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Vladimír Špidla
Membre de la Commission européenne, chargé de l'Emploi, des Affaires sociales et de l’Egalité des chances
Discours de clôture sur la Pauvreté et l’Exclusion Sociale
5ème Table Ronde Européenne sur la Pauvreté et l’Exclusion Sociale
Tampere, 17 octobre 2006

European Commission - SPEECH/06/609   18/10/2006

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SPEECH/06/609












Vladimír Špidla

Membre de la Commission européenne, chargé de l'Emploi, des Affaires sociales et de l’Egalité des chances



Discours de clôture sur la Pauvreté et l’Exclusion Sociale






















5ème Table Ronde Européenne sur la Pauvreté et l’Exclusion Sociale
Tampere, 17 octobre 2006

Mesdames et Messieurs,

Aujourd'hui, 17 octobre, Journée internationale des Nations Unies contre la misère, il est bien naturel que l'Union européenne s'interroge sur ce qu'elle fait chez elle pour lutter contre la pauvreté et l'exclusion sociale.

Malgré toutes nos expériences, la pauvreté ne perd pas son potentiel de nous surprendre et de nous choquer. 

Il y a deux semaines, je suis rentré d'une rencontre avec les représentants de l'Union africaine à Addis Abeba. Et je me permets de constater que j'ai vu, dans la proximité immédiate d'hôtels et de sièges des autorités d'Etat, une misère que je n'ai jamais pu imaginer, ni en Asie, ni en Amérique Latine. Mais même en Europe, bien que cela soit incomparable, la pauvreté reste un problème grave menaçant la dignité humaine. 

A. Quelle est notre situation aujourd’hui ?

Si l’on regarde objectivement la situation d’inclusion et de pauvreté, nous voyons qu’aujourd'hui près de 72 millions de citoyens européens sont exposés à un risque de pauvreté.  Le chômage reste l'une des principales causes de cette pauvreté et de cette exclusion, même si ce n'est pas la seule. Les personnes peu qualifiées, sont particulièrement touchées par le chômage et ont, de ce fait, énormément de mal à trouver leur place dans notre sociét. Et, ce qui est particulièrement préoccupant, ce sont souvent les jeunes. De même, les personnes issues de l´immigration ou des minorités ethniques - comme par exemple les Rom - sont souvent exclues de la vie sociale et du marché du travail.

Les enjeux de la stratégie de Lisbonne

Cette situation, rappelons-le, est prise en compte par la stratégie de Lisbonne, elle-même fidèle à la tradition du modèle social européen. Le modèle social européen repose sur le progrès porté par une interaction positive entre la politique économique, la politique de l’emploi et la politique sociale. La lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale constitue, il faut le répéter, un élément clef du "pilier social" de la stratégie de Lisbonne.

Le Conseil Européen de printemps 2006 a réaffirmé que "la croissance et l'emploi sont au service de la cohésion sociale" et que (je cite de nouveau) "la nouvelle stratégie pour l'emploi et la croissance fournit un cadre dans lequel la politique économique, la politique de l'emploi et la politique sociale se renforcent mutuellement ».

B. La lutte contre l’exclusion comme un élément clef de la réponse aux défis du futur

Je voudrais maintenant me tourner vers le futur et situer la lutte contre l’exclusion comme élément clef de la réponse aux défis de l’avenir. Quels sont ces défis ?

Nous savons tous que l'Union européenne doit faire face à deux grands défis. Il y a, tout d'abord, la mondialisation, qui nécessite une compétitivité accrue. L'Union européenne doit, c’est certain, augmenter sa compétitivité, si elle veut pouvoir tirer le meilleur parti possible des marchés qui s'ouvrent à elle. Mais nous ne serons pas compétitifs si nous acceptons la division de nos sociétés en deux catégories que le sociologue anglo-polonais Zygmunt Bauman appelle "les globaux" et "les locaux", c´est à dire les gagnants et les perdants du processus de  mondialisation.

L'autre grand défi, c'est l'évolution démographique de l'Union européenne qui se traduira à moyen terme par un vieillissement de la population et à long terme par sa diminution. Pour y faire face, nous devons compter sur la totalité de notre potentiel humain. Nous ne pouvons nous permettre longtemps de voir trente-deux millions de personnes en âge de travailler exclues de l’emploi. C’est l’un des axes de la Communication sur l’avenir démographique de l’Union européenne que la Commission vient d’adopter le 12 octobre dernier.

Les citoyens européens restent attachés à leur modèle social, inclusif, orienté contre la création des ghettos d´un type quelconque. Et c'est justement pour assurer la préservation des systèmes de protection sociale, qu´il est impératif de les moderniser et de les adapter aux changements.

Le problème s´articule autour de deux questions centrales:

•       Premièrement, comment attirer et retenir le plus grand nombre de personnes sur le marché du travail, sachant que l’accès au travail et le développement personnel dans le travail constituent une garantie essentielle de l’inclusion et de la lutte contre la pauvreté.

•       Et deuxièmement, comment organiser nos sociétés afin de garantir la dignité humaine, la qualité de vie et un taux d´inclusion maximale dans la vie sociale pour tous ceux qui ne sont pas capables de participer à la vie économique. Souvent, on oublie qu´il existe aussi une autre dimension d´inclusion sociale que l’économique, bien qu´elle ne soit pas moins importante que la première.

Quelles pistes pour l’avenir ?

Nous voyons que les défis sont complexes et que, pour y répondre de façon adéquate, il n'y a pas de remède unique. Il faut diverses actions et politiques. Les 5 ateliers de cette table ronde nous ont aidés à mieux identifier ces pistes pour l’avenir.

•       Tout d'abord, il faut améliorer les politiques actives du marché du travail. Il faut proposer des solutions novatrices pour les personnes à bas revenus, pour que l’emploi soit toujours financièrement attrayant pour les demandeurs d’emploi, y compris les personnes défavorisées et les travailleurs peu qualifiés, qui sont la vaste majorité des chômeurs et des inactifs.

  •       Nous devons également prendre les mesures nécessaires pour que les rangs d´une classe émergente des travailleurs pauvres cessent de grossir et pour que le travail soit effectivement synonyme de dignité et un rempart contre la pauvreté. En effet, 9% des travailleurs de l'Union européenne sont menacés de pauvreté. Nous ne pouvons pas nous permettre une division de nos marchés de travail en deux secteurs - d´un côté, les emplois bien protégés, et de l´autre côté, les personnes menacées par la précarité. Il faut, même si c’est difficile, tenter de sortir du cercle vicieux qui condamne certains à ne connaître que l’alternance entre le chômage et un emploi médiocre ou précaire.

•       Il convient plus généralement de promouvoir la flexibilité et l’adaptabilité, visant à protéger les personnes plutôt que les emplois. En effet, la défense du statu quo – par exemple la défense de chaque emploi – peut être incompatible avec la soutenabilité du modèle social européen à long terme. Les exemples des pays nordiques doivent nous encourager en nous montrant que la flexibilité et la sécurité ne sont pas nécessairement en contradiction.

Puis, une attention particulière doit être accordée aux personnes issues de l'immigration et aux minorités ethniques. C'est la raison pour laquelle la Commission européenne a créé un groupe d'experts de haut niveau pour analyser l'intégration sociale et l´inclusion sur le marché du travail des minorités ethniques désavantagées et d'élaborer des recommandations pratiques. Ce nouveau groupe, présidé par Rita Süssmuth, ancienne présidente du parlement allemand, publiera un rapport avant la fin 2007 avec des recommandations politiques sur la façon dont l'Union européenne peut développer une approche des problèmes d'exclusion sociale de groupes ethniques désavantagés.

Enfin, la Ministre danoise, Madame Hansen, nous a rappelé hier l’importance de rompre la transmission intergénérationnelle de la pauvreté en intervenant le plus tôt possible dans la vie des enfants désavantagés. Nous devons garantir à la fois des aides ciblées aux familles à bas revenu qui permettent une vie digne et les services sociaux de toutes sortes nécessaires à la pleine inclusion des parents dans la vie sociale et au soutien au développement des enfants. J’insiste : de nos jours, la protection sociale devient une prévoyance sociale. Il faut s’attaquer aux causes de l’exclusion. C’est ce qui rend plus important que jamais la mission des services sociaux d’intérêt général pour lesquelles je proposerai, encore l’an prochain, de renforcer la vigilance européenne.

C. Au cours des années qui viennent, approfondissons la stratégie européenne de lutte contre l’exclusion.

a) L'inclusion active

En février de cette année, la Commission a adopté une communication qui lance une première étape de consultation sur une action à mener au niveau communautaire pour promouvoir l'inclusion active des personnes les plus éloignées du marché du travail. Sur la base des réponses qu'elle a reçues et qui sont en cours d'analyse, la Commission pourra passer, l'année prochaine, à une seconde phase d’application concrète.

L'inclusion active, dans l’approche de la Commission, combine l'activation du marché du travail et la politique d'inclusion sociale. Elle repose sur trois piliers fondamentaux et complémentaires:

•       En premier lieu, il y a le lien au marché du travail par l'emploi ou la formation professionnelle, dans un cadre qui est sensible aux besoins de la personne.

•       Deuxièmement, il y a la garantie d'un revenu suffisant pour permettre une vie digne aux bénéficiaires.

•       En troisième et dernier lieu, il y a un meilleur accès aux services sociaux de qualité pour soutenir les personnes vulnérables dans leur intégration dans la société.

Après les consultations de ce début d'année, un échange de bonnes pratiques entre représentants des Etats membres, de la société civile et des partenaires sociaux pourrait permettre de définir des principes communs. 

b) Une autre voie d´approfondissement est offerte par la MOC et son outil PROGRESS

Depuis le Conseil de Printemps 2006, il n'y a qu'une seule Méthode Ouverte de Coordination pour l'ensemble de la protection sociale. Cette méthode de coopération rationalisée  a déjà augmenté la visibilité du domaine social dans la stratégie de Lisbonne.

Au vu des rapports stratégiques nationaux, elle a commencé d´améliorer la cohérence entre les processus sociaux, de croissance et d’emploi. Je voudrais votre attention sur l’important rendez-vous des présidences portugaises et slovènes, puisque elles auront la charge d’initier le dernier cycle de coopération sociale au sein de Lisbonne.

Pour soutenir cette coordination européenne, il y aura dès l’année prochaine le nouveau programme de lutte pour l’emploi et l’inclusion sociale, appelé PROGRESS. Ce programme englobera, dans la période de six ans, de 2007 à 2013, les quatre programmes d'action communautaire spécifiques qui soutiennent actuellement la mise en œuvre de l'Agenda Social. Sa dotation financière est d'environ 740 millions d'euros pour l'ensemble de la période. Il s'agit donc d'un programme extrêmement important, de par ses ambitions et de par son budget.

c) Nous avons enfin rendez-vous en 2010

L'an prochain, la Commission européenne présentera une proposition de décision au Conseil et au Parlement européen, en vue de faire de 2010 l'Année européenne de lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale. Nous devons profiter de cette année pour revoir les réussites et les échecs de nos politiques jusque-là et pour renforcer nos liens avec nos partenaires en leur donnant un rôle majeur dans la définition et dans la mise en oeuvre des actions qui resteront nécessaires pour l’avenir.

Conclusions

Enfin, comme l’a très bien dit la ministre finlandaise, Madame Hyssälä, hier, nous ne pouvons pas oublier que nous vivons dans un monde de plus en plus interdépendant. A cette occasion je voudrais exprimer une reconnaissance toute particulière à l’ encontre de la Présidence finlandaise et surtout Madame la Secrétaire d’état, Leila Kostiainen, pour l’excellence de la préparation de cette table ronde. Je me réjouis de la présence de Monsieur José Antonio Vieira da Silva, Ministre du travail qui nous annonce le relais de la Présidence portugaise.

Mesdames et messieurs, nous devons être conscients du fait que malgré une prospérité relative de l'Europe, elle n'est pas en mesure de nous protéger des conséquences catastrophiques d'une pauvreté beaucoup plus vaste et profonde en Afrique, en Asie ou en Amérique Latine. Si nous voulons donc réussir dans la lutte millénaire contre la pauvreté, nous devons assumer, en tant que l'Union européenne, une part importante de responsabilité de l'amélioration de la qualité de vie à l'échelle mondiale.

Je vous remercie de votre attention !


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