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Commission européenne

Michel BARNIER

Membre de la Commission européenne, chargé du Marché intérieur et des Services

L’entrepreneuriat social au coeur d'un nouveau modèle de croissance en Europe

Discours d’inauguration du pôle d’entrepreneuriat social Réseau Actif pour l’Innovation Sociale (REALIS)

Montpellier, le 13 décembre 2013

Monsieur le Préfet,

Monsieur le Président de,

Mesdames et Messieurs,

En cette fin d’année 2013, et pour la première fois depuis plusieurs années, les perspectives économiques redeviennent positives.

Selon les dernières prévisions de la Commission européenne, la croissance devrait revenir graduellement en Europe, pour atteindre 1,4% en 2013 et 1,9% en 2015.

C’est une bonne nouvelle, qui doit nous encourager à poursuivre les réformes engagées, au niveau national et européen, pour réguler le secteur financier, assainir nos finances publiques, améliorer la gouvernance de la zone euro et restaurer notre compétitivité.

Cela dit, ces prévisions de croissance et le retour de la stabilité financière et budgétaire ne suffiront pas à rassurer tous les hommes et les femmes qui sont au chômage – ils sont 26 millions en Europe – et toutes les PME qui luttent pour trouver les financements dont elles ont besoin pour se développer, ou tout simplement pour continuer leur activité.

A ces hommes et à ces femmes, à ces salariés et entrepreneurs, nous devons montrer que nous avons tiré les leçons de la crise – pas seulement en réparant les pièces défectueuses de notre système financier ou de notre gouvernance économique, mais aussi en soutenant la mise en place d’un nouveau modèle de croissance.

Un modèle de croissance basé sur l’économie réelle, et non pas sur la création de bulles spéculatives dans un secteur financier qui tourne sur lui-même, propulsé par la caricature de libéralisme que nous avons connue dans les années 80 et 90.

Un modèle de croissance qui vienne des territoires, avec des entreprises bien implantées dans le tissu économique local, qui mettent en place des processus de production respectueux des Hommes et de l’environnement.

Un modèle de croissance qui permette l’investissement à long terme, notamment dans la mise au point de produits de qualité et de services innovants, dans la modernisation de nos infrastructures sociales et de santé, dans la transition énergétique et dans le développement des compétences.

Un modèle de croissance, enfin, qui place au centre la cohésion sociale, perçue comme créatrice de richesse collective.

Mesdames et Messieurs,

J’en viens au paradoxe : ce nouveau modèle de croissance, qui doit naître des territoires, les collectivités locales ont précisément du mal à le faire émerger dans la situation actuelle.

Beaucoup de communes, de départements et de régions sont confrontés à un "effet ciseaux" entre d'une part la nécessité de répondre à la précarité, au chômage, à l’exclusion, aux phénomènes de désertification et d’apparition de travailleurs pauvres, et d’autre part, des budgets extrêmement contraints.

Il n'est pas question, à mes yeux, pour ces collectivités de se décharger de leurs missions de services publics sur les entreprises de l’économie sociale et solidaire.

Mais ce dont je suis sûr c'est que devant l’ampleur des problèmes, ces nouvelles entreprises et ces structures de l'économie solidaire peuvent apporter une partie des réponses.

On le voit bien en région Languedoc-Roussillon, qui a une vraie tradition d’économie sociale et solidaire, les entreprises sociales créent des emplois, le plus souvent durables, ancrés dans les territoires et non délocalisables.

Elles donnent souvent leur chance à des personnes durablement à l'écart du marché du travail, chômeurs de longue durée, handicapés, personnes en situation d’exclusion sociale. Ces structures apportent un nouveau dynamique au tissu social local.

Elles mettent en place des modèles économiques innovants et pérennes, adaptés au tissu local mais qui peuvent servir de source d’inspiration pour d’autres territoires.

Surtout, elles proposent des services à forte valeur ajoutée, à la fois pour leur bénéficiaires et pour la société dans son ensemble. C’est par exemple le souvenir que je garde de ma visite dans les locaux du groupe Siel bleu qui développe la prévention par le sport des personnes âgées, ou encore Websourd à Toulouse.

En un mot, Mesdames et Messieurs, si le secteur de l’entrepreneuriat social a mieux résisté à la crise que d’autres, c’est qu’il fonde son modèle sur la dimension humaine.

En tant qu’ancien élu local, président de Conseil général pendant 17 ans, j’ai appris et compris que cette dimension-là est bien la première qui vaille.

A la place où je suis aujourd'hui, j'ai deux convictions fortes qui expliquent et guident mon action:

  1. il n'y aura pas de performance économique durable sans cohésion sociale.

  2. pour gagner la bataille de la croissance et de la compétitivité, chaque citoyen est nécessaire, chaque entreprise est nécessaire, chaque territoire est nécessaire!

Voilà la raison de notre Initiative pour l’entrepreneuriat social qui comprend une série d’outils pour soutenir le partenariat entre les territoires et les entreprises sociales.

1. Nous avons d’abord voulu améliorer l’accès au financement des entreprises sociales, grâce à l’action des fonds structurels, mais également en augmentant leur attractivité pour les investisseurs privés, par exemple grâce au règlement sur les fonds européens pour l’entrepreneuriat social, qui est opérationnel depuis juillet dernier. Je salue aussi l’action déterminée menée par certains investisseurs publics, comme la BPI en France.

2. Ensuite, nous voulons renforcer la visibilité des entreprises sociales pour augmenter leur capital de confiance auprès de leurs interlocuteurs, comme les collectivités locales ou les banquiers, et leur permettre d’attirer plus de jeunes diplômés.

  1. Pour cela, nous encourageons notamment le développement des outils de mesure de l’impact social, qui permettront aux entreprises sociales de mieux valoriser leurs atouts.

  2. Et nous favorisons la prise en compte de l’économie sociale et solidaire dans les cursus scolaires et universitaires.

3. Enfin, nous voulons simplifier l’environnement réglementaire des entreprises sociales, par exemple à travers les nouvelles règles sur les aides d'Etat, la proposition de statut européen pour les fondations et le travail en cours sur le statut de mutuelles européennes.

Un mot en particulier sur la réforme des marchés publics, sur laquelle nous avons trouvé un accord avec le Parlement européen et le Conseil des Ministres.

Dans le nouveau cadre européen, j’ai souhaité simplifier les règles, en diminuant la paperasse pour les PME. Mais j’ai aussi voulu aider les collectivités locales à faire prévaloir le « mieux disant » sur le « moins disant », en leur permettant de mieux prendre en compte les critères d’inclusion sociale et de respect de l’environnement au stade des appels d’offres.

Cette réforme devra être définitivement adoptée par le Parlement européen à la session plénière du mois de janvier, bouclant ainsi le premier volet des actions de l’initiative pour l’entrepreneuriat social.

Mesdames et Messieurs,

Avec ce cadre porteur que nous construisons au niveau européen, nous espérons encourager la naissance de plus d’entreprises sociales dans tous les pays de l’Union.

Nous espérons aussi voir apparaître d’autres structures comme REALIS, qui, au-delà de ses moyens logistiques, techniques et humains sans précédent, combine selon moi quatre grandes forces :

  1. la possibilité de faire travailler ensemble tous les acteurs du soutien à l’économie sociale et solidaire : dirigeants d’entreprises sociales, qui peuvent apporter leur expérience à de jeunes créateurs, mais aussi accompagnateurs de projets et spécialistes du développement et de la duplication de projets qui fonctionnent ;

  2. l’ambition d’être un véritable laboratoire d’innovation sociale, qui permettra à la Région Languedoc-Roussillon, mais également à d’autres régions en Europe, de trouver sans cesse de nouvelles solutions pour faire face ensemble à des besoins individuels et collectifs qui ne sont pas efficacement traités par les entreprises classiques.

  3. la finalité ensuite, qui est très concrète, puisqu’il s’agit de proposer des solutions adaptées aux porteurs de projets d’entreprises sociales innovantes, à toutes les étapes de leur projet, de la naissance des idées à la phase d’incubation et à l’hébergement des entreprises créées ;

  4. enfin, je salue votre rôle de réflexion et de promotion de l’entrepreneuriat social, dont les vertus restent pour l’instant trop méconnues, notamment dans d’autres pays européens.

C’est justement pour réfléchir avec les acteurs du secteur à la dynamique de l’entrepreneuriat social, pour tracer ensemble les perspectives pour les prochaines années et pour dégager des priorités pour la prochaine Commission que j’ai voulu organiser un grand événement participatif à Strasbourg les 16 et 17 janvier prochains, et j'ai l'espoir que nous pourrons y accueillir le Président de la République François Hollande.

Cet événement, que nous avons baptisé « Entrepreneurs sociaux, prenez la parole ! », se veut d’un genre nouveau, pleinement interactif et participatif. Les participants, qui devraient venir de 70 pays, auront notamment la possibilité de participer directement à la définition du programme en animant eux-mêmes des cercles de discussion sur les thèmes de leur choix.

Plus de 1300 personnes sont déjà inscrites. Rejoignez-les, et construisons ensemble ce nouveau modèle de croissance.

Vos idées peuvent changer l'Europe! Ne l'oubliez pas...

Merci pour votre attention.


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