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Dacian Cioloș Membre de la Commission européenne chargé de l'Agriculture et du Développement rural Une agriculture dynamique, ce sont des territoires dynamiques. Session plénière du Comité des Régions de l’Union Européenne Bruxelles, le 14 avril 2010

Commission Européenne - SPEECH/10/159   15/04/2010

Autres langues disponibles: aucune

SPEECH/10/159

Dacian Cioloș

Membre de la Commission européenne chargé de l'Agriculture et du Développement rural

Une agriculture dynamique, ce sont des territoires dynamiques.

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Session plénière du Comité des Régions de l’Union Européenne

Bruxelles, le 14 avril 2010

Madame la Présidente, Messieurs les Vice-Présidents, Mesdames, Messieurs,

Je vous remercie de m’avoir invité aujourd’hui. Je suis particulièrement content d’être avec vous, les élus territoriaux, en ce début de mandature. Je remercie Madame Bresso pour son invitation, je remercie également le président de votre commission agricole, Georgios Papastergiou, et René Souchon pour le travail qu’il a entamé sur la PAC après 2013.

Comme Michel Platini, mais à ma façon, je vais vous parler d’intégration sociale et de développement économique ! En tant que commissaire à l’Agriculture et au Développement rural, je ne vais évidemment pas évoquer la politique de la ville, ni le football. Mais, comme le président de l’UEFA dans son domaine, je suis soucieux de faire évoluer les règles du jeu dans mon domaine, celui de l’agriculture. Avec un objectif : faire de la PAC un outil tourné vers l’avenir au service de tous.

Tout d’abord, la PAC a besoin d’une réforme après 2013. Et c’est pour cette raison que je souhaite lancer un large débat public.

Les citoyens doivent mieux comprendre ce qui se passe ici. Ils doivent participer. Les politiques européennes, ce sont leurs politiques. Elles nous RAssemblent au sein de l’Union européenne. Elles doivent également nous REssembler.

Pour organiser ce débat public sur la Politique agricole commune après 2013, un site internet a été créé. Il permettra de recueillir les contributions de tous ceux qui souhaitent participer aux discussions (http://ec.europa.eu/agriculture/cap-debate). Chacun est concerné par l’agriculture et par l’alimentation. Pas seulement les agriculteurs ou les experts de la Politique agricole commune.

Après le Parlement européen, le Comité des régions est la deuxième étape de mon parcours pour susciter ce débat public. Je compte véritablement sur vous pour donner votre avis, vos idées. Je sais que vous êtes très attachés à la « gouvernance multi-niveaux » de l’Europe par le biais de ses institutions européennes, nationales, régionales et locales. Je vous engage d’autant plus à être des partenaires dans ce travail préalable de réflexion.

De nombreuses régions et des communes ont déjà entamé un travail de fond sur la PAC ces dernières années. Je suis sûr que des contributions novatrices et ambitieuses peuvent être rédigées au niveau des territoires.

Je propose que le débat public dure jusqu’au mois de juin. A cette date, nous allons confier à un organisme indépendant la mission de faire une synthèse des discussions.

A la mi-juillet, j’envisage d’organiser une conférence de synthèse du débat public. Nous y débattrons des principales idées qui auront émergé pendant ce processus. Ensuite, j’entamerai les travaux de préparation de la communication sur la PAC après 2013 qui présentera des options politiques pour l’avenir.

A mon avis, le débat peut se structurer autour de quatre questions fondamentales :

  • Pourquoi une politique agricole commune européenne ?

  • Quels objectifs la société assigne-t-elle à l'agriculture dans toute sa diversité ?

  • Pourquoi reformer la PAC actuelle et comment la faire répondre aux attentes de la société ?

  • Quels outils pour la PAC de demain ?

Je souhaiterais m’arrêter avec vous sur une question qui m’est chère. Cette question, c’est celle de la diversité de nos territoires et de nos agricultures.

Comment prenons-nous mieux en compte cette diversité qui est une richesse pour l’Union européenne ? Comment faire pour préserver à la fois la diversité de nos agricultures et de nos produits agricoles ?

L’Europe a évolué ces dernières années. A chaque élargissement, l’UE s’est ouverte à de nouvelles régions, à de nouvelles collectivités locales, à de nouvelles cultures. Cela veut dire aussi que l’Europe s’est enrichie de nouvelles agricultures. Il faut le prendre en compte.

Cette question est étroitement liée à celle de l’emploi. Plus qu’ailleurs, les élus des zones rurales le savent bien : les emplois dans les campagnes sont fragiles. Ils sont difficiles à « faire venir ». En revanche, ils disparaissent facilement si l’on n’y prête pas attention.

Il faut préserver autant que possible l’emploi agricole. Il est donc absolument nécessaire de se prémunir contre les crises comme celle que nous venons de traverser et qui n’a pas finir de faire sentir ses effets désastreux.

Dans le cadre de la stratégie Europe 2020, la Commission européenne propose d’accroître les efforts en faveur d’une croissance intelligente, durable et inclusive. Il faut décliner cette stratégie pour les campagnes.

Pour résumer ma pensée, je veux vous dire la chose suivante : je n’imagine pas les zones rurales, en Europe, sans agriculture. L’agriculture et l’agroalimentaire sont à la base de la vitalité des territoires. Mais je n’imagine pas non plus les zones rurales, en Europe, seulement avec l’agriculture.

Certes, depuis 2003, la PAC a subi des ajustements, notamment avec le bilan de santé. Mais il faut aller plus loin. Il faut adapter notre politique pour qu’elle soit capable d’apporter des réponses adéquates à l’ensemble des agricultures européennes.

La PAC doit être flexible. Elle doit accompagner chaque exploitation, chaque territoire pour qu’il trouve sa place en fonction des marchés locaux, régionaux, nationaux ou internationaux auxquels il s’adresse. Il faut aider l’agriculture à se moderniser et à se restructurer. Mais pas selon un modèle unique.

Ceci dit, je veux être très clair : il ne faut pas remettre en cause le principe d’une politique agricole commune européenne. Il faut faire attention à maintenir la cohérence du marché unique. La PAC doit être capable d’apporter des réponses efficaces aux questions qui se posent localement.

Les outils adaptés pour les régions périurbaines ne sont pas forcément les mêmes que pour les régions agricoles à fort potentiel productif. De même les zones défavorisées, fragiles, ou montagneuses n’ont pas forcément toutes les mêmes besoins. La question que je vous pose aujourd’hui est donc la suivante : comment faisons-nous pour libérer le potentiel de chacun de ces territoires ?

Je voudrais maintenant insister sur un autre élément important : la compétitivité de nos territoires et de nos agricultures doit aller de pair avec une gestion durable des ressources.

Comme l’on dit souvent, il faudra « produire plus avec moins ». L’enjeu alimentaire ne fait pas parti du passé.

Laissez-moi prendre un exemple : selon la FAO, il faudra augmenter de 50% la production mondiale pour faire face à l’évolution de la démographie d’ici à 2030. D’ici 2050, il faudra tout simplement produire deux fois plus de nourriture. Rien que pour les céréales, cela représente une augmentation de la production de 1 milliard de tonnes !

Toutes vos régions, toutes vos commues — quelles qu’elles soient — sont, à leur façon, confrontées aux défis de l’environnement et du changement climatique.

Le secteur agricole et agroalimentaire est confronté à ces défis. Mais il est aussi, potentiellement, une solution à certains problèmes. La PAC doit aider les agriculteurs à apporter des réponses pertinentes face au défi des émissions de gaz à effet de serre, face à la question de la protection des sols ou de la qualité de l’eau. L’agriculture doit être au rendez-vous.

D’ailleurs, je sais que vous êtes au contact quotidien des contribuables. Donc vous le savez très bien : si l’agriculture offre de véritables réponses à ces défis, la PAC sera mieux comprise par les citoyens.

Les questions qui se posent sont donc très simples. Comment faisons-nous face à ces défis ? Et comment faisons-nous en sorte que l’agriculture apporte toutes les réponses que l’on est en droit d’attendre ?

En même temps, quels instruments nous permettent de mettre en place une politique plus simple, plus transparente ? Comment rendre facilement compréhensible pour les contribuables le lien entre les aides publiques à l’agriculture et les biens publics qu’elle fournit ?

De façon plus générale, je pense qu’il faut lier plus étroitement l’économie agricole avec les autres secteurs économiques et la gestion des territoires. Il faut parler de diversification en milieu rural. Mais avec quels outils ? Quels liens entre la politique de cohésion et la politique de développement rural ?

Si nous voulons garantir la sécurité et l’indépendance alimentaire de l’Union européenne. Si nous voulons maintenir une certaine harmonie dans l’aménagement de nos territoires. Si nous voulons inciter les agriculteurs à adapter leurs méthodes de production et à apporter des solutions concrètes par exemple face aux enjeux environnementaux ou énergétiques. Si nous voulons tout cela, il faut accompagner les agriculteurs et disposer d’une Politique agricole commune solide.

C’est d’ailleurs de cette façon que l’agriculture apportera tout son potentiel à la stratégie Europe 2020 pour une croissance intelligente, durable et inclusive.

Il faut en particulier jeter les bases d’une orientation raisonnée vers le marché. Je m’explique.

Ces dernières années, nous avons fait le choix de rapprocher les agriculteurs des signaux du marché. Mais, en contrepartie, nous devons faire face à une volatilité excessive des marchés — qui n’est pas tenable.

Il est donc nécessaire de se poser la question des outils modernes, réactifs et efficaces dont nous devons disposer à l’avenir pour réduire les turbulences. Car nous ne pouvons pas nous permettre de vivre des crises à répétition qui mettent en péril le tissu économique de nombreuses régions. Mais quels sont ces outils ? La question reste à trancher.

Je tiens aussi à souligner le rôle important que les aides directes jouent pour assurer une stabilité minimale des revenus agricoles. Cela ne veut pas dire qu’elles doivent rester telles qu’elles sont aujourd’hui. Un travail de réflexion doit être fait pour trouver les bases d’une répartition plus efficace et plus équitable de ces aides entre les agriculteurs, entre les Etats membres et entre les différentes régions.

Ce travail permettra d’ailleurs de faire en sorte que les aides retrouvent un sens aux yeux des contribuables. Car il est nécessaire que les citoyens comprennent clairement le lien entre l’engagement financier de l’Europe pour l’agriculture et les contreparties pour la société toute entière.

Pour conclure, je veux vous le redire : l’avenir de l’agriculture, c’est un sujet qui concerne bien évidemment les agriculteurs, mais pas seulement. Il est important que tout le monde s’exprime. Vous le savez, l’agriculture et l’industrie agroalimentaire, ce sont des millions d’emplois, ce sont 800 milliards d’euros de chiffre d’affaires au total.

Ce temps de débat et d’échange d’idées que je vous propose n’est pas une simple figure de style. Il faut aujourd’hui donner un NOUVEL ELAN, un nouveau dynamisme au secteur agricole qui vient de traverser une crise sans précédent. Il faut que nous ayons à notre disposition des outils pour anticiper ces crises, y faire face ou même les éviter. Il faut aussi relever le défi de la sécurité alimentaire et celui du changement climatique.

De cette façon, nous aurons un secteur agricole et agroalimentaire durable. Et, j’en suis convaincu : une agriculture durable ce sont aussi des territoires dynamiques. Je vous remercie.


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