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SPEECH/06/145












Vladimír Špidla

Membre de la Commission en charge de l'emploi, des affaires sociales et de l'égalité des chances



Égalité des chances entre les femmes et les hommes en Turquie





















Colloque Égalité des chances entre les femmes et les hommes en Turquie
Ankara, 6 mars 2006

Mesdames, Messieurs,

Je suis très heureux de votre participation à cet important colloque qui a pour thème les principaux défis auxquels l'égalité entre les hommes et les femmes est confrontée en Turquie.

Les négociations d'adhésion avec la Turquie ont débuté en octobre dernier. Le thème de l'égalité des chances est un élément fondamental de la préparation de votre pays à une future adhésion à l'UE. La date de ma visite traduit également l'importance qu'y accorde la Commission: nous avons volontairement choisi la période de la Journée internationale de la femme.

L'égalité de droits entre les femmes et les hommes est aussi très importante pour moi à titre personnel. Je partage totalement l'opinion du fondateur de la Turquie moderne, Mustafa Kemal Atatürk, quand il dit: „si une société ne marche pas vers son objectif avec toutes les femmes et tous les hommes qui la composent, elle ne progressera pas!“

Je dois admettre que ces mots sont pour moi l'illustration de son esprit brillant et visionnaire. Peu de personnes dans le monde pensaient comme lui à son époque, mais l'histoire récente lui a donné raison. Sans les femmes, sans leurs connaissances, leurs compétences et leurs expériences, la croissance économique et l'évolution de l'Europe au cours des dernières décennies n'auraient pas été possibles.

La reconnaissance des droits des femmes et de l'égalité des chances n'est dès lors pas la simple expression d'une approche politiquement correcte. Elle constitue au contraire un grand pas sur le dur chemin qui mène à la liberté et à l'autodétermination. Elle est aussi l'expression de la raison, car elle profite à la société dans son ensemble, et également à l'économie. Elle est donc dans l'intérêt de tous.

Mesdames et Messieurs,

les États de l'Union européenne comme la Turquie ont accompli des progrès incroyables ces cent dernières années. Si nous avions affirmé à nos grands-mères que leurs petites-filles pourraient étudier TOUTES les matières enseignées à l'université, qu'elles pourraient faire carrière, diriger une entreprise, voire un pays, ou plus simplement qu'elles pourraient subvenir à leurs besoins et décider elles-mêmes de leur vie, nos grands-mères ne nous auraient pas cru. L'émancipation de la femme est une véritable révolution sociale qui n'a pas d'équivalent dans l'histoire.

L'égalité entres les femmes et les hommes est un droit fondamental de l'Union européenne. Sans elle, il n'y a pas de véritable démocratie; elle est indispensable à l'égalité de l'ensemble des citoyennes et citoyens. Elle est aussi le fondement d'une société pluraliste. Elle est en conséquence solidement ancrée dans le traité.

Dans les États membres de l'UE, la législation et les politiques communautaires en matière d'égalité n'ont cessé d'être développées et améliorées au cours des dernières décennies. Elles concernent notamment l'accès à l'emploi, les conditions de travail, la protection sociale, le congé parental ou encore la charge de la preuve en cas de discrimination. Ce n'est plus à la victime (le plus souvent une femme) de prouver qu'elle fait l'objet d'une discrimination, mais à l'institution ou l'entreprise incriminée de prouver l'absence de discrimination.

La stratégie de l'UE pour la croissance et l'emploi, qui coordonne les politiques nationales, vise à créer des emplois plus nombreux et de meilleure qualité et des possibilités de formation pour les femmes.

La base solide de la politique de l'UE en matière d'égalité favorise nettement l'égalité des chances entre les femmes et les hommes dans les différents États membres. Des progrès sensibles sont aussi perceptibles dans les conditions de vie des femmes comme dans leur participation à l'emploi: dans l'UE, les femmes atteignent aujourd'hui en moyenne un niveau de formation plus élevé que les hommes et 59 % des diplômés de l'enseignement supérieur sont des femmes.

Une évolution positive se profile également dans le domaine de l'emploi. L'emploi féminin dans l'UE – c'est-à-dire la proportion de femmes de 15 à 64 ans qui exercent une activité – était de 49 % en 1992 et a grimpé jusqu'à 51 % en 1997. Ces dernières années, il a continué d'augmenter pour atteindre 56 %, et ce, malgré le ralentissement de l'économie.

Mais ces progrès n'empêchent pas que des défis importants subsistent. Par exemple, l'écart de rémunération entre les sexes reste important: dans l'UE, les femmes gagnent en moyenne 15 % de moins que les hommes. On observe aussi encore une forte ségrégation sectorielle – autrement dit, les femmes sont souvent employées dans des secteurs économiques déterminés, généralement moins rémunérateurs. Elles sont aussi quatre fois plus présentes dans le travail à temps partiel, qui offre souvent des conditions moins favorables qu'un emploi à temps plein.

Les tâches ménagères incombent toujours principalement aux femmes, ce qui se traduit par des difficultés particulières pour concilier vie professionnelle et vie privée. Les femmes doivent en outre lutter contre de nombreux stéréotypes qui compliquent sensiblement leur accès à des postes élevés.

La Commission européenne est bien consciente de ces difficultés. C'est pourquoi elle a présenté la semaine dernière une "feuille de route" pour l'égalité entre les femmes et les hommes qui recense les domaines où une action plus intense est nécessaire, par exemple les écarts de rémunération ou la violence à l'encontre des femmes.

Venons en à la Turquie. Le pays a accompli de grands progrès dans le domaine des droits de la femme. Je sais que les premières féministes y étaient actives dès le 19e siècle et que les femmes y ont été les premières dans le monde islamique à obtenir le droit de vote en 1930, soit bien avant la France ou la Belgique par exemple. Ces dernières années, la Turquie a encore accompli d'importants progrès dans la législation:

  • le code du travail turc contient par exemple toute une série de dispositions qui transposent l'acquis communautaire en matière d'égalité entre les femmes et les hommes.
  • Le nouveau code pénal récemment entré en vigueur contient également des dispositions plus strictes pour les délits de violence à l'encontre des femmes, notamment les "crimes d'honneur".
  • La nouvelle loi sur les communes prévoit également la mise en place de foyers pour femmes dans les grandes agglomérations.
  • La création d'une "direction générale de la condition féminine" bénéficie aussi désormais une base juridique.

Tous ces progrès sont véritablement exemplaires et inspirent le respect à l'étranger. Mais ils ne doivent pas masquer le fait que, globalement, la situation des femmes reste difficile en Turquie et que de graves problèmes persistent:

Les femmes font toujours l'objet de discriminations dans la vie quotidienne et sont victimes de violences, surtout dans la sphère domestique.

Dans la formation, elles sont encore confrontées à de nombreux obstacles et l'analphabétisme chez les femmes reste élevé:

  • selon les informations dont je dispose, près d'un cinquième des femmes ne savent ni lire ni écrire en Turquie. Dans les régions rurales d'Anatolie orientale, cette proportion peut atteindre 50%.
  • Les femmes représentent 41 % des étudiants dans les universités du pays, mais, d'un autre côté, 18 % seulement des femmes de 18 à 24 ans suivent une formation. Dans l'UE, elles sont 61 % en moyenne.

Par ailleurs, le pourcentage de femmes actives ne cesse de diminuer. En 1955, 75 % des femmes en âge de travailler étaient actives; et aujourd'hui seulement 24 % ont un travail.

Il est nécessaire d'accroître la participation des femmes au marché du travail et de leur assurer des possibilités identiques d'accès à la formation et au perfectionnement. Pour ce faire, il faut aussi un profond changement d'attitude qui est uniquement possible par une action conséquente sur les mentalités et les stéréotypes sur le rôle de la femme dans la société.

Il est tout aussi important de lutter contre l'économie souterraine. Selon les estimations, l'économie souterraine emploie 30 à 50 % des travailleurs turcs et un nombre disproportionné de femmes. Cela signifie que les femmes bénéficient peu de la protection assurée par le droit du travail et ne profitent pas de ses importantes adaptations au droit communautaire.

Une amélioration durable de la situation des femmes n'est possible que si les réformes engagées sont poursuivies de manière conséquente. En plus d'adopter la législation correspondante, le gouvernement devrait aussi mettre en place les capacités administratives requises. L'application efficace du droit dans l'ensemble du pays n'est possible qu'à cette condition.

Cet aspect concerne en particulier le secteur de la justice qui joue un rôle déterminant dans le respect des droits ainsi que certaines structures administratives telles que les "organismes spécialisés en matière d’égalité" qui doivent être mis en place dans tous les États membres en application d'une directive de 2002.

Je voudrais aussi souligner le rôle fondamental que joue et doit jouer la société civile turque dans l'amélioration de la situation des femmes et l'égalité entre les sexes. Mais ce sont surtout les femmes elles-mêmes et leurs associations qui devraient se voir attribuer un rôle clé dans ce processus! Parce qu'elles sont en contact direct avec la population et peuvent ainsi obtenir beaucoup.

Pour la Commission européenne, l'égalité des chances entre les femmes et les hommes est une priorité des négociations d'adhésion. La Commission suit de près l'évolution de la législation turque dans ce domaine. L'ouverture des négociations d'adhésion entre la Turquie et l'Union européenne a marqué le début d'un long processus ouvert, auquel la Commission européenne veut participer aux côtés de la Turquie.

En matière d'égalité des chances entre les femmes et les hommes, nos discussions portent sur deux aspects:

  • d'une part, l'adoption de ce qu'on dénomme l'Acquis communautaire, déjà abordé ce matin de manière approfondie;
  • d'autre part, les autres questions relatives aux conditions de vie des femmes.

Les droits des femmes font partie des priorités. Même si la Turquie a déjà beaucoup de réalisations à son actif dans ce domaine, des efforts importants restent nécessaires pour ce qui concerne les critères politiques de l'adhésion, comme l'a déclaré la Commission de façon claire dans son rapport de suivi sur la Turquie en novembre dernier.

J'espère que le colloque d'aujourd'hui contribuera à donner une impulsion dans ce sens. Et j'écouterai avec intérêt le point de vue des organisations représentées ici.

Permettez-moi de terminer par mes citations préférées du fondateur de la Turquie moderne, Mustafa Kemal Atatürk: „Si une société se contente des formes de vie modernes pour un seul sexe, elle se diminue de plus de la moitié.“ Et encore: „Il n'y a pas d'explication logique à la soumission politique des femmes. Toute hésitation ou attitude négative à cet égard n'est rien d'autre qu'un phénomène social du passé.“

Merci de votre attention!


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