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José Manuel BARROSO
Président de la Commission européenne
« La dimension culturelle est une composante essentielle de la construction européenne et une condition de sa réussite »
Discours de clôture des Rencontres européennes de la Culture
Paris, le 3 mai 2005

European Commission - SPEECH/05/267   03/05/2005

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SPEECH/05/267










José Manuel BARROSO

Président de la Commission européenne




« La dimension culturelle est une composante essentielle de la construction européenne et une condition de sa réussite »



















Discours de clôture des Rencontres européennes de la Culture
Paris, le 3 mai 2005

Excellences, Mesdames, Messieurs,

Vous arrivez à la conclusion de deux jours de rencontres ; deux jours de travail pour vous interroger sur l’Europe de la culture, pour la célébrer, mais aussi pour en demander davantage. Je regrette que d’autres obligations m’aient empêché d’être avec vous pendant toute la durée de cette conférence ; et ce d’autant plus compte tenu de la grande qualité du programme, de la présence de nombreuses personnalités éminentes, la richesse des débats qu’on m’a rapportée et, surtout de la cause que vous avez défendue. Cause, qui m’est très chère. Je suis donc ravi de pouvoir être parmi vous aujourd’hui.

Mais, tout d’abord, permettez-moi de remercier chaleureusement le Président de la République, le Gouvernement français, et en particulier le Ministre Donnedieu de Vabres, pour avoir convoqué et animé ces Rencontres.

Le Président de la République, dans son discours d’ouverture, a décrit, de manière exhaustive, la raison d’être de notre interrogation sur la place de la culture en Europe – et dans l’œuvre de l’intégration européenne. Je peux donc en faire l’économie, mais non pas sans relever cette dimension historique, puissante et noble de la culture à travers le temps et l’espace de notre continent. C’est en prenant conscience de cette dimension qu’on réalise à quel point, au-delà de toute considération institutionnelle, d’appartenance nationale ou politique, nous sommes tous et toutes, individuellement et profondément, des Européens, imprégnés de valeurs et de références communes.

Cette prise de conscience est loin d’être théorique pour moi, comme individu et comme homme politique. Très jeune, j’ai découvert, dans une phase sombre de l’histoire de mon pays, à quel point c’était déchirant d’être coupé de cette communauté culturelle que constitue notre continent, lorsqu’il m’était interdit –oh, quelle absurdité !- d’accéder à ma musique préférée. Cette expérience m’a fortement motivé dans mon implication européenne dès que la démocratie est revenue dans mon pays. Et me trouvant maintenant à la tête de la Commission européenne, à ce moment décisif de l’histoire de l’intégration européenne, mon engagement est plus fort que jamais. Pour réussir les grands chantiers ouverts, parmi lesquels celui de l’Europe de la culture prend une place prioritaire.

Ce chantier ne peut réussir qu’avec la contribution active de tous les acteurs concernés. D’où l’importance de cette initiative du gouvernement français d’offrir une plate-forme de discussion aux forces vives de la culture européenne. Je salue tous ceux qui représentent ces forces lors de ces Rencontres. Je vous remercie de votre témoignage, de vos propositions, basées sur votre expérience personnelle de créateurs et d’acteurs.

Ces rencontres prolongent et consolident les efforts déployés dans d’autres Etats membres pour engager un vrai débat sur cette dimension culturelle et les valeurs qui en sont les fondements. Les conférences, tenues l’année dernière, à Rotterdam, sous le titre « L’Europe, une belle idée », et à Berlin sous le titre « Une âme pour l’Europe » en ont été des exemples éloquents. Eloquents car ces conférences ont permis de poser les problèmes tout en signalant leur grande complexité qui réclame notre attention continue.

Félicitons-nous donc que cette série soit prolongée, plus tard cette année, à Budapest, à l’initiative de la Hongrie. J’espère vivement que ce genre d’événement devienne une occasion régulière pour s’interroger sur l’importance que revêt - ou devrait revêtir - la culture en Europe et pour l’Europe.

La multiplication de ces initiatives, auxquelles il convient d’ajouter les actions de nombreuses organisations représentant le monde culturel, est le révélateur d’un changement des mentalités, d’une interrogation plus profonde sur le comment, le pourquoi, et sur le sens de l’intégration européenne. Je n’ai pas de doutes qu’il était nécessaire, pour la réussite de la construction européenne, de mettre en place tout d’abord les fondements politiques, économiques, sociaux et institutionnels.

D’énormes progrès ont été réalisés, même si chacun des aspects mentionnés exige encore un travail important, comme le montre le débat sur le Traité constitutionnel.

Ce même débat fait d’ailleurs apparaître très clairement que le temps est venu d’être davantage attentifs à ce qui nous touche plus personnellement, plus directement, comme citoyens européens.

Nos origines nationale, régionale ou locale ont, pour chacun d’entre nous, forgé notre identité avec ses composantes culturelle, linguistique et émotionnelle ; elles sont à la base de notre sentiment d’appartenance, de nos espérances, de notre volonté de nous impliquer. Avons-nous fait assez pour créer ce même sentiment à l’échelle européenne ? Je crois qu’il s’agit là d’une question capitale.

En effet, la participation des citoyens à un projet auquel ils peuvent s’identifier est à mon sens une condition sine qua non pour que l’intégration européenne réussisse pleinement ; pour que l’Europe nous permette de faire face aux défis internes et externes auxquels nous sommes confrontés.

Cela est d’autant plus nécessaire dans une Union à 25 Etats membres, qui n’a pas fini de s’élargir et qui doit assumer, à l’intérieur et à l’extérieur de ses frontières, des responsabilités croissantes.

La dimension culturelle n’est donc pas une sorte d’embellissement de façade pour faire accepter une construction bureaucratique ou pour compenser un défaut de politique. Au contraire, elle est une composante essentielle de la construction européenne et une condition pour sa réussite. Sans elle, comme l’a dit le Président Chirac, l’Europe resterait inachevée. Car elle parlerait à la raison et non pas au cœur, à l’imagination, au besoin de chaque citoyen d’envisager un avenir avec un sens qui dépasse la nécessité, l’économique. D’où ma profonde conviction, maintes fois exprimée, que dans l’échelle des valeurs, la culture vient devant l’économie.

Cette vérité a aussi été soulignée dans l’Appel des 100 signataires de juin 2004, « pour une Europe fondée sur sa culture ». Cependant, il ne faut pas sous-estimer ce qui est déjà fait, il est vrai avec des moyens limités, pour susciter l’implication des citoyens dans, et leur adhésion à, l’œuvre européenne.

Ce même « Appel des 100 » en cite quelques exemples, comme les élections européennes, la charte des droits fondamentaux, la possibilité de faire des études à travers l’Union européenne ; autant d’exemples qui illustrent que l’Europe existe et se traduit par des avantages concrets pour les citoyens.

La liste des exemples pourrait être rallongée à volonté. Je voudrais en citer quelques-uns qui concernent la culture au sens large :

  • les programmes de l’éducation et de la formation professionnelle, comme Erasmus, Comenius, Grundtvig et Leonardo da Vinci ; ils ont permis à des millions d’Européens, principalement des jeunes, de vivre personnellement la réalité interculturelle de l’Union, en travaillant, en étudiant dans un autre pays, en apprenant une autre langue, en découvrant une autre culture ;
  • les programmes qui stimulent les échanges des jeunes et des citoyens en général, comme par exemple le service volontaire des jeunes, le jumelage des villes ou l’appui aux organisations citoyennes ;
  • le soutien à l’industrie audiovisuelle européenne et à la circulation de ses œuvres à travers le programme MEDIA ;
  • l’aide à des milliers de projets dans le domaine de la création, de la traduction et de la coopération culturelle à l’échelle de l’Union à travers le programme CULTURE 2000 ;
  • l’appui à des événements culturels « phares », tels les capitales européennes de la culture, qui ont un effet mobilisateur considérable, au niveau de la création et des investissements, dans les villes sélectionnées – et qui permet à leurs populations et leur visiteurs de vivre une expérience de l’Europe ;
  • le financement d’infrastructures culturelles par les fonds structurels européens, démontrant ainsi aux citoyens que l’Europe investit pour la sauvegarde et l’épanouissement de leur patrimoine culturel.

Or, toutes ces activités n’ont pas évité l’émergence du sentiment que nous ne faisons pas assez, que l’Europe est perçue trop comme une affaire principalement économique et pas assez comme un projet de civilisation.

C’est ce sentiment qu’exprime « l’Appel des 100 ». Ce même sentiment s’est manifesté lors des Rencontres, d’hier et aujourd’hui, de même que dans les autres conférences et événements auxquels j’ai fait référence plus tôt. Tout comme dans l’opinion publique en général – ainsi que la faible participation aux dernières élections européennes l’indique.

Quels éléments font-ils défaut ? Est-ce une politique culturelle européenne explicite ? Un budget plus substantiel pour financer l’action culturelle au niveau européen ? Un engagement encore plus fort au plan national pour renforcer la dimension culturelle ?

Vous aurez compris que je suis de ceux qui préconisent davantage de culture pour réussir davantage d’Europe. Cependant, il faudra y parvenir en respectant les principes qui sont stipulés par le Traité actuel - et qui sont d’ailleurs maintenus dans le Traité constitutionnel. L’action culturelle européenne est par définition une action d’appui et de complément à l’action nationale. Elle doit respecter le principe de subsidiarité. Légiférer, voire harmoniser, au niveau européen est exclu dans ce domaine – et il y a, pour, cela, de bonnes raisons.

La culture européenne, c’est la diversité  - une diversité qui constitue notre richesse et qui doit être préservée. Cela se fait au mieux par ceux qui détiennent et représentent cette diversité – dans les Etats membres, dans les régions, les localités. Il va, dans ces conditions, de soi que le financement de l’action à ces niveaux ne peut pas être transféré au niveau européen.

Le plein respect de ces principes n’enlève cependant rien à la légitimité d’une action de l’Union européenne. Pour toutes les raisons que j’ai évoquées plus haut, il faut :

  • stimuler davantage le dialogue interculturel et, à travers lui, la connaissance mutuelle de la diversité culturelle tout en mettant en évidence l’identité culturelle qui nous est commune ;
  • encourager la mobilité des artistes, des opérateurs culturels et la diffusion des biens culturels, matériels et immatériels, y compris par la traduction ;
  • donner, à l’intérieur de ces actions, une priorité à celles qui rapprochent anciens et nouveaux Etats membres ;
  • veiller à ce que la spécificité de la culture soit respectée dans l’ensemble des politiques, internes et externes, de l’Union, comme l’exige d’ailleurs l’article 151 du Traité ; cet aspect est particulièrement important, notamment dans le cadre des négociations en cours au sein de l’UNESCO sur la préservation de la diversité culturelle.

Toutes ces activités ont leur légitimité au niveau européen, car elles contribueront à accentuer la dimension culturelle de l’Europe ; elles mettent en exergue le projet de civilisation que l’Europe représente ; elles donnent un sens au projet européen pour les citoyens. Pris ensemble, ces éléments constituent la spécificité d’une politique culturelle européenne.

Si je devais y identifier une notion centrale, c’est bien celle du dialogue interculturel. Une notion qui nourrira utilement la plupart des grands axes de la construction européenne, qu’il s’agisse de l’éducation, de la politique urbaine, de l’immigration, de l’intégration sociale ou de la politique étrangère. Une notion dont les deux termes sont également importants : dialogue et inter culturalité. Le dialogue interculturel peut nous aider en matière de prévention des conflits, à l’intérieur comme à l’extérieur des frontières de l’Europe. Il peut également renforcer la dimension multilatérale à laquelle l’Union européenne est profondément attachée.

Je pense qu’il est essentiel de mettre en évidence l’importance et la pertinence du dialogue interculturel dans toute sa dimension. Beaucoup d’activités sont déjà mises en œuvre, partout dans nos Etats membres, comme j’ai pu le constater à de nombreuses reprises. Elles méritent d’être encouragées davantage, pour que la prise de conscience et la pratique du dialogue interculturel se développe à tous les niveaux. Pour y contribuer, la Commission proposera prochainement que 2008 soit désignée « Année européenne du dialogue interculturel ».

Faut-il un budget plus substantiel pour l’action culturelle européenne, comme le monde culturel le réclame ? La réponse ne peut être qu’affirmative. Le budget actuel de quelque 35 millions d’Euros par an correspond à celui d’un théâtre de taille moyenne et n’est pas à la hauteur des ambitions que devrait afficher l’Union européenne. Mais ce constat, il faut le placer dans le contexte de la discussion fort difficile, au niveau de nos Chefs d’Etat et de Gouvernement, sur l’ensemble des moyens dont pourra disposer l’Union européenne à partir de 2007. Ma position et celle de la Commission est claire : l’Europe élargie doit disposer des moyens de ses ambitions.

En attendant l’issue de ces discussions – je l’espère avant la fin de la présidence luxembourgeoise - nous devons examiner comment au mieux mobiliser les moyens disponibles et exploiter toutes les possibilités offertes. Je pense en premier lieu à celles que la Commission a proposées dans les nouveaux programmes à partir de 2007. En particulier, les programmes dans les domaines de la culture, de la jeunesse et de la citoyenneté pourront être mis au service de la culture, y compris l’industrie culturelle, de la diversité et du dialogue interculturel. Il faudra examiner aussi comment mieux les soutenir, compte tenu de leur portée très large, à travers d’autres politiques communautaires, comme la politique audiovisuelle, les affaires sociales, les relations extérieures, ou encore le domaine justice, liberté et sécurité.

Je pense que plusieurs des propositions, issues des ateliers préparatoires de ces Rencontres, pourront trouver leur réalisation dans ce cadre – et certaines sont d’ailleurs déjà mises en pratique.

  • L’appui aux traductions, aux stands communs aux foires littéraires internationales est déjà une réalité.
  • La formation aux professions dans tous les secteurs culturels trouve déjà son appui dans les programmes communautaires.
  • Il en est ainsi de la mobilité, p.ex. pour les formations artistiques à travers nos programmes Erasmus et Leonardo da Vinci.
  • Une étude de la Commission encourageant les Etats membres à examiner une approche européenne en matière de garantie d’état en matière d’assurances des expositions a été présentée aux Ministres de la Culture.
  • La numérisation des contenus européens en ligne est soutenue par l’Union européenne à travers l’initiative e.contenuplus et la Commission proposera prochainement de nouvelles actions.
  • La protection du droit d’auteur et de la propriété intellectuelle fait l’objet d’une législation européenne reflétant les préoccupations des Etats membres.

Voici, Mesdames et Messieurs, quelques exemples qui illustrent l’activité existante au niveau de l’Union européenne. J’ai pris bonne note des multiples propositions qui ont été faites lors de ces Rencontres et la Commission soumettra leur faisabilité à un examen attentif et constructif. En même temps, je constate que plusieurs propositions tombent dans des domaines de responsabilité des Etats membres et je ne doute pas que les Ministres présents en aient pris note avec le plus grand intérêt.

Comme je l’ai dit plus haut, le principe de subsidiarité doit être respecté. Ce sont donc les Etats membres qui sont les responsables en premier chef de leurs politiques culturelles, et du soutien des activités culturelles à l’intérieur et à l’extérieur de leurs frontières. Les exemples de coopération culturelle entre Etats membres se multiplient, aussi en dehors d’un cadre institutionnel communautaire. Ils ont l’avantage de pouvoir puiser directement dans l’offre culturelle riche de nos pays et, souvent, de créer des synergies entre des actions nationales et régionales. Je salue, à cet égard, l’initiative du Président Chirac de rassembler 19 bibliothèques européennes dans le domaine de la numérisation des contenus.

Je suggère de mener une réflexion plus approfondie sur les possibilités de développer ces coopérations. Elles permettraient de mieux mettre en avant la célébration de la richesse, de la diversité culturelle européenne. Pour cela, il ne faut pas nécessairement davantage de moyens mais plutôt l’utilisation innovatrice d’événements existants.

Nous avons la journée européenne du 9 mai, les capitales européennes de la culture, des journées européennes de la musique et tant d’autres manifestations culturelles à connotation européenne – mais dont l’effet ne dépasse pas, généralement, le niveau local. Examinons la possibilité, par exemple de créer une « journée européenne des arts et de la culture », de fédérer ces éléments, avec la coopération des artistes et institutions culturelles à travers toute l’Europe, pour mettre en évidence, à grande échelle, la réalité de la devise européenne : l’unité dans la diversité.

Excellences, Mesdames et Messieurs,

Je voudrais terminer mon intervention en soulignant que, dans le domaine de la culture comme dans beaucoup d'autres, la Constitution pour l'Europe innove tout en préservant l'acquis. En effet, la Constitution indique explicitement que figure parmi les objectifs de l'Union le respect de la diversité culturelle et linguistique. Elle précise que l'Union doit veiller à la sauvegarde et au développement (les deux mots sont importants) du patrimoine culturel européen. La Charte des droits fondamentaux, qui est désormais intégrée dans notre texte fondateur, reconnaît pour sa part la liberté d'expression et d'information, de même que la liberté des arts et des sciences, comme des valeurs communes à tous les peuples d'Europe. Elle reconnaît aussi le droit à la protection de la propriété intellectuelle. Tout ce qui nous tient à coeur en matière culturelle se trouve ainsi conforté par la Constitution.

Excellences, Mesdames et Messieurs,

A l’occasion de ces Rencontres pour l’Europe de la Culture, j’ai voulu insister sur l’importance de la culture comme élément indispensable pour la réussite de l’intégration européenne. J’ai cité la culture comme un domaine qui fait appel à ce qui nous touche personnellement au niveau de notre identité, de nos émotions, au-delà de toutes les considérations rationnelles qui militent en faveur du développement de projet européen.

Exploitons ces possibilités, dans le meilleur sens du terme, pour permettre à un maximum de citoyens de s’identifier, de s’impliquer personnellement dans cette aventure, et sans précédent au monde, que constitue l’intégration européenne.


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