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Commission européenne

José Manuel Durão Barroso

Président de la Commission européenne

Ensemble faisons l'Europe de demain

Université de Liège/Liège

17 octobre 2013

Monsieur le Recteur,

Monsieur le Vice-président,

Monsieur le Bourgmestre,

Monsieur le Vice-Recteur,

Mesdames et Messieurs,

Chers étudiants,

Tout d'abord, Monsieur le Recteur, je voudrais vous dire mon plaisir d'être ici à l'université de Liège. Je vous remercie pour votre invitation. Merci aussi pour les éléments que vous m'avez présentés qui montrent les liens très étroits qui existent entre l'Université de Liège et l'Europe; la vocation européenne. Donc je ne savais pas que tant de remarquables hommes d'Etat avaient été formés ici à Liège. J'espère que dans l'avenir beaucoup de ces étudiants vont aussi servir non seulement la Belgique mais l'Europe en garantissant cette vocation.

Je vous remercie pour votre invitation, je sais que vous avez d'autres obligations. Monsieur le Recteur a été très gentil de dire qu'il doit quitter mais ce n'est pas en protestation contre ce que je vais dire. Mais je vais maintenant m'adresser à vous tous parce que mon objectif c'était vraiment d'avoir un dialogue. Mon discours est peut-être un peu trop long, mais j'espère qu'il y aura du temps pour les questions et les commentaires parce que c'est toujours cela ce que j'apprécie, d'ailleurs dans le cadre universitaire, car j'étais non seulement, bien sûr, étudiant, et c'est pourquoi je me sens bien quand je viens aux universités parce que ça me rappelle quand j'étais de votre côté-là, mais aussi le temps que j'ai passé en tant qu'enseignant en quelques universités dans mon pays et dans d'autres pays.

Mais aussi c'est un plaisir pour moi d'être à Liège; votre ville et votre région. C'est une ville dont chacun peut apprécier la richesse du patrimoine et notamment les très nombreux touristes qui viennent de plus en plus visiter votre ville. Je sais que c'est une ville qui connaît aussi des heures difficiles, je viens de rencontrer juste avant cette séance une délégation des syndicats d'Arcelor Mittal et du secteur sidérurgique. La crise n'a pas épargné cette région ni d'autres régions en Europe. Je suis aussi convaincu, je le suis vraiment, que le dynamisme de cette région, sa tradition entrepreneuriale, et aussi la capacité de travail de gens vont permettre à cette ville, à cette région de se tourner résolument vers l'avenir, diversifier ses activités, développer aussi ses activités dans des secteurs porteurs de croissance; certains secteurs de l'avenir, c'est pourquoi une université comme la vôtre est tellement importante.

Je souhaiterais donc commencer par rendre hommage aux importants efforts entrepris dans ce sens non seulement par la ville de Liège mais aussi par l'ensemble de la région wallonne. Je disais tout à l'heure, Monsieur le Vice-président, que j'apprécie beaucoup les efforts remarquables qui sont en cours dans cette région. Dès 2006, la Wallonie a mis en place un ambitieux plan de redéploiement économique dans le sillage duquel s'inscrit, depuis juillet dernier, le Plan Marshall 2022. C'est un plan qui se concentre à juste titre sur le renforcement des liens entre le monde de l'enseignement et le marché du travail. L'Union européenne soutient activement sa mise en œuvre par le biais des fonds structurels. Ce type de mesures fait partie de la politique européenne de sortie de crise qui repose sur trois éléments, à notre avis indissociables : les finances publiques saines, les réformes structurelles et les investissements ciblés pour la croissance.

C'est donc très intéressant et enthousiasmant pour moi que de pouvoir passer cette journée dans votre ville de Liège. J'aime toujours aller sur le terrain, écouter les gens, leurs inquiétudes, leurs problèmes, leurs questions et en débattre. Mais bien sûr, je m'y attends sans doute, de débattre de l'Europe dans son ensemble.

Préparer l'Europe de demain, c'est notre but. Et là, cela passe d'abord par l'éducation qui est non seulement un droit fondamental de tout individu, mais aussi un facteur clé pour aider nos sociétés à s'adapter à un monde en pleine transformation; leur permettre de développer et maintenir à la fois un dynamisme économique mais aussi une cohésion sociale et un développement culturel. Je crois que plus que jamais la capacité scientifique et culturelle est un outil pour la transformation dans le monde. Le monde connait maintenant des transformations sans précédent, la vitesse déterminée par la mondialisation qui n'est pas contrôlée par les états, qui a dans ses racines des innovations technologiques, tout ça va faire que pendant votre vie, beaucoup de choses vont changer. C'est pourquoi j'insiste toujours sur l'importance de l'éducation comme un facteur critique, la capacité d'adaptation, d'interpréter les changements. Avant ce n'était pas comme ça. Il y a 40 ans, 50 ans, 60 ans on pouvait être plus ou moins sûr qu'on commencerait une activité et qu'on pourrait terminer la vie dans la même activité. Je crois que ça ne sera plus le cas dans les générations à venir, d'ailleurs aujourd'hui déjà ce n'est plus le cas. Il faut avoir bien sûr une formation spécifique mais il faut aussi avoir une culture générale, une capacité d'analyse, une capacité critique, certains outils, comme par exemple les langues et d'autres, qui nous permettent d'interpréter ce qui est en train de se transformer dans le monde et bien sûr de défendre là nos valeurs et nos intérêts, notamment bien sûr de chercher aussi à réaliser le potentiel que chacun et chacune peut avoir.

La philosophe Hannah Arendt, et je la cite, a dit une phrase que je trouve intéressante: "c'est avec l'éducation que nous décidons si nous aimons assez nos enfants pour ne pas les rejeter de notre monde, ni les abandonner à eux-mêmes, ni leur enlever leur chance d'entreprendre quelque chose de neuf, quelque chose que nous n'avions pas prévu, mais les préparer d'avance à la tâche de renouveler un monde commun."

Donc, ça c'est intéressant. Ce n'est pas simplement vous transmettre des connaissances qui existent, qui sont disponibles, soit par les livres, soir par l'internet, soit dans les laboratoires. Ce n'est pas seulement de transmettre des connaissances mais surtout la capacité à transmettre des compétences pour interpréter et créer des connaissances neuves, parce que c'est ça ce qui est en cours à une vitesse extraordinaire partout dans le monde.

Je pense que cela a une signification particulière aujourd'hui que nous savons que les jeunes Européens sont dans une large mesure les premières victimes de la crise que nous traversons et peuvent parfois sentir que leur génération n'aura pas les même chances que les générations précédentes.

C'est pourquoi la lutte contre le chômage, notamment le chômage des jeunes, est une priorité absolue pour la Commission européenne. C'est le plus grand défi que nous ayons à relever aujourd'hui. La vérité c'est que la crise ne sera pas terminée tant que le chômage ne diminuera pas de façon significative. Je l'ai déjà dit, la lutte contre le chômage n'est pas simplement un impératif éthique, moral, de justice, c'est aussi une condition pour la reprise économique, parce que nous avons besoin aussi d'une demande pour la croissance en Europe. Nous avons besoin d'une croissance certes, mais d'une croissance qui crée des emplois. Une reprise économique sans création d'emplois, ça n'a pas beaucoup de sens!

Il s'agit donc avant tout d'atténuer les souffrances endurées par les chômeurs, de faciliter la recherche d'emploi et d'améliorer les qualifications professionnelles.

Pour répondre à l'urgence de cette situation, et en accompagnant les efforts nationaux et régionaux, la Commission européenne a contribué à la mise en place d'un certain nombre de mesures via le Fonds social européen afin d'accompagner les jeunes dans leur recherche d'un emploi ou d'un stage. A titre d'exemple, en 2012 en Wallonie 210.000 jeunes ont ainsi pris part à des actions cofinancées par le Fonds social européen.

Mais il nous faut aller plus loin, et avoir une politique globale de soutien à l'emploi des jeunes. C'est pourquoi la Commission a présenté en décembre dernier un "Paquet emploi des jeunes" avec des propositions permettant notamment de faciliter la transition entre école et vie professionnelle, ou bien encore d'améliorer la qualité et l'offre des formations en apprentissage.

L'une des mesures phares de ce Paquet, lorsqu'elle sera définitivement adoptée, c'est la Garantie Jeunesse qui devrait être dotée d'une enveloppe globale de 6 à 8 milliards d'euros et dont la Wallonie bénéficiera aussi. Comme vous le savez, l'objectif est que dans les régions les plus touchées par le chômage des jeunes, il n'y ait pas de jeunes de moins de 25 ans qui restent plus de 4 mois sans emploi, sans formation, ou sans apprentissage complémentaire.

Ceci dit, quand on analyse de près les chiffres du chômage des jeunes on constate que le chômage touche plus particulièrement les jeunes avec un faible niveau d'études.

Cela confirme donc toute la pertinence de notre stratégie pour la croissance et l'emploi à l'horizon 2020, la Stratégie Europe 2020 dont les grandes priorités sont l'investissement dans une Europe de la connaissance et de l'innovation, une Europe plus verte et plus compétitive, une Europe de l'emploi et de la cohésion sociale, afin de nous permettre de mieux préserver notre économie sociale de marché tout en la modernisant et en l'adaptant aux nouvelles contraintes de la concurrence et de la compétition globale.

Nous nous sommes fixés des objectifs ambitieux notamment en matière d'éducation. J'ai dû lutter pour avoir ces objectifs au niveau européen, adoptés aussi par les Chefs d'État et de Gouvernement, parce que certains gouvernements disaient que ce n'était pas l'affaire de l'Union européenne, à cause de la subsidiarité, c'était des objectifs nationaux. Mais à la fin il y a eu un consensus, d'ailleurs la Belgique nous a toujours appuyés dans cela et j'en suis reconnaissant : c'est que dans les objectifs de la stratégie 2020 on puisse avoir pas simplement des objectifs économiques, mais aussi des objectifs sociaux et des objectifs d'éducation. Donc l'objectif c'est réduire le taux, en moyenne en Europe, le taux de décrochage scolaire à 10%, augmenter au moins à 40% la part de Européens âgés de 30 à 34 ans ayant achevé un cursus universitaire. Ce sont à mon avis des objectifs réalisables si on y met la volonté politique nécessaire.

Bien évidement la crise ne rend pas les choses plus simples, mais ça à mon avis c'est une raison pour mettre des bouchées doubles, pas pour dire 'bon, on ne va pas le faire'. Il est plus nécessaire que jamais de nous donner tous les moyens de réaliser nos objectifs Europe 2020.

Cela est vrai en particulier pour l'enseignement supérieur. Comme je l'ai déjà dit, la crise l'a montré, même si les diplômés du supérieur souffrent aussi de conditions d'emploi parfois moins bonnes, le diplôme supérieur reste un sésame pour l'emploi. Et nous savons aussi que, d'ici à 2020, 35% des emplois de l'Union européenne demanderont des qualifications d'un niveau d'enseignement supérieur, alors qu'aujourd'hui seulement 26% de la population bénéficient d'une telle qualification. Donc il y a là encore un potentiel.

Cela veut clairement dire que nous avons besoin de plus de diplômés de l'enseignement supérieur. Mais cela veut dire aussi que nous avons besoin d'une meilleure adéquation entre les qualifications acquises et les besoins actuels et surtout les besoins futurs de notre économie, notamment dans les secteurs comme les sciences et les nouvelles technologies.

C'est notamment dans cet esprit d'amélioration du système éducatif et de l'emploi des jeunes que s'inscrivent plusieurs des recommandations que la Commission a présentées aux Etats membres dans ce que nous appelons le Semestre européen. C'est pourquoi d'ailleurs il y a là des mesures spécifiques pour les jeunes.

Il nous faut donc, pour mieux préparer notre avenir, ouvrir l'enseignement supérieur à plus de jeunes, mieux cibler les formations par rapport aux besoins de l'économie, viser à l'excellence et également favoriser la mobilité.

Les jeunes étudiants d'aujourd'hui, vous-mêmes, constituent véritablement la génération de la mondialisation, de l'internet, du numérique. La mobilité sera donc naturelle pour vous par bien des aspects. Ce n'était pas comme ça il y a quelques années. Je me rappelle quand j'avais votre âge, ce n'était pas évident. Voyager en dehors de notre pays c'était parfois d'une difficulté extrême. Avoir l'accès à l'information dans des pays comme le mien, quand j'avais 17 ans, qui n'était pas démocratique c'était très difficile. On ne pouvait pas lire les livres qu'on voulait, on ne pouvait pas même écouter la musique qu'on voulait parce qu'il y avait la censure dans l'Europe du Sud, Portugal, Espagne, Grèce, et après dans toute l'Europe communiste, l'Europe Centrale et de l'Est, jusqu'à il y a bien peu de temps, on n'avait pas l'accès à cette information. On devait demander l'autorisation à l'État pour aller à l'étranger. C'est quelque chose dont je crois qu'on ne s'en rend pas compte quand même dans la durée : les grands progrès que sont la mobilité, l'accès à l'information. Bien sûr il y a aussi des risques dans la mondialisation, nous les connaissons, et quand même il y a des opportunités fantastiques, que d'autres générations n'ont pas pu avoir.

La question que je pose très souvent c'est qu'elle est la meilleure attitude face à ces nouveaux défis? C'est qu'on s'enferme, qu'on se mette sous la table, en essayant d'éviter les nouveaux vents, les nouveaux temps? Ou alors au lieu, au contraire, c'est de garantir au mieux ces opportunités, notamment l'accès à la connaissance, l'accès à l'information, la capacité de s'ouvrir aux autres, la capacité de se mobiliser, d'aller si on le veut dans d'autres pays, de connaître toutes ces expériences? Moi je pense que c'est un point décisif. Notamment sur la culture, la culture dans le sens large de la culture, c’est-à-dire qu'elle est notre attitude face à la vie et face au monde. Si on veut se replier sur nous-mêmes, comme certains le veulent - certains populismes, certains nationalismes, certains protectionnismes - ou si on veut, au contraire, s'engager, bien sûr, en prenant parfois des risques mais avoir le courage de gagner ces défis. Moi, vous l'avez compris, je suis dans la deuxième tendance.

C'est pourquoi d'ailleurs votre génération-là arrive à faire des choses que les autres ne pouvaient même pas rêver de faire. C'est ça qui explique par exemple le succès du programme Erasmus, connu mondialement, et qui est extrêmement populaire. En Belgique il y a plus de 70.000 jeunes Belges qui y ont déjà participé, y compris ici, comme l'a dit le Recteur, à l'université de Liège.

Je suis donc particulièrement satisfait de l'accord que nous avons pu obtenir sur le programme Erasmus+ - ce sera le nouveau programme - dans le cadre des négociations sur le budget européen pour les sept années d'avenir, 2014-2020. Erasmus+ devrait ainsi bénéficier pour cette période d'une enveloppe de 14,5 milliards d'euros, soit une augmentation d'environ 40% par rapport au niveau actuel. C’est un des rares programmes où nous avons réussi à avoir l'ok, l'accord des gouvernements pour augmenter la dotation financière. Je crois que c'est un investissement judicieusement ciblé, car ainsi que l'a dit un ancien Président de l'Université d'Harvard, je vais le citer en anglais, parce qu'il l'a dit en anglais, "if you think education is expensive, try ignorance." C'est pourquoi je crois vraiment que ça vaut la peine d'investir dans l'éducation.

Quand je parle de mobilité, je ne parle pas simplement d'une mobilité géographique mais aussi à une plus grande mobilité entre différents mondes. Il faut en finir avec le cloisonnement qui existe encore parfois entre les mondes de l'enseignement, de la recherche et de l'entreprise. La compétitivité européenne c'est véritablement l'affaire de tous – acteurs économiques et sociaux comme organismes d'enseignement et de recherche et bien sûr autorités publiques. Et je suis satisfait quand je vois que les autorités publiques au niveau local, régional, national, reconnaissent – comme c'est ici le cas, je crois pouvoir le dire, à Liège et dans la région wallonne -les besoin de mettre ensemble ces différentes compétences, ces différents actes et de voir ce qu'on peut faire là pour créer l'avenir. Je crois de plus en plus qu'il nous faut créer des synergies et ponts entre ces différents mondes.

Savoir écouter, s'écouter les uns les autres, au-delà des disciplines et des univers professionnels, c'est mieux viser à l'excellence comme à l'efficacité, c'est s'enrichir mutuellement, - on ne va pas simplement citer un professeur d'Harvard mais un Européen comme Leonard de Vinci, c'est lui qui disait que "savoir écouter, c'est posséder outre le sien, le cerveau des autres." En clair, aussi je crois que c'est très important, dans le monde actuel, parce que dans le monde actuel de plus en plus que ce soit dans la science, dans l'activité économique, le cloisonnement est en train de disparaitre. D'ailleurs si vous voyez bien les grands succès sur le plan de la compétitivité mondiale, c'est en fait normalement traverser des frontières; par exemple, entre la science et l'art, le design; entre les connaissances humanistes et les connaissances technologiques. C'est la capacité de faire le croisement des données, trouver des correspondances significatives. Et là, je me bats pour cela. Ceux que font aujourd'hui de la politique et les gouvernements savent très bien que c'est impossible d'avoir une vision sectorielle. Entre tel ou tel département, parfois il y a des résistances bureaucratiques, chaque département veut garder son fief. C'est une erreur fondamentale parce que c'est dans la synthèse et dans la synergie des différents secteurs qu'on peut trouver des solutions innovantes, et parce que si on ne fait pas cela nos politiques, bien sûr, manqueront de cohérence.

C'est pour cela qu'ici à Liège je voudrai saluer spécialement un exemple concret que vous connaissez, c'est le secteur spatial, secteur à mon avis essentiel pour notre avenir. D'ailleurs les citoyens Européens en sont parfaitement conscients parce que dans une enquête au niveau européen trois-quarts d'entre eux considèrent que le spatial est important pour la croissance économique, la création d'emplois et la compétitivité industrielle. Donc le spatial ce n'est plus comme on le pensait auparavant de la fiction scientifique. Ce n'est plus simplement la découverte de l'espace. Ce qui est important aussi ce sont les applications concrètes aujourd'hui qui peuvent apporter beaucoup à notre croissance.

C'est pourquoi l'Union européenne s'est dotée en 2011 d'une stratégie spatiale au service du citoyen; parce qu'une politique spatiale européenne nous permet de mieux répondre ensemble à beaucoup de ces défis: défis sociétaux allant de la lutte contre le changement climatique à l'aide humanitaire et au développement en passant par la sécurité publique et la sécurité civile. Défis économiques aussi puisque le secteur spatial est un moteur d'innovation qui génère de nouvelles formes de coopération industrielle comme de nouveaux produits offrant de nouvelles opportunités commerciales. Défis stratégiques aussi en donnant à l'Union plus d'outils sur la scène internationale.

C'est pourquoi la Commission a adopté au début de cette année une Communication sur la politique industrielle spatiale de l'Union afin de libérer tout le potentiel de croissance économique de ce secteur, à titre d'exemple, y figurent l'amélioration des cadres réglementaires pour le marché spatial ou bien encore l'amélioration de l'accès aux marchés internationaux.

Et nous avons aussi proposé que dans le prochain budget européen une enveloppe importante soit consacrée à la politique spatiale (près de 2 milliards d'euros par an). Notre toute première priorité c'est de rendre complétement opérationnels et exploitables les deux grands programmes spatiaux de l'Union, le programme de navigation par satellite (Galileo et EGNOS) et le programme d'observation de la terre, Copernicus.

J'attends donc avec un grand intérêt la visite que je vais faire, tout de suite après notre séance ici, au Centre spatial de Liège et à la société Amos qui contribuent précisément au programme Copernicus.

Et surtout je vois vraiment là une excellente illustration de ce que je voulais dire par bâtir des ponts entre les mondes de l'enseignement, de la recherche et de l'entreprise. Votre université est la seule université francophone à proposer un master en sciences spatiales et un master en ingénierie des technologies spatiales. Le centre de recherches appliquées de votre université, le Centre spatial de Liège met aussi son haut niveau de savoir-faire au service de l'industrie et des entreprises régionales. Et cela est très important, surtout pour les Petites et moyennes entreprises qui, comme vous le savez, sont véritablement la colonne vertébrale de l'économie européenne.

C'est donc avec ces exemples que je crois qu'on doit avoir confiance dans l'avenir de Liège, de la région wallonne, de la Belgique et de l'Europe.

Et vous savez, l'Union européenne ce n'est pas que l'économie. Et l'université ce n'est pas que l'antichambre du monde du travail. C'est avant tout un lieu de culture, de réflexion critique et de créativité, c'est aussi une façon de vivre ensemble.

L'histoire des universités en Europe est très ancienne et témoigne d'une aspiration tout aussi ancienne, l'aspiration à l'unité européenne qui a connu bien des revers au fil des siècles mais qui est restée indestructible. En dépit de toutes les tragédies, de toutes les guerres que nous avons connues en Europe, l'aspiration à unité reste et, à mon avis, elle va se renforcer.

Et je crois vraiment que si nous avons pu finalement unir nos pays sur des fondements économiques et institutionnels forts c'est parce que notre Union – à l'époque la Communauté - pouvait dès sa création s'appuyer sur l'existence d'une unité de base fondamentale; précisément d'une parenté culturelle, l'idée que nous appartenons au fond à une même culture. Notre Union c'est donc bien plus qu'un marché, c'est une communauté de valeurs, un projet politique, et pourquoi ne pas le dire, un projet de culture.

Cette parenté culturelle c'est celle qui donne une place centrale à l'individu, à la personne humaine, au respect de la dignité humaine. C'est celle qui place la science et la culture au cœur même de l'ouverture européenne précisément parce qu'elles nous enrichissent en tant qu'individus, elles peuvent créer des liens qui dépassent les frontières.

C'est cette parenté culturelle qui nous encourage à défendre une Europe qui sans cesse développe de nouvelles formes de coopération fondées sur l'échange des idées, sur l'innovation et sur la recherche.

C'est celle qui est si magnifiquement exprimée par le Prix Nobel belge de physique, François Englert lorsqu'il dit à propos de la recherche fondamentale, qu'elle "est l'accès par excellence à la rationalité et, dans ce sens, elle est un barrage à toute sorte d'idées dangereuses, non rationnelles, dont l'Europe a connu les ravages".

La vérité c'est que nous avons connu en Europe le risque de ces idées irrationnelles, le populisme, le protectionnisme, le nationalisme extrême. Et la vérité c'est que ces démons, les vieux démons de notre passé ne sont pas encore morts. Ils dorment. Mais ils peuvent se réveiller. Il faut donc rester vigilants et mobilisés contre toutes les formes d'extrémisme et de populisme car je crois qu'ils mettent en question les valeurs fondamentales de notre Europe.

C'est pourquoi d'ailleurs je tiens à m'engager dans ce dialogue avec les citoyens, notamment avec les étudiants parce qu'il me semble qu'aujourd'hui en Europe il y a une déception, une déception profonde que je connais. Une déception qui est due à la situation économique, à la situation sociale surtout, mais une déception qui à mon avis parfois est très injustement attribuée à l'Europe parce que la vérité c'est que ce n'était pas l'Europe qui a créé les difficultés. Ce sont soit les marchés financiers, qui n'ont pas respecté le minimum des règles d'une société civilisée, d'une société ouverte mais qui doit connaître des règles. C'est parfois aussi l'endettement excessif des gouvernements. Et l'Europe n'est pas le problème ou la cause du problème. L'Europe sera une partie de la solution.

C'est pourquoi je crois que votre contribution à ce débat, des jeunes Européens, et dans ce cas des étudiants de l'université de Liège, est importante. La question que je me pose parfois est comment on peut voir l'Europe aujourd'hui, par rapport au passé.

Pour les Belges qui étaient étudiants dans les années 1950, certains ont été cités ici comme mon prédécesseur Jean Rey, pour les Belges qui étaient étudiants à ce moment-là, alors que le XXème siècle avait été marqué par deux terribles guerres, les deux guerres mondiales, l'Europe c'était surtout la paix et la réconciliation. C'était comme ça, on était Européens parce qu'on voulait la paix et la réconciliation, on voulait oublier enfin effacer le temps terrible des guerres.

Pour moi, Portugais, qui était étudiant dans les années 1970, donc j'ai eu la chance de connaître la révolution démocratique à la première année de ma faculté de droit à Lisbonne, pour moi l'adhésion à l'Union européenne c'était l'aspiration surtout à la démocratie et la liberté, parce que les guerres c'était déjà très loin, c'était la démocratie et la liberté. La même chose pour les jeunes de mon âge en Espagne, en Grèce. Après dans les années 80 et 90, pour les jeunes Polonais, Hongrois, Tchèques, l'Europe c'est aussi cette liberté et cette démocratie qu'ils n'ont pas connues, ou que leurs parents n'ont pas connues.

La question que je me pose est qu'est-ce qu'est l'Europe aujourd'hui pour vous, jeunes Belges du début du XXIème siècle. À mon avis, mais ça c'est à vous de dire si vous êtes d'accord ou pas, à mon avis l'Europe c'est la meilleure façon que nous avons, d'ailleurs la seule que nous avons d'être capables, à l'âge de la mondialisation, de défendre nos intérêts et promouvoir nos valeurs, l'Europe c'est des valeurs. Donc bien sûr en maintenant des objectifs comme la paix, c'est pourquoi l'Union européenne a reçu le Prix Nobel de la Paix l'année passée, ça reste un objectif, bien sûr aussi en maintenant comme valeurs et objectifs la liberté et la démocratie que nous avons mais maintenant en étant aussi capable de renouveler notre modèle d'économie sociale de marché, le modèle européen que nous voulons maintenir, mais dans le temps de la mondialisation.

Et c'est sur cela que, si nous avons encore le temps, que j'aimerais discuter avec vous. Et je vous remercie beaucoup pour votre attention et votre patience.

Merci.


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