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José Manuel Durão Barroso Président de la Commission européenne Un nouveau moment fédérateur Allocution à la Fondation Jean Monnet Lausanne, le 7 octobre 2011

European Commission - SPEECH/11/645   07/10/2011

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SPEECH/11/645

José Manuel Durão Barroso

Président de la Commission européenne

Un nouveau moment fédérateur

Allocution à la Fondation Jean Monnet

Lausanne, le 7 octobre 2011

Madame la Présidente, chère Micheline Calmy-Rey, Monsieur le Président de la Fondation Jean Monnet, cher Gil- Robles,Chers Emilio Colombo et Javier Solana,

Excellences, Mesdames, Messieurs, Chers Amis,

Permettez-moi tout d'abord de vous dire très simplement combien je suis heureux d'être ici aujourd'hui.

C'est toujours pour moi un moment privilégié, et un moment d'émotion, que d'être en ce lieu dont la vocation est de préserver vivante la mémoire de la réconciliation et de l'union des Européens.

C'est un bonheur de s'y laisser porter par le souvenir si vivace de son fondateur Jean Monnet et de ses premiers présidents Henri Rieben et Bronisław Geremek.

C'est un plaisir d'y retrouver autant de visages connus et amis, et d'y célébrer ensemble le trentième anniversaire de la présence de la Fondation à la Ferme de Dorigny.

Et je me réjouis que cet anniversaire coïncide avec la cérémonie de remise des Médailles d'or de la Fondation à deux grandes personnalités européennes Emilio Colombo et Javier Solana.

Ils sont, l'un et l'autre, des hommes de conviction et de talent, de détermination et de persévérance.

L'un et l'autre ont mis toutes leurs qualités professionnelles et humaines au service de leur pays, l'Italie et l'Espagne, et de l'Europe.

Tous deux ont directement été confrontés à des moments de crises, parfois profondes, de la construction européenne, et tous deux ont directement contribué à différentes périodes de relance du projet européen.

Et permettez-moi une note plus personnelle pour dire combien j'ai apprécié de travailler avec chacun d'eux. J'ai eu l'honneur d'avoir Emilio Colombo comme collègue alors que nous étions ministres des Affaires étrangères de nos pays respectifs. Et ce fut également le cas avec Javier Solana que j'ai eu le plaisir ensuite de retrouver à Bruxelles alors qu'il était le Haut Représentant pour la politique étrangère et de sécurité commune de l'Union européenne

Emilio Colombo et Javier Solana savent l'un et l'autre qu'il n'y aura pas de réalité politique européenne forte tant que l'Europe ne sera pas capable de s'affirmer pleinement dans le monde, d'y défendre et promouvoir ses valeurs et ses intérêts, d'y assurer sa défense.

Et c'est précisément le grand défi auquel nous devons faire face; l'Europe réconciliée, l'Europe réunifiée doit être une Europe qui, sans arrogance mais en toute confiance, s'affirme dans un monde en pleine mutation. Une Europe qui par la force de son unité pourra préserver son influence dans un monde où de nouvelles sphères d'influence sont en train d'émerger. Et pour atteindre ensemble cet objectif, nous avons besoin, aujourd'hui, d'un sursaut collectif, d'un nouveau moment fédérateur.

Nous le savons tous ici, Jean Monnet avait déjà tracé le chemin avec une intelligence stratégique remarquable. Dès 1954, il disait : "nos pays sont devenus trop petits pour le monde actuel à l'échelle des moyens techniques modernes, à la mesure de l'Amérique et de la Russie d'aujourd'hui, de la Chine et de l'Inde de demain."

Il serait temps que nous prenions la pleine mesure de ces paroles lucides et visionnaires: l'avenir de l'Europe en dépend.

Mesdames et Messieurs,

Dans cet esprit, je voudrais aujourd'hui évoquer avec vous trois questions essentielles sur lesquelles il est important que nous ne commettions pas d'erreur:

  • la portée de notre interdépendance;

  • la valeur de l'approche communautaire;

  • et la pertinence de nos principales réussites face aux défis que nous devons relever.

Ne pas commettre d'erreur sur ces trois questions, c'est se donner les moyens de mieux avancer ensemble sur le chemin du renforcement de la position de l'Europe dans un monde changeant, imprévisible et très compétitif

Tout d'abord notre interdépendance. Elle est au cœur même de la conception du projet européen.

Il est vrai que l'évolution de la mondialisation a contribué à accélérer notre interdépendance économique. Il est vrai aussi que jusqu'à cette récente crise nous n'en avions pas pris toute la juste mesure.

Cette fois-ci ne nous trompons pas et ne sous-estimons pas la nécessité impérieuse de renforcer notre coopération et notre coordination. C'est notre crédibilité qui est en jeu.

L'interdépendance c'est être exposés à des risques communs mais aussi à des opportunités communes.

Nous en connaissons les risques parce que certains Etats membres n'ont pas respecté les règles communes et n'ont pas hésité à affaiblir le Pacte de stabilité et croissance.

Nous en connaissons les risques parce qu'on a laissé se creuser des divergences profondes entre nos économies notamment dans le domaine de la compétitivité.

Nous en connaissons les risques parce que l'Europe a tardé à s'adapter à un environnement économique mondial en rapide mutation et à l'évolution démographique de nos sociétés.

Aujourd'hui nous devons tirer le meilleur de notre interdépendance et en partager les opportunités.

Aujourd'hui nous devons enfin tous comprendre que notre interdépendance nous appelle à aller vers plus de convergence et plus de cohésion, plus de responsabilité et de discipline collectives pour une union économique plus forte et plus compétitive.

Cela fait déjà plusieurs années que la Commission préconise le renforcement de notre gouvernance économique. Nous l'avions notamment souligné dans notre rapport sur les dix ans de l'Euro.

Cela va maintenant devenir une réalité. Les propositions que nous avions présentées en septembre 2010 pour renforcer la discipline et la gouvernance économique, en réformant le Pacte de stabilité et de croissance, ont été adoptées la semaine dernière par le Parlement européen puis approuvées ce mardi par le Conseil Ecofin.

C'est une étape très importante que nous avons franchie. Nous sommes enfin arrivés, tous ensemble, à maturation sur cette question du renforcement de la gouvernance économique. Nous y sommes arrivés certes après de longs débats, mais ce furent aussi de bons débats. C'est le propre de notre démocratie et nous pouvons en être fiers.

Nous connaissons tous l'attitude sage et apaisée de Jean Monnet face à l'attente, sa grande patience acquise au cours d'une enfance passée au milieu des viticulteurs et distillateurs. Il disait, et je le cite : "Je sais attendre longtemps les circonstances. A Cognac, on sait attendre, c'est la seule manière de vanter un bon produit."

Parfois nous aussi, à la Commission, nous savons attendre. Par exemple dès 2005, du temps de ma première Commission, nous avons présenté une proposition pour renforcer le mandat d'Eurostat en termes de contrôle des comptes nationaux. Sur le coup, elle a été rejetée par les Etats membres. Ce n'est qu'en 2010 qu'une nouvelle proposition allant dans le même sens a pu aboutir.

Entre temps les circonstances avaient changé. Oui, elles sont devenues propices à plus de discipline et à une gouvernance économique renforcée. Il y a même clairement un sens de l'urgence qui désormais prédomine. Nous ne laisserons pas le temps jouer contre l'Europe et nous serons déterminés dans la mise en œuvre concrète de nos décisions.

Cet autre "petit pas" en avant que nous venons de franchir est d'autant plus important que notre propre intégration économique européenne se fait en parallèle avec notre intégration dans l'économie mondiale. Et c'est tous ensemble, avec nos partenaires internationaux, que nous devons coopérer pour dépasser nos divergences et bâtir une économie mondiale plus forte, plus équilibrée et plus résiliente. Nous le ferons d'autant mieux si nous sommes déjà, entre Européens, plus unis et plus cohérents.

Mais soyons clairs, ce "petit pas" n'est évidemment qu'un début et non pas encore, loin s'en faut, un aboutissement sur le chemin qui doit nous conduire vers une affirmation plus forte, plus confiante, de notre place dans le monde.

L'interdépendance économique est un fait. L'intégration politique est un choix. Sans la deuxième nous ne serons pas capables de répondre aux exigences de la première.

Et cela me mène à la deuxième question que je souhaiterais évoquer avec vous aujourd'hui.

Nous avons deux grandes forces; un marché unique de 500 millions d'Européens qui nous rend très attractif aux yeux de nos partenaires internationaux et une monnaie commune qui est la deuxième monnaie de référence au niveau mondial. Mais ces deux forces s'accommodent mal d'approches essentiellement nationales.

Alors ne nous trompons pas, et reconnaissons que nous ne pouvons pas continuer à partager une monnaie commune et un marché unique dans un cadre intergouvernemental.

La seule approche crédible c'est l'approche communautaire. Et comme je l'ai dit au Parlement européen dans mon discours sur l'Etat de l'Union, la Commission européenne est, par son indépendance et par les compétences que lui donne le traité, le gouvernement économique naturel de l'Union.

J'ai bien entendu certaines voix suggérer que l'affirmation des institutions ne pourrait se faire qu'au détriment des Etats membres. Dire cela, c'est ne rien comprendre à l'esprit européen!

L'approche communautaire ce n'est pas les institutions contre les Etats membres. L'approche communautaire ce n'est pas la séparation, c'est la convergence. L'approche communautaire ce n'est pas la confrontation, c'est le dialogue permanent. L'approche communautaire ce n'est pas le repli sur des positions nationales, c'est le compromis au service de l'intérêt général. L'approche communautaire c'est la garantie d'une Europe forte et unie dans sa diversité. C'est la garantie de l'égalité de tous devant le traité.

Bronisław Geremek l'a très bien dit et vous vous en souviendrez certainement : "La méthode communautaire et l'esprit européen", disait-il, "ne se sont jamais développés contre les nations, il s'agissait plutôt de les faire converger dans la conscience partagée d'une communauté d'intérêts."

Et c'est bien là une question fondamentale; la "conscience partagée d'une communauté d'intérêts." Oui il s'agit de développer en chacun de nous le sens d'une appartenance à une communauté d'intérêts et de valeurs qui vaut la peine d'être défendue, qui vaut la peine de quelques sacrifices.

En outre, personne n'y perd dans ce transfert de souveraineté au contraire chacun en sort renforcé et l'Europe n'en deviendra que plus stable.

Car ne nous y trompons pas, ce n'est qu'ainsi que l'Europe gagnera une souveraineté et une indépendance à l'échelle mondiale. Et cela se fera au bénéfice de chacun de nos Etats membres.

En fait nous le voyons bien, pour sortir par le haut de cette crise, nous devons prendre à bras le corps les deux éléments principaux de toute relance du projet européen; achèvement et approfondissement. Il s'agit maintenant d'achever la mise en œuvre des objectifs de Maastricht et d'approfondir l'intégration économique européenne.

Chers amis,

En soixante ans de petits pas, nous avons fait de grandes avancées. Ce furent soixante années parfois difficiles et laborieuses, soixante années semées d'embûches et de crises, de relances et d'espoirs. Ce furent surtout soixante années de paix entre des pays si longtemps meurtris par les guerres.

Aujourd'hui, à nouveau, nous sommes confrontés à une crise de notre histoire commune et certains voudraient remettre en cause nos plus belles réussites.

Face aux défis que nous devons relever, certains voudraient nous faire croire que la solution serait dans l'éclatement de nos acquis communs bâtis tout au long de ces soixante dernières années. Ce serait de la folie pure! Ce serait la voie la plus directe et la plus rapide vers le déclin de l'Europe.

Ne nous y trompons pas, il serait désastreux de revenir sur nos acquis, ils sont notre meilleur atout pour notre avenir.

Seules une plus grande cohésion et une plus grande unité peuvent sauver l'Europe de la marginalisation voire du déclin. Il faut bien sûr tout d'abord une plus grande cohésion et une plus grande unité au sein des pays de la zone euro. Mais cela doit se faire en incluant chacun de nos Etats membres dont la quasi majorité a d'ailleurs vocation à rejoindre, tôt ou tard, la zone euro.

Et soyons honnêtes, nous ne traversons pas une crise de l'Euro mais une crise des dettes souveraines. L'endettement de certains de nos pays est bien antérieur à l'Euro! Alors défendons cet acquis primordial.

Oui seul le renforcement de nos acquis, et non leur abandon, peut nous aider à relever les défis d'aujourd'hui et de demain. C'est en tirant tout le potentiel de notre marché unique et de nos relations commerciales que nous pourrons générer une croissance durable, équitable et créatrice d'emplois. C'est en investissant dans des domaines d'avenir, au premier rang desquels l'éducation, la recherche et l'innovation que nous pourrons contribuer à la relance de nos économies.

Ce n'est qu'ensemble que nous pouvons réussir. Alors que tout bouge autour de nous l'Europe doit évoluer, tout en restant fidèle à ses valeurs fondamentales. L'Europe ne doit pas passer à côté de l'histoire en marche mais doit contribuer à faire l'histoire.

Et je suis convaincu que nous allons réussir. C'est dans les moments les plus exigeants que l'Europe a toujours su trouver la voie du progrès dans l'intégration.

Ainsi que le disait Jean Monnet : "les hommes n'acceptent le changement que dans la nécessité et ils ne voient la nécessité que dans la crise."

Et précisément aujourd'hui la nécessité c'est plus d'Europe et le leadership c'est rendre possible ce qui est nécessaire.

C'est vrai que l'Europe demeure un projet politique inachevé, complexe et souvent difficile à comprendre. Mais c'est une affaire de pédagogie et cela aussi Jean Monnet l'a dit avec une grande justesse, "nous n'expliquerons jamais assez le sens de notre action et les progrès de l'union que nos concitoyens vivent chaque jour sans le savoir". C'est une responsabilité que nous partageons tous et dont je dois souligner que la Fondation Jean Monnet s'acquitte avec beaucoup de talent.

Nous devons donc continuer à avancer vers une Union de la stabilité et de la responsabilité, une Union de la croissance et de la solidarité.

Nous pourrions trouver l'énergie nécessaire pour poursuivre nos efforts dans la crainte, la peur, ce ne serait pas la première fois de notre histoire. Nous pourrions ainsi agir poussés par la crainte de la réaction des marchés ou encore par la crainte de la pression de la mondialisation sur nos sociétés. Nous pouvons aussi agir poussés par notre fierté d'être Européens et notre confiance en notre capacité à bâtir ensemble un avenir meilleur.

C'est à ce sursaut de fierté et de dignité européenne que j'aspire pour chacun d'entre nous, chacune de nos institutions, chacun de nos Etats membres, chacun de nos concitoyens.

Nous disons merci à ceux qui nous donnent des conseils! Mais nous leur disons aussi que nous sommes capables de faire ensemble les efforts nécessaires pour dépasser cette crise, parce que nous avons confiance en nous-mêmes, nous avons confiance en l'Europe.

Je vous remercie de votre attention.


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