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Dacian Cioloș Membre de la Commission européenne chargé de l'Agriculture et du Développement rural Audition publique sur la révision de la directive concernant les marchés d’instruments financiers (MiFID) Bruxelles, le 20 septembre 2010

Commission Européenne - SPEECH/10/462   20/09/2010

Autres langues disponibles: aucune

SPEECH/10/462

Dacian Cioloș

Membre de la Commission européenne chargé de l'Agriculture et du Développement rural

Il faut mettre à fin l'hyperspéculation sur les produits agricoles.

Audition publique sur la révision de la directive concernant les marchés d’instruments financiers (MiFID)

Bruxelles, le 20 septembre 2010

Mesdames, Messieurs,

Tout d'abord, merci Michel de m'avoir associé à l'ouverture de cette audition. Merci de faire preuve de détermination depuis plusieurs mois pour faire avancer la question de la régulation du secteur financier.

Pourquoi, en tant que commissaire européen à l'agriculture, je quitte le Conseil informel pour venir ici pendant que les ministres discutent de l'avenir de la Politique agricole commune?

C’est tout simplement parce que les marchés financiers et la spéculation excessive font désormais partie intégrante des préoccupations quotidiennes d'un commissaire à l'agriculture.

D'ailleurs nos services ont déjà étroitement travaillé ensemble ces dernières semaines pour préparer les propositions visant à rendre les marchés dérivés plus transparents, plus sûrs, y compris pour les matières premières agricoles.

Et nous allons continuer à travailler main dans la main pour la révision de cette directive sur les marchés d'instruments financiers.

Clairement, l’évolution des cours des matières premières agricoles à la hausse comme à la baisse n'a jamais été aussi violente. Cela a un impact sur les agriculteurs, sur les transformateurs et sur les consommateurs.

L'intégration entre les marchés financiers, les marchés agricoles européens et les marchés mondiaux n'a jamais été aussi forte.

Les producteurs de lait ont découvert cette réalité nouvelle en 2007. Ils ont vu les cours grimper comme jamais. Mais ils ont vite été rattrapés par la violente crise de 2009.

Les producteurs de lait ont été découragés par cette crise face à laquelle ils se sont sentis impuissants. Nous devons leur donner de nouvelles perspectives. C'est pour cela que je présenterai, d'ici à la fin de l'année un paquet de mesures spécifiques pour le secteur du lait.

Nous l'avons vu à nouveau cet été avec le blé. Les cours ont augmenté de 70% en deux mois. L'ampleur et la rapidité de cette hausse sont une menace sérieuse pour toutes les filières qui utilisent le blé (notamment pour la filière porcine).

Entre juillet et septembre, le nombre de contrats ouverts sur le marché à terme du blé meunier européen, coté à Paris, a plus que doublé, et cette hausse sans précédent se poursuit.

Je peux comprendre la nervosité des opérateurs. Ils ont vu se retirer du marché mondial deux acteurs majeurs – la Russie et l’Ukraine. Mais une analyse précise de la situation montre le caractère disproportionné des évolutions observées ces dernières semaines.

La récolte en Europe est bonne. Les stocks mondiaux sont à un niveau largement suffisant.

Depuis ma prise de fonction, j'ai visité une vingtaine d'Etats membres. Partout en Europe, agriculteurs, transformateurs et consommateurs réclament une chose : de la visibilité.

Les marchés à termes peuvent contribuer à cette visibilité. Je ne suis pas ici pour faire le procès de la finance. Mais la finance doit servir l'économie réelle, aider la production alimentaire à surmonter les crises et les aléas climatiques.

La spéculation ne doit pas mettre en péril des exploitations parfaitement rentables en temps normal.

En 2009, la Commission a présenté une communication sur le bon fonctionnement de la chaine alimentaire. Quelle était l'une des conclusions de cette communication ? Plus de transparence sur les prix. Plus de supervision des marchés dérivés.

Un premier pas a été fait avec la proposition de règlement que Michel a présenté la semaine dernière sur les projets dérivés commercialisés de gré à gré. Il faut aller au-delà avec la directive MiF.

Le rôle des marchés à terme, ce n'est PAS d'alimenter la spéculation et les profits de quelques acteurs. Le rôle des marchés à terme est d'offrir des instruments d'anticipation, de gestion de la volatilité et de contribuer à la rencontre entre l'offre et la demande. Ils doivent être un outil au service de l’ensemble des acteurs de la chaine alimentaire.

  • D'abord, nous devons renforcer la transparence en faisant la lumière sur les positions des différentes catégories d'acteurs sur ces marchés.

  • Ensuite, nous devons avancer, notamment aujourd'hui, sur la question des positions limites pour contrer les mouvements excessifs.

Plus que jamais, nous devons travailler pour que les agriculteurs et tous les acteurs de la chaine alimentaire, y compris les consommateurs, puissent disposer d'un cadre le plus stable possible.

Le secteur agricole est secoué comme beaucoup d'autres secteurs de l'économie par les fluctuations du prix du pétrole. Plus que tout autre, le secteur agricole subit directement les effets du changement climatique. Les sécheresses sont plus longues, les orages plus violents.

Le secteur agricole ne peut pas, en plus, être à la merci de l'exubérance irrationnelle des marchés, pour reprendre l'expression d'Alan Greenspan.

L'agriculture n'est pas un secteur comme les autres.

L’agriculture couvre un besoin de base pour chacun d'entre nous. Ne croyez pas que la sécurité alimentaire soit assurée de façon définitive. Les émeutes de la faim en Haïti et dans de nombreux pays en développement nous l'ont durement rappelé en 2007 et 2008.

Plus récemment, il a suffi de quelques jours en Russie pour que la production de céréales passe de 97 millions de tonnes à seulement 60 millions de tonnes. Les risques sanitaires ou environnementaux pèsent sur notre besoin alimentaire. Nous ne pouvons pas nous permettent pas de baisser les bras.

Nous devons continuer à investir dans la production alimentaire.

Nous devons d’autant plus investir dans notre secteur agricole que celui-ci doit affronter et développer des outils pour lutter contre le changement climatique. Il doit utiliser les ressources naturelles de façon durable, produire plus avec moins.

Nous devons investir dans l’agriculture pour préserver la vitalité de nos territoires. Dans les zones rurales — près de 80% du territoire européen — sans agriculture, l’industrie et les services associés disparaissent. Les emplois disparaissent.

Nous devons nous prémunir contre l’extrême volatilité des prix agricoles qui menace des pans entiers de notre agriculture.

Je dois dire que mes prédécesseurs ne m'ont pas laissé la baguette magique qu'ils utilisaient pour contrôler l'évolution des marchés. On ne dit pas suffisamment que la PAC a évolué ces dernières années. L’époque où l’Europe contrôlait ses marchés agricoles est révolue. D’autres acteurs, à l’achat comme à la vente, ont émergé — le Brésil, la Chine, etc.

Nous avons fait le choix d’une ouverture sur le monde.

Je ne prône pas le retour à l'étatisme. Vous connaissez mes origines et mon parcours. J'ai bien conscience des limites d'un tel système.

Nous devons garder les instruments dont nous disposons aujourd’hui et qui ont fait leurs preuves — les soutiens directs aux revenus et les mécanismes de gestion des marchés. Ils sont essentiels si nous voulons préserver les investissements publics des cinquante dernières années dans le secteur agricole.

En plus, des outils nouveaux de prévention et de gestion des crises sont nécessaires. Je ne suggère pas d’en revenir aux outils du passé. Pour certaines formes d'agricultures, l'avenir est clairement sur les marchés. Chaque agriculture doit trouver sa place sur les marchés qui lui correspondent, locaux, nationaux, européens ou mondiaux. Mais nous devons trouver une nouvelle forme de gestion qui permette d’éviter le chaos.

La transparence et le bon fonctionnement des marchés financiers est un préalable essentiel. Je remercie une fois encore Michel Barnier pour cette initiative. De façon complémentaire, dans le cadre de la réforme de la PAC, je proposerais d’autres éléments pour faire face à l’extrême volatilité des prix et des revenus agricoles.

Je vous remercie.


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