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SPEECH/12/160

Dacian Cioloș

Membre de la Commission Européenne

chargé de l' Agriculture et du Développement rural

Mobilisons-nous pour la recherche et l'innovation agricole

Conférence sur la recherche et l'innovation en agriculture

Bruxelles, le 7 mars 2012

Mesdames, Messieurs,

Dès maintenant se prépare l'agriculture de demain, une agriculture qui, au XXIe siècle, devra être durable et innovante pour être compétitive et socialement intégrée. C'est pour cela que je vous remercie d'avoir répondu présent pour cette conférence sur la recherche et l'innovation agricole.

Je voudrais lancer aujourd'hui un véritable appel à la mobilisation générale sur un sujet qui est trop longtemps resté dans l'ombre des laboratoires et des publications scientifiques. Je voudrais également vous adresser un signal très clair sur ma détermination à soutenir la recherche, l'innovation et les échanges de connaissances en agriculture.

La Commission européenne a mis sur la table des propositions très ambitieuses dans ce domaine. Nous proposons de doubler les crédits disponibles au niveau européen sur ce thème et de mettre en place une boîte à outils complète à même d'amplifier l'effort de recherche et d'innovation agronomique – j'y reviendrai plus précisément car nous devons travailler ensemble pour améliorer cette boite à outils.

Dans le contexte économique et budgétaire que tout le monde connait aujourd'hui, c'est un signal très fort qui montre notre volonté de remettre la recherche et l’innovation agricole au centre de des préoccupations, de réinvestir tant du point de vue financier qu'intellectuel et d’aller jusqu’au bout du processus, dans les champs.

Les défis

Nous entrons dans un monde d’incertitudes multiples qui pèsent sur la production comme sur la durabilité du métier d’agriculteur :

  • des incertitudes économiques, avec une volatilité sans précédent des marchés ;

  • des incertitudes climatiques et environnementales, avec des aléas plus fréquents et plus violents ;

  • des incertitudes sanitaires, avec le changement climatique et son lot de maladies nouvelles jusqu’alors inconnues à nos latitudes qui touchent toutes les filières, animales comme végétales.

Nous entrons dans un monde où la diversité est une nécessité et aussi une force. Une nécessité car les solutions de demain doivent être adaptées à une palette très large de situations, de traditions et de défis. Une force, car c'est en construisant sur notre diversité et sur nos savoir-faire que nous trouverons des solutions innovantes et pertinentes sur le terrain. C'est souvent en faisant travailler ensemble les différences que l'on trouve les solutions.

Enfin, nous entrons dans un monde où l'agriculture doit être à l'écoute des citoyens et comprise par les citoyens. Cette oreille attentive doit venir non seulement des pouvoirs publics, mais aussi des agriculteurs ET des chercheurs. La nature et le contenu de nos assiettes constituent des liens permanents entre l’homme et la nature, entre l'agriculture et la société. Pour que ces liens soient des liens de confiance et non pas de défiance, la science doit prendre en compte l'ensemble des dimensions de l'agriculture et non pas uniquement sa dimension productive. Les débats agronomiques et alimentaires ne peuvent pas être tranchés à huis clos car ils engagent l'ensemble de la société.

Les thématiques de recherches doivent être élargies

Dans les années 60 et 70, les défis étaient importants, mais ils étaient plus simples qu’aujourd’hui : il fallait avant tout produire. Les problématiques que les chercheurs avaient à résoudre n’avaient le plus souvent qu’une seule variable, celle de la sécurité alimentaire quantitative.

Désormais, les défis sont complexes et impliquent de changer de regard sur l'agriculture pour en voir toutes les dimensions. A la variable sécurité alimentaire qui, elle-même est devenue plus complexe, se sont ajoutées les variables « ressources naturelles » à préserver et « territoires » à irriguer d’activités économiques porteuses d’emplois et de croissance.

Ainsi, désormais tous les champs de la recherche doivent être explorés pour remplir nos objectifs politiques :

  • la sécurité alimentaire ;

  • la gestion des ressources naturelles ;

  • mais également des aspects liés à l'économie agricole en tant que telle, avec par exemple la question de la répartition de la valeur ajoutée au sein de la chaine alimentaire, l'organisation des filières et un développement équilibré des zones rurales.

Toutes ces problématiques doivent être abordées de façon inclusive. Car une bonne idée pour la sécurité alimentaire n'est bonne que si elle respecte les écosystèmes et la capacité des ressources naturelles, des sols, à produire durablement de la nourriture pour nous, nos enfants et nos petits enfants.

Nous devons changer nos méthodes de travail

Bien entendu, il ne s’agit pas de faire table rase du passé et d’ignorer tout ce qui a été fait jusqu’à présent. Je pense notamment aux grands organismes de recherche sur lesquels l'agriculture européenne a bâti. Plus que jamais, nous avons besoin de l'expertise de ces pôles d'excellence.

Néanmoins, pour aller plus loin, il est nécessaire d’en finir avec une certaine verticale de la connaissance. Nous devons passer d’une culture du transfert de connaissances à une culture d’intégration et de participation de l’ensemble des acteurs au processus de recherche pour croiser les approches et les réflexions.

Une véritable concertation de toute la chaine de la connaissance agronomique, jusque dans les exploitations, permettra de travailler plus efficacement dans deux directions :

  • Libérer le stock de connaissances disponibles, le rendre accessible. Aujourd’hui les outils de communication permettent de mettre à disposition des savoirs à une vitesse formidable. Pourquoi ne pas imaginer des « wikis » agronomiques accessibles facilement dans chaque exploitation, un peu comme le fait wikipedia?

  • Développer les connaissances qui feront l’agriculture de demain. La recherche est un investissement à long terme qui doit se préparer bien en amont pour alimenter progressivement le flot de connaissances et permettre de constituer les savoir-faire, socle de la compétitivité économique et écologique de l’agriculture du XXIe siècle. Nous devons montrer notre capacité à envisager les enjeux du long terme sans oublier les préoccupations des acteurs à plus court terme.

Pour réaliser ces deux objectifs, un décloisonnement des univers de la science et de la pratique est fondamental. Chacun doit être impliqué dans la définition des problématiques, dans l’analyse des situations, dans la recherche de solutions et dans la diffusion des connaissances. J'attends votre expertise pour trouver la meilleure façon d'impliquer l'ensemble des acteurs.

L'UE doit être un facilitateur, mettre à disposition non seulement des crédits, mais aussi une boîte à outil performante

La conférence d'aujourd'hui vise justement à débattre, discuter de façon à nous assurer que notre caisse à outils contient des instruments, des méthodes de travail et de mise en œuvre qui permettront d'interagir de façon efficace. Au-delà du budget, nous devons nous assurer que l'ensemble des acteurs travaillent de façon intégrée et participative.

Avec le programme Horizon 2020, avec le FAS (Système de conseil agricole) élargi, avec les programmes de développement rural offrant des mesures de coopération et d'innovation renforcées et avec le nouveau Partenariat Européen pour l'Innovation, nous pouvons travailler dans quatre directions prioritaires :

  • assurer une meilleure identification des problématiques de recherche, mieux cerner les besoins et élargir le champ des "prescripteurs" de recherche en impliquant les agriculteurs ;

  • favoriser la recherche dans tous les domaines et pour toutes les structures agricoles, sans modèle exclusif en tête. Comment mobiliser de façon cohérente un très large éventail de disciplines scientifiques ? Comment faire travailler ensemble l'écologie et la génétique, les sciences du sol et la biologie moléculaire ? Plus les problèmes sont complexes et plus les solutions doivent être basées sur la pluridisciplinarité sans exclusive ;

  • soutenir non seulement la recherche fondamentale, mais aussi la recherche appliquée et l'innovation : l'excellence scientifique aussi bien que l'excellence dans la transmission et la mise en application doivent être mises à contribution. Comment développer à côté des circuits scientifiques classiques, aussi des circuits courts scientifiques basés sur l’expérience pratique et les idées innovantes issus du champ. La totalité du champ des possibles devrait être analysée, sans fermer de portes.

  • garantir, enfin, que les bonnes idées ne restent pas cantonnées à des publications érudites, mais qu'elles arrivent dans les exploitations y compris les petites exploitations, qu'elles soient portées à la connaissance de tous les agriculteurs. La dissémination des savoirs est un élément clef d'une approche "bottom-up" et qui répond à des demandes concrètes de façon efficace.

Pour conclure, je voudrais une nouvelle fois vous remercier pour votre participation et vous redire, qu'au-delà de cette journée, nous devons travailler ensemble de façon plus intense que par le passé.

Pour y parvenir, les moyens budgétaires alloués sont importants et la Commission européenne a pris ses responsabilités en proposant de renforcer ses capacités d'actions. Il est également fondamental de renforcer le travail participatif et les synergies entre l'ensemble des acteurs. Ce sera sans aucun doute une clef de la réussite pour les prochaines années, car c'est bien souvent de la confrontation de points de vue et de positions au départ contradictoires que naissent les nouvelles idées.

Bon travaux.


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