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SPEECH/11/366

Dacian Cioloș

Member of the European Commission Responsible for Agriculture and Rural Development

Pour que chacun mange à sa faim

Comité Economique et Social Européen - Conférence sur la sécurité alimentaire

Bruxelles, le 23 mai 2011

J'attends des discussions du G20 sur la sécurité alimentaire une véritable feuille de route pour repenser les interrelations entre les agricultures du monde.

  • D'un côté de la planète plus d'un milliard de personnes sont malades de trop manger et de l'autre près d'un milliard de personnes sont en sursis faute de nourriture.

  • D'un côté, la concentration excessive de la production met en péril l'environnement et, de l'autre, c'est la désertification, la disparition des communautés rurales, l'abandon des terres et des villages.

  • D'un côté, on rêve d'une agriculture toujours plus ouverte sur le monde, de l'autre on cherche à se mettre à l'abri de la financiarisation des marchés alimentaires et de la volatilité insoutenable des prix agricoles.

Ces désordres, accentués par le changement climatique et la pression démographique, constituent une menace sérieuse pour la sécurité alimentaire et pour la stabilité à long terme de la planète.

Le monde a besoin d'une véritable stratégie cohérente de développement agricole. Le G20 doit créer une nouvelle dynamique agricole internationale et donner le ton.

Cette dynamique doit reposer sur quatre éléments : des politiques agricoles fortes, de la transparence des marchés, du commerce raisonné et de l'appui au développement.

1) Plus que jamais, nous avons besoin d'une nouvelle génération de politiques agricoles fortes et volontaristes pour une agriculture durable, compétitive et innovante. Et pas seulement en Europe ou dans les pays riches.

Bien entendu, les politiques agricoles ne doivent pas porter préjudice aux agricultures voisines. D'ailleurs, dans le cadre des études d'impact pour la réforme de la PAC après 2013, nous analysons les éventuelles conséquences de nos décisions sur les agricultures des pays en voie de développement. Ces politiques doivent permettre d'augmenter la production tout en traduisant concrètement les attentes différentes des sociétés en Afrique, aux Etats-Unis, en Asie ou en Amérique latine, vis-à-vis de l'agriculture.

Aujourd'hui, il faut le dire clairement, l'approche européenne est compatible avec le droit de se nourrir. Elle correspond aux attentes spécifiques de la société européenne à l'égard de son agriculture, en termes d'environnement, de bien-être animal, de sécurité sanitaire et de développement des territoires. Cette approche sera encore plus claire avec la réforme que nous préparons. Avec la remise en cause de la quasi-totalité des subventions à l'exportation (moins de 0,5% du budget PAC en 2011) et l'instauration du découplage entre le soutien financier et la production agricole, l'UE et la PAC ont pris un virage fondamental. Nous ne reviendrons pas en arrière.

2) Toutefois, ces politiques agricoles ne peuvent être efficaces que dans le cadre de marchés qui fonctionnent sur une base transparente et rationnelle.

Un battement d'aile de papillon en Nouvelle-Zélande ou en Australie provoque une tempête en Europe, ou en Russie une sécheresse locale peut avoir un impact planétaires.

Cette globalisation, accompagnée d'une financiarisation accrue des marchés, est à l'origine de la volatilité sans précédent des prix agricoles contre laquelle il faut lutter avec force. Pourquoi ? :

D'abord pour les consommateurs. N'oublions pas qu'en 2007-2008, la volatilité a précipité 75 millions de personnes dans la famine. En Europe, elle a entrainé une augmentation de la part du budget des ménages consacré à l'alimentation dans l'ensemble des Etats membres, ce qui n'était pas arrivé depuis plusieurs décennies.

Ensuite pour les agriculteurs qui ont besoin d’un minimum de previsibilite. Leurs investissements se font à très long terme, mais ils font face à des aléas de court terme. Il ne faut pas que la fin des certitudes qui était garantie par des politiques publiques d'encadrement des marchés se traduise par une incapacité pour les agriculteurs à se projeter dans l'avenir et à investir.

Alors que faire pour plus de transparence :

La Commission européenne a entamé un travail de fond pour que la financiarisation des marchés agricoles joue en faveur des agriculteurs et qu'elle ne décourage pas les investissements dans ce secteur stratégique. Il s'agit notamment d'améliorer le fonctionnement des marchés à termes.

En plus de cela, les grands pays exportateurs doivent se parler ! Il faut créer une instance pour ça. Il est irresponsable de prendre par surprise les marchés avec des décisions de fermeture des exportations unilatérales et non coordonnées.

Je propose enfin que l'Europe prenne ses responsabilités en faisant la transparence totale sur les prévisions de marché à court terme, sur les stocks publics et privés et sur les prévisions de récolte pour que les opérateurs soient mieux informés. Mais cet effort de transparence doit être partagé. Les agriculteurs, pour prendre leurs décisions de production, doivent être bien informés, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui.

3) Le commerce doit aussi être un outil au service de la sécurité alimentaire.

Il me semble trop simpliste d'opposer agriculture vivrière et agriculture à vocation internationale, génératrice de devise.

Il faut avoir une approche à deux niveaux : d'une part, les échanges doivent contribuer à assurer l'approvisionnement alimentaire là où il n'est pas garanti ou à diversifier l'offre. D'autre part ils peuvent venir en appui aux politiques de développement.

En offrant des accès dans le cadre des accords "Tout sauf les armes", l'Europe s'est engagée sur cette voie. Il nous faut approfondir ces initiatives pour que les pays concernés bénéficient pleinement des ouvertures qui leurs sont offertes.

Mais il faut également bien comprendre que nous aussi, en Europe, nous ayons des produits sensibles à protéger car nous-mêmes devons assurer le maintien de notre propre agriculture sur l'ensemble de nos territoires et sa modernisation.

Bien souvent, lorsque je voyage, je constate que les difficultés des agriculteurs sont les mêmes, tout autour de la planète. Et clairement, les paysans chinois croisés lors de mon déplacement en Chine au mois de mars n'ont rien à gagner à voir les paysans européens disparaître.

4) Faisons également preuve d'une nouvelle ambition pour les politiques d'appui au développement.

Je parle d'appui au développement et non pas d'aide parce que je suis convaincu que nous devons être des facilitateurs, des accompagnateurs d'initiatives locales et non pas des prescripteurs qui arrivent avec des solutions toutes faites.

Mais je suis aussi convaincu qu'il n'y a pas de véritable sécurité alimentaire si cette sécurité alimentaire n'est pas partagée par tous. L'agriculture doit revenir au premier plan de l'agenda du développement avec un objectif clef : augmenter la capacité de production globale en créant les conditions favorables aux investissements publics et privés.

Nous ne devons pas augmenter la production à n'importe quel prix. Je plaide clairement pour que cette stratégie de développement passe par la recherche de la durabilité et de la valeur ajoutée. Un exemple : en partenariat avec l'Union africaine je vais lancer dans les prochains jours un projet de développement des indications géographiques d'une part et de l'agriculture biologique d'autre part. Des groupes de travail vont être lancés.

Les 5 piliers de la future politique de développement sont :

  • la recherche de la valeur ajoutée;

  • la structuration des agricultures locales autour d'organisations de producteurs solides;

  • l'investissement dans l'agriculture de la connaissance et les transferts de connaissance;

  • le renforcement des politiques de développement rural et d'amélioration de la qualité de vie en zone rurale;

  • une véritable gouvernance mondiale de l'agriculture avec une implication forte des grands donateurs et une organisation internationale, la FAO, à la hauteur des enjeux.

De façon générale, nous devons renforcer notre action en faveur de l'émergence de véritables politiques agricoles ailleurs que dans les pays développés. L'Europe a une véritable expertise en matière gestion des marchés agricoles qu'elle doit partager.

C'est dans cet état d'esprit que j'ai proposé le lancement de projets comparables à IPARD pour la méditerranée. Ces projets ont permis aux nouveaux Etats membres de l'UE de développer et de moderniser leur agriculture en créant un cadre politique et institutionnel adéquat, en soutenant des projets locaux de développement, de conseil et de formation des agriculteurs. Nous pouvons bâtir sur ces expériences.

J'attends beaucoup de la journée d'aujourd'hui, du dialogue avec la société civile et des recommandations qui seront faites.

Je suis convaincu que l'Europe a un rôle moteur à jouer dans ce débat – elle assure un véritable leadership. C'est mon intention aujourd'hui et dans les prochaines semaines d'avancer et d'être à l'écoute des idées nouvelles.

L'Union européenne doit agir au niveau européen en utilisant la PAC de façon efficace. Elle doit également répondre présente au plan mondial, avec une véritable stratégie de soutien au développement des agricultures mondiales et une véritable ambition pour l'émergence d'un marché alimentaire mondial durable.


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