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José Manuel Durão Barroso Président de la Commission européenne Le temps du courage politique Congrès du Parti Populaire Européen Marseille, le 7 décembre 2011

European Commission - SPEECH/11/864   08/12/2011

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SPEECH/11/864

José Manuel Durão Barroso

Président de la Commission européenne

Le temps du courage politique

Congrès du Parti Populaire Européen

Marseille, le 7 décembre 2011

Mesdames, Messieurs les Chefs d'Etats et de Gouvernement,

Chers amis du Bureau Politique,

Collègues du Bureau Politique du Parti Populaire Européen,

Mesdames et Messieurs les Parlementaires,

Chers amis,

Tout d'abord, un grand merci au Président Sarkozy, à l'UMP, de nous accueillir ici à Marseille. Nous voici une fois encore réunis à la veille d'une réunion cruciale pour l'avenir de l'Union européenne, le Conseil Européen qui commence ce soir à Bruxelles

Et le message qu'au nom de la Commission Européenne je vais porter à ce Conseil Européen, que je vais transmettre à tous les Chefs d'Etat et de Gouvernement d'Europe est le suivant: cette fois-ci ils doivent dire, non pas ce qu'ils ne peuvent pas faire, mais ce qu'ils vont faire pour l'Europe.

Ils doivent montrer, non seulement les problèmes nationaux que nous respectons, mais surtout apporter des solutions européennes.

Le monde entier nous regarde. Le monde entier ne veut plus entendre différentes réserves, différents problèmes nationaux. Il veut entendre une solution européenne.

Parce qu'au fond de cette crise de l'Euro, ou de la stabilité financière dans l'Euro pour être plus exact, ce qu'il y a c'est une crise de confiance, c'est une question politique fondamentale.

L'essentiel est de démontrer à nos citoyens mais aussi à nos partenaires dans le monde, aux investisseurs en général, que l'Euro est irréversible, que nous sommes tous derrière notre monnaie commune qui est la monnaie de l'Union Européenne, l'Euro. Garantir cette irréversibilité de l'Euro.

C'est pourquoi oui nous devons appuyer plus de discipline, plus de convergence, c'est pourquoi oui nous devons renforcer notre gouvernance. C'est pourquoi oui il faut montrer de façon concrète et déterminée cette volonté commune pour l'Euro.

Notre objectif commun, au PPE et aussi à la Commission Européenne, a toujours été très clair : nous devons sortir non seulement plus forts mais aussi plus unis de cette crise.

Alors que tous les indicateurs économiques sont au rouge –le chômage en hausse, les risques de récession réelle – nous devons en finir avec les incertitudes et renouer enfin avec la confiance.

Nous ne pouvons plus laisser le temps jouer contre l'Europe.

La feuille de route que la Commission Européenne a présentée est très précise: s'attaquer à la gravité de la situation actuelle, si nécessaire avec des mesures d'émergence et elles sont nécessaires, mais aussi travailler pour consolider notre union en complétant l'union monétaire avec une véritable union économique, et renforcer la gouvernance de l'Euro en renforçant dans l'ensemble notre union européenne.

L'urgence c'est de répondre à la gravité de la situation actuelle.

C'est cela que nos citoyens attendent de nous; des réponses convaincantes qui leur donnent des perspectives d'avenir. Donc il s'agit de recréer les conditions pour générer une croissance durable, équitable et créatrice d'emplois.

Mais pour avoir la croissance nous avons besoin de la confiance, et on n'aura pas la confiance sans le retour à la stabilité financière, sans le retour à l'équilibre budgétaire, sans la mise en œuvre de réformes structurelles, sans la réduction des divergences entre nos économies notamment en termes de compétitivité.

Et donc nous allons devoir montrer le courage de dire parfois les choses qui ne sont pas les plus agréables: les efforts pour les consolidations budgétaires, les efforts pour les réformes structurelles.

Rappelons le besoin d'augmenter notre compétitivité. Et là je ne peux que me réjouir. Tout récemment, nos amis en Espagne, en Pologne, le Premier Ministre Tusk qui a été renouvelé comme Premier Ministre avec un programme d'exigences. Le futur Premier Ministre Rajoy a gagné les élections en Espagne en disant la vérité aux Espagnols.

Ce n'est pas vrai, contrairement à ce qu'on dit parfois que pour gagner les élections il ne faut pas dire la vérité. Je crois que nos concitoyens sont prêts à comprendre la réalité, la difficulté du moment actuel.

Nos Etats membres doivent donc appliquer à la lettre les engagements qu'ils ont pris pour assainir leurs finances publiques tout en faisant bien sûr les bons choix pour renouer avec la croissance, notamment l'investissement intelligent dans les secteurs d'avenir comme l'éducation, la formation continue, l'innovation, la recherche, l'investissement dans les infrastructures qui peuvent garantir aussi l'espace européen.

Et il s'agit aussi de soutenir nos Etats membres les plus vulnérables et les plus exposés. Car, rappelons le, nous sommes pour une union de stabilité, en même temps nous sommes pour une union de solidarité.

Et c'est pourquoi il nous faut compléter et consolider notre union monétaire par une véritable union économique.

Il est évident que sans une gouvernance économique forte de la zone euro, il sera difficile de maintenir une monnaie commune.

Nous avons déjà bien progressé dans ce sens, notamment nous avons approuvé ce que dans le jargon de Bruxelles on appelle le "six pack", c'est-à-dire 6 propositions législatives de la Commission pour renforcer le pack de stabilité et de croissance.

Et là je veux remercier Joseph Daul, le travail remarquable du groupe du PPE. Sans le PPE on n'aurait pas eu ce renforcement du pacte de stabilité et de croissance.

Le 13 décembre ce nouveau pacte va entrer en vigueur. Vous pouvez compter sur la Commission pour appliquer cette nouvelle discipline.

Nous avons la volonté ferme de traduire dans la réalité tous les engagements qui ont été pris par les Etats membres.

Mais nous avons encore montré qu'on peut aller plus loin, c'est pourquoi nous avons présenté le 23 novembre d'autres propositions.

Il ne s'agit pas, comme certains voudraient le faire croire, d'une sorte de dictature de Bruxelles sur les budgets nationaux. Soyons clairs, les Parlements nationaux décident des budgets nationaux.

Mais en même temps il faut reconnaître, et c'est d'ailleurs dans le Traité actuel, que la politique économique de chacun de nos Etats Membres aujourd'hui est un sujet d'intérêt commun européen, car il y a une véritable interdépendance. Donc, il revient aussi à l'échelon européen de s'assurer de la cohérence d'ensemble et de la bonne mise en œuvre de nos règles communes.

Ce n'est pas une dictature de Bruxelles, c'est au contraire la responsabilité démocratique partagée. Certains disent – mais la souveraineté… Chers amis, si on ne construit pas, en complément de nos démocraties nationales, une démocratie européenne - la véritable souveraineté, la souveraineté matérielle sera la souveraineté des marchés, c'est la souveraineté des opérateurs sans aucun type de contrôle, c'est la souveraineté réelle des marchés contre la souveraineté européenne et des citoyens européens.

Donc oui à la souveraineté, mais à la souveraineté partagée. En Europe si on veut affirmer l'intérêt national de chacun de nos Etats Membres, il nous faut comprendre et accepter qu'on a besoin d'exercer cette souveraineté de façon partagée. Dans le monde du 21ème siècle, dans le monde où on assiste à cette globalisation, seulement une Europe souveraine et forte pourra faire valoir les intérêts et les valeurs qui sont chers à tous nos citoyens et nos citoyennes.

C'est pourquoi il nous faut cette discipline. Mais soyons aussi clairs: une Union européenne qui ne reposerait que sur la discipline et la sanction ne serait pas viable. En tout cas ce n'est pas l'Union que nous voulons faire vivre. Nous sommes pour l'Europe de la responsabilité, mais pour l'Europe de la solidarité aussi. Nous sommes pour la discipline, mais nous sommes pour la convergence. Nous sommes pour la stabilité, mais nous sommes pour la croissance. C'est aussi pourquoi nous voulons accélérer la mise en place du mécanisme permanent de stabilité qui est essentiel pour garantir l'avenir de la zone euro.

Chers amis,

Tous ces objectifs sont interdépendants. Et au-delà de l'urgence de la crise actuelle, ils tracent la voie vers une Europe mieux équilibrée entre ces principes.

Beaucoup peut déjà être fait sur la base du traité actuel, et nous devons le faire.

Les défis auxquels nous sommes confrontés n'ont jamais été aussi grands. C'est maintenant que nous devons y répondre - dans l'urgence et avec les instruments dont nous disposons.

Toutefois nous devons, si nécessaire, être ouverts à aller plus loin, c'est-à-dire ouverts à une révision du traité si, et là je dois souligner ceci, si nos Etats Membres peuvent garantir qu'ils sont en mesure d'approuver et de faire ratifier les modifications dans les traités. Car il est très important d'être clair là-dessus – un processus de révision des traités c'est toujours, même si on veut le faire de façon très ciblée, un processus complexe. Donc, c'est la responsabilité des Etats Membres – ce sont eux qui ont le droit de faire ou non de nouveaux traités. Et nous pouvons soutenir cet effort si vraiment ils croient qu'il est nécessaire pour aller plus loin. Si nos pays sont prêts à le garantir, je pourrais dire bien sûr "oui" à une révision des traités. "Oui" à une révision, mais dans le respect de certains principes:

Oui à une révision si c'est pour affirmer que l'euro est irréversible et que notre volonté commune de le défendre est inébranlable.

Oui si c'est pour aller vers plus d'intégration européenne et non pas vers la fragmentation de nos acquis, notamment la fragmentation du marché intérieur qui est la base sur laquelle repose la construction européenne.

Oui à la révision si c'est pour renforcer notre cohérence et notre unité et non pas pour créer de nouvelles lignes de fracture entre nous.

Oui à la révision si c'est pour renforcer notre Union dans le respect de ses institutions communautaires et de la méthode communautaire. Les Etats Membres ont crée une Commission européenne, une Banque Centrale Européenne, une Cour de Justice et, bien sûr, un Parlement Européen élu directement au suffrage universel.

C'est précisément pour garantir cette cohérence d'ensemble – et ça c'est novateur en Europe -, que nous avons des institutions communautaires ou supranationales. Donc, ce que je dis c'est qu'il faut faire ensemble, bien sûr sans aucun antagonisme, mais avec nos états qui sont tous démocratiques et avec nos instances supranationales, nos instances communautaires.

C'est pourquoi il est essentiel de garantir dans une révision des traités, le rôle de la Commission, de la Banque Centrale Européenne, de la Cour de Justice et, il va de soi, aussi du Parlement Européen. Une Europe plus forte, c'est une Europe qui a besoin d'institutions plus fortes et pas une Europe qui divise les institutions et ses Etats Membres.

Donc, je crois que dans ces conditions nous pouvons trouver un consensus ce soir et demain matin. Une Europe plus stable, plus responsable, plus solidaire et plus forte. Une Europe de laquelle nous devons être fiers.

Et comme je l'ai dit récemment au Parlement Européen, je crois que ce qu'il nous faut maintenant en Europe c'est un sursaut de dignité. Je me sens, je l'ai dit, un peu blessé quand je vois certains suggérer que l'Europe doit aller dans le monde demander de l'aide aux autres – d'autres qui en terme de revenus par capita, en terme de développement, sont bien derrière nous. Ce que nous devons faire c'est mettre notre maison en ordre. Si nous rétablissons les conditions de confiance en Europe, nous n'avons pas à demander de l'aide aux autres. L'investissement viendra lorsqu'il y aura les conditions de gouvernance dont nous avons besoin. Donc, j'appelle à ce sursaut de fierté européenne. Nous n'avons pas à nous excuser d'avoir des démocraties. Nous n'avons pas à nous excuser d'avoir une économie sociale de marché. Nous n'avons pas à nous excuser d'avoir ce grand projet de paix, de liberté et de solidarité qu'est l'Europe, l'Union Européenne. Je crois que nous pouvons être fiers et s'il y a la volonté politique avec le droit européen, avec les institutions européennes, avec la volonté politique derrière ce grand projet, je crois que nous pouvons gagner et aller de l'avant dans ce grand projet de paix et de solidarité qu'est notre Europe.

Je vous remercie de votre attention.


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