des exemples existent, de régions industrielles qui sont sorties de leur marasme économique grâce à la capacité de la culture à faire évoluer les choses. Citons par exemple le complexe industriel Zollverein, dans la Ruhr, une mine de charbon et une cokerie dont la dernière unité de production a fermé en 1993.

Grâce aux fonds structurels de l'Union européenne, la mine a été transformée en un centre culturel dédié à l'art contemporain, assorti de pépinières d'entreprises, qui met à disposition des espaces de formation et soutient un vaste ensemble d'entreprises culturelles et créatives. Des centaines d'emplois ont été créés sur le site et l'ensemble de la Ruhr est devenu une région créative, qui compte plus de 23 000 entreprises actives dans les secteurs de la culture et de la création. Ce succès impressionnant a été célébré et a atteint son point culminant en 2010, lorsque la ville d'Essen a été désignée comme Capitale européenne de la culture. Des histoires comme celle-ci, nous en voulons davantage.

De fait, devenir Capitale européenne de la culture ou, plus généralement, investir dans la culture peut générer des retombées économiques considérables pour les villes concernées.

L'une des plus évidentes est, naturellement, la hausse du nombre de touristes. En moyenne, le nombre de nuitées passées dans une Capitale européenne de la culture augmente de 12 % par rapport à l'année précédente. Mais ce chiffre peut aller jusqu'à 20 %, comme ce fut le cas pour Liverpool en 2008, ou même 27 %, comme pour Sibiu en 2007 et Pécs en 2010.

Le titre de Capitale européenne de la culture est également synonyme d'évolution pour une ville, en ce qu'il offre des perspectives accrues en termes de développement urbain. Certaines villes ont mis ce titre à profit pour revitaliser d’anciennes zones industrielles et les transformer en nouveaux quartiers culturels ou créatifs, comme le Zollverein, que je viens de mentionner, ou le quartier de Zsolnay à Pécs. À Pécs, il a également été à l’origine de la construction de la nouvelle autoroute qui relie désormais la ville à Budapest!

Je constate la même évolution à Marseille. La zone portuaire, dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui, a été réaménagée et offre, tant aux habitants de la ville qu'à ses visiteurs, de superbes installations neuves, comme la Villa Méditerranée ou le MuCEM.

En dehors de ces résultats immédiats, il existe d’autres gains, beaucoup plus difficiles à quantifier et à mesurer, mais dont les retombées positives peuvent perdurer de nombreuses années. On peut citer, notamment, l'amélioration de l'image de la ville aux yeux de ses habitants et dans le monde.

Cela est particulièrement vrai pour les villes dont l’image a été ternie par des années de déclin économique et industriel. Le fait d'endosser le titre de Capitale européenne de la culture a poussé ces villes à se réinventer. Tel fut le cas de Glasgow et, plus récemment, de Lille.

Ce titre a sensiblement accru l’attrait de ces villes. Cette évolution s'est traduite par une hausse constante du nombre de touristes et par un accroissement de l'activité économique. À Lille, par exemple, on estime que chaque euro public investi en liaison avec le statut de Capitale européenne de la culture a rapporté 8 euros.

Les retombées se manifestent également sur le plan social. Les capitales européennes de la culture peuvent en effet favoriser la cohésion et le dialogue interculturel, par exemple, par le biais de programmes de sensibilisation des jeunes, des minorités et des personnes défavorisées ou au moyen de programmes de volontariat. À titre d’exemples, Istanbul 2010 a collaboré avec 2 500 écoles et, dans le cadre de Liverpool 2008, quelque 10 000 volontaires se sont proposés.

Les initiatives artistiques peuvent contribuer à accroître l’efficacité des diverses politiques sociales de par leur incidence positive en termes d'insertion sociale. En effet, la participation aux activités culturelles concourt à générer au sein de la population un sentiment d'appartenance et de poursuite d'objectifs communs et peut prévenir l’exclusion sociale.

Mais si, comme j'aime à le répéter, l'on veut tirer tous les avantages potentiels du titre de Capitale européenne de la culture et garantir un impact positif durable, le programme établi pour l'année doit s'inscrire dans le cadre d’une stratégie de développement à long terme centrée sur la culture.

En d’autres termes, les villes participantes ne doivent pas considérer les seuls gains qu'elles pourront obtenir à court terme durant l'année en question. Elles doivent voir plus loin et élaborer une stratégie culturelle pour les années à venir.

Il en va de même pour les villes et territoires situés de part et d'autre de la Méditerranée. Pensez au patrimoine culturel, tant matériel qu'immatériel, de la région méditerranéenne, si riche et varié, et vous comprendrez l’énorme potentiel d’une telle initiative en termes de développement économique et social.

En tant que trait d’union entre le Nord et le Sud, Marseille aspire à intensifier le dialogue et les échanges avec le reste de la région méditerranéenne et à contribuer à la diffusion des bonnes pratiques dans cette zone. Y parvenir constituerait déjà en soi une retombée importante du titre de Capitale européenne de la culture que la ville détient cette année.

J’ai hâte à présent d'écouter Monsieur Jacques Pfister, président de Marseille-Provence 2013, et d’en apprendre davantage sur l’incidence que ce titre a eue pour la ville et la région.

Je vous remercie toutes et tous de votre attention et vous souhaite une fructueuse Semaine économique de la Méditerranée.


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