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José Manuel Durão Barroso Président de la Commission européenne Partenaires pour un "départ nouveau" Séance académique à l'Université Félix Houphouët-Boigny de Cocody/Abidjan 25 octobre 2012

European Commission - SPEECH/12/762   25/10/2012

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Commission européenne

José Manuel Durão Barroso

Président de la Commission européenne

Partenaires pour un "départ nouveau"

Séance académique à l'Université Félix Houphouët-Boigny de Cocody/Abidjan

25 octobre 2012

Madame la Présidente,

Excellences,

Mesdames et Messieurs,

Chers amis,

C'est un très grand plaisir que d'être avec vous aujourd'hui. Je dois vous avouer que mes liens avec l'Afrique sont déjà anciens. Et je crois pouvoir dire que c'est un continent que je connais bien. En tout cas, je peux vous affirmer que je m'y sens bien. C'est toujours une joie pour moi de revenir dans cette partie du monde où, au cours de ces trente dernières années, j'ai pu nouer de solides amitiés.

Je voudrais tout d'abord remercier la présidente de l'université, Madame le Professeur Ly Ramata Bakayoko, pour son chaleureux accueil.

C'est aussi pour moi un moment d'émotion. En effet, notre rencontre intervient deux mois à peine après la cérémonie de réouverture officielle au cours de laquelle le président Ouattara a remis symboliquement les clefs de l'université à Madame Ly Ramata.

Et ce ne fut certainement pas n'importe quelle journée de reprise universitaire!

Ce jour-là, après des heures très sombres et une si longue année d'interruption, vous avez enfin pu retrouver le chemin de l'enseignement, le chemin de l'ouverture au partage de la connaissance et aux échanges d'idées qui nous rendent tous plus forts, plus libres.

Car ainsi que l'a écrit le grand écrivain ivoirien, Jean-Marie Adiaffi, "quand on va étudier l'intelligence des autres, ce n'est pas pour abandonner la sienne, mais la multiplier indéfiniment, fort de cet apport de l'autre."

Oui, ce jour-là fut véritablement celui d'un "départ nouveau".

Et ce lieu est véritablement le symbole d'une renaissance et d'une confiance en un avenir meilleur. Votre avenir à chacun d'entre vous et, au-delà de chaque individu, l'avenir de votre grand pays dans son ensemble.

Je sais combien les étudiants se sont eux-mêmes beaucoup investis dans la reconstruction de ce campus universitaire et dans son embellissement. Cet engagement est en soi un magnifique signe d'espoir.

En effet, en faisant de la relance des universités l'une des grandes priorités de son programme, le Président Ouattara a clairement indiqué que l'éducation est un élément clef du développement économique et social d'un pays.

Et vous, les étudiants, en vous engageant dans ce projet, et dans l'amélioration de votre cadre de vie au sein de cette prestigieuse université, vous avez montré que vous êtes prêts à saisir la chance qui vous est donnée, et à assumer vos responsabilités dans l'avenir de votre pays. Permettez-moi de vous en féliciter chaleureusement.

Je suis aussi honoré d'être dans un lieu qui porte désormais le nom d'un homme d'une très grande stature internationale, le "Sage de l'Afrique", celui que ses compatriotes ivoiriens appelaient respectueusement le "Vieux", Félix Houphouët-Boigny.

Il pensait et je le cite, "qu'il n'y a pas au monde de problème si difficile, si ardu soit-il qui ne puisse être réglé par la voie de la négociation." Il disait aussi que "la paix ce n'est pas un mot c'est un comportement."

Ce sont des paroles qui doivent rester gravées dans nos mémoires. Ce sont des paroles auxquelles je suis d'autant plus sensible que l'Union européenne est, elle-même, née de la victoire des forces de la paix sur celles de la guerre scellant la réconciliation entre deux ennemis séculaires, la France et l'Allemagne.

L'intégration européenne c'est l'affirmation du respect de la dignité humaine sur les totalitarismes, de la liberté sur l'oppression et de la solidarité sur les égoïsmes.

C'est le symbole d'une unité acquise non pas par la force mais par le consentement mutuel.

C'est une union qui respecte la diversité de ses Etats membres et qui repose à la fois sur des valeurs fortes – paix, démocratie, dignité humaine, liberté et égalité - et sur une culture du compromis, de la coopération et de l'ouverture.

Ce sont ces principes fondateurs qui constituent l'ADN de l'Union européenne.

Et, nous le savons bien, en Europe comme ici, et ailleurs, défendre la préservation de ces principes n'est pas toujours facile. Rien n'est jamais définitivement acquis. Il nous faut souvent affronter des forces qui veulent défaire et non faire, séparer et non réunir, s'enfermer sur de vieux préjugés et non s'ouvrir sur l'avenir.

Mais quelles que soient les difficultés auxquelles nous devons faire face, notre comportement doit toujours être guidé par ces principes fondamentaux car ils sont notre force et ils nous montrent la voie vers la solution de nos problèmes.

Et c'est bien cela l'esprit européen, qui a été récemment distingué par le Comité Nobel de la Paix, et sur lequel se fondent également nos relations avec nos partenaires. Des partenaires qui peuvent toujours compter sur notre soutien et notre ouverture au monde. En effet, nous prenons ce Prix Nobel non seulement comme une reconnaissance des grands succès de l'Union européenne dans le passé, mais surtout comme un encouragement et une responsabilité pour le futur.

L'Union européenne a été et restera toujours aux côtés de ceux qui défendent la démocratie et la liberté, le dialogue et la réconciliation, le respect de la dignité humaine et de la règle de droit.

La Côte d'Ivoire le sait bien. Nos relations sont anciennes. Nos relations sont fortes. Nos relations sont amicales.

Et alors que la Côte d'Ivoire progresse sur le long et exigeant chemin de la prospérité, du développement et de la démocratie, vous pouvez être assurés du soutien sans faille de l'Union européenne.

En 2010, nous avons été immédiatement aux côtés du peuple ivoirien et de son Président légitimement élu, Alassane Ouattara, que nous avons soutenu politiquement et diplomatiquement.

Nous avons été aux côtés des premières victimes de la crise, les populations déplacées ou réfugiées, auxquelles nous avons apporté notre appui à travers la relance des services sociaux de base ou bien encore l'aide au retour. Puis nous avons prolongé cette action par un Partenariat pour la Transition consacré à la stabilisation et l'appui aux populations des zones les plus affectées par la crise.

Et aujourd'hui, plus que jamais, à l'heure de la justice et de la réconciliation nationale sans lesquelles il ne peut y avoir de paix solide et de démocratie forte, nous restons encore et toujours à vos côtés.

Mesdames et Messieurs,

Des élections sont sans aucun doute une part fondamentale de la démocratie. Et les élections régionales et municipales de février 2013 seront une occasion à ne pas rater. J'engage donc tous les Ivoiriens, quelles que soient leurs origines - géographiques, sociales ou politiques - à participer à un large et franc dialogue ouvrant la voie à une réelle réconciliation nationale qui puisse garantir prospérité et stabilité à une Côte d'Ivoire enfin apaisée.

Mais les élections ne sont pas tout. Une démocratie dynamique et robuste c'est aussi une démocratie qui respecte l'Etat de droit, prône une justice impartiale, refuse l'impunité, fait régner la sécurité, appuie l'épanouissement d'une société civile forte, assure le droit à l'éducation et à la santé pour chaque citoyen.

Et c'est pour soutenir chacun de ces secteurs clefs que depuis 2011 l'Union européenne, premier bailleur de fonds en Côte d'Ivoire, a doublé son aide en allouant une enveloppe supplémentaire de 180 millions d'euros et en apportant depuis aujourd'hui un nouvel appui budgétaire à la restauration des services de l'Etat en Côte d'Ivoire d'un montant de 115 millions d'euros.

Oui, comme vous le voyez, l'Union européenne est bel et bien engagée dans un appui sans faille à la réconciliation et au développement social et économique en Côte d'Ivoire parce que nous voulons voir une Côte d'Ivoire démocratique, politiquement et économiquement forte. Une Côte d'Ivoire qui puisse aussi pleinement jouer son rôle dans la stabilisation et la prospérité de l'Afrique de l'Ouest.

Mesdames et Messieurs,

Au fil des années, les relations bilatérales entre la Côte d'Ivoire et l'Union européenne se sont considérablement renforcées.

Aujourd'hui nous sommes devenus d'importants partenaires économiques - l'Union européenne est le premier partenaire commercial de la Côte d'Ivoire – et notre Accord de partenariat économique intérimaire témoigne de l'importance de cette relation. Et une fois cet accord ratifié notre relation commerciale reposera sur une base juridique solide.

Nous sommes aussi devenus d'importants partenaires politiques. Et je me réjouis de la reprise en avril dernier de notre dialogue politique, connu sous le nom de "Dialogue Politique/Article 8." C'est un instrument d'ouverture et d'échange très constructif que nous devons maintenant approfondir.

Mais, dans un monde de plus en plus interdépendant, la force de notre relation bilatérale doit aussi contribuer à une perspective plus large.

Comme vous le savez l'Union européenne encourage fermement l'intégration régionale en Afrique de l'Ouest.

La position de la Côte d'Ivoire et son économie en font un pays clef pour que le processus d'intégration régionale puisse avancer de façon harmonieuse en Afrique de l'Ouest. L'engagement actif de la Côte d'Ivoire au sein des institutions régionales est donc vraiment essentiel.

Et je salue la double élection du Président Ouattara cette année. Je veux parler de son élection à la présidence de la communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) et de son élection à la présidence du Conseil Paix et sécurité de l'Union africaine. Ces élections reflètent des choix importants, non seulement pour la Côte d'Ivoire, mais aussi pour l'ensemble de la région.

La CEDEAO est une organisation fondamentale pour la paix, la stabilité et la prospérité de l'Afrique de l'Ouest. Il est important qu'elle ait toutes les capacités d'agir avec le plein soutien de ses membres.

Et nous sommes pleinement engagés à poursuivre notre excellent partenariat avec la CEDEAO, notamment sur les crises qui secouent actuellement le Mali et la Guinée Bissau.

Sous l'impulsion du Président Ouattara, la CEDEAO a joué un rôle positif dans la recherche d'une solution à la crise au Mali.

Et l'Union européenne, en concertation avec ses partenaires régionaux et internationaux, est déterminée à soutenir le Mali dans le rétablissement d'un Etat de droit et d'un gouvernement démocratique et pleinement souverain sur l'ensemble de son territoire pour le bénéfice de toute la population du pays.

Pour ce qui est de la Guinée Bissau, je suis bien conscient que la CEDEAO est confrontée à de nombreuses difficultés dans son travail de médiation. Mais si nous voulons sortir de l'impasse actuelle et faire émerger un consensus sur une feuille de route pour le retour à l'ordre constitutionnel et la fin du contrôle des militaires sur l'Etat, il est indispensable que la CEDEAO poursuive sans relâche sa coopération avec tous les interlocuteurs.

Chers amis,

C'est énoncer une évidence que de dire qu'ici, en Afrique de l'Ouest, comme ailleurs, nous vivons tous dans un monde en pleine mutation, un monde imprévisible, instable, un monde aussi très interdépendant. Mais il est toujours utile de rappeler, confrontés à cette évidence, que c'est uniquement si nous coopérons au niveau bilatéral, régional, global que nous parviendrons ensemble à donner un sens à ce monde.

C'est en rassemblant nos forces et en agissant de concert que nous pourrons affirmer, à travers le monde, les valeurs universelles de paix, liberté, dignité humaine, qui sont des aspirations légitimes pour tous, mais ne sont des réalités quotidiennes que pour quelques-uns.

C'est dans ce sens que l'Union européenne restera une amie de l'Afrique et un partenaire fort pour son développement; en tant que plus grand bailleur de fonds et plus grand partenaire commercial.

En effet, pour la période 2014-2020, la Commission européenne a proposé, aux 27 Etats membres de l'Union, un renforcement considérable (de presque vingt pour cent) de nos fonds pour l'Afrique. En même temps, nous nous focaliserons encore plus sur les vecteurs-clés de la croissance inclusive et de l'ouverture politique.

Ce n'est pas seulement une question de solidarité, mais de notre responsabilité stratégique et aussi un investissement dans notre futur commun. Je veux être très clair: L'Europe ne se repliera pas sur elle-même dans une période difficile. L'Europe reste fortement engagée aux côtés de ses amis Africains!

Chers amis,

Les périodes de transition, comme votre nation le vit actuellement, sont exigeantes, parfois même effrayantes, mais elles sont aussi fascinantes. Elles sont la chance d'une génération pour transformer des défis en opportunités et ouvrir de nouvelles perspectives.

Un grand homme de la construction européenne, le Français Jean Monnet a écrit que "ceux qui ne veulent rien entreprendre parce qu'ils ne sont pas assurés que les choses iront comme ils l'ont arrêté par avance se condamnent à l'immobilité."

Ici, vous avez fait le choix d'un "départ nouveau", vous avez l'audace d'aller de l'avant, le courage de prendre vous-mêmes en main votre destin, et c'est une fierté pour l'Union européenne, partenaire fidèle de la Côte d'Ivoire, de vous accompagner dans cette difficile entreprise.

Je vous remercie de votre attention.


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