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SPEECH/10/437

Štefan Füle

Membre de la Commission chargé de l'élargissement et de la politique européenne de voisinage

Rapport sur les tendances interculturelles Fondation Anna Lindh

Cérémonie d'ouverture Rapport sur les tendances interculturelles Fondation Anna Lindh

Bruxelles, le 15 septembre 2010

Merci beaucoup, Président Azoulay, pour vos mots d’appréciation personnelle. Et permettez-moi de réaffirmer ici mon engagement personnel aux côtés de ceux qui combattent les « clichés » culturels que vous avez évoqués et qui œuvrent au rapprochement des « deux rives » de notre Mer Méditerranée.

Monsieur le Président, Excellences, Mesdames et Messieurs,

C'est pour moi un grand plaisir d'être ici aujourd'hui pour le lancement de la première édition du rapport Anna Lindh sur les tendances interculturelles. J'aimerais, tout d'abord, remercier la Fondation Anna Lindh de m'avoir invité à être des vôtres en ce moment important.

Dans la mosaïque de cultures, d'ethnies, de religions et de civilisations qui constitue notre région euroméditerranéenne, la compréhension mutuelle et le dialogue sont essentiels à la coexistence pacifique et au développement commun. Le partenariat euroméditerranéen a toujours veillé aux aspects liés à la dimension sociale, culturelle et humaine de nos relations et, notamment, au dialogue entre les cultures. La compréhension de l'autre joue un rôle capital dans la réalisation de l'objectif prioritaire de notre partenariat: établir un espace de paix, de prospérité, de sécurité et de stabilité d'une rive à l'autre de notre mer commune.

Dès les tout premiers jours, la Commission européenne a été un partisan convaincu et enthousiaste de la Fondation Anna Lindh, sur le plan financier, en contribuant pour moitié au budget de la fondation, mais aussi et surtout sur le plan politique. Nous nous félicitons d'avoir fait ce choix et sommes impressionnés par la capacité d'action de la fondation, confrontée à des circonstances difficiles. Forte de la détermination et de la puissance de ses réseaux nationaux, et d'une capacité à travailler de manière autonome et professionnelle, elle possède tous les atouts pour répondre aux attentes élevées de ses fondateurs. Depuis sa création, la fondation a accompli un travail remarquable au regard de la promotion du dialogue interculturel dans la région, avec le soutien de l'ensemble des partenaires euroméditerranéens. Grâce à sa présence dans l’ensemble de la région, elle est idéalement placée pour observer les sociétés euroméditerranéennes et faire rapport sur leur évolution.

La chance m'a été donnée de participer au dernier forum de la fondation, qui s'est tenu à Barcelone, en mars. En rassemblant plus d'un millier d'organisations, le forum offrait à la société civile euroméditerranéenne une occasion exceptionnelle de faire entendre sa voix. Le message qui nous a été adressé, à nous autres institutions publiques, a été de placer le dialogue au cœur de nos relations, en vue de contribuer au renforcement de notre coopération, et de clairement privilégier le dialogue au conflit. Les décideurs politiques y ont été vivement encouragés à mettre en valeur le fait que dialogue et volonté politique sont nécessaires à la résolution des conflits dans la région. Le dialogue entre cultures ne se limite pas à une coopération en matière culturelle: il occupe également une place à part entière parmi les instruments de prévention et de résolution des conflits et peut aussi jouer un rôle important dans nos efforts conjoints destinés à lutter contre la pauvreté et à faire progresser la démocratie. Ce message m'a beaucoup inspiré et je pense que nous sommes nombreux à l'avoir entendu et à faire de notre mieux pour relever ce défi dans notre action quotidienne.

Le rapport au lancement duquel nous assistons aujourd'hui est, de même, une grande source d'inspiration. L'approche rigoureuse, scientifique et qualitative qui a été suivie en fait un précieux outil pour renforcer la compréhension de notre propre fonctionnement. Ce rapport a déplacé le débat essentiel sur l'identité méditerranéenne des rencontres à caractère intellectuel vers les simples citoyens, en demandant à quelque 13 000 personnes issues de 13 pays ce que signifiaient pour elles les qualificatifs «méditerranéen» et «euroméditerranéen». Il en est ressorti une leçon d'humilité, un message d'espoir et un outil important pour un renforcement accru des relations euroméditerranéennes.

Qu'entends-je au juste par leçon d'humilité ?

Le rapport nous fournit des éclairages utiles sur le faible niveau de connaissance mutuelle existant dans la région euroméditerranéenne. Il est intéressant de constater, tout au long du rapport, que lorsqu'un habitant de la rive nord ou sud-est de la Méditerranée essaie de deviner les «valeurs de l'autre rive», il est souvent dans le faux. Il en va ainsi, par exemple, de l'importance attachée à certaines valeurs concernant l'éducation de ses propres enfants.

Un autre exemple est la perception des médias. Pour une majorité de personnes dans la région, l'expérience de «l'autre rive» n'est pas la résultante d'un voyage ni d'un contact direct, mais plutôt de l'image qu'en donnent les médias, auxquels la première édition du rapport attache, à juste titre, une très grande importance. Il est indéniable que les médias jouent un rôle essentiel dans le dialogue interculturel: loin de se contenter de transmettre des informations, ils contribuent dans une large mesure à façonner l'opinion publique. D'après le rapport, la majorité des personnes interrogées considèrent qu'elles ne trouvent pas dans ce qui est proposé par les médias des informations de nature à améliorer leur vision des «personnes de l'autre rive».

Cela montre simplement que nous devons chercher en permanence des moyens de dépasser notre ignorance naturelle. Lorsqu'il nous est offert d'aller au-delà des stéréotypes, nous réalisons tous combien la réalité sur «l'autre rive» est tout aussi diffuse, complexe et diverse que dans notre propre pays. Ces aspects sont abondamment soulignés dans les analyses figurant dans le rapport, rédigées pour la plupart par des observateurs distingués et expérimentés des sociétés méditerranéennes. Nous devons plus que jamais réfléchir à la manière dont l'éducation, les contacts humains, la culture et de nombreux autres aspects de notre travail peuvent contribuer à combattre et à réfuter des perceptions inexactes de l'autre. Il convient notamment pour ce faire d'œuvrer avec les médias à la promotion de la diversité culturelle, à la diffusion d'analyses et de reportages objectifs, et à faire contrepoids aux opinions radicales qui font trop souvent de l'ombre aux visions modérées de la grande majorité de nos citoyens.

Pourquoi un message d'espoir ?

Parce que le rapport montre que, malgré les tensions et les difficultés récurrentes qui caractérisent la région euroméditerranéenne, il existe des tendances positives en faveur d'une prise de conscience accrue et partagée de notre avenir commun.

En ces temps d'incertitude et en dépit de la réouverture récente des pourparlers directs au Proche-Orient, les citoyens euroméditerranéens interrogés ont mis en avant les aspects positifs des relations euroméditerranéennes. Ainsi que madame Ashton, haute représentante et vice-présidente de la Commission, l'a indiqué dans son introduction au présent rapport, ces citoyens font savoir «que la région euroméditerranéenne existe en tant qu'entité politique et géographique sur le plan de la coopération et, plus important encore, que la Méditerranée existe en tant que partenariat socioculturel susceptible d'évoluer».

Au-delà de l'Union pour la Méditerranée, le rapport montre très clairement que les citoyens euroméditerranéens que nous sommes partagent pour l’essentiel les mêmes valeurs, et que, même lorsque nous divergeons sur certains points, le respect et la compréhension de ces différences jouent pour nous un rôle fondamental. Il met également en exergue la très forte curiosité qui prévaut de part et d'autre de notre région pour tout ce qui a trait aux autres pays, à leurs modes de vie, à leur culture, à leurs conditions économiques et même, dans une moindre mesure, à leurs croyances et pratiques religieuses. La curiosité à l'égard de «l'autre» demeure une caractéristique profondément enracinée dans nos sociétés euroméditerranéennes: il s'agit là de l'un des messages les plus positifs et les plus optimistes du rapport, un message dont nous pouvons à juste titre nous enorgueillir.

Pourquoi, enfin, ai-je parlé d'outil important pour un renforcement accru des relations euroméditerranéennes?

Parce que j'ai la conviction que le présent rapport et ses recommandations nous aideront à relever une partie des défis auxquels nous sommes confrontés dans la région. J'espère qu'il s'agit là du premier d'une longue série de documents qui nous fourniront périodiquement de nouvelles informations nous permettant d'améliorer nos politiques et nos instruments et d'en concevoir, si nécessaire, de nouveaux.

Cet outil est utile au regard non seulement de notre politique extérieure mais aussi de l'action à mener dans chacun de nos pays. Cela fait bien longtemps, dans des sociétés aussi diverses que les nôtres, que le dialogue entre les cultures n'est plus un simple sujet de préoccupation externe. Il nécessite une action intérieure autant que diplomatique : assurer la diffusion des idées et des informations, surmonter les obstacles liés à la liberté d'expression des pensées et des idées à la mobilité, aux différences linguistiques et à nombre d'autres aspects. Il convient d'élaborer des outils nous faisant bénéficier des meilleures conditions possibles pour une connaissance plus profonde et la moins biaisée possible de l'autre.

Chers collègues,

Je vous invite à vous plonger dans ce rapport avec ouverture d’esprit et à y puiser, une fois encore, la source d'inspiration pour votre action quotidienne que le dialogue entre les cultures, en général, et les activités de la Fondation Anna Lindh, en particulier, n'ont jamais cessé de nous procurer.

Je vous remercie.


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