Chemin de navigation

Left navigation

Additional tools

Autres langues disponibles: aucune

Commission européenne

Antonio TAJANI

Vice-Président de la Commission Européenne responsable pour l'Industrie et l'Entrepreneuriat

"Reprise de la croissance et de la compétitivité en Europe grâce à la ré-industrialisation "

Conférence "Resuming growth and competitiveness in Europe through re-industrialisation"/Lisbonne

26 octobre 2012

Mesdames, messieurs,

C'est pour moi un honneur d'être aujourd'hui à Lisbonne et j'aimerais remercier les autorités portugaises, et en particulier le Ministre de l'Economie et de l'Emploi Monsieur Alvaro Santos Pereira, pour avoir organisé cette importante conférence sur la ré-industrialisation de l'Europe.

Les tensions sociales dans de nombreux pays européens sont également liées á la perception de mesures d'austérité qui semblent plutôt aggraver les problèmes, sans qu’elles soient accompagnées d'un vrai projet d’espoir.

Dès lors, il faut mettre en œuvre au plus vite le plan de croissance délibéré au sommet de juin, avec une stratégie pour faire de l'Europe une terre accueillante pour les investissements et pour l'industrie.

Depuis le début de la crise l’Europe a perdu trois millions d'emploi industriels ; mille milliards d'euro de PIB se sont évaporés ; et la production manufacturière reste dix points en dessous de son niveau de 2007.

En Portugal le chômage a doublé pour dépasser la barre des 15% et frappe tout particulièrement les jeunes. La dette a grimpé du 72% au 117% du PIB. Le pays a enregistré une décroissance de 7% du PIB et les prévisions pour les prochains mois ne sont pas encourageantes.

Cette situation nous rappelle que la crise a surtout frappé les pays moins compétitifs et ayant une base industrielle moins développée, comme c’est le cas du Portugal. Par contre, les pays dotés d'une industrie forte et compétitive, comme l’Autriche ou l’Allemagne, ont fait preuve d’une plus grande résilience.

En effet, notre analyse nous montre que l'hémorragie d’entreprises et d’emplois s’est surtout produite en conséquence du déclin industriel qui a commencé à la fin des années ’90, dont la cause est aussi à rechercher dans les choix manqués et dans les erreurs liées à l'illusion d’une économie fondée sur la finance et sur les services. La réalité est toute autre. Sans l’industrie nous perdons les services, l’exportation, l’emploi et la capacité d'innovation: 75% des exportations et 80% de l'innovation sont issus de l’industrie et chaque emploi manufacturier permet de créer deux emplois supplémentaires dans les secteurs des services.

Pour redémarrer la croissance nous avons besoin non seulement de mettre en ordre nos finances publiques, mais aussi de faire des investissements ciblés dans des secteurs industriels porteurs qui puissent avoir un effet multiplicateur pour toute l'économie. C’est le message de la nouvelle Stratégie de politique industrielle que la Commission a adoptée le 10 octobre: la thérapie d’austérité à elle seule peut être fatale si elle n’est pas accompagnée d’investissements pour la relance de l’industrie.

Communication sur la politique industrielle

La nouvelle stratégie vise à inverser la tendance à la désindustrialisation en faisant monter la part de l'industrie dans le PIB des 15,6% actuels à 20% en 2020. Pour réussir, quatre grands défis doivent être relevés:

Premièrement, la relance des investissements, qui ont diminué de manière significative avec la crise.

La Commission propose de relancer les investissements vers l'industrie et les orienter de manière ciblée vers six marchés particulièrement prometteurs: les technologies manufacturières avancées pour la production propre, les technologies clés génériques, la construction durable et des matières premières, les bio-produits, les véhicules propres et les réseaux intelligents.

Sur ces secteurs, l'UE est bien placée pour être leader mondial à condition de s'en donner les moyens. Et ces investissements auront un impact transversal sur l'industrie européenne, touchant à la fois les secteurs de pointe et ceux plus traditionnels, de l'automobile à l'acier, des chantiers navals à la construction, le textile, l'agroalimentaire ou le tourisme.

Afin de stimuler les investissements, nous voulons créer les meilleures conditions possibles, que ce soit en termes de normes techniques ou de réglementations ainsi que d'investissements en infrastructures ou en recherche et développement. Nous ne réussirons que par notre engagement commun, tant au niveau des institutions européennes que des Etats membres qui devront également mieux cibler l'utilisation des Fonds structurels et coordonner davantage leurs politiques nationales de recherche et d'innovation.

Le deuxième grand défi est celui de l'accès aux marchés, indispensable pour pouvoir vendre les produits et services innovants.

Le marché intérieur européen est un formidable atout, encore sous-utilisé. Avant la fin de l'année, la Commission présentera un paquet législatif sur la surveillance des marchés notamment pour mieux garantir le respect des normes de protection de santé et de sécurité et lutter contre la commercialisation de produits illégaux et dangereux.

De plus, un nouveau règlement adopté au mois de septembre rendra plus efficace la définition des normes techniques communes dans l’Union européenne.

Par ailleurs, l'entreprenariat doit être toujours plus encouragé dans l'UE: la nouvelle révolution industrielle a besoin de la mobilisation de toutes les énergies, pas de davantage de fonctionnaires ! J'ai d'ailleurs l'intention de présenter un Plan d'action dans quelques semaines pour pousser davantage à la création d'entreprises en Europe.

Dans le cadre du "Small business act", nous suivons les nombreuses mesures et programmes nationaux liés à l'entrepreneuriat dans les Etats membres. Au Portugal, notamment, nous portons grand intérêt au programme stratégique pour l'innovation et l'entrepreneuriat "Programa Estratégico para o Empreendorismo e a Inovação +e +i " qui été lancé en décembre 2011 afin de développer la culture entrepreneuriale, de faciliter l'innovation et l'orientation à l'international.

Ce renouveau des entreprises exige également que nous soyons plus performants sur les marchés internationaux, de plus en plus importants pour la croissance. La relance d'une politique industrielle en Europe repose sur quelques principes clairs: l'ouverture des marchés, le démantèlement des obstacles au commerce et aux investissements, mais dans un cadre de réciprocité et de concurrence équitable ("level-playing field") pour nos entreprises dans le monde.

Ces principes soutiennent quelques actions clés, dans le domaine des matières premières, des investissements, de l'internationalisation des PME et de la protection des droits de propriété intellectuelle.

D’ici 2020, 70% de la croissance nouvelle se produira dans les économies émergentes. L'Union européenne a besoin d’une « diplomatie » économique et commerciale pragmatique, affranchie de dogmes libéristes, qui doit être en mesure d’assurer un accès effectif aux marchés et aux matières premières à des conditions équitables. Nous devons nous présenter unis et mettre en valeur notre grand capital de technologie et de savoir-faire industriel, qui est le véritable point fort de l'Europe envers les pays tiers. La communication souligne l'importance des « missions pour la croissance » de représentants de l’industrie et des PME, que j’ai lancées dans divers pays d’Amérique Latine, au Mexique et aux Etats-Unis. Ces missions se poursuivrons au mois de novembre en Egypte, au Maroc et en Tunisie.

Troisième grand défi et domaine d'intervention: l'accès au financement et aux marchés de capitaux. Il est bien évident que toute politique en faveur des investissements et de la relance de l'industrie ne pourra être couronnée de succès tant que les entreprises européennes ne pourront pas se financer dans des conditions plus favorables que les conditions actuelles.

Au Portugal notamment, l'accès au crédit reste problématique, en particulier pour les PMEs. Pour améliorer l'accès au financement des PME, un Plan d'action a été adopté en Décembre 2011 à l'échelle européenne. En parallèle, on a permis la reprogrammation des fonds structurels et fonds sociaux portugais d'une part et le secteur bancaire Portugais a bénéficié d'une recapitalisation en Juin 2012 d'autre part. Le gouvernement portugais a mis en œuvre de nombreuses mesures. L'une des plus récentes, 'PME CRESCIMENTO', constitue une nouvelle ligne de crédit de EUR 1,5 Milliards, principalement pour les PMEs. La combinaison de ces différentes actions vise dans le court terme à alléger les contraintes en liquidités et dans le long terme à relancer la création d'emploi, de nouveaux marchés et les exports.

Les activités du fond portugais QREN (Quadro de Referência Estratégico Nacional) constituent un exemple concret de reprogrammation et de cofinancement de fonds nationaux et européens visant à faciliter l'investissement. Ce fond a pour objectif de faciliter l'accès au crédit aux entreprises portugaises en restructuration. Le taux de cofinancement a bénéficié d'une augmentation jusqu'à atteindre un niveau de 85%, réduisant ainsi la contribution du Portugal de près de EUR 2,9 Milliards pour la période 2007-2013. Par ailleurs, EUR 1,5 Milliards de prêt de la part de la BEI à QREN sont actuellement utilisés pour soutenir les investissements productifs.

Nous avons progressé ces derniers mois dans le domaine du capital-risque. Le système public de capital-risque portugais a par exemple été réorganisé en un fond unique, facilitant ainsi la coordination et l'accès au financement pour les PMEs. Mais l'Europe est encore loin des Etats-Unis sur ce point. Nous devons tout faire, y compris dans le domaine fiscal, pour éliminer les entraves aux investissements transfrontaliers en capital-risque.

Quatrième élément, et non des moindres: le capital humain. Il est inacceptable de constater que malgré les niveaux très élevés de chômage dans plusieurs Etats membres, de nombreux emplois ne trouvent toujours pas preneur à cause de pénuries de main d'œuvre qualifiée.

Investir dans les compétences est une condition essentielle à la compétitivité industrielle. Les systèmes d'éducation et de formation doivent être constamment mis à jour et l'offre en matière de compétences améliorée continuellement.

Les vrais différentiels pour la stabilité de l'euro

Les fiches sur les niveaux de compétitivité des pays de l’Union qui accompagnent la communication dressent un bilan en demi-teinte.

Il y a un premier groupe de pays plus compétitifs, qui comprend l’Allemagne, le Danemark, la Finlande, la Suède, l’Autriche, l’Irlande, les Pays Bas, le Royaume Uni, la Belgique et la France, pour lequel les performances sont généralement positives, avec des pointes d’excellence en Allemagne et dans les pays scandinaves. Le deuxième groupe, caractérisé par une compétitivité moyenne, comprend l'Italie, l’Estonie, la Slovénie, l’Espagne, le Portugal, la Grèce, Malte, Chypre et le Luxembourg. En dépit de quelques cas d’excellence, ces pays affichent surtout des résultats en dessous de la moyenne. Le troisième groupe de pays en retard considérable comprend la Bulgarie, la Roumanie, la Pologne, la République Tchèque, la Slovaquie, la Lituanie et la Lettonie.

Certaines divergences sautent aux yeux. La productivité du travail – sur une échelle de 100 – est de 67 en Allemagne et de 32 au Portugal, pays qui affiche le troisième score le plus mauvais de l’UE ; à peine le 35% du PIB portugais est lié aux exportations, alors que ce chiffre s’élève à 80% aux Pays Bas ; dans le domaine de l'innovation, la Suède, le Danemark et la Finlande obtiennent un score de plus de 7 sur 10 contre le 4,5 du Portugal, qui n’obtient un score satisfaisant que sur 8 des 30 indicateurs considérés.

L’administration portugaise met 139 jours en moyenne pour payer ses créditeurs, contre 41 jours en Allemagne. À cet égard, au début d’octobre j’ai lancé une campagne pour sensibiliser les représentants des institutions et les acteurs économiques sur l'importance d’appliquer pleinement et rapidement la directive sur les retards de paiement, qui oblige les administrations à effectuer leurs paiements dans un délai de 30 jours, sous peine d’intérêts à des taux supérieurs à 8%. J’ai déjà écrit deux fois à tous les ministres pour solliciter cette application.

Les différences entre les niveaux de compétitivité sont les vrais différentiels qui inquiètent les marchés et minent la confiance dans le futur de l’euro.

Conclusion

La crise doit être une occasion pour tourner la page face à une espèce de fatalisme qui a conduit à accepter le rétrécissement de la base industrielle – sans comprendre que cela compromettait inexorablement notre capacité de croissance et de maintien du modèle social européen.

Dans les dernières années l’Europe a marqué des avances inédites, en mettant en œuvre de nouveaux mécanismes de solidarité qui auraient été inimaginables jusqu’il y a peu de temps et dont le Portugal est un des bénéficiaires. Le sommet de juin a ouvert la voie à un véritable gouvernement économique e à une Union politique avec un parcours en quatre étapes : intégration financière, budgétaire et des politiques économiques et renforcement de la légitimité démocratique. La proposition de la Commission de surveillance commune confiée à la BCE doit être approuvée dans les meilleurs délais car il s’agit d’un premier pas vers une union bancaire.

Le sommet des 18 et 19 octobre a confirmé cette démarche en fixant un calendrier clair. Et je me réjouis en particulier du fait que ses conclusions mentionnent plusieurs fois l’importance de la nouvelle stratégie industrielle soutenue par la Commission.

Le premier rapport des « quatre présidents » accorde une attention de plus en plus grande à la croissance et à la compétitivité. On prend de plus en plus conscience des limites qui affligent un assainissement des finances s’appuyant surtout sur des mesures de réduction des dépenses et de hausse des impôts – si indispensables soient-elles. Pour pouvoir assainir il faut qu’il y ait de la croissance et celle-ci demande aussi la mise en place d'investissements ciblés dans le cadre du plan de croissance de l’Union européenne pour renforcer la compétitivité industrielle. À cet égard, je suis en train de vérifier avec mes collègues une interprétation du Pacte de stabilité qui permettrait d’exclure une partie des cofinancements nationaux nécessaires pour utiliser les fonds structurels.

Le débat sur le nouveau budget de l’Union doit lui aussi se focaliser de plus en plus sur des instruments multiplicateurs, comme des fonds de garantie d’emprunts, les obligations de projet et l’action de la BEI pour soutenir la croissance et l’assainissement des finances des pays de la zone euro en difficulté ; pourvu qu’ils respectent – comme le Portugal est en train de le faire – les engagements qu'ils ont pris sur les réformes.

La prochaine étape, à novembre, sera le sommet sur le nouveau cadre financier 2014-2020 pour lequel il est souhaitable que les États s'accordent sur des ressources compatibles avec la nécessité de promouvoir la compétitivité industrielle. Et puis, en décembre, le débat sur l'Europe politique va démarrer.

Dans ce chantier ouvert, il est urgent de mettre en place un véritable gouvernement économique, non seulement pour assurer la discipline fiscale, mais surtout pour garantir des niveaux de compétitivité appropriés dans tous les Etats. C’est pour cela que nous promouvons un partenariat entre les Etats membres, la Commission et l’industrie et le renforcement du rôle du Conseil « compétitivité ». Je me réjouis du soutien du Conseil et de la lettre des ministres de Portugal, France, Allemagne, Italie, Luxembourg, Roumanie et Espagne, ainsi que de la reconnaissance de la part des représentants des industries européennes – ce sont autant de soutiens précieux pour la continuation de notre travail.


Side Bar

Mon compte

Gérez vos recherches et notifications par email


Aidez-nous à améliorer ce site