Chemin de navigation

Left navigation

Additional tools

José Manuel Durão Barroso
Président de la Commission européenne
"L'Europe doit rester au centre du jeu"
Présentation du programme de travail 2009 de la Commission européenne – Débat au Parlement européen
Strasbourg 18 Novembre 2008

Commission Européenne - SPEECH/08/627   18/11/2008

Autres langues disponibles: aucune

SPEECH/08/627












José Manuel Durão Barroso

Président de la Commission européenne




"L'Europe doit rester au centre du jeu"

























Présentation du programme de travail 2009 de la Commission européenne – Débat au Parlement européen
Strasbourg 18 Novembre 2008

(1ère partie: bilan Conseil européen du 7.11 et du G20)

Monsieur le Président du Parlement européen,

Monsieur le Secrétaire d'Etat,

Mesdames et Messieurs les députés,

Avant toute chose, je voudrais saluer l'excellente décision du Parlement européen d'organiser aujourd'hui "deux débats en un": sur la gestion européenne de la crise financière mondiale, au lendemain du G20 de Washington, et sur le programme de travail 2009 de la Commission.

Ce double débat traduit parfaitement la réalité politique à laquelle l'Europe doit répondre: relever le défi de l'urgence, tout en poursuivant avec détermination le travail de fond déjà engagé. Vous ne serez donc pas étonnés que le programme de travail 2009 de la Commission ait aussi une double vocation: la continuité et l'action en temps de crise. J'y reviendrai.

Mais tout d'abord, je voudrais revenir sur le bilan du sommet de Washington dressé par Madame Lagarde.

Permettez-moi de rappeler que l'initiative politique d'ouvrir un processus mondial de réforme du système financier est venue d'Europe. C'est aussi d'Europe que sont venus les éléments du débat, – je ne vais pas les reprendre, nous en avons parlé ensemble dans cette enceinte le mois dernier. Les orientations définies par le Conseil européen extraordinaire du 7 novembre, inspirées par le travail commun de nos trois institutions, ont servi de plateforme aux discussions.

La Commission a fait des propositions, le Président du PE a participé aux débats, nous avons avancé ensemble.

Il faut un peu de recul dans le temps pour juger si un événement est un tournant historique. Mais mon sentiment, c'est que cette première réunion du G20 au niveau des chefs d'État et de gouvernement marque vraiment le début d'une nouvelle ère dans le pilotage collectif de l'économie mondiale.

Le sommet de Washington a posé les fondations d'une nouvelle gouvernance mondiale, appuyée sur le principe d'une économie sociale de marché mondiale, dont l'Union européenne est le fer de lance.
Le G20 s'est mis d'accord sur quatre décisions de fond:

  • premièrement, un plan d'action, à court et à moyen terme, pour réformer les marchés financiers, pour éviter de nouvelles crises et pour protéger les consommateurs, les épargnants et les investisseurs;
  • deuxièmement, les principes d'une nouvelle gouvernance mondiale, pour remédier aux déséquilibres commerciaux, monétaires et budgétaires qui portent préjudice à toute la communauté globale;
  • troisièmement, le plus urgent: la nécessité d'une action coordonnée pour stimuler l'économie mondiale et minimiser les conséquences de la crise sur l'emploi et le pouvoir d'achat de nos citoyens;
  • et quatrièmement, le besoin de marchés ouverts et le rejet de tout protectionnisme. C'est d'ailleurs pourquoi nous nous efforcerons de trouver un consensus avant la fin 2008 sur les modalités qui permettront de conclure le cycle de Doha pour le commerce et le développement.

En même temps, le sommet a envoyé un signal clair, qui importait beaucoup aux Européens: le traitement des questions économiques et financières ne doit pas se faire au détriment des autres défis globaux qui demandent un effort collectif. C'est-à-dire la réalisation des objectifs du millénaire pour le développement, la sécurité énergétique, le changement climatique, la sécurité alimentaire, l'État de droit, la lutte contre le terrorisme, la pauvreté et les maladies.

Maintenant, il faut écrire rapidement et concrètement la nouvelle page politique qui s'ouvre.

Là, il faut dire les choses clairement: si l'Europe a joué un rôle de force de proposition au G20 et si elle s'est fait entendre, c'est parce qu'elle était unie. Je suis fier de l'excellente coopération entre la Commission, la Présidence française et votre Assemblée. L'Union aura maintenant un vrai défi à relever pour continuer à parler d'une seule voix. Ce sera parfois difficile. Mais c'est la condition indispensable à notre succès.

Quoi qu'il en soit, nous n'avons pas attendu, en Europe, pour prendre déjà des décisions très importantes. À la suite de Conseils européens consécutifs et de débats avec votre Assemblée, la Commission a déjà fait des propositions législatives importantes qui se trouvent maintenant devant les co-législateurs. Nous avons aussi esquissé les éléments d'un programme de relance économique le 29 octobre que nous allons concrétiser par un document que la Commission adoptera la semaine prochaine.

C'est ici qu'intervient le programme de travail 2009 de la Commission. Certes, nous avons déjà parcouru beaucoup de chemin ces derniers mois. Certes, nous allons encore faire avancer certains éléments avant la fin de l'année. Mais il nous restera des choses à faire aussi l'année prochaine.

Ce programme contient quatre priorités, sur lesquelles nous avons d'ailleurs constaté une forte convergence de vues avec le Parlement européen lors du débat de septembre sur la stratégie politique annuelle pour 2009.

La première de ces priorités s'impose d'elle-même: la croissance et l'emploi. En 2009, nous allons d'abord nous attacher à deux choses: limiter les conséquences du ralentissement économique sur l'emploi et les entreprises en Europe; et poursuivre notre réforme pour mieux préparer l'après-crise.

Nous devons appliquer à l'économie réelle la même méthode que nous avons appliquée avec succès lorsque la crise financière a éclaté: définir des principes clairs et des mesures coordonnées à l'échelle de l'UE. C'est le "cadre de relance" que la Commission présentera le 26 novembre dans le prolongement de la stratégie de Lisbonne.

Nous vivons des temps exceptionnels qui appellent des mesures exceptionnelles. Nous avons besoin d'une vraie stratégie commune pour réunir les conditions d'une relance économique. Un programme qui vise avant tout à limiter l'impact de la crise sur les citoyens - en tant que ménages, travailleurs, entrepreneurs. Un programme qui mobilise tous les leviers disponibles, fiscaux, structuraux, ou régulateurs, tant au niveau européen qu'au niveau national, dans un effort coordonné. Et je tiens à souligner l'excellente coopération que nous avons eue avec la BCE jusqu'à maintenant. Car aucun Etat-membre ne pourrait sortir de cette crise par des seules mesures nationales. Nos économies sont beaucoup trop interdépendantes pour cela.

Nous avons besoin d'un programme d'impulsion budgétaire afin de soutenir la demande; afin d'exploiter des synergies et d'éviter des "spill-over" négatifs. Un programme de mesures pertinentes, ciblées, et temporaires. Je pense avant tout à des efforts pour encourager la formation et la reconversion, et pour investir plus massivement dans l'innovation, l'inter-connectivité et la transformation de l'Europe en une économie à faible teneur en carbone. Ici, le lien avec notre agenda changement climatique est évident. Je pense aussi à des efforts redoublés pour réduire les coûts administratifs des entreprises et ainsi libérer le potentiel en particulier des PME, élément central de notre "Better Regulation Review" en janvier 2009.

L'agenda social pour les opportunités, l'accès et la solidarité fait aussi partie de la réponse européenne à la crise économique. Car il y aura des difficultés sociales à traiter, ne le nions pas, et en particulier en fonction d'une augmentation plus que probable du taux de chômage. C'est pourquoi il faut faire avancer cet agenda. J'insiste en particulier sur les mesures pour promouvoir les intérêts des consommateurs et pour ouvrir le marché de l'emploi aux jeunes. Mais il y aura d'autres éléments.

En ce qui concerne le volet financier, je compte sur les députés européens pour adopter rapidement les propositions de la Commission sur l'adéquation des fonds propres, les garanties de dépôts et les agences de notation. Il est indispensable de rétablir un climat de confiance. En 2009, la Commission prendra des mesures concrètes pour consolider le cadre réglementaire du système financier européen. Elle se penchera sur la régulation, la surveillance et la transparence des marchés financiers, y compris les domaines évoqués par les rapports Rasmussen et Lehne. Elle vous soumettra avant le Conseil de printemps les premières analyses du groupe de haut niveau chargé de la supervision financière.

Pour conclure cette première partie du débat, je pense qu'en dépit de leurs effets négatifs, les crises ont toujours une vertu: en bousculant les schémas de pensée et les certitudes acquises, elles donnent une certaine plasticité aux situations et laissent la souplesse nécessaire pour les remodeler et les façonner. Pour l'Europe, c'est le moment d'imprimer sa marque à la marche des événements.

* *

*

(2e partie: présentation du programme de travail)

Mesdames et Messieurs,

Le programme de travail 2009 de la Commission, je l'ai dit, est indissociable d'un contexte politique précis: nous sommes encore en pleine tempête financière et au début d'un sérieux ralentissement économique. C'est pourquoi il faut maintenant faire aboutir le plus vite possible les chantiers d'adaptation à la mondialisation et de modernisation qui sont déjà sur les rails. Car ils participent pleinement de la dynamique de relance économique que nous mettons en place.

La crise actuelle ne doit pas nous détourner des trois autres priorités que la Commission a intégrées dans son programme de travail.

La deuxième priorité de la Commission en 2009 portera sur le changement climatique et le développement durable. Je veux sincèrement saluer l'immense travail que fait le Parlement européen pour le paquet climat-énergie. Nous sommes devant des circonstances exceptionnelles et je suis fier de voir que la réaction des institutions européennes est à la hauteur de ces circonstances. Je suis convaincu qu'ensemble, nous respecterons notre objectif commun d'un accord politique en décembre.

Cet accord servira de catalyseur à une stratégie européenne pour obtenir un accord ambitieux à Copenhague. Je ne veux pas dramatiser l'enjeu. Mais il faut que nous soyons tous conscients que l'Europe joue beaucoup de sa crédibilité internationale dans ce débat dont elle est chef de file. Nous avons à portée de main une occasion vraiment extraordinaire à saisir. Nous n'avons pas le droit de la manquer!

Troisième priorité: l'Europe des citoyens. La Commission va surtout s'attacher en 2009 à réaliser de nouvelles avancées dans l'espace européen de liberté, de sécurité et de justice. Par exemple en mettant en place la politique commune de l'immigration et en l'intégrant dans les politiques plus générales de l'UE pour la croissance, la compétitivité et l'inclusion sociale. Par exemple en rendant le réseau européen des migrations opérationnel et en mettant la dernière main au régime d'asile européen commun pour 2010. Par exemple en renforçant le respect de la protection des consommateurs en Europe. Par exemple en améliorant la reconnaissance mutuelle de certains actes de droit civil et pénal, notamment les jugements et les successions. Par exemple en proposant des moyens de lutter contre des formes nouvelles de criminalité, comme la maltraitance des enfants ou les cyber-attaques.

Enfin, quatrième priorité pour 2009: l'Europe dans le monde. Là aussi, des défis nous attendent: le processus d'élargissement, et le renforcement de la politique de voisinage. L'approfondissement des relations avec les pays en développement, pour mieux traiter des dossiers communs comme la sécurité énergétique, les migrations et le changement climatique. Mais il y a aussi l'achèvement du programme de Doha pour le développement et la poursuite des négociations commerciales bilatérales. Le sommet de la semaine dernière a renforcé ma détermination de poursuivre avec la Russie des relations fondées sur l'intérêt mutuel, mais en même temps sur la franchise.

Enfin, la pression intense qui a pesé sur le monde en 2008 a démontré à quel point il était important de partager une vision commune avec les Etats-Unis. Nous voulons un partenariat efficace avec le nouveau gouvernement américain. Les enjeux partagés sont très vastes: le dossier climatique, la sécurité et la stabilité, la coopération économique et la régulation.

* *

*

Mesdames et Messieurs les députés,

En 2008, l'unité dont l'Europe a fait preuve pour coordonner son action en situation de crise majeure - Géorgie et crise financière - a été un facteur d'efficacité décisif. Il n'y a pas d'autre voie à suivre que l'union si nous voulons relever les défis de 2009.

375 millions d'électeurs seront appelés dans quelques mois au grand rendez-vous démocratique qui désignera un nouveau Parlement européen. Profitons de l'élan que les récentes crises ont donné à l'Union. Elles ont agi comme un révélateur en prouvant aux citoyens le bien-fondé et l'efficacité de la dimension européenne pour assurer leur bien-être économique, social et environnemental, et pour les protéger.

Au moment où la communauté internationale aborde des questions capitales pour l'avenir, l'Europe doit rester au centre du jeu où elle a su se placer. Nous sommes à un moment politique très important pour l'Europe. Peut-être même à un tournant. L'Europe est investie de grandes attentes. C'est en continuant à prendre l'initiative et à se projeter unie dans l'avenir qu'elle y répondra le mieux.

C'est exactement l'état d'esprit qui animera la Commission européenne en 2009.

Merci.


Side Bar

Mon compte

Gérez vos recherches et notifications par email


Aidez-nous à améliorer ce site