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SPEECH/11/49

Štefan Füle

Commissaire européen à l’élargissement et à la politique européenne de voisinage

Déclaration sur la situation en Tunisie

Parlement européen, commission des affaires étrangères

Bruxelles, le 26 janvier 2011

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les Députés,

La Tunisie se trouve à un tournant unique dans son histoire : le pays est en marche vers une véritable démocratie. En l’espace de quelques jours, l’ancien président Ben Ali a quitté le pays, le RCD, le parti naguère dominant qui le soutenait, est en voie de dissolution suite au démantèlement de son bureau politique, et un gouvernement de transition comprenant des membres de l’ancienne opposition a été mis en place. Une amnistie de tous les prisonniers politiques a été annoncée, la liberté de la presse est garantie, l’interdiction des activités des groupes de défense des droits de l’homme est levée et tous les partis politiques sont en cours de légalisation. Le gouvernement de transition a également institué une commission chargée de formuler des propositions sur les réformes politiques à entreprendre et deux commissions d’enquête ont été mises sur pied : l’une sur la corruption et l’autre sur les actes de violence perpétrés pendant les manifestations.

Il s’agit là de formidables avancées, dont nous nous réjouissons pleinement, car elles sont porteuses d’espoir pour le peuple tunisien, trop longtemps privé de la possibilité de réaliser ses aspirations légitimes.

Mais la Tunisie n’est qu’au début de sa métamorphose. Sur le plan intérieur, le nouveau gouvernement de transition doit encore être accepté plus largement par la population. Les autorités tunisiennes doivent faire le maximum pour gagner la confiance des citoyens et créer les conditions de la stabilité dans cette période transitoire, mais également pour relancer l’économie le plus tôt possible et favoriser un environnement stable permettant d’organiser rapidement et dans le calme les élections prévues.

Que cela soit clair: dans ce moment crucial, l’Union européenne soutient sans réserve le peuple tunisien. La Haute représentante et moi-même avons déjà exprimé notre soutien et proposé notre aide dans diverses déclarations. À l’heure où je vous parle, un haut fonctionnaire du service européen d’action extérieure se trouve à Tunis pour rencontrer les trois commissions et les protagonistes de cette transition, notamment des représentants de la société civile et de l’opposition. En ce qui nous concerne, la prochaine étape sera une visite au niveau politique, que nous organiserons dès que la situation le permettra. La Tunisie sera à l’ordre du jour du Conseil « Affaires étrangères » de lundi prochain. Et cette assemblée a également exprimé son soutien lors du débat qui s’est déroulé en ma présence lors de la dernière session plénière.

Je crois également savoir qu’une délégation du Parlement européen se rendra en Tunisie très prochainement, ce dont je me réjouis. Le Parlement et ses commissions, ainsi que les partis politiques européens et nationaux, peuvent largement contribuer au renforcement des institutions et des partis tunisiens dans le nouvel environnement.

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les Députés,

Les premières mesures adoptées par le gouvernement de transition de la Tunisie vont dans la bonne voie, et nous appelons les autorités à concrétiser sans réserve leurs nouveaux engagements en matière de gouvernance, de respect de l’état de droit et des libertés fondamentales, ainsi que de réformes économiques et sociales. L’Union est prête à soutenir le processus de transition, y compris l’organisation d’élections libres, transparentes et démocratiques dès que les conditions seront réunies. Nous sommes prêts à apporter toute l’aide politique, juridique, technique et matérielle que la Tunisie jugerait utile pour organiser les élections.

Nous envisageons également d’autres mesures que l’Union pourrait adopter pour accompagner la transition: par exemple geler les avoirs et interdire les voyages de personnes désignées en concertation avec les autorités tunisiennes; adapter notre coopération financière aux nouveaux besoins du pays; et accroître notre soutien à la société civile tunisienne.

Permettez-moi d’insister sur ce point. L’expérience de toute transition démocratique, y compris dans la partie de l’Europe dont je suis originaire, nous a appris que la société civile a besoin d’être renforcée et soutenue afin de l’aider à s’adapter à la nouvelle situation. L’UE a soutenu la société civile tunisienne autant qu’elle a pu sous l’ancien régime, notamment par des instruments tels que l’Initiative européenne pour la démocratie et les droits de l’homme et nos programmes pour les acteurs non-étatiques. Il est maintenant possible de faire beaucoup plus, que ce soit grâce à nos programmes ou à des partenariats entre les partis politiques, les fondations et autres. C’est à mes yeux l’un des meilleurs moyens d’investir dans l’avenir de la Tunisie et d’aider sa démocratie à se stabiliser et à gagner aussi vite que possible en maturité.

Quant au statut avancé, l’UE est disposée, le moment venu, à reprendre les négociations sur de nouvelles bases, dans le cadre d’un dialogue avec un gouvernement démocratiquement élu et d’un Plan d’action adapté à la nouvelle situation. J’ai toujours clairement dit que, selon nous, l’octroi d’un statut avancé implique des engagements renforcés dans tous les domaines, y compris la démocratie et les droits de l’homme.

L’UE s’efforcera, dans toute la mesure de ses moyens, de soutenir la Tunisie à relever les défis qui se présentent à elle, notamment les problèmes économiques et sociaux qui sont à l’origine du mécontentement à l’égard de l’ancien régime. Le chômage, et notamment celui des jeunes et des jeunes diplômés, la pauvreté et le développement insuffisant de nombreuses zones du pays appellent une réaction urgente des autorités tunisiennes. Dans ce contexte, il est nécessaire d’ouvrir l’économie, de faciliter les investissements privés, de lutter contre la corruption et la recherche de rente et de mettre en place des mécanismes pour relancer la croissance. Ces réformes sont nécessaires et urgentes. L’UE a déjà apporté son aide dans ces domaines par le passé et nous sommes disposés à examiner avec un œil neuf, en coopération avec un gouvernement démocratiquement élu, les moyens d’être encore plus efficaces.

La Tunisie est un partenaire important pour l’Union européenne. Nous avons un fort intérêt à ce que la Tunisie soit stable, prospère et démocratique et que nous puissions établir une coopération mutuellement bénéfique et fondée sur des intérêts et des valeurs partagés. Les relations entre nos sociétés et nos économies sont solides : nous pouvons à présent non seulement préserver les acquis positifs du passé mais aussi poser des avancées nouvelles.

Je m’engage à garantir que nous ferons le maximum pour soutenir la démocratie émergente en Tunisie, qui pourra devenir un modèle et une source d’espoir pour les populations du Maghreb, du monde arabe et au-delà.

Je vous remercie pour votre attention.


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