Chemin de navigation

Left navigation

Additional tools

Autres langues disponibles: aucune

SPEECH/ 09/362

José Manuel Dur ã o Barroso

Président de la Commission européenne

L'Europe à l a croisée des chemins -

Ce que je crois

Figures and graphics available in PDF and WORD PROCESSED


Conférence Jean Monnet

Bruxelles, 7 septembre 2009

Monsieur le Commissaire Ján Figel',

Excellences,

Mesdames et Messieurs,

Je suis très heureux d'ouvrir aujourd'hui une nouvelle Conférence Jean Monnet et de fêter avec vous le 20e anniversaire de l'Action Jean Monnet.

Je crois que je n'ai pas besoin de vous dire à quel point je considère le programme Jean Monnet comme important pour l'Europe. Les réseaux d'universités jouent un rôle essentiel dans la diffusion de la connaissance et dans la réflexion sur l'intégration européenne. Ils accomplissent un travail intellectuel remarquable, qui nourrit le projet européen. Je vous en félicite sincèrement, au nom de la Commission et en mon nom personnel. Le programme Jean Monnet remplit une fonction irremplaçable de laboratoire d'idées, d'analyse et de décryptage indépendant et décentralisé. C'est un aspect que j'aimerais voir se développer ces prochaines années.

Je veux aussi vous remercier de donner le goût de l'Europe à des milliers de jeunes étudiants, partout dans le monde, à des générations entières, dans une liberté académique totale et avec un esprit critique, qui doivent être préservés. Je peux même en témoigner personnellement. Après mes études de droit à Lisbonne, et pour des recherches en sciences politiques que j'ai dû faire lorsque j'étais étudiant puis assistant à l'université de Genève, j'ai eu mon tout premier contact avec la Commission européenne. J'étais à mille lieues d'imaginer qu'un jour, j'aurai l'honneur de la présider!

En vingt ans d'existence, le succès de l'Action Jean Monnet ne s'est jamais démenti. Ce succès est le vôtre. Et même si nous créons prochainement, comme je l'espère, un service extérieur commun, soyez certains que l'Union restera très attachée à votre réseau d’ambassadeurs européens!

J'ai souvent dit que je voyais une profonde unité entre mon parcours politique et mon parcours universitaire. Je ne croyais pas si bien dire … comme vous le savez, j'entre en session d'examens cette semaine, aujourd'hui même! Je présenterai aux groupes politiques et aux députés du Parlement européen les grandes lignes de ma vision politique pour le prochain mandat de la Commission européenne. Je souhaite vous faire partager aujourd'hui quelques-unes des réflexions générales que je développerai à cette occasion.

Je crois qu'après la crise économique et financière, le monde ne sera plus le même. Pour moi, cette crise est allée bien au-delà d'une crise des marchés ou de la régulation. J'y vois surtout une crise des valeurs. Elle a aussi mis en relief un rapport d'interdépendance mondiale jamais atteint dans l'histoire. Elle a modifié les équilibres de pouvoir mondiaux. Ma conviction profonde, c'est que dans cette période de glissement et de transformation, l'Europe a une chance à saisir et une place à prendre. Qu'elle doit se positionner. Et qu'elle doit affirmer sa volonté de contribuer à façonner la gouvernance mondiale, avec les valeurs d'ouverture qui sont les siennes.

Nous sommes à la croisée des chemins. Et le choix fondamental qui se pose à nous est simple: soit nous suivons une vision claire de notre avenir commun, soit nous subirons l'avenir façonné par d'autres. Soit nous menons le jeu, soit nous perdrons du terrain. Sans un véritable projet politique, l'Europe risque d'être marginalisée.

Ma réponse, c'est le choix de l'Europe politique. C'est par l'Europe politique que nous garantirons la vitalité de notre projet et la protection des intérêts concrets de nos concitoyens. Que nous donnerons confiance aux jeunes générations dans leur avenir. Et que nous gagnerons assez d'influence pour contribuer sans arrogance, en toute modestie, à la définition d'une "gouvernance de la mondialisation" qui respecte nos intérêts et porte aussi l'empreinte de nos valeurs. Pour l'Europe, c'est l'heure de vérité.

Une nouvelle législature s'ouvre. Nous avons devant nous un certain nombre de rendez-vous importants pour l'avenir. Des questions politiques fondamentales sont posées. Et la réponse politique qui y sera apportée sera lourde de conséquences.

Ma profession de foi, l'Europe à laquelle je crois et l’Europe que je veux aider à construire, c'est une Europe de l'ambition et une Europe pour les citoyens, qui ne va pas sans une Europe des valeurs.

L'Europe a tous les atouts pour devenir une force motrice de progrès dans un monde complexe. Nous sommes un continent de démocraties stables. Nous avons réussi un élargissement qui nous a rendus plus forts à l’intérieur et à l’extérieur. Notre économie sociale de marché a fait ses preuves. Notre marché unique a prouvé sa résistance face aux pires difficultés et agit plus que jamais comme un moteur de la croissance européenne. Notre monnaie unique a joué un rôle de stabilisateur important. Nous avons une industrie, une agriculture et des services de niveau mondial. Nous pouvons aussi dire que nous avons une longueur d'avance dans l’économie verte.

A mes yeux, l'Europe doit encore aller plus loin. L'échelle continentale, l'Europe réunifiée, est très importante, mais la volonté et la cohérence politiques sont aussi essentielles. C'est pourquoi les Etats membres devraient faire un pas en avant vers une sorte de "déclaration d'interdépendance", un engagement à l'union. Face à l'interdépendance mondiale, il faut que les États membres reconnaissent l'interdépendance qui les lie, autour de leurs valeurs et leurs intérêts communs. Les pires ennemis de l'Europe, ce sont la division et la tentation du chacun-pour-soi. Reconnaître l'interdépendance européenne, c'est se donner une grande force pour agir ensemble et peser sur les affaires du monde. À l'heure de la mondialisation, nous devons accepter que nous avons plus que jamais besoin de l'Europe et d'une Europe forte.

Je ne parle évidemment pas d'une centralisation renforcée des pouvoirs. Au contraire, je l'ai toujours dit, la subsidiarité est à mes yeux, avec la solidarité, un principe essentiel à préserver. Ce dont je parle, c'est d'esprit européen, de véritable engagement européen, de valeurs européennes et de culture de la décision européenne, dans le plein respect du droit et de la méthode communautaires.

Ladies and Gentlemen,

Europeans know better than anyone else the limitations of national isolation, not to mention nationalism. They know that they must close ranks in order to defend their interests in the world. But we should remain open. The crisis only accentuates this overriding need. To deny it would be to refuse to play the aces I mentioned or take advantage of our collective strength. When I hear some people calling unashamedly for narrow-minded nationalism, my view is that they are scoring an own goal, and denying their countries an opportunity to emerge from the crisis!

It is clear that our interdependence must be matched with our values. Europe has its own model of society and its own way of looking at the world, community life and the common good. It has high values, chief among them being freedom, justice, solidarity and openness. I see no contradiction between our values and our pragmatism. Nor is there any contradiction between political ambition and delivering concrete results to citizens. This is indeed our trademark. And it is just part of the enormous political and intellectual legacy left to us by Jean Monnet, the combination of a long term vision with pragmatic ways of achieving concrete progress.

The crisis shows that the world needs societal models which inspire new ideas to deal with new circumstances. This is what, for instance, New York university professor Tony Judt calls "a serviceable model to propose for universal emulation". The crisis also shows that the world needs ethical rules and values - two good reasons why Europe should remain at the centre. I consider that our achievements over the past fifty years give us the right to propose (not impose), without arrogance, our vision and our methods. They give us the right to claim the position of joint world leader, in a spirit of value-led partnership.

My plan for the coming years is to allow the European model of society to prepare to take up the challenges we are already facing, and also to invest in radical, innovative change over the next ten years.

In the short term, there is very little risk of our getting bogged down in routine! We must emerge successfully from the economic and financial crisis; curb rising unemployment; boost the circulation of credit; ensure that sectors supported during the crisis continue to function properly following the withdrawal of state support; restore an ethical dimension to markets; get back on the path to growth and social cohesion; manage the consequences of demographic change; and launch practical reforms to ensure sustainable development in Europe.

I will not discuss in detail the European Economic Recovery Plan proposed by the Commission, but I would like to point out that we are going to inject into our economies a total of up to 6% of European GDP in 2009 and 2010. Unemployment is clearly the number one concern today, in particular youth unemployment which stands at a much higher rate than total unemployment (19.8% compared with 9%). This trend must be reversed.

Our strategy for renewed growth must focus on social integration. Economic performance and social progress are not mutually exclusive: they complement each other. Economic recovery cannot be based on social failure any more than social progress can be built in an economic wasteland. Europe can create not only "green jobs" but also millions of "white jobs" for instance, by providing health care and social services for children and the elderly at a time when Europe's population is ageing and more women are entering the labour market.

One thing is certain: current circumstances require the strengthening of the social dimension of Europe. Our model of society must be adapted while preserving the core elements, in other words our values - integration, fairness and justice, for instance by raising considerably our level of qualifications and education. We must make a huge effort to guarantee competitiveness and offer more decent jobs.

In the longer term, our pursuit of social cohesion must be underpinned by new sources of growth. We must ensure sustainable sources of growth, for instance, by investing in innovation and in networks of the future.

The vision I am proposing for the period to 2020 involves targeting our skills and technology on future-oriented activities, modernising in order to support social change and ensuring that our economic development is in keeping with our environmental objectives.

To achieve this, Europe must become a genuinely knowledge based society. European research policy must step up a gear. The European research area must become one of the driving forces in sustainable development. We must rise to the highest level of world excellence, and keep and attract the best brains.

Europe must also give a major boost to innovation, which is not just about products. Innovation is also about social aspects, about the way we work, and the options we choose as consumers and citizens: online health, "green" innovation, environment friendly construction methods, etc.

Next, the fight against climate change is clearly a key aspect of sustainable development. Europe has taken the lead in this fight. We Europeans consider this a question of political responsibility and economic and social importance. We have set the tone by being the first to lay down binding targets for ourselves and objectives for the creation of green jobs. We must press home our advantage since we were the first to invest in our environment.

International negotiations on climate change illustrate clearly this idea that our model of society, our values and our integration can be a source of inspiration for the world if we stand united and seize the initiative. Europe, by setting an example, is leading its partners at world level. It has a clear vision of the outcome it wants from the Copenhagen conference. It has made commitments, in particular with respect to developing countries. The result is that a process has now been set in motion, and every country in the world is now sitting around the table with us.

Another example is the management of the world financial crisis. We, the European Union, were at the origin of the G20 process, as a way to move towards genuine regulation and supervision of world financial markets. It was Europe's approach that won the day. Acting together at international level – as we do at European level – will increase our chances of cutting short the recession and limiting the social costs for everyone.

It was Europe as well which urged its international partners not to settle the crisis at the expense of the poorest developing countries or the solidarity we owe them. We will not put achieving the Millennium Development Goals or the promotion of the rule of law, democracy and human rights in the world on the back burner! What is valid in Europe – namely the priority to poverty reduction and the defence of human rights – is just as valid outside Europe.

Europe must therefore continue to set the pace for international action, for instance at the G20 Summit in Pittsburgh and at the Copenhagen conference on climate change at the end of the year.

Mesdames et Messieurs,

La crise a démontré que l'interdépendance mondiale était irréversible. Le monde offre aujourd'hui à l'Europe une occasion sans précédent de façonner les événements, au moment où l'ordre établi et la hiérarchie des pouvoirs est peut être en train de changer. Les facteurs d'influence deviennent plus complexes. La puissance militaire, la puissance démographique et la puissance économique ne sont plus les seules manières d'exercer une autorité mondiale.

Alors qu'on ne compte pas sur moi pour avaliser l'analyse des déclinologues et leur théorie de la crise permanente en Europe et du déclin européen ! J'entends dire ici ou là que le monde se réduirait à un face-à-face entre les Etats-Unis et la Chine. Ce que je constate, c'est plutôt le pouvoir d'entraînement et la force d'inspiration de l'Union européenne. Ce que je vois, c'est plutôt que nos partenaires internationaux se rapprochent de plus en plus des positions et des normes de l'Europe. Ce que je vois, c'est que certains commencent à considérer sérieusement nos mesures de lutte contre le changement climatique. Ce que je vois, c'est que certains, maintenant, souhaitent la mise en place de systèmes de santé qui existent en Europe depuis des décennies. Ce que je vois, c'est aussi le vœu de certains de se doter de systèmes de sécurité sociale semblables à ceux de l'Europe.

Nous avons donc toutes les raisons d'être confiants. Ayant engrangé un demi-siècle d'expérience de la coopération transnationale, l'UE a une vocation particulière à imprimer sa marque à la gouvernance mondiale et une "expertise" naturelle à exercer dans la mondialisation, sans arrogance, forte de son expérience du colonialisme, de sa terrible expérience des nationalismes extrêmes et du totalitarisme.

Le traité de Lisbonne, s'il est ratifié, nous donnera les moyens de défendre plus efficacement nos intérêts dans le monde. Mais, attention, je le dis souvent, si les institutions sont importantes, il faut aussi de la volonté politique pour utiliser pleinement les instruments européens.

Pour ma part, je prends l'engagement de tout faire pour que la Commission joue pleinement son rôle de moteur européen pour donner à l'Union le poids qu'elle mérite.

Je veux ranimer le goût et la passion de l'Europe. Je veux redonner aux Européens le sentiment du lien fort qui les relient à notre projet de vie en commun. Je veux leur faire partager ma profonde conviction: l'Union européenne est le meilleur chemin pour l'avenir, pour nous et pour nos enfants. Elle peut aussi apporter, en ce début de siècle, une contribution très positive au reste du monde, en particulier dans la lutte contre la pauvreté et la défense de notre planète.

Voilà ce que je crois.

Merci.


Side Bar

Mon compte

Gérez vos recherches et notifications par email


Aidez-nous à améliorer ce site