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SPEECH/11/408

José Manuel Durão Barroso

Président de la Commission européenne

Laudatio de Jean-Claude Trichet Prix Charlemagne 2011

Remise du prix Charlemagne 2011

Aachen, le 2 juin 2011

Sehr geehrter Herr Oberbürgermeister Philipp,

Sehr geehrter Herr Linden

Sehr geehrter Herr Präsident der EZB, lieber Jean-Claude,

Sehr geehrte Preisträger des Karlspreises: Chère Madame Veil, Querido Felipe Gonzales, Werte Herr Tindemans,

Excellencies

Meine Damen und Herren,

Jean-Claude Trichet, Präsident der Europäischen Zentralbank, erhält heute den Karlspreis zweitausend und elf (2011).

Ich kann Ihnen versichern, es ist mir eine große Ehre und eine besondere Freude, aus diesem erfreulichen Anlass die Laudatio zu halten.

Die Unterzeichner der Aachener Karlspreisproklamation von neunzehn hundert neun und vierzig (1949) wollten (ich zitiere:) „verdiente Persönlichkeiten“ auszeichnen, „die den Gedanken der abendländischen Einigung in politischer, wirtschaftlicher und geistiger Beziehung gefördert haben“. Die Begründer dieses Preises haben damals geschrieben (ich zitiere erneut): „und immer gab es in Aachen geistig überlegene und weitschauende Männer, die gegen alle nationale Engstirnigkeit und vermeintliche Interessen versuchen, das Gemeinsame und Verbindende des abendländischen Raumes und abendländischer Kultur zu finden“.

Genau das macht diesen Preis so einzigartig: Er verdankt seine Existenz dem Engagement von Bürgern. Geschäftsleute, lokale Mandatsträger, Intellektuelle – Bürger, die die Spaltungen der Vergangenheit und die Grenzen überwinden wollten. Der Karlspreis steht für den Glauben der Zivilgesellschaft an das friedliche Zusammenleben. An eine gemeinsame Zukunft in Europa. Wir, die politisch Verantwortlichen in Europa, haben die moralische Pflicht, diesen Erwartungen gerecht zu werden.

Alors que nous traversons une période difficile où ressurgit, parfois avec force, la double tentation du repli sur soi et du chacun pour soi il est plus que jamais nécessaire de retrouver le sens de cette perspective historique et la valeur du "nous".

Un devoir de mémoire s'impose car comme le soulignait l'historien Marc Bloch, un Lyonnais tout comme Jean-Claude Trichet, et je le cite, "l'ignorance du passé ne se borne pas à nuire à la connaissance du présent : elle compromet, dans le présent, l'action même."

Il nous appartient de maintenir vivant le souvenir du lourd tribut que des divisions séculaires entre la France et l'Allemagne ont fait peser sur nos aînés. Les tragédies qui ont déchiré l'Europe ne peuvent être rejetées à la périphérie, elles sont au cœur même de la construction européenne, de notre réalité d'aujourd'hui

Il nous revient d'expliquer aux jeunes générations ce que fut l'audace de nos Pères fondateurs, leur "acte hardi, leur "acte constructif" lorsqu'ils se sont engagés à faire naître "une Europe solidement unie et fortement charpentée"; engagement gravé à jamais dans la déclaration Schuman.

Et à l'heure de la globalisation des grands enjeux et de l'émergence de nouvelles économies, il nous est plus que jamais nécessaire de tirer toutes les leçons de la clairvoyance d'un Jean Monnet qui en 1954, déjà, soulignait que "nos pays sont devenus trop petits pour le monde actuel à l'échelle des moyens techniques modernes, à la mesure de l'Amérique et de la Russie d'aujourd'hui, de la Chine et de l'Inde de demain. "

Enfin et surtout il nous appartient d'être à la hauteur de cette responsabilité qui est maintenant entre nos mains; celle de préserver et de renforcer la dynamique européenne à l'ère de la mondialisation et alors qu'il nous faut sortir de la crise par le haut.

Nous devons à nos enfants, à nos petits-enfants, de poursuivre ce grand projet inachevé. Nous devons leur léguer une vision d’espoir dans l’avenir et non pas une vision défaitiste d’un prétendu déclin de l’Europe qui dit plus de l’état d’esprit de ceux qui la répandent que de la situation réelle et complexe de notre continent.

Notre grand projet européen nous vaut d'être aujourd'hui un marché unique de 500 millions de citoyens, une Union forte de ses valeurs et de son ouverture au monde qui nous a permis de devenir la première puissance commerciale du monde, une force d'influence globale en matière de régulation et la deuxième monnaie de référence au niveau mondial, l'euro, une monnaie forte, stable, qui traduit une volonté existentielle de l'Europe.

Commerce, concurrence et monnaie, ce sont bien là trois domaines, parmi d’autres, où la voix politique de l'Europe porte dans le monde. Ce sont bien là trois domaines, et Jean-Claude Trichet le sait mieux que personne, où les Etats membres ont été le plus loin dans les transferts de souveraineté.

L’Europe, aujourd’hui, est sans aucun doute une force d’influence dans le monde, elle est aussi une force d’inspiration. Ces sont les valeurs de l'Europe qui inspirent la jeunesse dans le monde qui lutte pour la liberté et le respect de la dignité humaine. Et, soyons clairs, cette Europe à 27 pèse plus que la communauté des 6 Etats fondateurs.

Mais nous sommes maintenant à la croisée des chemins. Nous sommes au moment où notre conviction européenne doit véritablement s’affirmer. Tant que nous naviguions en mer calme cela n’était pas si difficile, mais c’est une fois dans la tempête qu’il nous faut en faire la preuve ou, ainsi, que le disait un autre Français, un grand Européen, François-Xavier Ortoli, c’est « dans le courage de chaque jour » ; oui c’est dans ce courage de chaque jour que notre conviction européenne doit l’emporter sur les chants des sirènes populistes. L’alternative est simple, soit nous nous affirmons ensemble, soit nous tombons séparément dans la marginalisation et alors là, oui, l’Europe pourrait être déclarée vaincue.

Nous sommes ici, à Aix-la-Chapelle, à l'endroit idéal pour nous souvenir de notre choix historique; l'union de nos destinées dans le respect de nos diversités.

Et nous y sommes aussi à un moment idéal, alors que nous rendons hommage à Jean-Claude Trichet, pour nous rappeler que nous partageons une destinée commune, wir teilen ein gemeinsames Schicksal, we share a common destiny.

Cela veut dire que nous partageons des droits et des obligations; nous sommes liés par un double devoir mutuel de solidarité et de responsabilité. Et j’ai confiance dans notre capacité collective d’être à la hauteur de ce double devoir.

Mesdames et Messieurs,

Après l'Ecole des mines et une courte carrière d'ingénieur dans le secteur privé, Jean-Claude Trichet a opté pour l'Ecole nationale d'administration et dès lors, sans discontinuer et sans compter, il a mis son intelligence, sa rigueur, sa lucidité, et la force de ses convictions au service de la France et de l'Europe, en un mot au service du bien public.

Sa promotion de l'ENA a choisi de porter le nom de Thomas More. Je ne sais si cela lui a permis de bénéficier de la protection de celui qui est devenu le Saint Patron des responsables de gouvernement et des personnalités politiques, toujours est-il que sa brillante carrière est à plus d'un titre exemplaire.

Son parcours l'a mené de l'Inspection générale des finances à la présidence de la Banque de France en passant, et pour ne citer que quelques uns de ses postes, par l'Elysée sous la présidence de Valery Giscard d'Estaing puis la présidence du Club de Paris ainsi que celle du Comité monétaire européen et la direction du Trésor. C'est dire que, lorsque Jean-Claude Trichet s'est installé en 2003 au 35ème étage du siège de la BCE à Francfort, la genèse et les premiers pas de l'Euro tout comme les grandes crises monétaires et financières des années 1990 n'avaient aucun secret pour lui.

Mieux que quiconque Jean-Claude Trichet peut témoigner de l'extraordinaire défi que les Européens se sont lancés en faisant le choix de fusionner des monnaies nationales en une monnaie unique tout comme de leur extraordinaire réussite et ce sous fonds de scepticisme de la part de nombreux observateurs.

Depuis presque huit ans maintenant Jean-Claude Trichet est, avec le Conseil des gouverneurs, l'un des garants de ce succès en étant le gardien de la stabilité des prix et de la crédibilité de ce symbole fort de l'intégration européenne, l’Euro, lui-même lauréat du prix Charlemagne en 2002.

On dit de Jean-Claude Trichet qu'il est l'une des personnalités les plus puissantes de l'économie européenne voire mondiale. En tout cas, il est avant tout le fervent défenseur de l'indépendance de la BCE, principe inscrit dans le Traité et que moi-même et la Commission européenne avons toujours respecté et soutenu.

Il est aussi un homme dont la toute première préoccupation est d'être au service des 330 millions d'habitants de la zone euro. Et la BCE peut être très légitimement fière d'avoir rempli le cœur de son mandat, obligation inscrite dans le Traité, en garantissant, tout au long de ces années, la stabilité des prix.

C'est un élément clef pour conserver la confiance des Européens et une condition nécessaire pour une croissance durable créatrice d'emplois.

Mais ce n'est pas pour autant une condition suffisante car ces objectifs pour être atteints exigent la responsabilité de tous, y compris des gouvernements européens.

Et je veux parler là d'un combat que la BCE comme la Commission connaissent bien. C'est celui de la mise en œuvre de la responsabilité collective. C'est celui du respect par chacun de l'engagement pris auprès de tous. C'est celui de la réalisation des ambitions déclarées.

Et disons le clairement ; afficher des ambitions pour l'Europe sans donner à l'Europe les moyens de les réaliser c'est frustrer des attentes et créer des incompréhensions.

Affaiblir le Pacte de stabilité et de croissance, laisser se creuser des divergences de compétitivité et tarder à adapter nos économies à la nouvelle donne géo-économique et à l'évolution démographique de nos sociétés, c'est manquer de solidarité à l'égard du projet européen et c'est aussi et surtout manquer de solidarité à l'égard des générations futures.

Jean-Claude Trichet est de ceux qui ont mis en garde contre le risque de ces dérives dans une Union depuis toujours placée sous le sceau d'une interdépendance qui n'a cessé de s'accroître dans un environnement de plus en plus mondialisé et compétitif.

Il est de ceux qui ont appelé avec constance à une gestion plus saine des finances publiques alliée à des réformes structurelles et à une libération du plein potentiel de notre marché unique, afin qu'ensemble nous puissions mieux tenir le cap de la prospérité partagée.

Et Jean-Claude Trichet me permettra d'ajouter que je suis fier que la Commission européenne ait été aussi, avec la BCE, de ceux-là.

Jean-Claude a également été parmi les rares à avoir lancé dès janvier 2007 une mise en garde claire contre une sous-appréciation des risques générés par des opérations financières sophistiquées et avoir averti d'une correction importante des marchés qui aurait des conséquences sur l'économie réelle.

Pour notre bénéfice à tous, il a su poser un diagnostic lucide et prendre rapidement les décisions qui s'imposaient pour permettre aux banques de continuer à financer l'économie réelle et éviter ainsi une dépression.

Sa longue expérience de situations de crise lui a sans aucun doute été très précieuse au cours de ces trois dernières années, à commencer par ce mois d'août 2007 où la BCE a été la toute première des banques centrales à prendre des mesures exceptionnelles de refinancement du secteur bancaire pour préserver la confiance du public dans la capacité des banques à remplir leurs obligations.

L'année suivante, lorsque la crise s'est intensifiée, la BCE a procédé à une baisse sans précédent du taux directeur tout en multipliant des mesures non-conventionnelles. C'est ce que Jean-Claude Trichet a qualifié de politique de "soutien renforcé du crédit".

En parallèle à la mise en place de ces mesures exceptionnelles la BCE a poursuivi avec succès son mandat fondamental, celui de la préservation de la stabilité des prix à moyen et long terme. Et nous avons ici un bel exemple d'équilibre réussi entre l'extrême réactivité face à l'urgence de la crise et la nécessaire persévérance face aux objectifs sur le moyen et le long terme!

Enfin, en 2010, confronté à la crise de la dette souveraine, en prenant la décision de racheter de la dette auprès des secteurs publics et privés et en assurant la liquidité des banques, la BCE s'est tout aussi brillamment acquittée d'un autre de ses mandats : garantir la stabilité financière de la zone euro.

Au cours de cette période turbulente, cher Jean-Claude, ton expérience, ton indépendance d'esprit ont été plus que jamais extrêmement utiles à l'Union européenne. Ton savant dosage de pragmatisme et d'audace, d'orthodoxie et de disponibilité (et je me souviens de nos conversations au téléphone quelle que soit l'heure); a été d'une importance fondamentale.

Les effets de cette crise, sans précédent pour l'Union européenne, ont forcé la marche vers une plus grande intégration économique et budgétaire de l'Europe, vers une Europe plus forte et plus unie. Mais beaucoup reste encore à faire.

Dans la tempête, nous nous sommes fixés un cap et nous nous y tenons. Une nouvelle architecture économique est maintenant largement en place. Il faut la faire vivre, la mettre en action. Nous devons traduire en réalisations concrètes nos engagements politiques. La Banque centrale européenne et la Commission, chacune dans son rôle respectif, ont été au rendez-vous et elles le resteront.

Nous le savons, nous le voyons, certaines des décisions qui doivent être prises sont parfois difficiles et douloureuses mais elles sont nécessaires pour assurer sur le long terme la réussite de l'objectif que nous nous sommes donné.

Bien sûr, nous sommes encore dans une situation difficile et incertaine, nous ne pouvons pas, nous ne devons pas relâcher notre garde. Confiance et audace doivent être plus que jamais nos maître-mots car ainsi que le disait Sénèque « ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas, c’est parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles. »

Nous devons nous méfier des effets d'annonce qui parfois ne tiennent pas compte de la réalité de la suite sur le moyen et le long terme. Et l'important c'est la réalité de la suite, celle de la préservation de la stabilité, de la prospérité et de la paix pour nos concitoyens, celle de l'inaltérabilité du projet européen. Et cher Jean-Claude ta contribution ici a été et reste essentielle.

Es ist ein wirkliches Privileg, mit Dir zusammen zu arbeiten. Die Verleihung des Karlspreises an Dich erfüllt mich mit großer Freude.

Lieber Jean-Claude: Ich möchte Dir persönlich, im Namen der Europäischen Kommission und ich glaube sagen zu dürfen auch im Namen aller Europäer ganz herzlich danken.


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