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SPEECH/10/179

Dacian Cioloș

Membre de la Commission européenne

chargé de l'Agriculture et du Développement rural

Libérons le potentiel de croissance de nos agricultures

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Conférence sur la Politique agricole commune après 2013

Copenhague, le 26 avril 2010

Mesdames, Messieurs, Bonjour à tous,

Je vous remercie de m'avoir invité ici. Et, comme vous me le proposez, je vais vous faire part de quelques idées pour l'avenir de la Politique agricole commune. Aujourd'hui, je ne vais pas vous présenter un projet : il n'y en a tout simplement pas encore. Ce temps viendra plus tard, lorsque je présenterai une Communication sur l'avenir de la Pac, avec différentes options, normalement à la fin de cette année.

Pour le moment, j'ai lancé un débat public sur la PAC. Et ce n'est pas qu'une figure de style. Je crois sincèrement que les citoyens ont le droit légitime de donner leur avis sur cette politique.

Les contribuables, ce sont eux. Les consommateurs de produits alimentaires, ce sont eux-aussi ! La Politique agricole commune est d'abord faite pour eux, pas uniquement pour les agriculteurs.

Si vous ne l'avez pas encore fait, je vous invite d'ailleurs à PARTICIPER. Une synthèse des contributions sera réalisée par un organisme indépendant. Je suis sûr que des idées intéressantes émergeront des discussions et j'en tiendrais compte.

Depuis le lancement du site internet pour le débat, le 12 avril dernier, les contributions sont nombreuses (environ 300 jeudi). Certains sujets reviennent souvent (la répartition des aides, l'environnement, le changement climatique).

Cette mobilisation sur la question agricole correspond aux études d'opinion : 90% des personnes interrogées estiment que l'agriculture est un secteur "important" ou "très important" pour l'avenir. Ce chiffre est encore plus élevé au Danemark (94%).

Mais ces mêmes enquêtes d'opinion montrent également que la PAC souffre d'un vrai déficit d'image auprès du public. Deux Européens sur trois ne savent pas véritablement ce qu'est cette politique.

1 ) Pourtant, il faut avoir conscience de l'importance de la PAC.

Pourquoi ?

  • Tout d'abord parce que l'agriculture est très différentes des autres secteurs économiques. Il n'est pas possible d'appuyer sur un bouton pour réduire ou augmenter la production du jour au lendemain. Entre le moment où un producteur décide de se lancer dans l'installation ou l'agrandissement de son élevage - ou de semer telle ou telle variété de céréales - et le moment où effectivement il pourra récolter le fruit de son travail, il faut toujours plusieurs mois . Souvent, il faut une dizaine d'années pour les investissements les plus importants ! Pendant ce temps, les marchés auront évolué, les conditions météorologiques auront eu un impact et parfois, dans le cas des crises sanitaires, les consommateurs auront eux-aussi changé leurs habitudes.

Prendre les bonnes décisions au bon moment n'est pas facile.

Nous avons choisi, ces dernières années, d'orienter davantage le secteur agricole vers le marché. C'est une bonne chose ! Les agriculteurs doivent être guidés par la réalité des marchés, par l'offre et par la demande. Il ne faut pas artificiellement empêcher les évolutions naturelles des marchés, comme par le passé.

Pour autant, faut-il accepter que des crises détruisent des pans entiers de notre agriculture?

Je ne le crois pas.

Ces derniers mois, même des exploitations parfaitement compétitives en temps normal ont été mises en difficulté.

Je pense notamment aux jeunes agriculteurs. Ils se sont parfois endettés pour moderniser leur exploitation, pour la développer. Ce sont eux les plus exposés. Et pourtant, c'est leur motivation et leur détermination qui fera du secteur agricole européen un secteur dynamique, tourné vers l'avenir.

Les revenus agricoles se sont effondrés de façon véritablement dramatique, l'an passé. Tous les indicateurs, pour toutes les filières, sont passés au rouge. -9,8% au Danemark selon les chiffres d'Eurostat. Avec des variations plus fortes encore pour certaines filières, notamment dans le domaine animal (-21%).

Selon ces chiffres, en 2009, les revenus agricoles danois par travailleur étaient deux fois moins importants qu’en 2005 ! C’est la situation la plus difficiles de tous les Etats membres. Quel secteur d'activité peut-il tenir le choc avec de telles variations?

Je pense que cette expérience difficile doit être prise en compte dans notre réflexion sur l'orientation que nous souhaitons donner à la PAC après 2013.

  • Ensuite, le secteur agricole a également besoin d'une politique forte pour faire face aux défis de demain.

Il faut garder à l'esprit que l'approvisionnement de l'Europe en produits alimentaires sains et de qualité n'est pas garanti.

Juste une anecdote : avec l'interruption du trafic aérien, à cause de l'éruption volcanique en Islande, il n'a suffit que de quelques jours pour que certains supermarchés soient inquiets quant à leur approvisionnement en certains fruits et légumes.

De façon plus sérieuse, la FAO prévoit qu'il faudra accroître de 50% la production d'ici à 2030 et la doubler d'ici à 2050 ! Concrètement, cela représente environ 1 milliard de tonnes de céréales. L'amélioration du niveau de vie dans les pays émergents provoque une évolution de la demande, un attrait plus fort pour certains produits comme la viande et les produits laitiers. Il faut aussi en tenir compte.

De plus, ce défi alimentaire n'arrive pas seul. Il faudra produire plus avec moins.

Le changement climatique, l'urgence de freiner la perte de biodiversité, la nécessité de consommer moins d'eau et de polluer moins. Tous ces défis doivent être pris en compte en même temps.

L'agriculture peut apporter des réponses IMPORTANTES. Mais il faut créer les conditions politiques et économiques favorables pour cela. L'agriculture peut réduire ses émissions de gaz à effet de serre. D'ailleurs, elle a déjà entamé cet effort en réduisant de 20% ses émissions entre 1990 et 2007 alors que la moyenne européenne n'est qu'à 8%. Il faut aller au-delà. Je pense également à la question de la dépendance à l'égard des énergies fossiles.

Le potentiel de croissance verte et de croissance durable de l'agriculture est considérable ! Encore une fois, je le répète, il faut créer les bonnes conditions, libérer le potentiel de croissance de ces territoires.

2) Il nous faut donc une réforme et une réforme importante.

C'est mon principal défi pour les cinq années qui viennent. Ce défi, c'est de faire en sorte qu'en 2013, la Politique agricole commune soit une politique moderne, tournée vers l'avenir et bien comprise des citoyens.

  • Pour cela, je pense d'abord que les soutiens publics doivent être répartis de façon équitable et transparente. Il en va de la crédibilité de la PAC aux yeux des contribuables.

La question d'une répartition mieux équilibrée entre les Etats membres, entre les régions et entre les différents types d'agricultures doit être posée. A l'avenir, il ne sera pas possible de justifier, notamment auprès des contribuables, une répartition des aides sur une base de critères historiques qui datent de 2000-2002. Il est nécessaire de trouver des critères pertinents, justes dans le long terme, et clairement identifiables par l'ensemble des citoyens européens. C’est une question de transparence. D’ailleurs, un pas important a été réalisé avec la publication chaque année des bénéficiaires de la PAC et des montants qui leurs sont attribués.

Comme chaque année, ces données pour l’année 2009 seront publiées le 1er mai.

Bien entendu, une répartition équitable des aides, cela ne veut pas nécessairement dire la même chose pour tous les agriculteurs.

De plus, les aménagements ne peuvent pas se faire du jour au lendemain. Ils doivent être progressifs.

J'ajouterais aussi : quels que soient ces aménagements, nous devrons maintenir le très haut niveau de sérieux dans le contrôle de l'affectation des fonds agricoles. C'est là encore une question de crédibilité.

  • Ensuite, la PAC doit nous permettre de préserver le potentiel économique des régions rurales et même de le démultiplier. L'agriculture peut apporter sa contribution à la stratégie globale de l'Union européenne à l'horizon 2020 pour une croissance durable, intelligente et inclusive.

Les emplois agricoles sont fragiles et pourtant, ils sont à la base de l'économie des territoires ruraux. Je ne conçois pas les zones rurales sans agriculture. Mais je ne conçois pas non plus les zones rurales, en Europe, avec uniquement l'agriculture.

Dans ce sens, je pense que les aides directes, qui apportent une garantie de revenu minimale pour les agriculteurs jouent un rôle important. Et pas uniquement dans les zones de montagnes ou les zones désavantagées. Même si, il est vrai, ces territoires doivent faire l'objet d'une attention particulière.

  • Il faut prendre en compte, non seulement la nécessité de se prémunir contre la volatilité excessive des prix, mais aussi la nécessaire rémunération des "biens publics" que nous demandons aux agriculteurs.

A la faveur des réformes successives, les prix agricoles se sont rapprochés des cours mondiaux. Mais les exigences de la société européenne envers ses agriculteurs vont grandissantes.

Il y a de nombreux services rendus par les agriculteurs qui ne sont pas rémunérés par le marché et qui entraînent pourtant des coûts importants pour les exploitations. Ces services, ces « biens publics », sont essentiels. Je pense à la préservation des ressources, des paysages, à la protection des sols, à la lutte contre le changement climatique, au bien-être des animaux.

Si ces "biens publics" sont importants à nos yeux – et ils le sont - il faut créer les conditions économiques pour qu'ils soient effectivement rendus par les agriculteurs tout en maintenant la compétitivité de notre agriculture, y compris sur les marchés mondiaux. Créer les conditions économiques favorables cela veut dire : prendre en compte le fait que préserver l'environnement, aller vers une agriculture plus durable, cela représente un coût. Il faut accepter de rémunérer cet effort réalisé par les agriculteurs.

Pour conclure, je voudrais vous redire que face à tous ces défis, face à toutes ces questions, il n'y a pas de bonne ou de mauvaise réponse pour l'avenir de la Pac. Pour le moment, il y a un débat d'idées que je souhaite le plus large et le plus fructueux possible. Allez voir notre site web – www.ec.europa.eu/agriculture/cap-debate – et envoyez-nous vos idées, vos remarques, vos critiques !

Le Danemark exporte les deux tiers de sa production agroalimentaire. C'est une contribution importante qu’il faut préserver et accroître pour faire face au défi alimentaire mondial.

Je sais qu'ici, peut-être plus qu'ailleurs, l'agriculture est le premier maillon d'une filière agroindustrielle très dynamique, d'un cluster.

Il y a les biotechnologies, le secteur de machines agricoles, la recherche et le développement, l'ensemble des industries agroalimentaires et des services associés.

Ma préoccupation pour l'avenir c'est de préserver le premier maillon de la chaîne que sont les agriculteurs. Mais c'est aussi que toute cette filière, dont nous pouvons (dont vous pouvez) être fiers, garde toute sa compétitivité et son dynamisme, y compris sur les marchés internationaux. Ma préoccupation, c’est que cette filière soit prête à affronter les – nombreux – défis de demain.

Merci à tous,


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