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SPEECH/08/301












José Manuel Durão Barroso

President of the European Commission




Une Europe plus forte à l'intérieur pour une Europe plus forte à l'extérieur






















Journées diplomatiques du Ministère des Affaires étrangères de Belgique
Bruxelles, 4 Juin 2008

Monsieur le Ministre, Mijneer de Minister,

Excellences, Excellenties,

Mesdames et Messieurs, Dames en heren,

C'est avec grand plaisir que j'ai répondu à l'invitation du ministre des Affaires étrangères, Karel de Gucht, pour rencontrer le corps diplomatique belge, à l'occasion de ces traditionnelles Journées diplomatiques à Bruxelles.

Vous êtes tous, aux quatre coins du monde, les éminents représentants d'un État membre qui peut se prévaloir de cinquante ans "d'euro-enthousiasme". La construction européenne a toujours pu compter sur l'appui de la Belgique, sur son esprit solidaire et son sens de l'intérêt collectif européen. C'est pourquoi je suis très heureux de vous rencontrer aujourd'hui pour partager quelques réflexions sur les grandes questions qui se posent à l'Europe, avant d'engager un dialogue direct avec vous.

Je suis aussi très reconnaissant pour l'appui sans faille de la Belgique à la Commission européenne et à la méthode communautaire.

Mesdames et Messieurs,

L'actualité européenne s'inscrit naturellement dans celle de la communauté internationale et dans la nouvelle configuration qu'on appelle la mondialisation, c'est-à-dire un réseau d'interdépendances qui ne cesse de se densifier.

Parallèlement, la disparition des pôles hégémoniques, après le "dépôt de bilan" de la guerre froide, a laissé la place à un nouvel ordre mondial qui cherche encore ses repères, avec la montée en puissance des pays émergents.

Le monde est confronté à des besoins, des défis et des risques nouveaux : le développement durable, les déséquilibres macroéconomiques, les turbulences financières, les cours du pétrole et des matières premières, la flambée des prix des denrées alimentaires, la sécurité internationale, les migrations et le développement, en particulier celui de l'Afrique. J'ajoute à cette longue liste le changement climatique, qui est par nature planétaire et qui figure dans les premières priorités de notre action politique.

Dans ce nouvel ordre mondial en gestation, dans cette transition, avec des différentes polarités, l'Europe occupe une place particulière. Nous sommes une jeune figure politique à l'échelle d'un continent très ancien. Notre union politique fondée sur le principe d'intégration économique, de solidarité et de cohésion est unique. Nos rapports de partenariat durable, soutenus par des règles communes, sont eux aussi uniques. Notre projet commun nous a apporté cinquante ans de progrès considérables. Je suis convaincu que pour le monde d’aujourd’hui, l'expérience réussie de notre "laboratoire européen" pour la mondialisation est plus nécessaire que jamais.

Je suis convaincu aussi que l’Europe doit utiliser la mondialisation comme un moteur pour renforcer la construction européenne. Il faut une Europe plus forte à l'intérieur pour une Europe plus forte à l'extérieur. Pour cela, il faut que l'Europe ait entre les mains les outils nécessaires à ses ambitions. Le traité de Lisbonne en est un. La volonté politique en est une autre, tout aussi indispensable. Je l'ai dit lors de la signature du Traité de Lisbonne: ce Traité est important, mais aussi importante est la volonté d'agir, la volonté politique.

Pourquoi renforcer notre union? Premièrement, parce que la construction européenne est la contribution de notre continent à un ordre mondial plus solidaire et plus juste. Et deuxièmement, parce que la construction européenne est la réponse politique qui va dans le sens de l’intérêt commun des peuples et des États européens dans un monde qui change.

Je reviens à ces deux points.

Premièrement, l'Europe doit être plus forte pour contribuer à façonner les règles de gouvernance mondiale en y imprimant davantage la marque de ses valeurs.

Je pense bien sûr aux valeurs "premières" de démocratie, d’État de droit, de liberté et de justice, et notamment à la défense des droits de l'homme. Mais je pense aussi à la promotion d'un multilatéralisme efficace et équitable. Je pense à l'encouragement d'un développement durable au niveau mondial. Je pense à la solidarité avec les pays en développement.

Deuxièmement, l'Europe doit aussi être plus forte pour défendre ses intérêts, qui sont les intérêts communs de ses États membres.

Il suffit de poser une simple question pour en prendre la pleine mesure : s'ils agissent en ordre dispersé, quelle peut être la marge de manœuvre des États membres face aux pressions qui s'exercent sur la marche du monde, même de nos Etats membres les plus grands? Je pense à la pression qu'exerce la Chine sur le commerce mondial, par exemple, à la pression qu'exerce la Russie sur les marchés mondiaux de l'énergie, à la pression qu'exercent les marchés financiers sur l'économie mondiale ou encore à la pression qu'exerce le fondamentalisme religieux sur la sécurité du monde.

La réponse est claire et simple: c'est en s'unissant que l'Europe peut trouver des solutions efficaces aux problèmes communs qui dépassent de très loin les cadres nationaux.

Un exemple: unis, les 27 peuvent mettre en place une véritable stratégie de sécurité et de compétitivité dans le secteur de l'énergie au niveau européen, comme la Commission l'a proposé. L'union est notre meilleure chance de relever le défi énergétique, que personne ne pourra contourner.

Autre exemple – qui sera aussi une autre priorité de la présidence française du Conseil de l'UE: une approche européenne de l'immigration, de l'intégration et de la politique d'asile. Dans un espace commun assorti de la liberté de circuler, il n'est pas efficace d'avoir 27 politiques d'immigration juxtaposées. Je vais même plus loin: une approche commune de l'immigration – et de l'intégration, j'insiste sur ce point, parce que l'une ne peut pas se voir sans l'autre - est à mes yeux le meilleur rempart contre d'éventuelles dérives populistes et xénophobes.

Sur le plan économique aussi, l'Europe s'attache, en s'unissant, à utiliser sa masse critique à 27 pour tirer parti de la mondialisation. C'est-à-dire aller dans le même sens de la modernisation, de l'adaptation à des conditions nouvelles et de la compétitivité. Notre stratégie de Lisbonne pour la croissance et l'emploi commence à produire de bons résultats. Deux chiffres seulement, qui en disent long: 6,5 millions d’emplois créés en deux ans et un taux de chômage tombé sous la barre des 7%. Nous sommes en train d'investir dans les paramètres indispensables pour réussir dans l’économie mondialisée de la connaissance : l’éducation, l’innovation, la recherche. Au niveau européen, je crois beaucoup aux projets communs que nous avons lancés comme l’Institut européen de technologie et d’innovation, l’espace européen de la recherche, la liberté de circulation de la connaissance – notre cinquième liberté. Ce sont des réponses modernes pour une Europe ambitieuse, visible et en pointe.

Ces réformes économiques doivent aller de pair avec un des acquis historiques de l'Europe: la justice sociale et la solidarité. Cet acquis ne sera pas bradé. Nous voulons adapter notre modèle européen, pas le changer.

Nos résultats encourageants s'appuient sur les fondements sains de nos économies, qui nous offrent d'ailleurs une bonne résistance à la crise financière actuelle.

Notre taille et nos politiques communes nous donnent de formidables atouts: un marché intérieur, une monnaie unique, une politique de concurrence dynamique et une politique de cohésion active qui font plus que jamais la preuve de leur efficacité.

Ces facteurs internes ont de profondes répercussions externes. L'UE est le premier exportateur du monde, une des principales sources et destination de l'investissement étranger et le premier donateur d'aide au développement.

Je cite d'ailleurs souvent dans mes conférences à l'extérieur l'exemple de la Belgique, avec 10 millions d'habitants et cette son extraordinaire force d'attraction d'investissements étrangers, due à son dynamisme et ses capacités mais aussi à cette position en Europe.

L'Europe doit donc aussi s'unir, sur le front extérieur, dans les négociations internationales, pour développer un système d'échanges mondial toujours plus ouvert, mais régulé. C'est son intérêt bien compris. Le protectionnisme serait pour l'Europe contre nature, puisqu'elle est intrinsèquement un modèle d'ouverture des frontières et des échanges. Il serait aussi contre-productif. Car, malgré l'essor de la Chine et de l'Inde, l'UE contribue à 42% des exportations mondiales, notamment en direction des pays en développement. Nous sommes pour l'ouverture des économies et des sociétés. Il faut avoir le courage de le dire.

L’Europe unie, enfin, doit assumer une responsabilité particulière sur la scène internationale, car elle est un des rares acteurs capables de s'attaquer aux problèmes au niveau planétaire dont je parlais tout à l’heure. Si vous me passez l'expression, définir des règles, l'Europe sait faire, et définir des règles autour d'un consensus politique entre plusieurs pays, l'Europe sait faire aussi! C'est exactement ce dont on a besoin aujourd'hui pour avancer. Qui serait mieux placé que l'Europe pour proposer des mesures, des initiatives pour définir des règles de la mondialisation? es L'Europe est déjà un des premiers acteurs internationaux à définir des normes, dans le domaine de la bonne gouvernance, du commerce équitable, de l'aide au développement. L'industrie automobile chinoise, quant à elle, applique déjà nos normes de sécurité des produits!

Les solutions efficaces aux problèmes "transnationaux" passent nécessairement par une action coordonnée de l'Union. Elles passent aussi par une Europe capable de convaincre le reste du monde d'y coopérer. Parce que la mondialisation a mis en lumière une réalité simple: le progrès des uns fait avancer les autres. C'est vrai à l'intérieur de l'Union, entre les 27 États membres. C'est vrai aussi à l'échelle du monde.

La lutte contre le changement climatique en est une parfaite illustration. Il fallait faire émerger une volonté collective de désamorcer cette menace directe pour la viabilité de notre planète, qui peut démultiplier les risques de pauvreté, de migrations et d'insécurité dans le monde.

L'Europe voit aussi un intérêt concret spécifiquement européen à lutter contre le réchauffement climatique : en faire une chance de remporter un formidable pari technologique et industriel pour les économies européennes.

L'Europe a pris la tête du combat contre le réchauffement climatique. Nous avons fixé, les premiers, des objectifs très clairs de réduction des émissions de gaz à effet de serre et de recours aux énergies renouvelables. Parce qu’ils sont aussi contraignants, ces objectifs renforcent la légitimité et la crédibilité de "chef de file" de l’Europe face à ce défi mondial.

Pour convaincre ses partenaires de l’idée de fixer des objectifs, au sommet du G8 à Heiligendamm ou à la conférence des Nations unies de Bali, l'Europe a défendu une seule et même position. Ensemble, nous avons l'influence pour entraîner la communauté internationale.

La lutte contre le changement climatique est aussi une des dimensions de notre nouveau partenariat politique avec l'Afrique. Le continent africain serait la première victime du changement climatique si nous ne l'aidions pas à s'adapter, notamment par des transferts de technologie. L’Europe a l'expérience et la crédibilité pour dessiner de nouvelles pistes de coopération avec les pays en développement, qui sont les plus vulnérables et les moins préparés à l'impact de la mondialisation.

Je sais que c'est une question à laquelle la Belgique est particulièrement sensible. Je saisis d'ailleurs l'occasion pour souligner l'excellent travail que fait Louis Michel pour la politique d'aide au développement. Au-delà de son portefeuille, c'est aussi un des membres les plus actifs de la Commission, il apporte une vision très politique à tous nos débats et je tiens à en faire l'éloge.

Je voudrais vous dire un mot sur un autre projet d'actualité, celui d'Union pour la Méditerranée, que la Commission européenne vient de présenter à l'invitation du Conseil européen.

Ce que nous voulons, c'est vraiment donner un nouvel élan politique aux relations multilatérales de l'Union avec la Méditerranée. Le bassin méditerranéen est un peu le noyau de l'atome à l'origine de notre civilisation. C'est un des horizons naturels de notre continent. C'est aussi la zone où que se joue une grande partie de l'avenir de l'Europe – immigration, environnement, transport de l'énergie, par exemple.

C'est pourquoi l'Union pour la Méditerranée, en donnant une nouvelle impulsion au processus de Barcelone, va mobiliser toute l'UE - États membres et institutions européennes - pour lancer des projets de cohésion régionale, d'intégration économique, de protection de l'environnement et d'infrastructure avec nos partenaires de la rive sud de la Méditerranée. Au-delà, nous sommes très attachés à l'idée que cet espace commun soit un vrai lieu de dialogue entre les cultures. La future Union pour la Méditerranée est une des contributions européennes à ce dialogue indispensable à la paix du monde.

Mesdames et Messieurs,

Le traité de Lisbonne est l'instrument qu'il faut à l'Europe pour avoir plus de possibilités d'agir à l'intérieur et pour peser sur la scène mondiale. Il renforce ses capacités d'action et simplifie le processus de décision, tout en apportant plus de transparence et de démocratie.

Mais ce traité signifie aussi plus d'Europe dans le monde. Il signifie une présence européenne plus cohérente et plus visible. Et il signifie une plus grande continuité dans la gestion de nos relations extérieures. S'il est ratifié, il fera passer l’Europe du rôle d'acteur régional à celui d'acteur mondial.

La fonction de Haut Représentant pour la politique étrangère commune, qui sera couplée avec celle de vice-président de la Commission européenne, jouera un rôle important dans ce sens. Le service commun d'action extérieure sera, quant à lui, une pièce essentielle du puzzle qui donnera à l'action extérieure de l'Union plus d'efficacité et de crédibilité. Il donnera à l'Union une diplomatie européenne. La création de ce service commun est un vrai pas en avant. Nous devrions débattre de son fonctionnement au cours de la présidence française.

Pour conclure, je voudrais redire que tous les Etats membres - petits et grands, anciens et nouveaux, riches et moins riches, centraux et périphériques - et l’ensemble des institutions européennes doivent travailler ensemble. L’Europe unie doit avancer avec dynamisme, mais aussi confiance. Nous avons pris des décisions à la mesure des enjeux et nous sommes sur les bons rails.

Nous avons besoin d'une Europe pionnière, d'une Europe ouverte, d'une Europe solidaire. Le monde a aussi besoin de cette Europe.

Je crois à une Europe de la volonté politique et de l’ambition dans la mondialisation. J’y emploierai toute mon énergie. Et je crois savoir que la Belgique aussi.

Je vous remercie.


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