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SPEECH/07/509












José Manuel Barroso

Président de la Commission européenne



La diversité réconciliée dans une Europe unifiée

























Troisième Assemblée œcuménique européenne
Sibiu, le 6 septembre 2007

Monsieur le Premier Ministre,

Messieurs les Présidents de la Conférence des Églises européennes et du Conseil des Conférences épiscopales d'Europe,

Éminences,

Béatitudes,

Mesdames et Messieurs,

Este o plăcere să particip la acest eveniment important, şi le mulţumesc organizatorilor pentru invitaţie.

Mă bucur că această întâlnire are loc într-un nou stat membru, şi mulţumesc guvernului român pentru călduroasa primire.

Je tiens également à exprimer au peuple roumain, et en particulier aux dignitaires et aux fidèles de l'Église orthodoxe roumaine, mes sincères condoléances à la suite du récent décès de Sa Béatitude le Patriarche Téoctiste. Je souhaitais rendre hommage à son action en faveur du dialogue œcuménique et à l'héritage spirituel qu'il lègue au monde chrétien.

C'est pour moi à la fois un honneur et un plaisir de prendre la parole devant cette illustre assemblée. L'invitation que vous m'avez adressée pour être présent parmi vous, en qualité de Président de la Commission européenne, et participer a cette troisième Assemblée œcuménique européenne consacrée à l'Europe, aux religions et aux migrations, traduit l'engagement de la grande communauté chrétienne dans le processus d'intégration européenne.

Je crois qu'il n'est pas besoin de démontrer l'importance de l'initiative lancée dans les années 80 par la Conférence des Églises européennes, qui a conduit à l'organisation des Assemblées œcuméniques, conjointement avec le Conseil des Conférences épiscopales d'Europe. Il suffit de rappeler que la première de ces Assemblées a permis la première rencontre entre chrétiens de toute l'Europe depuis le Schisme d'Orient en 1054. Il suffit aussi de dire que la Charte œcuménique, signée à Strasbourg en 2001 dans le prolongement de l'Assemblée de 1997, est le document œcuménique le plus diffusé et le plus débattu en Europe.

La Commission européenne a toujours été attentive à l'engagement des Églises chrétiennes, et notamment de la Conférence des Églises européennes, qui, depuis les débuts, ont accompagné et encouragé la grande aventure de la construction européenne. La Commission européenne a toujours entretenu un dialogue fructueux avec toutes ces Églises.

Ma participation à cette rencontre, en réponse à l'invitation de la Conférence des Églises européennes et du Conseil des Conférences épiscopales d'Europe, s'inscrit donc dans un long processus d'écoute et de respect mutuels entre la Commission et les principales religions présentes en Europe.

Le thème de l'unification européenne retenu par cette troisième Assemblée œcuménique a une forte charge symbolique.

D'ailleurs, la vaste tente sous laquelle nous sommes réunis aujourd'hui symbolise parfaitement l'esprit qui préside à cette assemblée.

Depuis les débuts du monothéisme, la tente est le symbole de l'hospitalité proverbiale qu'Abraham a accordée aux trois voyageurs décrits dans la Genèse.

Ma présence ici pour vous parler de l'Union européenne est aussi liée à la contribution spécifique des Églises et des communautés religieuses, que le traité réformateur reconnaît expressément. J'y reviendrai.

Le rôle de la religion dans la vie publique fait actuellement l'objet d'un vaste débat. Si on considère que la politique est indissociable de l'éthique, il faut écouter avec intérêt le message des religions, dans un cadre institutionnel attentif à toutes les composantes de la société.

La contribution des Églises au processus d'unification européenne est encore plus pertinente lorsqu'elle s'inscrit dans un esprit œcuménique.

L'œcuménisme est, lui aussi, un mouvement d'unification et de rassemblement des sensibilités, des traditions et des personnes de croyances différentes, ouvert au monde entier. Mais c'est aussi un état d'esprit, qui exprime l'appel à l'unité des peuples. L'œcuménisme peut donc contribuer à la consolidation de valeurs auxquelles une grande partie des citoyens européens s'identifient.

Le Pape Jean-Paul II, dont le souci de réunification du continent européen est amplement reconnu, était parfaitement conscient de la nécessité de rapprocher les grandes communautés et traditions chrétiennes de l'Europe et d'étendre l'esprit œcuménique.

En 1980, il déclarait: «On ne peut pas respirer en chrétien, je dirais plus, en catholique, avec un seul poumon; il faut avoir deux poumons, c’est-à-dire oriental et occidental». Ces deux poumons d'un même organisme, ce sont la tradition byzantine orthodoxe et la tradition latine occidentale, deux formes de culture indissociables.

Dans le contexte actuel de réunification européenne, le choix de Sibiu pour tenir cette troisième Assemblée œcuménique, après Bâle et Graz, est judicieux. Sibiu est un cas exemplaire d'intégration, par la diversité des groupes ethniques, des cultures et des confessions qui coexistent dans l'actuelle Capitale européenne de la culture.

La Roumanie, par sa position géographique et par sa longue histoire de rencontre entre différents peuples et différentes cultures, pourra utilement contribuer à apaiser les conflits de triste mémoire qui ont à plusieurs reprises déchiré les Balkans.

Il faut que cette région tellement européenne dans sa diversité culturelle, ethnique, linguistique et religieuse, devienne un canal d'irrigation entre les deux poumons, qui donnera du souffle à notre avenir commun et cicatrisera les anciennes blessures causées par les rideaux de fer visibles et invisibles.

La région de Transylvanie où nous nous trouvons est pour moi associée au nom et à l'œuvre du prix Nobel de la paix Elie Wiesel, né à Sighet dans une famille juive qui lui a donné une éducation à la fois religieuse et laïque. Dans l'épigraphe de son ouvrage intitulé «Célébrations hassidiques», on peut lire cette phrase : «Mon père, esprit éclairé, croyait en l’homme. Mon grand-père, hassid fervent, croyait en Dieu. L’un m’apprit à parler, l’autre à chanter».

Toutes les formes d'expression de la dimension culturelle et spirituelle de l'homme doivent pouvoir coexister en Europe. Tous les hymnes à la joie, qu'ils soient sacrés ou profanes, doivent pouvoir y résonner. Il faut que puissent cohabiter ici le chant profane et les cantiques sacrés qui s'élèvent dans les églises, les synagogues, les mosquées et autres temples religieux, sans oublier les grandioses églises forteresses de Transylvanie.

Les Églises et les communautés confessionnelles peuvent contribuer à une meilleure compréhension entre les gens par la promotion du respect mutuel dans un cadre de valeurs fondamentales partagées. Comme l'indique le rapport du Groupe de haut niveau sur l'Alliance des civilisations, "la religion est une dimension de plus en plus importante de nombreuses sociétés et une source importante de valeurs pour les individus. Elle peut jouer un rôle capital en promouvant l'appréciation d'autres cultures, religions et modes de vie pour contribuer à établir l'harmonie entre eux".

L'Europe est, et sera de plus en plus, un continent multiethnique, multiculturel et multi religieux. L'Europe unie et élargie est faite de nouvelles réalités, par exemple d'un nombre de plus en plus important de communautés musulmanes, hindoues, bouddhistes et sikhs, qui lui donnent une physionomie nouvelle.

Au lieu de deux blocs séparés, l'Europe réunifiée forme un seul et même organisme qui respire de nouveau "à pleins poumons".

La compatibilité intrinsèque entre les divers éléments qui permettent d'envisager le continent européen comme un tout résulte d'une identité culturelle commune, fondée sur un ensemble de valeurs partagées et sur l'idée même de diversité et respect de cette diversité. Le dialogue avec les différentes églises, communautés confessionnelles et communautés de conviction et la défense intransigeante de la liberté de religion (ainsi que la liberté de ne pas avoir de religion) traduisent la reconnaissance de cette diversité et ce pluralisme qui sont au cœur de notre idée d'Europe.

Je l'ai souvent dit, les Européens ont des racines profondes, héritées des peuples et des cultures qui les ont précédés. Ces racines, ce sont les valeurs européennes. Cette identité européenne commune a été admirablement résumée par Paul Valéry, qui a défini l'esprit européen comme le résultat d'un triple héritage, s'exprimant dans la triade «Athènes, Rome et Jérusalem», c'est-à-dire la philosophie, le droit et la religion; la triade de la raison, de la loi et de la morale, qui a été à l'origine de ce nous appelons aujourd'hui la civilisation européenne.

Dans l'histoire de cette civilisation, le christianisme et ses diverses confessions ont été une force qui a permis d'intégrer les multiples apports des différents peuples.

L'Europe est profondément attachée à l'humanisme et à la démocratie, qu'elle a "inventés". Le respect de la diversité, l'ouverture à l'autre et la tolérance est lui aussi profondément ancré dans la culture européenne. C'est notre marque de fabrique. Mais le respect de la diversité repose sur le respect, plus profond, de principes sur lesquels l'Union européenne ne transige pas: la liberté d'expression, la liberté de religion et la liberté de création. De la même manière que nous ne pouvons pas transiger sur notre opposition fondamentale à la peine de mort, qui est parfaitement contraire à notre corpus de valeurs.

Les pères fondateurs de la Communauté européenne (Schuman, Adenauer, de Gasperi et tant d'autres) étaient eux-mêmes des ardents défenseurs de cette culture humaniste. L'Europe est d'abord une construction de droit "à hauteur d'homme", selon la formule d'un grand européen, Denis de Rougemont.

Une Union réduite à ses seules dimensions géographique et économique manquerait d'unité. Seul le partage de valeurs peut donner sa chair à une entité politique comme l'Union européenne, conçue comme une communauté de valeurs, et non pas comme un simple groupement d'intérêts. Une communauté de valeurs qui s'incarnent dans une multiplicité de cultures et de traditions mutuellement enrichissantes, dans le cadre d'une Europe élargie et ouverte, capable de jeter des ponts vers d'autres régions du monde et de dialoguer avec d'autres cultures et religions. En somme, une communauté de valeurs qui s'incarnent dans une communauté de personnes, de familles et de peuples, mais aussi dans des institutions et des politiques concrètes.

L’Union européenne, ses institutions et ses politiques communes sont les meilleurs atouts dont chaque État membre dispose pour faire entendre sa voix et pour affirmer ses valeurs dans le monde.

Quelle est la mission de l'Europe au 21ème siècle?

L'Europe doit favoriser le développement économique et social et relever les défis de la mondialisation.

Elle doit assurer la sûreté et la sécurité de ses citoyens

Mais l'Europe a aussi un sens. Elle doit aussi défendre et faire rayonner les valeurs auxquelles sont attachés les Européens, telles que la dignité humaine, la liberté, la solidarité, la tolérance, la justice sociale et l'État de droit. Ces valeurs sont le ciment de l'unité européenne. Elles forment aussi un pilier inébranlable de la construction européenne.

Le monde change très vite et l'Europe doit évoluer en harmonie avec lui. Le 21ème siècle aura son lot de défis. Je pense notamment aux changements climatiques et démographiques ou à la sécurité de l'approvisionnement énergétique.

Pour relever tous ces défis, l'Union européenne doit améliorer son fonctionnement institutionnel et ses méthodes de travail. Elle doit se moderniser.

Avec le nouveau traité réformateur, l’Union pourra défendre et promouvoir ses valeurs communes et ses intérêts vitaux à l’échelle mondiale.

Quelle meilleure façon de célébrer le 50ème anniversaire du traité « fondateur » que de lui donner un successeur à la hauteur des défis d’un nouveau siècle, tout en restant fidèle aux principes et aux valeurs des pères fondateurs ?

Parmi les avancées les plus significatives apportées par le futur traité, j’aimerais souligner un meilleur fonctionnement des institutions qui rendra l’Europe plus démocratique, plus transparente et plus efficace. Il s'agit, notamment, des pouvoirs accrus de codécision du Parlement européen, du droit d’initiative accordé aux citoyens, de l’extension du vote à la majorité qualifiée, des nouvelles possibilités pour accroître la sécurité des citoyens, ainsi que des nouveaux domaines de compétence, tels que l'énergie, l'environnement, la santé, la sécurité et la justice.

Le Parlement européen et les parlements nationaux verront leur rôle renforcé, les décisions pourront être prises à la majorité qualifiée dans plus de 40 nouveaux domaines. Grâce à l'initiative citoyenne, un million de citoyens pourront inviter la Commission à présenter une initiative revêtant pour eux un intérêt et finalement, il sera plus aisé de savoir qui fait quoi aux niveaux européen et nationaux.

Par ailleurs, la Charte des droits fondamentaux aura une valeur contraignante. L’Union pourra mieux répondre à un certain nombre de questions qui préoccupent les citoyens. Je pense notamment aux questions liées au changement climatique et à la sécurité énergétique, qui deviennent des priorités fondamentales pour l’Union. Ou encore à la "clause de solidarité" entre l'Union et ses États membres en cas de catastrophe naturelle, par exemple.

La dimension religieuse est également présente dans le traité et le dialogue que l'Union européenne a entretenu, surtout par l'intermédiaire de la Commission, avec les Églises et les organisations non confessionnelles acquiert expressément aujourd'hui un caractère "ouvert, transparent et régulier".

Enfin, en matière de cohésion extérieure, l'Union européenne parlera de plus en plus d'une seule voix à travers, notamment, le nouveau Haut Représentant de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité. L’Europe sera ainsi plus à même de façonner la mondialisation et de lui donner un visage plus européen.

Toutes ces innovations permettront de mettre en œuvre des politiques qui répondent davantage aux attentes et aux aspirations des citoyens européens.

Il s'agit en somme d'un traité, qui représente un bon équilibre entre ambition et réalisme politique.

Je suis certain que l'Europe pourra compter sur votre contribution pour dépasser les divisions et atteindre l'unité souhaitée dans la diversité ou, pour reprendre une expression fréquemment utilisée dans le contexte œcuménique, la «diversité réconciliée».

Vâ multzumésc mult péntru átêntzié!


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