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Mettre l'Europe au service de la compétitivité et de l'innovation

Commission Européenne - SPEECH/12/769   30/10/2012

Autres langues disponibles: aucune

Commission européenne

Michel BARNIER

Membre de la Commission européenne, chargé du Marché intérieur et des Services

Mettre l'Europe au service de la compétitivité et de l'innovation

VIIème Forum sur l'innovation et la recherche

Paris, 30 octobre 2012

Messieurs les Présidents,

Mesdames et Messieurs,

Permettez-moi tout d'abord de remercier toute l'équipe de 'Paris-Ile de France capitale économique' et de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Paris pour cette invitation.

En tant que chefs d'entreprise, universitaires ou responsables publics, vous savez que l'innovation a besoin d'un terrain stable et fertile pour se développer.

On ne peut pas dire que cette condition ait été remplie en Europe ces dernières années. La crise économique et sociale continue de produire ses effets, avec une croissance qui devrait être nulle dans l'UE en 2012 et un taux de chômage supérieur à 11% dans la zone euro.

Cela dit, trois avancées récentes peuvent nous inciter à un regain d'optimisme pour la zone euro.

  • lors du dernier Conseil européen un accord a été trouvé sur une supervision unique des 6.000 banques de la zone euro. La voie d'une union bancaire est ouverte.

  • Le Mécanisme européen de stabilité est entré en vigueur le 8 octobre. il permettra de recapitaliser directement les banques européennes. Nous pourrons ainsi casser le cercle vicieux qui existe entre les difficultés des banques et la dette des Etats.

  • Enfin, les efforts courageux de consolidation budgétaire menés par les Etats membres portent leurs fruits. Le déficit moyen des pays de la zone euro, qui représentait 6,2% du PIB en 2010, devrait être ramené à 3,8% en 2012.

Tout cela consolide les fondations de notre économie. Mais ces efforts ne suffiront pas pour sortir durablement de la crise.

Ayons le courage de construire une véritable politique européenne de compétitivité et d'innovation, qui nous permette à la fois de réduire les écarts de compétitivité entre nous et de faire de l'Europe une force d'innovation à l'échelle mondiale.

Mesdames et Messieurs,

I – Tout d'abord, il est essentiel que nous réduisions les écarts de compétitivité entre pays européens.

Selon Eurostat, le coût moyen de l'heure de travail en France est aujourd'hui supérieur de 12% au niveau allemand. Depuis 10 ans, ce coût a augmenté d'environ 40% en France, contre 18% seulement en Allemagne.

De tels écarts de compétitivité ne sont pas soutenables dans une union monétaire.

Comment pouvons-nous les réduire?

Certainement pas en bridant nos économies les plus compétitives. Au contraire, nous devons bénéficier collectivement des meilleures pratiques européennes, grâce à une gouvernance économique européenne renforcée.

C'est l'objectif des nouveaux outils de gouvernance économique, comme le "semestre européen" de coordination, et les programmes nationaux de réforme, suivis de recommandations adressées à chaque pays par l'ensemble des Etats membres.

En France aussi, faisons preuve de pragmatisme et inspirons-nous de ce qui fonctionne chez les autres, quitte à bouleverser nos habitudes.

Nous aurons certainement l'occasion d'en reparler la semaine prochaine lorsque le rapport Gallois sera rendu public. Personne ne comprendrait qu'il soit rangé au fond d'un tiroir avant même d'avoir été publié. Je pense que la France doit être ambitieuse, courageuse et imaginative pour créer les conditions d'une économie compétitive.

Il n'est pas responsable d'opposer compétitivité de court terme et de long terme. La seconde, qui vise à améliorer nos capacités de recherche et d'innovation, en clair à améliorer la qualité de nos produits, mettra du temps à produire ses effets. Ce dont je suis sûr, c'est qu'il n'y aura pas d'effets si à court terme nous ne permettons pas aux entreprises de reconstituer leurs marges et d'investir dans la recherche et développement.

Plus largement, il n'y aura pas plus de compétitivité sans plus de cohésion sociale.

Mesdames et Messieurs,

Naturellement, les réformes structurelles menées dans chaque pays ne nous dispensent pas de lancer des réformes au niveau européen.

C'est l'objectif de l'Acte pour le marché unique, que j'ai lancé avec une douzaine de mes collègues en avril 2011, et qui contient 50 propositions concrètes auxquelles nous venons d'ajouter 12 nouvelles actions clés.

Par exemple, nous avons proposé la création d'un véritable marché unique numérique. Notamment en encourageant l'investissement dans le haut débit et en améliorant les conditions de livraison et de paiement en Europe. Aujourd'hui, 35% des internautes renoncent à acheter en ligne à cause de craintes liées au paiement. Nous allons changer cela.

Nous agissons aussi sur la fiscalité. Sous l'impulsion d'Algirdas SEMETA, nous avons proposé une assiette commune pour l'impôt sur les sociétés entre les pays européens qui devrait considérablement simplifier la tâche des entreprises actives dans plusieurs Etats membres et renforcer l'attractivité de l'Europe.

Nous voulons également encourager la mobilité des travailleurs en Europe.

Est-il normal qu'un habitant de Strasbourg ne puisse pas décrocher un emploi de l'autre côté de la frontière sous prétexte que ses compétences ne sont pas reconnues en Allemagne ? A l'évidence, non. C'est pourquoi nous proposons la création d'une carte professionnelle européenne.

Enfin, ma conviction est qu'il n'y aura pas de compétitivité économique sans cohésion sociale. Les initiatives que nous avons prises récemment pour développer les entreprises sociales,susciter la création de fondations en Europe, la formation des travailleurs qui perdent leur emploi aux métiers de demain, via le Fonds social européen : tout ceci augmente la compétitivité de l'Europe.

II – A côté de la réduction des écarts de compétitivité entre nous, nous devons faire de l'Europe une force d'innovation à l'échelle mondiale.

Dans certains pays d'Europe le recul de l'industrie ne se limite pas au textile ou à la sidérurgie mais touche de plus en plus les secteurs à forte teneur technologique.

Un exemple : l'industrie des télécoms. Il y a 10 ans huit industriels occidentaux dominaient le marché1. Ils ne sont plus que quatre aujourd'hui. Dans le même temps deux industriels chinois, Huawei et ZTE, sont devenus des champions mondiaux.

Il n'y a pas de fatalité, mais il faut agir vite. Si nous refusons que le destin de nos enfants se fasse à Pékin et se défasse à Wall Street, alors nous devons lancer sans délai une politique industrielle européenne moderne.

L’Europe est née d’une politique industrielle ! Soixante ans après la Communauté européenne du charbon et de l'acier, retrouvons l'audace des pères fondateurs. Réfléchissons à de nouveaux investissements communs, orientés cette fois vers les technologies de l'information, les biotechnologies, les transports et les énergies propres.

Nous avons identifié, sous l'impulsion d'Antonio TAJANI, des technologies clés génériques (en anglais "KETS" – key enabling technologies), comme les nanotechnologies, la micro et la nanoélectronique, les matériaux avancés ou la biotechnologie industrielle.

Ces technologies sont "systémiques". Elles permettent la mise au point de biens et services nouveaux. Par exemple, la production de voitures électriques nécessite d'investir dans des matériaux avancés pour les batteries, dans la photonique pour un éclairage à basse consommation ou encore dans les biotechnologies industrielles pour réduire le frottement des pneus.

Que pouvons-nous faire au niveau européen pour promouvoir ces technologies et créer un cadre général favorable à l'innovation ?

Permettez-moi de mentionner 4 chantiers, dont certains sont déjà bien avancés :

1. D'abord, nous devons encourager l'innovation des PME.

Paris-Ile de France dépose énormément de brevets. La protection des droits de propriété intellectuelle est donc une priorité pour vous tous : c'est tout le sens de mon combat en faveur d'un brevet européen, qui divisera par sept le coût de protection de l'innovation en Europe.

Mais aussi en leur donnant un meilleur accès au capital-risque. Aujourd'hui, seuls 2% des besoins de financement des PME européennes sont couverts par le capital-risque contre 14% aux Etats-Unis. Le passeport européen pour les fonds de capital-risque que nous avons proposé devrait permettre à ces fonds de lever du capital auprès d'investisseurs situés dans toute l'Europe, sur la base d'un enregistrement unique réalisé dans leur pays d'établissement.

2. Deuxième chantier : faire travailler ensemble tous les acteurs de l'innovation

C'est l'objectif de l'Institut européen de technologie (en anglais "EIT"), lancé sous l'impulsion d'Androulla VASSILIOU et qui réunit depuis 2 ans des entreprises, des centres de recherche et, pour la première fois, des universités et écoles d'ingénieurs.

Ces "communautés de l'innovation et de la connaissance" (en anglais "KICs"), comme celle consacrée au climat, dans laquelle Paris-Saclay joue un rôle moteur, doivent nous permettre de créer en Europe un écosystème commun en faveur de l'innovation.

La Commission a proposé d'augmenter de manière significative le budget de l'EIT sur la prochaine période de programmation (2014-2020). Cet investissement me paraît d'autant plus justifié que chaque euro investi par l'EIT permet de lever 4 euros en provenance d'autres sources de financement privées ou publiques.

3. Troisième chantier : la réflexion sur le régime des aides d'Etat

Les Etats-Unis, la Chine, la Corée investissent massivement pour soutenir certains de leurs secteurs stratégiques, en allant jusqu'à subventionner des entreprises européennes pour qu'elles viennent s'implanter sur leur territoire.

Je suis convaincu que nous devons adapter nos règles sur les aides d'Etat afin qu'elles continuent à jouer leur rôle de garant de l'équité entre les Etats membres, tout en permettant des politiques fortes de soutien public aux orientations stratégiques communes.

4. Enfin, dans le domaine de la politique commerciale, nous devons pratiquer une ouverture résolue, mais sans naïveté.

Nous ne pouvons pas accepter que l’UE soit l’un des espaces commerciaux les plus ouverts de la planète et qu’en même temps nos entreprises connaissent des difficultés pour accéder aux marchés tiers.

C'est pourquoi, avec Karel de GUCHT, nous avons proposé le 21 mars 2012 un règlement qui permet d'imposer la réciprocité dans les marchés publics aux pays qui ne la pratique pas spontanément.

Mesdames et Messieurs,

Les 4 chantiers que je viens d'évoquer doivent permettre à l'Europe de transformer ses idées et sa créativité en produits et en emplois.

Je suis persuadé qu'ils profiteront à Paris-Ile de France, qui est déjà, de par son investissement massif dans la recherche-développement, la créativité de ses entreprises et le dynamisme de Paris-Saclay, l'un des acteurs majeurs de l'innovation en Europe.

Merci pour votre attention.

1 :

Constat fait par Olivier Coste dans sa tribune "Industrie des télécoms : l'inquiétant déclin de l'Europe", Les Echos le, 17 janvier 2012.


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