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Commission européenne

Michel BARNIER

Membre de la Commission européenne, chargé du Marché intérieur et des Services

Stabilité, dynamisme économique, audace politique : trois clés pour retrouver la croissance et l’emploi

Nueva Economia Forum

Madrid, le 20 septembre 2013

Monsieur le Ministre,

Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs,

Permettez-moi tout d’abord de remercier l’équipe du Nueva Economia Forum pour cette invitation à venir m’exprimer devant vous à un moment charnière pour le redressement de l’économie européenne.

Dans la plupart de nos pays, et particulièrement en Espagne, des efforts significatifs ont été accomplis, avec des coupes budgétaires souvent douloureuses et des réformes structurelles difficiles.

Aujourd’hui, ces efforts commencent à porter leurs fruits :

  1. Le processus de consolidation budgétaire, toujours en cours, combiné au lancement de réformes structurelles ont fait revenir la confiance des investisseurs – le spread espagnol a atteint son plus bas niveau depuis deux ans, à parité avec les taux d'intérêt italiens.

  2. Les mesures de compétitivité et la diversification géographique ont tiré les exportations vers le haut, au point qu’elles représentent désormais un tiers du PIB espagnol, soit leur plus haut niveau depuis l’introduction de l’euro.

  3. Enfin, si l’investissement et la consommation intérieure restent très faibles, ce qui devrait conduire à une croissance négative en 2013, le troisième trimestre pourrait être le premier en croissance positive depuis 2011.

Nous voyons donc, en Espagne comme ailleurs dans l’Union, se matérialiser les signes avant-coureurs d’une sortie de crise.

Pour autant, cinq ans presque jour pour jour après la chute de Lehman Brothers, nous aurions tort de croire que la crise est derrière nous.

Trois chiffres nous rappellent l’urgence à continuer notre action de manière déterminée :

  1. En 2013, alors que les Etats-Unis et le Japon auront retrouvé une croissance solide, à hauteur de 1,9%, et 1,4% de leur PIB, le PIB européen devrait stagner, voire légèrement décliner.

  2. Le taux de chômage des jeunes atteint 23,5% sur notre continent. En Espagne, c’est plus d’un jeune actif sur deux qui est sans emploi, avec les effets que l'on connaît en termes de frustration et de risque de rupture de la cohésion sociale.

  3. Enfin, la dette publique représente en moyenne 92% du PIB dans la zone euro.

A ces manifestations de la crise économique, sociale et budgétaire s’ajoute une crise politique, avec la montée, dans beaucoup de nos pays, de mouvements populistes qui présentent l'Europe comme le problème et le repli national comme la solution.

Face à ces tendances destructives, aux doutes de nos partenaires et – peut-être plus grave encore – à l’indifférence de plus en plus de jeunes envers le projet européen, comment réagir ?

A mon sens, la bonne réponse tient en trois termes : stabilité, dynamisme économique et audace politique.

I – D'abord, la stabilité

Nous avons besoin de stabilité financière pour mettre définitivement les contribuables et les déposants à l’abri de certains comportements risqués du secteur financier et faire en sorte que les banques se recentrent sur leur mission première : financer l’économie réelle.

Nous avons besoin de stabilité budgétaire pour faire baisser les coûts d'emprunt et permettre aux Etats de retrouver leurs marges de manœuvre.

Enfin, nous avons besoin de stabilité économique pour réduire les écarts de compétitivité qui ne sont pas soutenables dans une union monétaire, où les difficultés des uns, si elles ne sont pas rapidement résolues, affectent irrémédiablement les autres.

Dans ces trois domaines, financier, budgétaire et économique, la stabilisation est en cours.

C’est là un des paradoxes apparents de la crise, qui, après avoir menacé des réalisations que nous pensions inébranlables comme l'euro, a conduit à des progrès et des avancées, souvent sous-estimés.

Deux exemples :

(i) Le renforcement de la coordination économique et budgétaire au sein de la zone euro.

Depuis 20 ans, nous avons une union monétaire dans la désunion économique.

On voit aujourd'hui que ce n'est pas tenable. Avec les nouveaux outils comme le pacte de stabilité et de croissance réformé et le semestre européen de coordination des politiques économiques, nous remédions à ces lacunes.

(ii) Deuxième exemple : les avancées de la stabilité financière.

En Espagne, même si les banques restent soumises aux risques macroéconomiques, et si leur situation devra être évaluée de manière exigeante par l'EBA et la BCE dans les exercices d'asset quality review et de balance sheet assessment début 2014, je pense que nous pouvons être plus confiants qu'il y a deux ans.

Beaucoup de bonnes décisions ont été prises, et je veux t'en remercier Luis. Les recapitalisations, le transfert d'actifs à la SAREB et les résultats des banques depuis lors ont renforcé la solvabilité des établissements. Le niveau de liquidité s'est également nettement amélioré.

Au niveau européen, le niveau de capitalisation et de levier des grandes banques est désormais comparable à ceux des Etats-Unis et nettement au-dessus des minima réglementaires avec un niveau de capital de la meilleure qualité de 11%

En matière de régulation financière aussi, nous avons grandement progressé, à travers la mise en œuvre uniforme des décisions du G20 et la marche vers l’Union bancaire, qui représente sans doute notre plus grand projet commun depuis la création de l’euro.

L’adoption par le Parlement européen la semaine dernière du mécanisme unique de supervision des banques est une excellente nouvelle. Elle permettra de soumettre plus de 6.000 banques de la zone euro élargie, à une supervision de qualité, harmonisée et coordonnée, sous l’autorité de la BCE – en Espagne, le cas de Bankia a bien montré que des faillites de banques de taille relativement modeste peuvent présenter des risques systémiques.

Cela renforce l’intérêt de cette nouvelle supervision.

Il est maintenant essentiel de mettre rapidement en place les règles communes de résolution pour s’assurer que les pertes des banques en faillite seront en premier lieu assumées par les actionnaires et les créanciers, et non plus par les contribuables.

Avec notre proposition de mécanisme unique de résolution, nous allons même plus loin en prévoyant la création d'un Conseil de résolution unique et d'un fonds unique de résolution, alimenté par le secteur bancaire.

Ici je redis ce que j'ai déjà aux ministres des finances la semaine dernière. Ce qui m'importe est de trouver des solutions qui fonctionnent.
Et à mon sens, il ne peut alors s'agir seulement d'un réseau d'autorités nationales. Nous avons besoin d'une autorité européenne et d'un fonds unique.

L’ensemble de ce dispositif en cohérence avec les nouvelles lignes directrices de la Commission sur les aides d'Etat permettra notamment d’assurer un level-playing field au sein du marché unique, en évitant que les pays sous programme soient les seuls à se voir imposer une répartition des pertes entre les différentes catégories d'acteurs.

Mesdames et Messieurs,

II – Sur la base de cette stabilité retrouvée, nous devons recréer en Europe les conditions du dynamisme économique.

Cela passe à mon sens par deux priorités à court terme.

(i) Premièrement, nous devons donner aux entreprises et aux entrepreneurs les moyens de financer leurs projets.

L'accès aux financements est la condition du retour de la croissance, qui doit venir des entreprises, et non pas d’un nouveau plan de relance basé sur la dépense publique.

Or, cet accès aux financements fait largement défaut en Europe. De nombreuses PME espagnoles, en particulier, rencontrent toujours des difficultés à trouver les financements dont elles ont besoin.

Pour changer cela, nous devons mobiliser tous les outils à notre disposition, comme nous le faisons, par exemple, en injectant 180 milliards d'euros dans le financement de l'économie via la Banque européenne d’investissement, en créant le fonds européen de capital-risque et en calibrant minutieusement les nouvelles exigences applicables aux banques afin qu'elles soient plus résistantes tout en étant à même de prêter à l'économie.

(ii) Deuxièmement, pour retrouver le dynamisme économique, nous devons maintenir le cap des réformes structurelles – ce sont elles qui rendront sa compétitivité à l'Europe.

Au niveau européen, l’Acte pour le marché unique a permis de lancer de nombreuses réformes concrètes pour simplifier la vie des Européens et des PME.

Pour ne citer qu’un exemple récent, l’accord politique trouvé en juin dernier sur la réforme des marchés publics représente un véritable « choc de simplification » avec des améliorations concrètes pour les PME – comme une réduction drastique des documents à fournir – une baisse des coûts pour les pouvoirs adjudicateurs et la possibilité de mieux prendre en compte les considérations sociales et environnementales dans l’attribution des marchés.

Dans de nombreux Etats membres, les réformes structurelles sont bien engagées, conformément aux recommandations sur les programmes nationaux de réforme.

C’est en particulier le cas en Espagne, dont je voudrais saluer les progrès importants que représentent deux initiatives récentes :

  1. Le projet de loi sur l’unité du marché, qui devrait permettre d’améliorer l’environnement réglementaire des entreprises – notamment en évitant la duplication des réglementations aux niveau national et régional – et de simplifier la liberté d’établissement et la circulation des biens et services.

  2. Le projet de loi sur les associations et services professionnels, qui représente une avancée vers l’ouverture à la concurrence de ces services et qui devrait contribuer à réduire le chômage en facilitant la mobilité et l'accès aux professions réglementées.

Mesdames et Messieurs,

Ces exemples de mesures, qu’elles soient prises au niveau européen ou national, montrent le potentiel des réformes structurelles pour simplifier la vie des entreprises, faciliter la mobilité des travailleurs, améliorer l’efficacité de la dépense publique et augmenter le dynamisme économique.

Cela dit, si nous voulons retrouver une croissance durable en Europe, le dynamisme économique ne suffit pas.

III – Nous devons y ajouter l’audace politique.

A moyen et long termes, nous devons avoir le courage de changer l'Europe pour en faire un véritable moteur de croissance et le garant de la place de nos pays dans le monde.

(i) Changer l’Europe, c’est d’abord avoir le courage de lancer ensemble une politique industrielle moderne.

En l’espace de 15 ans, la part de l’industrie dans le PIB européen est passée de plus de 20% à 15,2%. Or, ceux qui pensent encore que l’Europe peut se contenter d'être une terre de services et de recherche de haut niveau se trompent. En réalité, 80% de l’innovation trouve son origine dans le secteur industriel. Et chaque poste de travail créé dans l’industrie conduit à la création d’un à deux postes dans le secteur des services.

Il n’y a pas de fatalité. Nous pouvons garder les usines, les emplois et l’innovation en Europe si nous nous en donnons les moyens.

En mettant en place un écosystème favorable à l’industrie, avec notamment le brevet unitaire européen – et je le redis ici comme je l'ai dit déjà hier aux autorités espagnoles, la porte reste ouverte à la participation de l'Espagne – un cadre fiscal favorable et stable et un système financier robuste au service de l’économie.

En ayant, aussi, le courage de lancer de nouveaux investissements communs, dans le cloud, l'énergie, la défense ou les technologies clés génériques comme les nanotechnologies et la biotechnologie industrielle.

(ii) Changer l’Europe, c’est aussi ne pas hésiter à affirmer nos intérêts en matière commerciale dans un contexte toujours plus concurrentiel. Il ne s'agit en aucun cas de protectionnisme, qui n'est pas la solution. Mais d'engager de vraies négociations globales avec nos grands partenaires comme nous venons de le faire avec les Etats-Unis ou le Japon ou de faire valoir nos droits à chaque fois que les conditions d'une concurrence loyale ne sont pas respectées, comme nous venons de le faire avec la Chine.

(iii) Enfin, changer l’Europe, c’est poursuivre l'intégration du marché unique. En continuant à créer de nouvelles opportunités, en particulier pour les jeunes, les salariés et les PME. Mais aussi en créant les conditions d'une croissance plus durable et plus juste, ce qui nécessite d’ouvrir les chantiers difficiles mais nécessaires de l'harmonisation fiscale et d'un socle social commun.

Voilà, Mesdames et Messieurs, quelques pistes pour relancer la croissance et l’emploi en Europe.

Cet objectif, qui est à notre portée, nous ne le réaliserons pas en rejetant l’Europe en bloc. Mais nous ne l'atteindrons pas plus en prétendant tout faire au niveau européen.

Reconnaissons que l’Europe n’a pas vocation à s’occuper de tout, et que, par la simplification des règles, elle pourrait parfois dégager des marges de manœuvre pour mieux s’investir dans une poignée de domaines cruciaux pour l’avenir comme la politique industrielle, l’énergie ou l’Europe de la défense.

Pour relever le défi, nous avons besoin de travailler ensemble, Union européenne, Etats membres, régions, entreprises, secteur associatif.

C’est pourquoi je vous encourage à contribuer via internet au « mois du marché unique », qui se tiendra dans toute l’Europe du 23 septembre au 23 octobre prochains, avec quatre semaines thématiques consacrées à l'emploi, aux droits sociaux, aux banques et au commerce électronique.

Merci pour votre attention.


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