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Commission européenne

Dacian Cioloș

Membre de la Commission Européenne, chargé de l'Agriculture et du Développement rural

Pour une agriculture biologique dynamique et ambitieuse

Réunion du Groupe Consultatif élargi sur l'Agriculture Biologique/Bruxelles

11 avril 2013

Mesdames, Messieurs,

Merci de m'avoir invité à participer à ce groupe consultatif élargi, je suis content de voir qu'autant d'organisations accordent beaucoup d'importance à l'avenir de l'agriculture biologique. Votre contribution au futur de la politique européenne en matière d'agriculture biologique est essentielle. Car le secteur se trouve à une croisée des chemins :

  • Il est de plus en plus reconnu, par les citoyens, comme une référence en matière de production durable – et d'ailleurs, nous avons pris en compte l'exemplarité de la bio, dans le cadre de la réforme de la PAC, en proposant l'éligibilité automatique aux mesures de verdissement.

  • La demande en aliments sains, produits localement, de façon durable, avec une identité forte est en constante augmentation – elle offre des perspectives économiques. La bio est très bien placée pour répondre à cette dynamique.

  • Le défi est de concilier les deux : répondre à la demande, sans compromis sur l'identité même de la bio ; grandir, sans décevoir les citoyens. L'enjeu est clair : garantir que la bio ne soit pas victime de son succès.

La journée d'aujourd'hui sera consacrée à vous consulter sur les problèmes actuels du secteur européen, ainsi que sur les objectifs et les options pour l'avenir ; à vous communiquer, également, les premiers résultats de la consultation publique sur l'agriculture biologique ouverte à tous les citoyens, lancée en janvier qui s'est terminée hier.

En 12 semaines, nous avons reçu plus de 45000 réponses au questionnaire en ligne et près de 1600 contributions libres de citoyens mais aussi d'associations avec des idées, des propositions, des opinions. Une analyse complète des contributions va être faite. Pour le moment, nous n'avons qu'une première analyse partielle.

Cette première synthèse montre quelques tendances : l'attachement des citoyens à la bio pour préserver l'environnement ; leur souhait que la bio soit une agriculture en avance en matière de durabilité, sur l'agriculture conventionnelle ; la recherche, par les citoyens européens, d'une agriculture et d'une alimentation sans OGM, sans résidus de pesticides ou de substances chimiques et l'intérêt croissant pour des produits naturels, locaux et de saison.

L'ampleur de la mobilisation place la barre très haut, pour répondre aux attentes qui se sont exprimées. Il me semble, en particulier, que cela demande de faire des choix très clairs, de passer à une nouvelle étape pour la bio et pour la règlementation européenne dans ce domaine, sans changer pour changer, mais pour améliorer la législation, la rendre plus efficace, plus adaptée à la nouvelle réalité, garantir la crédibilité à long terme du secteur.

Aujourd'hui, la bio représente plus de 5% des superficies agricoles européennes, avec beaucoup de jeunes qui s'installent qui choisissent la bio. Ces dix dernières années, la surface en bio a plus que doublé. Pendant la même période, le marché a plus que quadruplé dans le monde, pour atteindre 44,6 milliards d'euros. Ce décalage entre l'offre et la demande européenne est le défi le plus important pour le secteur qui doit changer de braquet, sans changer sa nature profonde, qui lui a permis de grandir et de convaincre de plus en plus de citoyens.

Une demande qui dépasse largement l'offre, beaucoup de secteur de l'économie voudraient avoir ce type de problème à l'heure actuelle. Mais il est important qu'il n'y ait pas de déception, de décalage entre les attentes et l'offre. Car, c'est la confiance des consommateurs qui porte en elle les perspectives économiques pour le secteur. Nous devons encourager la production sans céder à la tentation de l'alignement vers le bas, sans réduire le niveau d'ambition, sans compromis sur les valeurs du secteur. La demande est élevée parce que les standards sont élevés. Si les standards baissent, la demande baisse aussi.

Pour cela, il est essentiel pour nous de continuer à travailler ensemble, pour maintenir une bonne dynamique. Je prends un exemple, le débat sur les flexibilités. N'y a-t-il pas, en particulier, la tentation de céder à la facilité, sans rester tout à fait dans l'esprit de la bio ? Ce type de stratégie me paraîtrait privilégier le court terme, et l'intérêt immédiat de quelques opérateurs, plutôt que d'ouvrir de vraies perspectives de long terme pour tout le secteur. Je pense, pour ma part, qu'il est important de bâtir sur la confiance et en suivant les méthodes qui ont assuré le succès de la bio jusqu'à présent, en prenant en compte l'expérience accumulée et en allant plus loin.

D'ailleurs, vous le savez bien, la pression de la demande a fait apparaître des fraudes tout à fait inacceptables sur le marché, du fait de la valeur ajoutée générée et de l'intérêt d'opérateurs sans scrupules qui agissent en toute illégalité. Il y a un aspect positif aux événements des deux dernières années : ces activités frauduleuses ont été découvertes. Cela veut dire que le système de contrôle fonctionne. La sonnette d'alarme a été tirée à plusieurs reprises. Mais n'oublions pas que de telles actions jettent le discrédit sur tout le secteur et sur ceux qui l'ont intégré de façon sincère et respectueuse, sur les opérateurs qui ont fait le choix de la bio, car il s'agit d'un choix volontaire. Je regarderai de très près, dans les prochains mois, la question des responsabilités, des contrôles et des méthodes de traçabilité des produits bio. Il me semble très important de fermer la porte à tout type de malversation. Il s'agit de protéger le secteur et son image de marque.

De même, au sujet des produits importés. La transparence doit être assurée. Nous avons vu augmenter considérablement les demandes d'équivalence et de certification d'organismes de contrôle. Nous devons réfléchir à la meilleure méthode pour garantir que le développement des échanges de produits bio n'induise pas une banalisation et une baisse des standards ou rend les contrôles insuffisants. Là encore, une clarification des responsabilités de chacun des opérateurs sera sans doute nécessaire.

Sur beaucoup de sujets, la bio est au cœur des réflexions sur notre rapport à la nourriture, sur ce que l'on attend de la nourriture. Sur les OGM, les substances chimiques utilisées en amont ou en aval de la production, les attentes des citoyens sont très élevées et la consultation semble confirmer très nettement cette tendance.

La question du seuil de tolérance ou encore celle de l'autorisation de certaines substances devront être regardées de près. Car, de plus en plus, la bio concerne des produits transformés. Pour intégrer cette nouvelle réalité, le défi est considérable tant du point de vue économique qu'institutionnel.

Encore une fois, il me paraît important d'éviter deux pièges dans nos réflexions et qui feraient que la bio serait victime de son succès, comme je le disais en introduction : d'un côté, le piège d'une standardisation, d'une industrialisation et d'un allongement excessifs des circuits de fabrication et de distribution, car cela ne correspond pas aux attentes des citoyens ; de l'autre, le piège d'une règlementation tellement compliquée ou coûteuse qu'elle est pratiquement inaccessible aux petites structures qui sont, pourtant, celles que recherchent les consommateurs.

Pour parvenir à éviter ces deux pièges, nous avons beaucoup de travail devant nous ! Il sera donc essentiel de dialoguer. Car, en fin de compte, il s'agit de la place de l'agriculture bio dans la société et de sa capacité à influencer l'ensemble des circuits de commercialisation, même les circuits conventionnels qui progressent, eux-aussi.

Pour cette raison, je souhaite terminer sur un point important. Non seulement, nous devrons être créatifs sur les plans politique et règlementaire, mais, en plus, la bio doit rester innovante sur le plan des techniques. Elle aura toute sa place au sein du Partenariat européenne pour l'innovation.

Nous avons devant nous des choix, des options très importantes pour l'avenir du secteur. Je vous remercie pour votre présence, vos idées, votre engagement aujourd'hui et dans les prochains mois. Je peux vous dire que je vais être là dans ce processus, très attentif pour garder le lien de confiance avec les citoyens et agrandir la "maison bio", en bâtissant sur ce que vous avez déjà fait ces 30 dernières années et dont vous pouvez être très fiers : ce sont des fondations solides.


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