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Cecilia Malmström EU Commissioner for Home Affairs Améliorer la mondialisation et la coopération internationale pour les citoyens après la crise Les rencontres économiques d'Aix en Provence, France 7 July 2012

Commission Européenne - SPEECH/12/527   07/07/2012

Autres langues disponibles: aucune

European Commission

Cecilia Malmström

EU Commissioner for Home Affairs

Améliorer la mondialisation et la coopération internationale pour les citoyens après la crise

Les rencontres économiques d'Aix en Provence, France

7 July 2012

Tout d'abord un grand merci pour l'invitation de participer à ce colloque et de pouvoir vous offrir quelques idées sur la gouvernance globale et la coopération internationale.

En tant que Commissaire Européenne je suis responsable – entre autres – pour la migration, l'asile, la sécurité interne et, à l'échelle globale, pour la politique en matière des visas.

Certes, le dossier dans mes compétences qui a attiré le plus d'attention - et j'ose dire de conflit - au cours de mon mandat jusqu'à présent, c'est tout ce qui concerne la migration. Vous avez toutes et tous certainement suivi un débat qui reflète également des tensions partout en Europe entre:

(1) le principe basé dans le Traité de Lisbonne de la libre circulation au sein de la zone Schengen;

(2) la pression politique qui se manifeste malheureusement vis-à-vis des migrants et les personnes d'origines non-européennes en Europe, malgré des défis démographiques énormes dans le moyen terme auxquels nous devrons tous faire face ensemble.

(3) Un taux de chômage très élevé et une situation économique très précaire dans plusieurs états membres qui risquent de réduire l'ambition et la confiance du niveau politique de faire les propositions nécessaires pour s'en sortir. En même temps, nous savons qu'il y a en Europe un grand nombre d'employeurs qui ne peuvent pas trouver la main-d'œuvre adéquate.

4) le printemps arabe qui offre de nouvelles possibilités de coopération, ainsi que des défis, et qui pointe les problèmes reliés à l'asile, migration et mobilité

Les citoyens, les institutions et le moyen terme

D'abord quelques chiffres pour encadrer le débat …

Selon les dernières prévisions de la Commission européenne1, le taux de chômage en Europe [EU 27] sera de 10,3% en 2012. Ceci peut être comparé avec un taux de 7,2% en 2007 avant le début de la crise.

Mais comme vous le savez, il faut toujours examiner les chiffres plus en détail.

Parmi les jeunes (de 15 à 24 ans) le taux de chômage est plus que le double (22,4% en avril 2012) et atteint plus de 50% en Grèce et en Espagne. C'est une tragédie économique et humaine qui affecte bien évidemment l'ambiance politique.

Le taux de chômage est influencé par le niveau de croissance en Europe bien sûr, mais il faut aussi prendre en compte la croissance dans les autres régions du monde.

Selon le FMI (World Economic Outlook, April 2012), le taux de croissance en Europe (zone euro) sera de -0,2% en 2012. Mais 1,6% aux Etats-Unis, 6,9% en Inde et 8,4% en Chine! Le dynamisme est bien ailleurs pour l'instant!

La réalité démographique en Europe est problématique. Notre société est en train de vieillir parce que nous vivons plus longtemps et à cause d'un taux de natalité réduit.

Ce que les statisticiens appellent "the old-age dependency ratio" (c'est-à-dire le ratio entre les retraités et ceux entre 15 et 64 ans) passera de 27% aujourd'hui à 50% en 2050. Dans les 15 années à venir, la population active en Europe aura diminué de 12 %.

Est-ce que c'est vraiment envisageable d'avoir un tel fardeau pour les générations qui nous suivront?

Comme je le disais, le taux de chômage est très élevé en Europe, mais nous faisons toujours face à un manque de main d'œuvre dans beaucoup de secteurs. Nous manquons d'ingénieurs, de techniciens informatiques, de travailleurs dans le domaine de la santé etc.…Ces personnes ne se trouvent pas en Europe. Des commandes récentes d'Airbus ont été mises en danger à cause d'un manque de personnel suffisamment qualifié, par exemple.

Un agenda pour le moyen terme …

Comme je l'ai déjà indiqué, il est évident que notre première priorité est de sortir de la crise actuelle. Mais les défis que je viens d'esquisser demeureront bien plus longtemps.

De plus, il faut mettre en avance des propositions qui peuvent résister à un climat politique en Europe marqué par un manque de confiance économique généralisée et une tendance décevante vers le populisme.

J'essayerai quand-même d'être optimiste…

Nous avons des atouts en Europe: éducation, productivité, systèmes de sécurité sociale qui protègent nos citoyens en périodes de crises. Et, comme la crise actuelle nous le rappelle parfois trop brusquement, l'Union Européenne elle-même représente la primauté de l'état de droit vis-à-vis des alternatives plus chaotiques.

Mes coparticipants et cette audience connaissent mieux que moi les grandes lignes des réformes nécessaires: réformes structurelles, modifications des systèmes de retraite (oui, même en France!), enseignement et formation "à vie" pour augmenter la croissance …

Mais permettez-moi aussi un plaidoyer pour la migration vers l'Europe et pour une ouverture d'esprit vis-à-vis des idées et des produits venant des pays tiers.

Le "Printemps Arabe" nous a très clairement montré jusqu'à quel point notre modèle reste attirant. Mais quand je parle aux ministres des pays d'Afrique du Nord, ils me disent: "Cecilia, votre modèle démocratique nous le voulons bien, mais il faut aussi une échange de personnes, de touristes, étudiants, de chercheurs et de travailleurs aussi". Le débat politique en Europe autour de cette deuxième question reste lamentablement défensif à mes yeux.

Oui, le chômage, notamment parmi les jeunes, est un problème en Europe. Oui, la crise économique et financière nous oblige à se poser des questions bien fondamentales en ce qui concerne la gouvernance de nos économies.

Mais l'histoire est pleine de leçons pour les pays ou les empires qui veulent se fermer et ne plus tenir compte des avancées dans le reste du monde. C'est en suivant ce chemin que nous pouvons garantir un avenir appauvri au niveau économique mais aussi sur le plan culturel et intellectuel. Choisissons la bonne feuille de route, alors!

Si nous faisons face à des pays voisins moins stables, il faut trouver les manières de dialoguer et de promouvoir l'échange des idées, des biens et services, et la mobilité des gens. Pour la Chine et L'Inde, c'est largement la même chose: ils ne peuvent pas être ignorés de toute façon…

Deux idées pour le moyen terme

Mon premier point pour l'avenir est qu'au moyen terme nous aurons besoin d'un certain niveau de migration économique vers l'Europe. Un retraité pour deux employés n'est pas une vision saine pour notre continent.

Plus nous attendons, plus le travail sera difficile pour convaincre nos citoyens que c'est en ayant un esprit ouvert vis-à-vis du monde que nous pourrons garantir leurs pensions et leur mode de vie.

Alors il faut commencer à trouver des manières d'attirer les chercheurs, les cadres, les jeunes avec potentiel de venir travailler et, bien sûr, payer leurs impôts en Europe. Il faut faire les premiers pas déjà maintenant pour créer un débat sur l'opportunité de la migration vers l'Europe à moyen terme. Il faut aussi largement améliorer les politiques d'intégration pour ceux qui vivent déjà en Europe pour mieux utiliser la capacité qui existe aujourd'hui et donner la possibilité à tout le monde de réaliser ses chances.

Pour ma part à la Commission, j'essaie de convaincre le Conseil et le Parlement Européen d'adopter une proposition de Directive sur "Intra-corporate transfers". C'est-à-dire, par exemple, qu'un Indien ou bien un Américain qui travaille pour une entreprise internationale et qui voudrait venir quatre mois pour son entreprise aux Pays-Bas et puis trois mois en France ne devrait plus être obligé de rentrer en Inde/ aux US après son séjour aux Pays-Bas afin de refaire ses formulaires pour revenir travailler France au sein de la même société! Mais ceci n'est qu'une petite partie de la solution.

Je voudrais que l'Europe développe une politique où bien sûr, chaque Etat membre définira et décidera de ses besoins, mais que le point principal soit : si vous avez un travail, vous pouvez venir. Nous devons veiller à ce que les salaires soient décents, qu'il n'y ait pas de renversement social, et qu'il y ait une protection contre l'exploitation. Mais autrement dit une mobilité accrue est une nécessité. Si nous voulons avoir une économie basée sur la connaissance et que l'Europe joue un rôle prépondérant dans l'innovation et la recherche, nous devons devenir plus attrayants pour les meilleurs et les plus brillants. Sinon, ils iront ailleurs. L'Europe n'est pas si attractive que nous le croyons.

Le monde est compliqué et ce n'est pas du jour au lendemain que nous réussirons à attirer et bien intégrer les migrants avec talent et potentiel en Europe. Mais nous devons faire des efforts dans cette direction.

Mon dernier point est un plaidoyer pour une gouvernance économique qui met ces idées en valeur. Les organisations mondiales du travail et de migration existent et font du bon travail. Mais les forums et institutions au cœur de débat sur la crise (FMI, G20 etc.) devraient aussi reconnaitre de manière plus visible la contribution que la migration peut faire à une croissance économique plus soutenable en Europe et au niveau mondial à moyen terme.

Ces organisations peuvent d'avantage faire le "business case" pour la migration. Comme le fait d'ailleurs l'OCDE, par exemple dans leur nouvelle édition de "Migration Outlook".

En outre, on me dit toujours qu'il ne reste plus beaucoup de marge ni pour la politique fiscale ni pour la politique monétaire de soutenir la croissance. C'est un appel à la créativité!

La migration peut être un élément clé pour redynamiser nos économies. Alors, ce concept devrait figurer dans les communiqués du G20 et – pourquoi pas? – dans les programmes d'ajustement du FMI.

Une dernière remarque sur les transferts de fonds par les migrants ("rémittences"). Je pense qu'il y a beaucoup à faire au niveau de ces transferts. La valeur pour les pays pauvres qui reçoivent ces transferts "intra-famille" de l'ouest est énorme. Selon la banque mondiale, le total des versements en 2011 aux pays pauvres atteint USD 350 milliards et ne cesse d'augmenter. Cet argent est utilisé pour des investissements, qui à leur tour, donnent des échanges et du commerce avec l'Europe.

Nous devons faciliter ceux-ci et c'est ici que les organisations internationales peuvent jouer un plus grand rôle. À l'instant il y une taxe "de facto" à cause des frais des banques et des organisations qui organisent les versements. Est-ce que les organisations internationales ne pourraient pas faire plus pour réduire ces frais?

Le défi collectif est alors de construire un agenda qui fait le lien entre relance au niveau économique, confiance au niveau politique, et migration comme élément de rééquilibrage de notre modèle économique. Pour cela nous avons besoin de vrai leadership qui ne se plie pas au populisme mais qui sait défendre cette politique de gagnant-gagnant.

1 :

Commission Spring Forecast, May 2012


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