Navigation path

Left navigation

Additional tools

Other available languages: EN DE ES

SPEECH/03/24

M. Franz Fischler

Membre de la Commission européenne, chargé de l'agriculture, du développement rural et de la pêche

"Quelle place pour les femmes dans le secteur de la pêche?"

Conférence de la Commission européenne

Bruxelles, le 23 janvier 2003

Mesdames et Messieurs,

Je me réjouis d'inaugurer cette conférence sur le rôle des femmes dans le secteur de la pêche, la première du genre organisée par la Commission. Le fait que vous soyez si nombreux témoigne de l'importance du propos et de l'opportunité de cette conférence.

Je souhaite la bienvenue à tous ceux d'entre vous qui sont venus de toute l'Union européenne pour être aujourd'hui parmi nous, ainsi qu'aux membres de la commission de la pêche du Parlement européen.

En introduction, je voudrais traiter deux sujets aussi essentiels l'un que l'autre pour les femmes assumant une fonction dans le secteur de la pêche.

  • En premier lieu, permettez-moi de vous présenter succinctement la réussite que constitue la réforme de la politique commune de la pêche que le Conseil a décidée au mois de décembre dernier. Notre directeur général, M. Holmquist, vous fera une présentation plus approfondie de la nouvelle politique au cours de cette conférence.

  • En second lieu, j'aborderai la question du rôle des femmes dans la pêche.

Pendant les quatre années écoulées, nous avons travaillé avec ardeur pour réformer notre politique de la pêche afin d'en faire un outil efficace qui nous aide à gérer les pêcheries de manière responsable, dans l'intérêt du secteur de la pêche, des communautés côtières et de la société dans son ensemble.

Avant d'entrer dans le vif du sujet, permettez-moi d'adresser mes remerciements à ceux d'entre vous qui ont pris part au débat public sur la réforme de la politique commune de la pêche par leurs contributions écrites. Ils constateront d'eux mêmes que nous en avons retenu un certain nombre.

Penchons nous à présent sur les principes essentiels de cette nouvelle politique.

Premièrement, nous avons maintenant une vision à long terme qui nous permet de fixer les objectifs en matière de stocks pour les années à venir. Les stocks de poissons pourront se reconstituer et les pêcheurs et leur famille bénéficier d'une plus grande stabilité et d'une garantie de l'emploi à long terme.

Deuxièmement, dans une semaine et pour la première fois dans l'histoire de la politique commune de la pêche, nous allons mettre en œuvre des mesures de gestion de l'effort de pêche, c'est-à-dire adapter le temps passé en mer aux possibilités de pêche. Nous inaugurerons cette nouvelle gestion avec le cabillaud. En laissant davantage de poissons dans la mer, nous offrons une chance aux stocks de se reconstituer. Cette méthode facilitera également les contrôles.

Troisièmement, après 2004, l'aide versée pour le renouvellement des navires sera supprimée, empêchant ainsi toute augmentation de la capacité de la flotte, celle-ci souffrant déjà de surcapacité. Toutefois, l'aide à la modernisation destinée à améliorer la sécurité des bateaux, l'hygiène et les conditions de travail à bord sera maintenue.

Quatrièmement, nous avons jeté les bases d'un système de contrôle transparent, perfectionné et harmonisé dans les États membres. Il favorisera le respect des règles puisqu'il sera désormais établi que les dispositions appliquées en ce qui concerne la détection des infractions et les sanctions infligées seront les mêmes dans toute l'Union européenne.

Cinquièmement, nous avons enfin rectifié une erreur fondamentale qui subsistait dans la politique commune de la pêche. Les acteurs du secteur vont maintenant participer à l'élaboration de la politique dans ce domaine. En tant que parties prenantes, vous aussi aurez la possibilité de débattre avec des scientifiques et des gestionnaires de la meilleure façon d'administrer les stocks relevant des différents conseils consultatifs régionaux.

Comme vous le voyez, il s'agit de changements fondamentaux pour la PCP, qui contribueront à asseoir l'avenir de notre secteur halieutique et des communautés côtières. Et nous ne nous sommes pas contentés de mettre de nouvelles règles sur le papier; nous les avons appliquées à un cas particulier, celui des stocks de cabillaud.

Certains stocks de cette espèces se trouvent dans un état si déplorable que des scientifiques ont réclamé l'instauration d'un moratoire afin d'assurer leur rétablissement de la façon la plus efficace qui soit. Cette solution aurait eu, si nous l'avions adoptée, des effets socio-économiques considérables sur un grand nombre de communautés côtières d'Europe. C'est pourquoi, plutôt que de fermer définitivement de nombreuses pêcheries, nous avons préféré mettre au point une solution de remplacement. Il s'agit d'un plan de reconstitution des stocks avec des activités de pêche réduites impliquant, pour les pêcheurs, une diminution du temps passé en mer. Je suis parfaitement conscient du fait que ces mesures sont douloureuses pour le secteur halieutique et je connais la situation difficile dans laquelle se trouvent les pêcheurs. N'oublions pas, toutefois, que les problèmes actuels proviennent du fait que les stocks de cabillaud menacent de s'effondrer. Afin d'éviter qu'ils ne s'écroulent totalement et ne plongent le secteur dans une plus grande détresse, il a fallu intervenir en s'appuyant sur un plan de reconstitution que l'on a perfectionné.

Afin d'aider les pêcheurs et leur famille en ces temps difficiles, nous leur proposons une aide financière provenant du fonds structurel pour la pêche afin de cofinancer les paiements compensatoires aux pêcheurs tenus de rester au port ou leur reconversion professionnelle. Je ne peux qu'encourager les États membres à prendre toutes leurs responsabilités et à offrir des ressources supplémentaires dans le cadre de leurs programmes structurels.

Ces considérations m'amènent au thème de notre conférence. Le rôle des femmes dans le secteur de la pêche et les moyens à mettre en œuvre pour le renforcer sont encore aujourd'hui peu connus.

Nous savons qu'en Europe, il y a longtemps que les femmes font partie intégrante du secteur de la pêche. Des statistiques récentes montrent que vous participez activement à la transformation du poisson, à la commercialisation des produits de la pêche, à l'aquaculture, mais aussi à la pêche proprement dite. Environ 84 000 femmes sont employées dans ces secteurs, ce qui représente 22 % de tous les emplois dans le secteur de la pêche.

Nous sommes pourtant au 21ème siècle, mais il semble que la perception de la participation des femmes à ce secteur n'a pas beaucoup évolué. La pêche est encore considérée comme une affaire d'hommes. Quand le public pense "pêche", il se représente "des types dans des bateaux". Les chiffres parlent d'eux-mêmes: alors que les femmes constituent presque 60 % de la main-d'œuvre dans l'industrie de transformation et près de 30 % dans l'aquaculture, qui ne cesse de se développer, les choses se présentent plutôt mal dans le secteur des captures, où les femmes ne représentent que 6 %. En outre, peu de femmes occupent des positions de haut niveau dans la gestion et dans les organisations de pêcheurs.

Seules quelques-unes se risquent à ces postes qui sont souvent jugés incompatibles avec ce que la société considère comme une juste répartition des tâches entre les hommes et les femmes dans la famille. Il convient d'analyser les raisons de ce phénomène afin de dépasser ce schéma et d'améliorer les possibilités de revenu pour les femmes dans le secteur de la pêche à tous les niveaux, qu'il s'agisse des captures, de la transformation ou de la commercialisation.

Les activités des femmes dans l'entreprise familiale et en tant que main-d'œuvre d'appoint dans l'industrie ne sont généralement ni payées, ni reconnues. Or, ces activités deviennent indispensables en périodes de crise, car vous constituez alors le ciment des communautés et des familles. C'est pourquoi nous devons prendre en considération le rôle des femmes dans les études et dans les décisions relatives à la gestion du secteur de la pêche.

Dans certains États membres, des mesures ont été prises pour que les femmes aient des droits économiques et sociaux dans le secteur de la pêche. Nous devons examiner ces mesures afin de voir si elles peuvent être étendues à d'autres États membres.

En dépit des efforts déployés par l'Union européenne, beaucoup estiment que les femmes n'ont pas l'accès voulu à l'information, au capital, à la formation et à l'enseignement officiel. Comme je l'ai déjà dit, beaucoup estiment également que les femmes n'ont pas leur mot à dire dans les procédures de décision et qu'elles accèdent difficilement à des postes de direction. Un grand nombre d'entre vous n'ont peut-être pas conscience de l'assistance financière et de l'encadrement offerts dans les programmes financés par l'Union européenne. Au cours de cette conférence, différents orateurs vous fourniront des informations sur les aides financières accordées aux femmes dans le secteur de la pêche. Vous recevrez des informations sur les programmes disponibles et sur certains projets réalisés dans ce secteur pour y développer le rôle des femmes.

Permettez-moi de vous citer quelques initiatives prises par la Commission ces dernières années pour renforcer votre rôle dans le domaine de la pêche.

En 1997, nous avons pris une initiative pour financer la petite pêche côtière. Plusieurs projets étaient destinés aux femmes du secteur et les fonds ont été bien utilisés. Certains projets visaient à créer des coopératives de femmes leur permettant d'échanger des expériences et des informations; d'autres se proposaient de fonder des entreprises et des réseaux de soutien, d'autres encore d'initier les femmes à l'informatique, à la comptabilité et au commerce. Puis en 1999, nous avons organisé une réunion à Turku, en Finlande, dans le cadre de l'initiative communautaire PESCA. Le principal objet de cette réunion était d'examiner le rôle joué par les femmes dans les secteurs tributaires de la pêche et leur contribution au développement socio-économique et à la diversification de ces secteurs.

La réunion de Turku a révélé que nous manquions de données spécifiques par genre dans ces domaines. Pour combler cette lacune, nous avons commandé une étude complète sur le rôle des femmes dans le secteur de la pêche, qui va vous être présentée dans le courant de la journée. Nous espérons que cette étude, qui est le point de départ de notre conférence, sera une référence utile pour mesurer les progrès accomplis.

Pour conclure, il est nécessaire que les femmes soient mieux reconnues dans le secteur de la pêche et qu'elles y jouent un plus grand rôle. En particulier, il faut mettre l'accent sur la formation professionnelle de celles qui souhaitent occuper des fonctions dans la comptabilité ou la gestion.

Un soutien devrait également être accordé aux femmes qui veulent apporter à la production de poisson une plus grande valeur ajoutée et à celles qui souhaitent participer à des activités économiques alternatives à l'intérieur comme en dehors du secteur de la pêche.

Pour terminer, permettez-moi de citer une phrase extraite d'un discours de Golda Meir: "Il est difficile de dire si les femmes sont meilleures que les hommes, mais on peut affirmer qu'elles ne sont certainement pas plus mauvaises."

Gardant cette phrase à l'esprit, j'espère que cette conférence sera pour vous l'occasion d'échanger des expériences et de bonnes pratiques. Notre objectif doit être d'identifier les actions susceptibles de renforcer votre rôle dans le secteur de la pêche et dans ceux qui en sont tributaires.

J'espère que le dialogue que nous entamons aujourd'hui va se poursuivre et qu'il contribuera à développer votre participation au processus de gestion de la PCP. Je vous remercie de votre attention et j'espère que vous trouverez cette conférence intéressante.


Side Bar