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SPEECH/12/165

Andris Piebalgs

Commissaire européen au développement

Allocution devant le Parlement haïtien

Allocution devant la Chambre des députés et le Sénat, Parlement, Port-au-Prince (Haïti)

Port-au-Prince (Haïti), 6 mars 2012

Mesdames, Messieurs,

Je suis heureux et honoré de pouvoir m’adresser à vous aujourd’hui dans cette séance conjointe des deux Chambres. Je vous amène le salut chaleureux de la Commission Européenne, en particulier du Président de la Commission, Monsieur Barroso, et de la HR pour la politique étrangère de l’UE Lady Ashton, ainsi que de la Commissaire à l’aide humanitaire, Madame Georgieva.

Ma présence ici, devant votre Parlement, entend signifier une marque de respect pour les institutions démocratiques haïtiennes et témoigne de notre attachement commun aux valeurs de la démocratie, du respect des Droits de l’Homme et de l’Etat de Droit.

C’est avec émotion que je reviens en Haïti, deux ans après mon dernier voyage en avril 2010.

Je me réjouis de retrouver aujourd’hui un pays qui en train de rebondir. Ma première impression en revenant à Port au Prince c’est que les urgences les plus aigües ont pu être résolues et que le pays évolue graduellement vers une situation de normalité, encore que précaire. Je souhaite rendre hommage ici à l’extraordinaire résilience et au courage inouï des femmes et des hommes d’Haïti qui leur ont permis de dépasser le pire de cette terrible épreuve.

La récente deuxième commémoration du séisme de janvier 2010 est l’occasion de dresser un bilan de notre action jusqu’ici.

Du début de la crise, l'Europe avait décidé de s'engager massivement et vite pour faire d’abord face aux urgences humanitaires les plus immédiates. Ainsi depuis le premier jour du séisme et jusqu'à aujourd'hui, l’Union Européenne a mis à disposition du gouvernement haïtien plus de 160 millions d'euros d’aide humanitaire. Deux ans après, je pense pouvoir affirmer que le bilan de notre intervention d’urgence a été largement positif. Elle a permis d'offrir une assistance humanitaire à plusieurs millions de personnes, avec notamment la construction d'abris d'urgence, l’accès à l’eau potable et à des services de santé, la lutte pour limiter l’épidémie de choléra.

Nous devons maintenant assurer une transition efficace entre l’aide humanitaire et l’aide plus à moyen terme de la reconstruction.

En parallèle à la mise à disposition de l’aide d’urgence, l’UE s’était engagée à soutenir les immenses défis posés par la reconstruction. A la conférence des donateurs de NY en mars 2010, notre engagement s’est monté à 522M€. Si on ajoute à cela les fonds engagés par les EE.MM de l’UE au titre de la coopération bilatérale, l’engagement total européen s’est chiffré à 1,235 milliards €.

Où en sommes-nous avec notre engagement ? Sur le pledge de  522 M€ de la Commission Européenne, en deux ans, nous avons déjà engagé plus de  400 M€, ce qui correspond à 75% de notre promesse d’aide à New York. Cela veut dire que des projets et d’autres mesures de soutien à votre gouvernement ont été identifiés, agréés et ont fait l’objet d’une convention de financement. Sur ces projets engages, un montant approximatif de  130 M€, prés de 25% de la valeur totale des projets, a déjà été déboursé. Une partie de ces fonds ont servi à couvrir les besoins budgétaires de l’Etat, ce qui a permis la continuité de dépenses courantes et le paiement des salaires et des pensions. Il me semble donc que dans l’ensemble nous sommes en train d’honorer notre promesse.

Par rapport à l’ampleur des besoins ce résultat peut apparaitre modeste, il faut rappeler que contrairement aux programmes d'aide humanitaire, les programmes de reconstruction et de développement dans lesquels nous sommes engagés couvrent en général une période de mise en œuvre de plusieurs années.

Notre action est subordonnée à l’objectif partagé de « reconstruire mieux ». Cela comporte des étapes préparatoires indispensables pour garantir la cohérence, la qualité, l'impact et la soutenabilité à long terme des projets que nous finançons. Le projet de rénovation urbaine à Martissant, que je lancerais aujourd’hui, représente un bon exemple de l’approche intégrée que nous envisageons. Les personnes déplacées qui se réinstalleront dans ce quartier trouveront aussi des services sociaux de base tels que l’accès à l’eau potable, l’évacuation des eaux usées et des dispensaires qui n’existaient pas avant le séisme.

Nous estimons donc que notre soutien à la reconstruction est essentiellement « on track », avec des dépenses qui vont s’accélérer déjà à partir de cette année et ce au fur et à mesure de l’avancement des projets.

Mais il y a d’autres aspects importants qui influencent la rapidité d’acheminement de l’aide. Je me réfère premièrement au contexte politique dans lequel s’encadre notre soutien. Il est indéniable que la longue période électorale et la crise politique en 2010/11 ont eu un impact très négatif sur l’avancement des  projets. Nous soutenons depuis toujours l’importance d’une appropriation de l’aide par nos partenaires. C'est au Haïtiens de décider sur le futur de leur pays en commençant par le processus de reconstruction.

Mais nous avons besoin d’un interlocuteur gouvernemental qui soit en mesure de prendre des décisions, d’un mécanisme législatif qui fonctionne, d’une administration efficace et coordonnée. Or, pour une bonne partie des deux dernières années, ces éléments essentiels nous ont manqué. C'est encore malheureusement le cas aujourd'hui depuis la démission du PM quatre mois seulement après sa prise de fonctions.

Il faut à tout prix que la relative stabilité politique qu’Haïti a retrouvée depuis le dernier tour électoral soit maintenue et consolidée. Les différences politiques sont l’essence même de la démocratie. Mais il faut que tous les acteurs politiques en Haïti agissent en gardant à l’esprit l’intérêt commun de faire avancer rapidement la reconstruction du pays au bénéfice de l’ensemble de la population haïtienne. Haïti ne peut pas se permettre une nouvelle crise politique prolongée. Haïti risque tout simplement de sortir des écrans radar de la coopération international si sa classe politique ne trouve pas la cohésion nécessaire pour avancer la reconstruction.

Je ne pourrai donc assez insister sur l’importance de trouver les compromis politiques nécessaires pour rétablir une entente coopérative entre le pouvoir législatif que vous représentez et le pouvoir exécutif. C’est à notre avis la condition cruciale pour donner une nouvelle impulsion au processus de reconstruction.

A cet égard, il serait hautement souhaitable que cette nouvelle crise soit résolue rapidement par la nomination d'un nouveau PM et la formation d'un Cabinet en mesure de répondre aux attentes du peuple Haïtien. Il est important aussi de créer les conditions pour permettre que le prochain tour électoral partiel prévu en 2012 se déroule dans le respect des règles démocratiques et dans la transparence. Un accord entre les Institutions pour mettre rapidement en vigueur les amendements constitutionnels approuvés par la dernière législature, permettant entre autre la création d'un Conseil Electoral Permanent, serait un pas important dans la bonne direction. Faute de cela, il serait au moins nécessaire d'apporter à la loi électorale actuelle les adaptations nécessaires pour éliminer les controverses qui ont caractérisé le tour électoral précédent.

Un deuxième aspect essentiel pour accélérer et rationaliser la mise en œuvre de l’aide à la coopération, c’est de remettre en place rapidement un système efficace de coordination de l'aide internationale. Nous constatons que le mandat de la CIRH, dont la Commission Européenne était membre, n'a pas été renouvelé. Nous ne souhaitons remettre en discussion cette décision pourvu que soit mis en place rapidement un mécanisme de coordination équivalent dans lequel les différents acteurs institutionnels et la société civile haïtienne pourraient jouer un rôle prépondérant.

Il faudrait à notre avis opérer sur deux niveaux complémentaires. D’une part un niveau politique qui élabore une stratégie réaliste de reconstruction et de reformes sectorielles. D’autre part un secrétariat technique qui assurerait au quotidien la mise en œuvre des projets. C’est ambitieux mais pas impossible. Il y a certes un problème de faibles capacités dans les Ministères, qui a été aggravé par le séisme. Mais les points de départ restent la capacité de vision et la volonté politique. Vous pouvez compter sur une communauté de donateurs, y inclus l’UE, et d’agences internationales qui ne demande mieux qu’une coordination responsable, et efficace de l’aide et qui est prêt à soutenir vos efforts dans cette direction.

Un bref mot sur le futur de notre coopération. La Commission Européenne a proposé un document stratégique contenant un certain nombre de nouvelles orientations qui visent à rendre plus efficace notre aide au développement. Premièrement, nous voulons concentrer d'avantage de ressources financières dans les pays où les besoins sont plus aigus. Haïti pourrait dès lors bénéficier dans le futur d’un volume d’aide plus important. Deuxièmement, nous voulons davantage favoriser l’appui budgétaire, c’est-à-dire le transfert direct de fonds au budget des Etats bénéficiaires. Cela implique toutefois la mise en place par les pays bénéficiaires de stratégies sectorielles détaillées prévoyant les objectifs, les moyens budgétaires ainsi qu’un calendrier réaliste de mise en œuvre.

Mesdames et messieurs les membres du Senat et de la Chambre, lors de ma visite j’aurai aussi l'opportunité d'inaugurer demain à Hinche, dans le plateau central, trois réalisations phares. Nous allons inaugurer la finalisation du tronçon Mirebalais-Hinche de la Route nationale numéro 3 que, une fois achevée, permettra de relier Port au Prince au Cap Haïtien en moins de quatre heures.

Nous allons aussi avoir l'occasion d'inaugurer le tribunal de Hinche, symbole de notre appui à la reconstruction de l'Etat et au renforcement de l'Etat de droit. Enfin nous allons inaugurer l'école fondamentale et le centre pédagogique (EFACAP) de Hinche, symbole de nos efforts pour appuyer Haïti dans le domaine de la mise en place d'une éducation publique gratuite et de qualité accessible à tous.

Dans la même occasion, je signerai deux conventions de financement qui marqueront le lancement de deux nouvelles initiatives : un programme d’appui au Ministère du Commerce et de l'Industrie, une nouvelle phase du programme binational de coopération avec la République Dominicaine. J’aurais en outre le plaisir de participer au lancement d’un programme visant le renforcement de la société civile haïtienne ainsi que des autorités locales.

Mesdames et messieurs, les membres du Senat et de la Chambre, je terminerai mon allocution en vous confirmant mon engagement personnel et celui de l’ensemble de la Commission Européenne et des autres services de l’UE pour la réussite de la reconstruction et du développement économique de votre pays que nous nous sommes engagés à soutenir. Autant que nécessaire, Haïti pourra compter sur l’appui et la solidarité des citoyens et des Institutions de l’UE.

Je vous remercie.


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